CHŒUR
Quel malheur! il expire! il tombe! Ah!
Quel coup fatal et quel funeste jour!
Hélas! tout quitter pour la tombe ! Ah ! Si beau la vie, et si jeune l'amour!
Pleure, pauvre bohémienne !
Hélas ! il te sauve et te perd!
Son cercueil se fermait à peine, Que le tien s'est ouvert!
Ou bien les quatre derniers vers :
Mourir, un si beau capitaine!
Hélas! il la sauve et la perd!
Un tombeau se fermait à peine, Un autre s'est ouvert!
Choisissez, Mademoiselle, et puis je me mets
humblement à vos pieds.
Mademoiselle Louise Berlin, 8, rue de Seine S.-G.
9 septembre i836. Minuit et demi.
Je vous disais bien, Mademoiselle, que j'étais le plus ennuyeux des hommes. Voici
qu'au lieu d'une strophe pour Esméralda, je vous en envoie deux. Il est vrai qu'il va sans dire que la première seule servira. C'est tout bonnement une preuve de mon impétuosité littéraire que je dépose à vos pieds. Une fois lancé j'ai été plus loin que besoin n'était.
Vous devriez bien à votre tour m'inviter à faire des coupures et à ne pas vous assommer de plus de vers qu'il n'en faut.
A bientôt, Mademoiselle, votre musique est
bien belle et votre succès sera beau aussi.
Mille hommages.
VICTOR H
Mademoiselle Louise Berlin.
Vendredi, 23 juin 1837.
Mademoiselle,
Je commence par me mettre à vos pieds en vous demandant toutes sortes de pardons.
— 9*^ — J'aurais du vous envoyer manuscrits les vers qui sont pour vous ' et que vous allez lire imprimés, mais prenez-vous-en à mes yeux qui sont dans un horrible état. Au moment où je vous écris, Je suis retombé dans la dure nécessité des conserves, j'ai deux verres bleus sur les yeux comme un omnibus. Ce mois d'épreuves m'a fait reculer jusqu'à mon ophthalmie de i83i. Vous en souvenez-vous? Et comme vos belles collines ont eu soin de mes pauvres yeux alors ! Comme elles les ont enveloppés de leur douce tenture verte!
J'ai le cœur plein de reconnaissance quand je songe à Bièvre et à vous, — ce qui m'arrive souvent.
Je n'oublie pas les privilèges du Journal des Débats.
Je vous envoie pour votre excellent père tout le volume, à la préface près qui n'est pas encore tirée.
' Les Voix intérieures, Pcnsar JuJar.
fnTvêrsTî^
CfSL/OTHtCA j-^^tavjensi8
Le Journal des Débats a seul cette communication. M. Bertin pourra choisir ce qu'il voudra. Il n'y a qu'une pièce que le Journal des Débats pourrait être exposé à publier avec d'autres journaux, c'est la pièce sur Charles X intitulée Siint lacrj-mœ rerum. Comme cette pièce, prise isolément a une demi-teinte carliste, j'ai pensé que le Journal des Débats ne la publierait dans aucun cas, et que je pourrais faire aux intérêts de Renduel cette concession de lui permettre de la laisser publier par d'autres journaux. Tout le reste du volume, je le répète, est au Journal des Débats exclusivement.
Le livre paraît lundi ; il serait donc important que le Journal des Débats publiât dimanche ce qu'il choisira afin de n'être devancé par personne.
Mille pardons encore. Mademoiselle.
Voilà bien des détails ennuyeux, mais c'est pour vous obéir que je vous les donne.
Outre les vers qui sont à vous, vous verrez
— lOI —
quelque part dans ce livre un souvenir de notre chère Esméralda. C'était à moi de vous venger.
Je finis comme j'ai commencé à vos pieds.
Mademoiselle Louise Bertiji, aux Roches, p?^ès Bièvre (Seine-etOise).
Paris, i6 juillet 1837.
Il y a longtemps, Mademoiselle, que je veux vous écrire, et je n'en ai pas peu de colère contre mes yeux.
Je vous assure que rien n'est plus triste que d'être ainsi séparé de toutes les personnes chères par une vilaine barrière de verre bleue.
Tout prend pour moi, depuis que je suis en proie à ces lunettes, un aspect froid et morne. Je vois le soleil vert, et mes enfants violets et
midi en clair de lune. Tout cela est bien morose.
Et puis, la maison est fort affligée. Ma femme est toujours souffrante et Dédé encore malade. La fièvre traîne en longueur.
La pauvre enfant ne sourit pas une fois par jour. Elle est toute la journée, maigre et pâle dans un grand fauteuil, craignant la gaieté de ses frères comme une fatigue, pleurant quand on veut la faire rire. Le danger a disparu, mais la tristesse nous est restée. Il semble que personne ne se porte bien dans la maison.
Madame de Sévigné a raison, la pire façon d'être malade , c'est d'être malade dans son enfant.
C'est aussi, me direz-v^ous, d'être malade dans sa mère. Mais nous avons su par Armand et par vous que madame Bertm va mieux. C'est la seule joie que nous ayons eue depuis longtemps. Gardez-nous-la bien. Il paraît que ce pauvre Edouard souffre beaucoup. Je veux tous les jours l'aller voir, et j'attends un petit
éclairci dans la santé de Dédé pour porter du moins à notre ami un visage riant.
Que vous êtes bonne d'avoir lu les Voix iiitérieui^es et de les avoir lues avec le même cœur d'autrefois!
Combien de choses dans ce volume sont écrites pour vous, et tout au plus pour deux ou trois autres encore ! Etre toujours compris par vous, c'est un de mes buts les plus chers, vous le savez bien.
Dites, je vous prie, à votre bon père comme j'ai été heureux que ce livre l'ait ému. Son applaudissement est aussi bien précieux et bien doux pour moi. Satisfaire quelques âmes d'élite, de son temps d'abord, et ensuite de tous les temps, voilà la seule vraie ambition du poète. Cela obtenu, le reste, blâme ou éloge, huées ou acclamations, importe peu.
Adieu, Mademoiselle. J'avais besoin de causer un peu avec vous.
Ma femme vous aurait déjà écrit si elle ne passait pas sa vie dans les tisanes à donner, les
nuits passées, le petit lit à refaire, etc., etc. Mille soins, où vous la voyez, n'est-ce pas, bonne, douce et résignée, comme toujours. Elle et Didine et Chariot et Toto et la chère petite malade vous embrassent. Moi, je vous prie, de penser quelquefois à ma respectueuse et profonde amitié.
VICTOR
Mademoiselle Louise Bet^titi, aux Roches, près Bièvre (Seine-et-Oise).
Bruges, 29 août 1837.
Vous souvenez-vous un peu. Mademoiselle, d'un ancien hôte qui pense toujours à vous et à qui cette immense prairie qu'on appelle la Flandre n'a pas fait oublier le doux et vert vallon des Roches.
Ma vue malade est venue chercher ici de la
verdure, mais j'avais compté sans la peinture, et, à peine arrivé dans les villes, je vais fatiguer et éblouir sur les Rubens, les van Eyck et les van Dyck mes pauvres 3'eux que les tilleuls, les saules et les frênes avaient reposés. En somme je ne sais si ce voyage aura guéri ou empiré mon mal. Ce que font les gazons et les arbres, Rubens le défait. J'espère pourtant que le bien l'emportera, et j'en ai besoin, car un laborieux automne m'attend à Paris. J'ai bien des choses à faire pour cet hiver.
Pardon, Mademoiselle, de vous tant parler de moi quand je ne devrais m'occuper que de vous. Mais il me semble qu'il ne peut y avoir rien que de bon, de doux et d'heureux sous ces beaux feuillages des Roches, Je compte bien que madame Bertin s'}' est tout à fait rétablie et qu'Edouard aussi va de mieux en mieux. Et vous, Mademoiselle Louise, que faites-vous: Je songe souvent avec tristesse à notre Esmévalda qui a trop peu duré.
Croiriez-vous qu'ils poussent en Belgique la
— io6 —
rage de la contrefaçon jusque-là qu'ils ont contrefait mon libretto ? J'ai eu l'honneur de le voir effrontément affiché sous l'ombre même de la sublime flèche d'Anvers. J'en ai conclu que les Belges étaient capables de tout.
Que vous avez écrit à ma femme une charmante lettre que j'ai lue avant mon départ ! Je vous en remercie. Croyez-le bien, il y a place Royale un groupe qui vous aime profondément.
Je serai de retour à Paris du i o au 1 5 septembre. Ma famille est à Auteuil pour la fin de la saison. Nous espérons bien pourtant, ma femme et moi, pouvoir nous échapper un dimanche jusqu'aux Roches, et aller vous redire ainsi qu'à votre bon père combien nous sommes à vous du fond de l'âme. Nous avons passé aux Roches des heures qui rayonneront toujours dans notre vie.
Mettez, je vous prie, mes respects aux pieds de madame Bertin, et so3'ez assez bonne pour parler un peu de moi à Edouard et à Armand,
mes bons et toujours chers amis. Quant à vous, Mademoiselle, permettez-moi de supposer que vous n'avez pas oublié avec quel inaltérable et respectueux attachement je suis à vous.
VICTOR H
A Mademoiselle Louise Berlin.
Dimanche soir 29 octobre (1837).
Tout à l'heure, Mademoiselle, ma Didine faisait cette remarque tristement qu'il y a huit jours nous étions tous auprès de vous. Cela dit, elle s'est mise à vous écrire, et moi aussi, sans lui en dire rien, si bien que nos deux lettres, écrites côte à côte vont vous arriver ensemble pleines de la même pensée.
Vous savez bien, n'est-ce pas, que vous êtes toujours présente et toujours aimée? Il y a
— io8 —
quatre petits enfants qui parlent souvent de vous, et le père y pense plus souvent encore.
Voici les derniers beaux jours passés. La boue et l'hiver reviennent. Paris n'est pas gai. Vous, vous avez le ciel gris et les feuilles mortes. Cela vaut mieux que la rue Saint- Honoré avec ses embarras de charrettes.
Nous espérons ici que madame Bertin va de mieux en mieux. Nous avons dîné aujourd'hui en ne causant que de cela.
Grondez-moi, je n'ai pas encore vu Duponchel '. En revanche, j'ai vu Védel -. Cela rime. Cela vous est bien égal, mais j'ai un procès avec les Français ^ Cela rime encore. Que voulez-vous que j'y fasse ? Ce que j'aurais de mieux à faire, ce serait d'aller aux Roches causer avec votre excellent père, avec vous, avec Edouard, et me promener au pied de vos belles collines, sans plus songer aux huissiers, au tribunal de
' Directeur de TOpéra.
- Administrateur du Théâtre-Français.
^ Procès d'Ansrclo et Hcrnani.
commerce et à la Bourse, ce temple grec blanc et bête maculé d'agents de change.
Mais ma destinée m'entraîne. Je suis furieux contre la Comédie française, et j'ai besoin d'un procès pour me soulager. Ce qui est extraordinaire, c'est qu'il paraît certain que je le gagnerai, avec de gros dommages-intérêts que le gouvernement paiera, à ce que disent messieurs les sociétaires.
Pardon de tous ces bavardages. Ce sot procès est la seule nouvelle que je puisse vous conter. On ne parle que de cela chez moi depuis huit jours, et je vous envoie un peu de mon ennui.
Permettez-moi d'y joindre le nouvel hommage d'un vieil attachement bien profond, bien respectueux et bien dévoué.
VICTOR H
Ma femme vous embrasse tendrement.
Mademoiselle Louise Bertin, 8, rue de Seine.
4 janvier i838. — Dix heures du soir.
Je mets ma contrariété à vos pieds, Mademoiselle.
J'avais envoyé ce soir une pauvre fleur à madame Bertin, et j'espérais suivre la fleur de près; mais voici tout le théâtre de la Renaissance, votre futur théâtre, qui me tombe sur les bras. On me demande la pièce d'ouverture (ceci entre nous) ; de là négociations, conversations, conférences, etc., c'est-à-dire toute ma soirée prise. C'est fort ennuyeux — pour moi du moins. J'irai m'en dédommager une de ces après-midi rue de Seine. En attendant dites bien à votre bonne mère combien je suis affligé d'avoir manqué ce soir au groupe des amis. Je n'y manque pas de cœur du moins. Ma femme tousse et s'emplit de jujube.
moi je pérore et je donne au diable les théâtres. Nous n'en envoyons rue de Seine que des vœux plus affectueux et des souhaits plus ardents pour toutes les santés auxquelles tient la vôtre.
Votre vieil et respectueux ami,
VICTOR H
Mademoiselle Louise Berlin, aux Roches, près Bièvre (Seine-et-Oise).
2 avril i838.
Que vous dire, Mademoiselle ? Que nous sommes navrés du coup qui vous frappe ?Vous le savez bien. Devant une affliction comme la vôtre, on manque de paroles. J'ai rendu aujourd'hui les derniers devoirs à votre excellente mère, et là, en présence de cette fosse, j'ai pensé à vous avec angoisse. Je sens bien
que vous êtes forte et grande. Dieu est bon, après tout, et il mesure nos douleurs à nos forces. Ceux qui sont faibles, il ne les accable pas. Il n'accable personne. A vous-même, si cruellement éprouvée, il vous laisse toute une famille dont vous êtes l'âme, deux frères dignes de vous, un père, le meilleur des hommes , et puis derrière ceux-là quelques amis qui vous aiment. Comptez-moi bien parmi eux. Nous vous aimons ici comme vous méritez d'être aimée, avec l'intelligence et avec le cœur. Et puis, ne prenez pas la vie en haine. Je vous en supplie. La vie est le commencement de quelque chose. Attendons la fin.
Je me mets à vos pieds,
VICTOR H
Mademoiselle Louise Bertin, aux Roches, près Bièvre (Seiue-et-Oise).
4 septembre i838.
Vous ne pensez pas, j'espère, Mademoiselle, que personne vous oublie dans la famille de la place Royale. Il y a toujours là bien des cœurs qui songent à vous et qui vous aiment, je vous assure, depuis le capitaine Toto dontles cheveux blonds commencent à devenir noirs jusqu'à moi dont les cheveux noirs commencent à devenir blancs. Tous ces enfants que vous avez vus si petits, pour qui vous avez été si douce et si charmante et que vous avez comblés de tant de tendresse, parlent bien souvent de vous avec leur mère comme d'une autre mère qu'ils auraient, — et qu'ils ont, n'est-ce pas. Mademoiselle?
Quant à moi, je viens de faire quelques belles courses. J'ai vu une partie de la Cham-
pagne, de vieilles églises, des meules de blé, des prés, des bois, et j'ai bien souvent pensé à vous qui avez tant de belles choses en vous et tant de belles choses autour de vous, à vous la bonne fée de l'heureuse vallée.
J'ai fait aussi une pièce ' qu'on va jouer tout à l'heure. Et vous, que faites-vous, Mademoiselle ? Vous nous devez déjà compte de deux années de loisirs et de pensées, songez-}^
J'ai remis à Armand trois Esmêralda pour vous, et puis je vous prie de parler un peu de moi à votre excellent père et de permettre que je vous redise encore une fois à quel point je suis vraiment à vous du fond de l'àme.
VICTOR H
' Ruy Blas.
— ii; —
Mademoiselle Louise Bertin, 8, rue de Seine S. -G.
3o novembre i838.
Voilà que je vous écris à mon tour, Mademoiselle, pour vous demander votre loge. Ne suis-je pas le plus impudent et le plus indiscret du monde ?
Excusez-moi et soyez assez bonne pour me dire si cela vous gêne de me céder votre jolie petite logette un jour quelconque. Il s'agit d'y envo3'er une partie de ma famille, qui me croit tout-puissant partout, et surtout à l'Opéra. Vous savez ce qui en est. Mais on ne leur ôtera pas cela de l'esprit. Ce qu'on n'ôtera pas du mien, c'est un dévouement sans limite pour vous qui avez une bonté sans borne.
J'y ajoute tous mes respects.
MCTOR H.
— ii6 —
Mademoiselle Louise Bertin, aux Roches, par Bièvre et par Palaiseau (Seine-et-Oise).
3o septembre iSSg. — Marseille.
Cet été, Mademoiselle, quand vous voyagiez, j'étais à Paris; je vous ai écrit, ma lettre s'est perdue, ce qui n'est un regret que pour moi; maintenant vous êtes à Paris; c'est moi qui voyage, je vous écris encore, mais j'espère que cette fois la lettre ne se perdra pas.
Je suis à Marseille pour quelques heures, je suis arrivé ce matin et je vais repartir cet aprèsmidi : je profite de la table de l'auberge et de l'intervalle qui sépare la malle-poste du bateau à vapeur pour vous dire un peu ce que je sens beaucoup, ma profonde et inaltérable amitié pour vous, Mademoiselle, et pour tous les vôtres. Voyez-vous, rien n'efîace les belles journées des Roches, votre admirable vallée verte, votre douce et cordiale hospitalité, vos frères.
votre père si excellent et si noble, vous, Mademoiselle, si bonne et si supérieure de toute façon, dans la bonté comme dans l'intelligence; vous n'avez à craindre de comparaison avec quoi que ce soit, pas même avec ce doux ciel de Provence, si bleu, si profond, si hospitalier, lui aussi.
Toute ma famille est en vacances en ce moment, et prend ses ébats en Normandie, pendant que je suis venu visiter Arles et Avignon, deux admirables villes qui sont romaines par les monuments et grecques par le soleil.
Vers le 6 octobre, tout mon petit monde sera de retour à Paris; j'y serai, moi, du 1 5 au 20; le I" novembre vous ramènera, j'espère. Nous nous reverrons tous, et c'est une joie dont j'ai besoin.
Que faites-vous à cette heure ? Que fait Edouard ? Ce sont des questions que je m'adresse souvent. J'ai ici des villes et des horizons selon le cœur d'Edouard, des toits italiens, des collines sévères, de magnifiques encadre-
— iiS —
ments partout, dans le paysage comme dans les édifices. Je le regrette souvent; Je dis : je voudrais Edouard ici. Et puis je pense : je me voudrais aux Roches.
Continuez à nous faire de belles choses, Mademoiselle. Vous devez voir clairement maintenant quEs?7iéf'alda est un triomphe. Poursuivez donc, vous qui avez tant de talent, vous qui avez tant de courage.
Je vous écris rarement, mais je songe bien souvent à vous; nous parlons de vous sans cesse, le soir en famille. Vous avez été pour mes enfants comme une mère, pour moi comme une sœur. Aussi, ma femme, mes enfants et moi, nous sommes à vous du fond de l'àme.
Nous nous souvenons, croyez-le bien.
Je mets à vos pieds, ma dévouée et respectueuse affection.
VICTOR H
Mademoiselle Louise Berlin, c}ie{ M. Bertin l'ainê, aux Roches^ près et par Bièvre.
14 mai 1840.
Je viens de lire, Mademoiselle, votre bonne lettre, si gracieuse pour ma Didine, si douce pour moi.
Vous me grondez pourtant un peu, et vous n'avez raison qu'à demi, car si je ne vous ai pas écrit, c'est que je pensais aller vous voir, je l'ai dit à Armand.
Et puis maintenant vous allez me gronder encore, car votre lettre était pour Didine et non pour moi. Cette fois vous aurez raison tout à fait et je dis très humblement mon mea culpa. Je suis bien fier que ces quelques vers' vous aient fait un peu de plaisir, à vous qui avez les lilas, les ébéniers, les acacias, toute votre belle vallée en fleurs.
' Les Rayons et les Ombres, à Mlle Louise B. — Sagesse.
Les Roches ! Quelle formidable concurrence ! Qu'est-ce que c'est que notre pauvre poésie à nous autres à côté de la poésie du bon Dieu ? Que tout ce que nous vous disons doit vous sembler peu de chose auprès de ce que vous vous dites à vous-même !
Si l'on pouvait ressaisir les années envolées, je voudrais recommencer un de ces ravissants étés, où nous avions des soirées si douces et si exquises, près de votre piano, avec votre musique et votre causerie qui est une musique aussi, avec Edouard dessinant dans un coin quelque beau paysage, les enfants Jouant autour de nous, et votre excellent père nous échauffant et nous éclairant tous. — C'était charmant. Qui sait! Tout cela renaîtra peut-être. — Ce qui n'a pas besoin de renaître, parce que cela est toujours vivant, c'est ma tendre, profonde et respectueuse affection pour vous.
VICTOR H
Didine est à la campagne, je vais lui porter votre lettre.
Mademoiselle Louise Bertin, aux Roches, près Bièrre (Seine-et-Oise).
Dimanche 6 juillet i8|o. — St-Prix.
Au milieu des arbres de St-Prix je pense, Mademoiselle, aux arbres de Bièvre, à côté du piano quelconque de mes petites filles, je songe au vôtre que tant de fois votre âme a animé pour moi. J'ai revu jeudi toutes mes joies du temps passé et les plus douces journées de ma vie comme résumées en quelques heures.
Jeudi a été un beau jour, un jour charmant, un jour de rajeunissement. J'ai dit à ma femme combien vous aviez été tous bons pour elle, vos affectueuses paroles, le gracieux sourire de madame Armand. Elle me charge de vous remercier. Mademoiselle. Moi, je vais bientôt
partir pour ma course annuelle, et je suis heureux de pouvoir emporter avec moi un souvenir des Roches tout frais et d'hier.
Si vous saviez quelle douce promenade j'ai faite avec votre père à travers ces beaux arbres, dans ce beau jardin qui est son ouvrage et qui me semble plein de sa pensée et de son esprit. Il a été excellent pour moi, et je lui parlais comme j'aurais parlé à mon père. Vraiment, quand je suis aux Roches, je me sens un peu votre frère.
Si vous le permettez, avant la fin de l'automne j'irai encore demander aux Roches une journée comme celle de jeudi. En attendant, continuez à faire vos mystérieuses belles choses, dites à notre bon et cher Edouard que je lui serre la main, et laissez-moi mettre à vos pieds mon plus tendre et mon plus respectueux dévouement.
VICTOR HUGO
Chariot et Toto, Didine et Dédé vous embrassent et vous aiment.
Mademoiselle Louise Beî^tin, aux Roches, près et par Bièvre (Seine-et-Oise).
12 août 1840. — St-Prix la Terrasse.
Que VOUS êtes bonne, Mademoiselle. Le prix de Charles m'avait rendu bien heureux, votre lettre m'a rendu plus heureux encore. Le prix, ce n'est que de l'orgueil, votre lettre, c'est de la joie. Le pauvre enfant a été ému jusqu'aux larmes en la recevant. Vous êtes comme une autre mère pour eux. Je vous aime de les aimer ainsi. Dites bien à votre noble et bon père comme je suis à lui et permettez-moi de vous offrir, à vous qui êtes une des meilleures et des plus douces pensées que j'aie dans l'àme, le nouveau témoignage de mon inaltérable et respectueux dévouement.
VICTOR HUGO
Mademoiselle Louise Berlin, aux Roches, près et par Bièvre (Seiiie-et-Oise), France.
11 octobre 1840. — Hausach, forêt Noire.
Je VOUS écris au milieu des neiges, Mademoiselle, et j'espère que cette lettre vous trouvera au milieu des rayons de soleil. Je suis dans la forêt Noire, et vous aux Roches. Ce pays est magnifique, mais froid, sombre et dur. Dites bien, je vous prie, à votre excellent père, que tous les sapins de la forêt Noire ne valent pas Tacacia qui est dans la cour.
Toute la plaine est blanche autour de moi, ce qui tranche résolument avec les bois couleur d'encre. Il fait un vent de bise, décembre habite pendant huit mois de Tannée dans ce pays. Ce sont des beautés, mais des beautés sévères. Vous, Mademoiselle, vous avez les beautés douces. Je souffle dans mes doigts et je vous envie.
J'ai vu Mayence, Cologne, Francfort, Heidelberg, tout le cours du Rhin, Shaffouse et le lac de Constance; tout cela est admirable, mais j'aime mieux la pièce d'eau des Roches, la rivière de Bièvre, la conversation de votre père et nos bonnes causeries au coin de votre piano.
Vous en souvenez-vous. Mademoiselle? Je préfère à toutes ces merveilles nos cerfs-volants blasonnés, nos petites voitures de cartes et l'année i83i.
J'espère, Mademoiselle, que tout va bien autour de vous et que cette lettre vous trouvera heureuse au milieu de tout votre monde heureux. Quant à moi, je vois, j'étudie, je travaille, j'écris force vers et force prose, et je pense à vous, comme vous voyez.
Je pense à vous, comme à un grand esprit, comme à un noble cœur, et permettez-moi d'ajouter aussi, comme à une amie.
Dites, je vous prie, à Edouard et à Armand que je leur serre bien affectueusement la main
et croyez à mon profond et respectueux dévouement.
VICTOR H
Mademoiselle Louise Bei^tin, aux Roches, près Bièvre (Seine-et-Oise).
i5 septembre 1841. — Ce mardi soir.
Que vous dire, Mademoiselle, et comment vous consoler, moi qui aurais besoin de consolation moi-même ? Vous savez combien j'aimais votre père. Il me semble que c'est le mien que je perds pour la seconde fois.
J'étais à la campagne ce matin quand cette douloureuse nouvelle nous est parvenue. Je suis accouru à Paris comme si tout n'était pas fini, hélas! Je viens de voir Armand, ce bon Armand. Nous avons parlé de votre père, de vous Mademoiselle Louise, de mon cher
Edouard, de vous tous, et cela m'a un peu soulagé! J'avais besoin de cet épanchement. Je croyais votre père guéri. Cela faisait partie de mon bonheur cette année. Jugez du coup que nousavonsreçu. Depareils hommes ne devraient pas mourir. Lui si doux, si noble, si excellent, si supérieur en tout, en bonté comme en esprit, lui meilleur que nous tous, lui plus fort que nous tous, lui plus jeune que nous tous, si respecté, si heureux, si aimé, si nécessaire hélas! Pourquoi est-il mort? Si sa présence nous manque, que sa pensée du moins ne nous manque pas. Je vous écris plein des souvenirs de ces belles et douces années des Roches qui ra3'onnent maintenant pour moi plus que jamais. Vous, Mademoiselle, qui êtes un si grand cœur, pourquoi êtes-vous si cruellement affligée? Hélas! quelque jour j'essaierai de vous dire à vous ce que je pensais, ce que je pense de votre cher et vénérable père. Aujourd'hui je ne puis que baiser vos mains et pleurer.
MCTOR.
Ma femme et mes enfants qui sont vos enfants aussi vous embrassent et vous aiment, et pleurent avec vous.
Mademoiselle Louise Berlin.
Ce jeudi 28 octobre 1841.
Vous allez donc nous donner, Mademoiselle, ces vers ' que je désirais tant lire après vous en avoir entendu chanter quelques-uns qui étaient si beaux. Le manuscrit si jalousement fermé à clef va devenir un livre, un livre qui sera à nous, que nous pourrons ouvrir à toute heure, et où nous pourrons, sans votre permission, penser de votre pensée et vivre de votre esprit. Ce que vous mettiez dans votre musique, vous l'aurez mis dans votre poésie, et
' Les GLvics.
je ne me hasarde pas beaucoup en déclarant que ce sera beau. Ce qui me rend joyeux, c'est que j'aurai votre livre, ce qui me rend fier c'est que mon nom y sera, et le nom de mon Charles aussi. C'est un grand plaisir que vous nous donnez; il travaille bien en ce moment ainsi que le capitaine Toto; ce n'est pas une raison pour mériter de la gloire, mais c'en est une pour mériter de l'affection. Continuez-lui la vôtre. Mademoiselle, et comptez sur mon profond et inaltérable dévouement.
Depuis six semaines je l'ai senti croître encore, ce que croyais impossible. A tous les sentiments que j'avais pour vous s'ajoutent tous ceux que j'avais pour votre père.
Je me mets à vos pieds.
VICTOR HUGO
Mademoiselle Louise Berlin, II, rue de l'Université.
■1 décembre 1841.
Laissez-moi, je vous prie, vos admirables vers. Mademoiselle. Je veux les relire souvent en attendant le volume. Vous dire l'effet qu'ils m'ont produit, ce serait impossible. Vous avez fait rayonner tout ce beau temps évanoui. J'aurais pleuré, si je n'avais eu en même temps une profonde joie de vous voir parler ainsi la langue que j'aime le mieux.
Je baise vos pieds.
VICTOR
Mademoiselle Louise Berlin 1 1 , rue de V Université.
Ce 26 décembre 1841.
Vous venez, Mademoiselle, de nous faire passer une douce et charmante soirée. Nous avons lu entre nous votre beau livre; Charles lisant, nous écoutant. Si vous aviez pu voir et entendre, vous auriez été heureuse. Votre pensée, c'est vous-même. Nous l'avons fêtée et nous l'aimons.
Charles a fort bien lu les admirables vers que vous lui adressez. 'L'Ode à Mimi est ravissante. La Nuit, rode à M. de Wailly, la Rêverie, tout est beau, grave, profond et puissant. Demain j'achèverai votre livre. Mais je suis charmé de l'avoir commencé ce soir, ainsi, entouré de mes enfants pour qui vous êtes comme une mère. Ces jeunes âmes sont faites pour cette noble poésie. Ma femme et Didine vous
embrassent bien tendrement, le cœur pénétré de tout ce que vous êtes et de tout ce que vous valez.
Votre pensée parle deux langues, la poésie et la musique. Dans toutes les deux, elle est admirable.
J'irai un de ces soirs vous redire tout cela. Mais je n'ai pas voulu tarder un instant pour vous dire au nom de tous ce que nous éprouvons tous.
Il me semble que vous voilà encore plus ma
sœur et que je vous aime encore plus.
A vos pieds,
VICTOR H
Mes plus tendres amitiés à Armand et à Edouard. Je vais écrire à Théophile '. Il faut qu'il parle de cette grande poésie en grand poète.
' Théophile Gautier.
Mademoiselle Louise Bertin, aux Roches, près Bièvre.
5 juin 1842
J'aurais voulu, Mademoiselle, ne vous écrire qu'en vous envoyant des nouvelles décidément bonnes de notre pauvre cher petit ' . Mais depuis sept jours, son état, bien qu'il y ait du mieux, est à peu près le même. M. Louis ne se prononce pas. La pleurésie s'en va lentement, et nous ne savons pas si cette fois la convalescence sera sans rechute. Vous voyez que nous sommes bien tristes. Pourtant je cache une partie de mes inquiétudes à ma femme et à mes enfants, et je les rassure plus que je ne suis rassuré.
Je nous recommande à vos bonnes et douces pensées. Une pensée de vous a l'efficacité d'une prière. Le bon Dieu doit en tenir compte.
' François-Victor Hugo.
Je ne saurais vous dire combien j'ai été pénétré de vos bontés pour ce cher petit. Vous avez été sœur pour moi, vous avez été mère pour lui.
Ma femme en est touchée jusqu'aux larmes, ainsi que des tendres soins de madame Edouard, qui a été parfaite en ceci comme en tout.
Dites , Mademoiselle , à mon excellent Edouard, combien je suis à lui de tout cœur, et vivez là-bas dans ce beau lieu, sous ce beau ciel, dans ce beau mois, en songeant quelquefois à vos amis affligés.
Je me mets à vos pieds,
VICTOR H
Mademoiselle Louise Berlin, aux Roches, près et par Bièvre (Seine-et-Oise).
16 juin 1842, Saint-Mandé.
J'espérais bien, Mademoiselle, que vous ne me remercieriez pas. Est-ce que vous avez à me remercier de quelque chose ? Est-ce que je ne suis pas tout à vous ? Soyez un moment heureuse, pensez à moi avec douceur, et je suis plus que remercié, je suis comblé. Mais quelqu'un doit nous remercier, vous et moi, c'est l'Académie. Grâce à vous qui avez la gloire d'avoir fait les Glaties, grâce à moi qui ai eu l'honneur de lui en lire quelques pages, cette pauvre bonne vieille femme d'Académie, qui n'avait jusqu'ici couronné que des vers, a enfin couronné de la poésie. C'est un grand pas qui fait honneur à son grand âge. Armand vous a écrit et raconté tout cela, n'est-ce pas ? Et les glapissements du vieux Javdans sa broussaille. L'an-
tique niaiserie classique a été battue sur son propre terrain et houspillée dans son propre sanctuaire.
C'est une horreur! Gloire à vous ! En somme votre victoire a été complète. Je ris des vaincus. C'est peu généreux. Pardonnez-le-moi. Ce sont des accès qui me prennent rarement.
Je travaille, je rêve, je passe ma vie solitairement sous les arbres avec la pensée et avec le souvenir,
Ce triste promeneur Qui derrière le temps marche d'un pas rêveur '.
Dans peu j'irai rejoindre ma colonie au Havre. Ma fille n'avait pas reçu votre lettre en temps utile. Elle a été trois semaines absente chez sa belle-mère dont le mari vient de mourir. Je suppose qu'elle vous répond probablement dans le moment même où je vous écris.
Vous, Mademoiselle, aimez-nous toujours un peu, car nous vous aimons bien, et puis,
' Vers des Glanes.
musique et poésie, faites-nous de ces admirables choses qui naissent à la fois de votre belle âme et de votre belle vallée.
Mille tendres respects,^
Mademoiselle Louise Berlin, aux Roches, près et par Bièvre (Seine-et-Oise).
Samedi, lo septembre 1843, Saumur.
Chère Mademoiselle Louise, Je souffre, j'ai le cœur brisé, vous le voyez, c'est mon tour.
J'ai besoin de vous écrire, à vous qui l'aimiez comme une autre mère. Elle vous aimait bien, vous le savez.
Hier, je venais de faire une grande course à pied au soleil dans les marais, j'étais las, j'avais soif, j'arrive à un village qui s'appelle, je crois, Subise, et j'entre dans un café. On m'apporte
delà bière et un journal, le Siècle. J'ai lu. C'est ainsi que j'ai appris que la moitié de ma vie et de mon cœur était morte.
J'aimais cette pauvre enfant ' plus que les mots ne peuvent le dire. Vous vous rappelez comme elle était charmante.
C'était la plus douce et la plus gracieuse femme.
O mon Dieu, que vous ai-je fait!
Elle était trop heureuse, elle avait tout, la beauté, l'esprit, la jeunesse, l'amour, ce bonheur complet me faisait trembler. J'acceptais l'éloignement oii j'étais d'elle afin qu'il lui manquât quelque chose. Il faut toujours un nuage. Celui-là n'a pas suffi. Dieu ne veut pas qu'on ait le paradis sur la terre. Il l'a reprise.
O mon pauvre ange, dire que je ne la verrai plus !
Pardonnez-moi, je vous écris dans le désespoir. Mais cela me soulage. Vous êtes si bonne,
' .Madame Vacqucric Lc'opoldine Hugo;, noyée dans la Seine, à Mllequier.
vous avez l'âme si haute, vous me comprendrez, n'est-ce pas ? Moi, je vous aime du fond du cœur et quand je souffre, je vais à vous.
J'arriverai à Paris presque en même temps que cette lettre. Ma pauvre femme et mes pauvres enfants ont bien besoin de moi.
Je mets tous mes respects à vos pieds,
VICTOR H
Mes amitiés à mon bon Armand. Que Dieu le préserve et qu'il ne souffre jamais ce que je souffre.
Mademoiselle Louise Berlin, aux Roches, près el par Bièvre (Seine-et-Oise).
i6 septembre 1843.
Votre réponse, chère Mademoiselle Louise,
m'est bien douce dans mon accablement. Vous avez toujours eu pour moi les paroles qui encouragent dans le péril et qui consolent dans l'affliction.
Ma femme se joint à moi pour vous remercier du fond du cœur.
Vous avez aimé ce pauvre ange, comme elle vous aimait. Nous penserons toujours à elle, n'est-ce pas ? Hélas ! je suis bien éprouvé.
Je suis à vos pieds.
Mademoiselle Louise Berlin, aux Roches, près Bièvre (Seine-et-Oisel.
Paris, 3o septembre 1843.
Charles vous répondra, Mademoiselle; mais je veux aussi moi vous écrire. A travers mon accablement, je sens votre bonté et la douceur
profonde de votre âme. Quand je pense à vous, je me sens consolé et raffermi.
Nous allons passer quelques jours à Versailles chez mon frère. Mes pauvres enfants ont besoin de distraction. Ils verront le parc, le château, le musée. Moi je n'ai plus rien à regarder dans ce monde, que le ciel.
Aimez-nous et plaignez-moi.
Ma femme vous embrasse tendrement.
Je me mets à vos pieds.
VICTOR
Monsieur Armand Bei^tin, II, rue de l'Université.
i8 janvier i853. — St-Hélier.
Monsieur et ami, les journaux nous apprennent une nouvelle aussi douloureuse qu'inat-
tendue. Cette nouvelle est pour nous une douleur qui s'ajoute aux autres et les renouvelle. Madame Armand était au nombre de ces personnes aimées qui ont raj'onné dans notre passé. Quand je songe à mon pauvre ange envolé, et c'est bien souvent, le souvenir de votre père, de votre mère me vient aussitôt, et alors je pense à vous, Monsieur, aux vôtres.
Madame Armand était en particulier bien présente en mon cœur; le sien était si chaleureux, si ouvert à la souffrance d' autrui; après avoir perdu mon enfant, chaque jour elle m'a apporté sa consolation. Lorsque j'étais inquiète de mon mari lors du coup d'État, elle est venue à moi. Ces témoignages d'affection ont fortifié et scellé mon affection pour elle, aussi mon âme, de cette pauvre terre où je suis encore, ira bien souvent vers la sienne.
Je vous parle de moi. Monsieur, quand je devrais ne m'inquiéter que de vous, car si la perte de votre femme m'éprouve à ce point, que devez-vous souffrir!
Je ne vous demande pas de nous donner de vos nouvelles, mais si une de vos filles, quelqu'un des vôtres nous en écrivait, nous en serions touchés et heureux.
Agréez, Monsieur, l'expression de mes sentiments d'ancienne et inaltérable amitié.