‹ Lettres aux Bertin, 1827-1877Chapitre 8 sur 11 · M A DEMOISELLE · texte numérisé non relu

M A DEMOISELLE

Voici enfin le scénario en double copie, une pour vous, l'autre pour M. Véron. J'ai pensé que vous pourriez avoir besoin de ce plan détaillé sous les yeux.

Je suis toujours dans l'incertitude pour la dernière scène. Je vous assure que ce n'est qu'une misère, et pourtant il est fort difficile de trouver quelque chose qui ne soit pas ou tout à fait détaché du poème, ou plat et commun.

D'après ce que vous m'avez dit l'autre soir, je suis de votre avis sur l'apothéose et je donne le ciel au diable.

Je voulais vous porter en personne ce paquet hier au soir. Mais ma femme m'a mené de droit divin à Bertrand et Raton^ qui nous a prodigieusement, merveilleusement et incomparablement ennu3X's.

Je joins au scénario le manuscrit et les quelques chiffons de papier qu'il contenait.

A bientôt, Mademoiselle.

Nous ne voyons plus Edouard; mais nous vous aimons toujours tous de tous nos cœurs.

Mademoiselle Louise Bertin.

De i834à i836.

Mademoiselle,

Vous seriez mille fois bonne de remettre au porteur le dénouement.

Bien des pardons et bien des respects,

VICTOR H

Mademoiselle Louise Bertin.

Ce mardi matin, 22 mai i833.

M AD EMOIS ELLE,

Quoique Poupée se soit chargée de vous donner des nouvelles de toute la maison, permettez-moi d'ajouter un mot à sa lettre, Ma femme se propose d'aller dîner lvcc vous aux

Roches jeudi soir à six heures (demain). Je viendrai la prendre le lendemain (vendredi), et je la ramènerai le soir à Paris. Didine l'accompagnera, et je compte mener avec moi Boulanger si votre excellent père veut toujours bien de lui et de moi. Je vous apporterai ce que vous m'avez demandé pour notre scène nocturne.

Nous nous promettons un bien grand plaisir de cette promenade aux Roches, de cette journée passée dans la bonne et hospitalière maison où nous avons passé tant d'heureuses semaines. J'espère que vous ne nous refuserez pas de nous chanter quelque chose de Notre- Dame.

Moi surtout, dont toutes les journées s'envolent dans un travail sans relâche, j'aurai bien besoin, pour me reposer les yeux et l'esprit, d'un peu de votre verdure et de beaucoup de votre musique.

A propos de musique, Didine et Listz me donnent des leçons de piano. Je commence à

exécuter avec un seul doigt d'une manière satisfaisante Jamais dans ces beaux lieux. Je ne comprends pas comment Poupée ne vous raconte pas ce grand événement dans sa lettre.

Pardon, Mademoiselle, de vous parler de ces enfantillages. Si je ne vous savais bien occupée et si je ne craignais que vous ne vous crussiez dans l'obligation de me répondre, je vous écrirais de temps en temps. Vous m'avez dit un jour que vous aimiez à recevoir des lettres quelconques. Je vous écrirais des lettres quelconques. Celle-ci en est bien une.

Quand je veux me rappeler des journées douces et bien employées parmi les plus douces et les mieux employées de ma vie, je vais méditer quelques instants dans mon salon devant la petite voiture de cartes que nous avons faite à nous deux. C'est jusqu'à présent notre chef-d'œuvre en attendant Notre-Dame.

Adieu, Mademoiselle Louise, à vendredi.

Dites à votre bon père que je suis à lui et à vous tous du fond du coeur et veuillez recevoir avec votre bonté ordinaire l'hommage d'amitié respectueuse de

Votre signor poeta,

VICTOR H

Mes respects, je vous prie, à madame Berlin et mes bonnes amitiés à Edouard.

Mademoiselle Louise Berlin, aux Roches, près Bièvre (Seitie-et-Oise).

Coulommiers, 28 juillet i835.

Je vous écris. Mademoiselle, du fond d'une petite ville des environs de Paris d'où je vais

repartir pour une course de quelques semaines. Je ne voudrais pas entreprendre ce petit voyage sans me mettre un peu sous l'invocation de votre nom. Je vais voir des châteaux, des clochers et des rochers dont j'ai besoin pour mes études. Vous êtes heureuse, vous, qui n'avez besoin que de regarder dans votre âme pour y trouver toute votre musique, toute votre poésie.

Avant peu nous vous reverrons, et les Roches, et votre excellente famille. Si vous avez une pensée d"ici là pour ceux qui courent le pa3's, cahotés d'ornières en ornières, à travers un crescendo de méchantes auberges, vous serez bonne et je serai reconnaissant.

J'espère que l'automne ne s'accomplira pas sans que votre opéra soit debout, armé de pied en cap, sur son pauvre poème comme un bel et hardi écu3-er qui parade sur une rosse efflanquée.

Quant à moi, je ne me plaindrai jamais de

la longueur de ce travail fait de moitié avec vous et bien doux pour moi.

A bientôt donc, Mademoiselle. En attendant que toute ma nichée de petits enfants joyeux vienne baiser vos mains permettez-moi de mettre à vos pieds ma sincère et respectueuse amitié.

Mademoiselle Louise Berlin, che\ M. Berlin l'aîné, aux Roches, près Bièvre.

Vendredi, 22 août i835.

Voici, Mademoiselle, votre petite scène à l'état de squelette. C'est vous qui mettrez sur ces pauvres os décharnés, d'abord de la chair, puis un riche vêtement.

Merci bien des fois de l'exemplaire de Notre-Dame , et surtout de l'enveloppe aux champignons. Je la garderai, et, tout mobile

que vous me supposez, elle servira de base l'année prochaine à mes études. Après tout, quelque dangereuse que vous paraisse cette occupation, elle en vaut une autre, et distinguer le bon du mauvais, le sincère du vénéneux, cela est encore plus aisé parmi les champignons que parmi les hommes.

Mes petits loups ont été comblés par madame Armand ' et par votre si bonne lettre. Ils vous embrassent tous de toutes leurs forces. Il y a une déjà vieille vérité que je ne sais comment vous répéter pour la centième fois et que je me décide à vous dire tout bonnement, c'est que je vous suis dévoué du fond du

cœur.

VICTOR H

M. Bertin aura demain l'exemplaire en feuilles des Chants du Crépuscule , qui paraîtront lundi ou mardi.

' Madame Armand Bertin.

A Mademoiselle Louise Berlin.

Remerciez bien M. Bertin, Mademoiselle.

Il est pour moi ce qu'il a toujours été, excellent. Remerciez -le bien et ne me remerciez pas moi, car voici d'affreux vers, mais il est impossible d'en faire de meilleurs sur le patron donné.

Allons! sors!

Sus! dehors!

Et va-t'en !

A l'instant!

Sors ! c'en est trop !

Vous sauverez cela par la musique.

Je suis à vos pieds.

VICTOR

Mademoiselle Louise Bertin,

chei M. Berlin l'ainé,

aux Roches, près Bièrre.

Paris, I g octobre i835.

Vous avez écrit à ma femme, Mademoiselle, une bien charmante lettre et dont j'ai pris ma part. Vous êtes cent fois bonne d'avoir pris ces vers avec quelque plaisir. C'est tout ce que j'en voulais. Il y a en vous tant de vraie et de grande poésie que toute celle qui sort de nous doit toujours vous sembler peu de chose.

Me voici maintenant ici achevant ce volume ' dont une partie avait poussé parmi les fleurs des Roches et le reste dans les fentes des pavés de Paris. De là dans ce volume deux couleurs, l'une poétique qui vient de chez vous, Tautre politique, qui vient de dessous les pas de tout le monde.

' Les Chants du crépuscule.

Soyez indulgente et bonne pour le tout.

Nous parlons bien souvent ici dans nos soirées déjà longues, de vous, d'Edouard, de vos excellents et vénérés parents. Et sitôt qu'on dit Louise, on est sûr de voir tourner quatre petites têtes.

Ces chères petites têtes vous aiment bien, et si ce n'était une partie de leur bonheur, vraiment j'en serais jaloux, moi qui suis jaloux.

A bientôt. Mademoiselle.

Parlez un peu de nous sous les dernières feuilles de vos beaux arbres. Nous avons, nous, pour vous une amitié qui ne s'effeuille pas.

J'y joins un dévouement sincère et profond.

Votre respectueux ami,

VICTOR H

Mademoiselle Louise Berlin,

cliei M. Berlin l'aînéy

aux Roches, près Bièvre.

Samedi, 3i octobre i835.

Il y a huit jours juste aujourd'hui, Mademoiselle, j'ai mis une lettre à la poste pour vous contenant les vers que vous désirez, depuis vous avez écrit à Didine, aujourd'hui ma femme reçoit une nouvelle lettre (bien charmante) de vous, et je vois que vous n'avez pas reçu la mienne, et je suis encore à m'expliquer comment cela se fait. La chose me contrarie d'autant plus que je crains que les vers ne soient perdus.

J'ai mis moi-même la lettre à la poste au bureau de ma mairie place Royale. Il me semblerait impossible qu'on ne la retrouvât pas en la réclamant. Après tout la perte n'est sensible que pour moi. Je remerciais Madame Armand

de toutes les jolies choses qu'elle a envo3^ées aux petits loups et vous de vos lettres si bonnes et souvent si belles, et je suis tout bête que rien de tout cela ne vous soit arrivé.

Vous deviez être bien fàche'e contre moi et pourtant vous avez trouvé dans votre indulgence et dans votre bonté la lettre d'aujourd'hui. J'y réponds tout de suite, et je porterai moi-même cette réponse rue de Seine, afin d'être sûr qu'elle vous parviendra. Mandez-moi si la lettre est définitivement perdue. Je referai les vers. Je vous remerciais aussi de l'exemplaire de Notre-Dame. Croyez qu'une attention aussi délicate ne passe inaperçue devant mes 3'eux, si hébétés qu'ils soient.

Vous êtes sans doute à la veille de revenir à Paris. Je vous plains de perdre les Roches et les Roches de vous perdre. Mais je nous félicite, nous qui vous reverrons.

En attendant rappelez-nous au souvenir de vos excellents parents, remerciez pour moi votre bon père de tout ce qu'a fait le Journal

des Débats et permettez-moi de finir cette lettre à vos pieds.

Mademoiselle Louise Bertin, 8 y rue de Seine, F. S. -G.

5 novembre i835. Vendredi soir.

Continuons notre ronde

Devant nous le crime fuit

Avançons, ) t > u * ri

^ » ' \ L ombre est profonde

Compagnons, )

Marchons, ) T^ i -.i

^ ' / Dans la nuit!

Guettons )

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