II
Bertin , de Congénies, qui me dit entre autres choses, que les étrangers qui ont visité les vallées n'y ont guère trouvé de vie chrétienne, «même chez les pasteurs. » Le modérateur parut très-piqué de cette lettre, cria à l'exagération, au fanatisme, et dit que s'il avait voulu croire M. Cuningham, il aurait bouleversé son Eglise, etc.
Depuis celte époque, j'ai reçu (moi NefT) dei lettres de nos chers amis des Vallées, danslesqueliet ils me parlent fort peu de leurs épreuves extérieures, et paraissent tout occupés de leurs âmes et de W vre de Dieu en eux. Puisse le Seigneur les et les faire croître dans son amour !
J'ai appris tout dernièrement qu'une jeune filie duQueyras, assez bien disposée, a été en Piémont, et a vu à Saint-Germain le pasteur Monnet, qui Id a parlé de moi et de mes principes d'une nfanière si désavantageuse, qu'elle paraît avoir honte maintenant de Jésus-Christ et de ses disciples.
Mainlenant, revenons à Neff lui-même. Nous verrons, par le louchant journal qui va bientôt suivre, que pendant qoe ces choses se passaient dans le Piémont, ce cher frère avait quitté Arvieux, déjà le 27 avril, pour n'y plus revenir. H visita encore une fois tout son diocèse, puis il s^arréla quelques semaines à Mens; c'est de là qull écrivit à Marie Philippe et à son mari les deux lelires qui suivent.
X M. «AN PmUPPB, AUX MOULIHS D^ARVIBUX.
liens, la 10 Juin 1837.
Bien-aimé frère en Jésus-Christ, notre Seigneur ,
Je vous aurais écrit plus tôt d'ici si ye n^avais (M su que notre cher frère M. Blanc vous avait net Yous avait donné de mes nouvelles ; et s'il ne mSârmit éoumé des vôtres, qui m'ont fait grand jpfaÔBir. Je ne vous parlerai pas de la tournée de M. k président d'Aldebert : M. Blanc ma dit fout ce i|iie vous lui aviez raconté ; et M. d'Aldebert lui- Uème m*a écrit. Il paraît, d'après sa lettre, que vos compatriotes du Queyras l'ont pressé de leur procurer (comme si cela dépendait de lui!) un pasteur qui pût tirer le traitement du gouvernement : ai conséquence il me prie de donner au Consistoire ma réponse positive, et de dire si je compte, ou non, desservir encore la section d'Arvieux ('). Je n'ai pas encore répondu* Mais l'état de ma santé, ^i est toujours très -faible, ne me permet pas de répondre de moi ; et je suis obligé de déclarer aux habitants du Queyras que s'ils trouvent un pasteur ils peuvent lui adresser vocation, si cela leur convient, comme j'ai tout lieu de le croire. Cependant, si, comme il est très-possible, vos églises demeurent encore longtemps dépourvues, et que Dieu me donne la force d'y faire quelques tournées,
(i) On voit que U leodresse du Queyras pour Neff B*éUit pas fraude 1
je les ferai avec grand plaisir. Au reste, le Seigneur ne vous oubliera pas ; et ses enfants trouveront toujours le moyen de vous envoyer quelque ouvrier fidèle px)ur ranimer voire courage et votre aële ; et si je ne puis vous aider de près, par mes ^ paroles, je me souviendrai d'autant plus de voas ' dans mes prières et dans mes lettres ; car tant Pque je serai sur la terre vous occuperez une grande fs place dans mon cœur ; et votre pays, quoiqu'il y ""Ë ait bien des cœurs ingrats, me sera toujours foit f^ icher. (H
Pendant mon voyage et mon séjour au Champ* f" ^aur, je me suis trouve assez bien ; et j'espérais qttt ^ cela continuerait. Mais ayant voulu prendre un peà il de nourriture pendant les premiers jours que j'â !■ passés ici, je me suis bientôt retrouvé aussi faibte ■ qu'auparavant; et j'ai du me mettre à la diète ■ ou à peu près. En suivant ce régime je soufiire f moins souvent ; et j'ai pu faire ici dans les envi- i^ rons, quelques tournées, tant à cheval qu'à pied, et i tenir, soit dans le bourg, soit aux environs, plusieurs i réunions. v
J'ai également prêché souvent an temple de i Mens sans en éprouver de fatigue; car le Sei- i gneur me fait la grâce de conserver ma poî- i trine. En revanche j'ai eu, et j'ai encore, assez mal ! aux yeux; mais j'espère que<^la restera en route. Je pars, s'il plaît à Dieu, demain pour Grenève avec notre cher frère Dumont , sa femme, et deux demoiselles de Mens. U a fait très-froid tous ces jours. Je crains bien qu'il n'ait gelé dans vos montagnes, et même qu'il ne soit tombé de la neige sur
les blés. Cda me donne beaucoup de souci (').
M.BlancadoncmariéBarthéIemi(p« i24?):jeniy attendais, et je n'en ai pas été surpris. Dieu veuille qu'il n ait pas fait une sottise, surtout pour son âme ! Si sa femme est amenée à la vérif é^ il pourra bien dire d'avoir plus de bonhetir qu il ne mérite; car cdoi qui s'expose au danger mérite d'y périr. — Que cda cependant ne le décourage pas ; et s'il faut fn'il souffre, que ce soit avec patience et humilité; k Seigneur est encore miséricordieux pour le forl&r. Quant à moi ,^ je suis affligé de sa faiblesse, nais )e ne l'aime pas moins qu'auparavant ; et je serai bien réjoui de recevoir de ses nouvelles, ainsi ^ne de toutes les personnes qui cherchent la perle de grand prix. Saluez-les toutes de ma part, en •particulier Antoine Césari (^), et tous ceux que vous connaissez. — • Je ne. puis pas écrire cette fois à Saint- Véran, ni à Molines; ainsi, je vous serai obh'gé de faire parvenir de mes nouvelles à nos amis de ces endroits. Saluez aussi de ma part Charles Missimyli, de la Chalp, et toute sa famille(*). Dites-leur que leur cousin, M. Blanc, est arrivé ici en bonne santé ; et qu'il les salue bien affectueusement, ainsi que vous tous. Adieu, mon cher et bien-aimé frère en Jésus-Christ. Le Seigneur vous garde et vous fortifie par son Esprit !
Votre dévoué frcre, Félix Neff.
(1) Quelle alTection yigilante et palenielle en toas polnUt*
(2) Fisite, p. 107.
(3) Fisite, p. 122, au haat : « Voas dies donc du même pays que I. Neff! »