‹ Lettres, avec quelques additionsChapitre 18 sur 50 · II · texte numérisé non relu

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souvent patois que français. Le christianisme ex]périmental et pratique en est seul Tobjet ; et jamais des questions difficiles de théologie ne viennent en troubler la paix, ou en détruire la simplicité. Plusieurs autres réunions semblables avaient été fondées parmi les jeunes gens et même parmi les enfants. Ces dernières sont présidées par quelqu^un de plus âgé ; toutes les autres marchent à peu prb sans autre conducteur que Celui qui a promis d'être en personne partout où deux ou trois sont assena blés en son nom.

Pendant le temps que je passai à Mens je prêchai plusieurs fois chaque dimanche, et je tins, chaque soir, de nombreuses réunions. J'avais, em outre, tout le jour de nombreuses visites ; les âmes noavellement réveillées venaient me raconter avec joie ce que Dieu avait fait pour elles et par elles, ou me demander des conseils pour marcher dans la noa'» velle voie où elles venaient d'entrer; d'autres, en plus grand nombre, encore enveloppées de doutes et de difficultés, venaient pour s'informer du chemin qoi conduit « à la ville de refuge ». Les habitants des campagnes m'amenaient des montures pour me conduire dans leurs hameaux, où je trouvais tou'» jours des réunions plus ou moins nombreuses. J'étais appelé de tous côtés. Jamais la moisson n'avait paru si abondante en Triève ; jamais je n'avais éprouvé un plus vif désir d'en parcourir les populeux vallons. Oh combien je regrettais mon ancienne vigueur! Combien mon corps souffrant et affaibli me semblait un pesant fardeau ! La prédication ne m'était toutefois point pénible encore ; il me sem-

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biait au contraire que c'était un exercice salu^ taire ; et jamais je ne me sentais mieux que le dimanche au soir (')• Aussi, malgré Tirritation toujours croissante de mon estomac, je voyais Tenir aTCC peine le jour du départ ; je ne pouvais me résoudre à m'éloigner de ce Dauphiné, qui m'était éditt comme en partage dans le vaste champ du Seigneur ; et pour peu que M. Blanc eût paru le désirer, je serais resté pour suppléer M. Du mont, m lieu de partir avec lui. Mais, soit qu'il vit mieux foe moi-même, combien j'avais un pressant besoin ie soins et de repos ; soit qu'il craignît qu'un long séjour à Mens ne m'exposât à quelque dénonciation de la part des adversaires, toujours vigilants, ou o excitât quelque trouble , le président ne me dit rien qui pût me faire croire qu'il désirât la prolongation de mon séjour. Je me décidai donc à suivre mon premier plan ; et la suite a prouvé que ce n'était point trop tôt.

Notre départ fut fixé au 12 juin. Je prêchai trois fois au temple le dimanche ; et je tins trois ou quatre I réunions; je ne pris pas un instant de repos depuis I le matin jusqu'à dix heures du soir. Le lendemain, de très -bonne heure, nous partîmes à cheval pour La Mure, M.Dumont, sa femme, et quelques autres personnes qui venaient aussi à Genève. Nous trou- Yâmes la route couverte de gens qui nous attendaient pour nous dire adieu. Plusieui*s nous accompagnèrent jusqu'au sommet de la montagne, et quelques-uns beaucoup plus loin. A La Mure nous

(i) G*est one eipérienoe générale dans la « coaloar éTangéUqae 1» .

prîmes une voilure pour Grenoble, où j'arrivai malade, et souffris toute la journée du mardi ; le mercredi nous partîmes pour Genève, où nous arrivâmes le lendemain 1 5 juin.^

Je crois devoir introduire à cet endroit du présent oavrage les renseignements suivants, sortes d'anecdotes re* cueillies sur le compte de Neff, de la bouche de Marie Philippe par M. Blanc, quatre ans après la mort du missiosnaire. C'est donc cette femme chrétienne qui va parler.

La première fois que M. Neff est entré ici, sei premières paroles en entrant furent : « Que la paix de Dieu demeure dans cette maison si elle y est déjà ! Qu'elle y vienne bientôt si elle n'y est pas encore ! » Ses regards restèrent un moment fixés vers le ciel; et sa prière, par la grâce du Seigneur, fut bientôt exaucée.

Une autre fois il nous dit, à la veillée : « Voulez-vous que je vous dise quelque chose de bon pour votre âme? » Puis il nous raconta Thistoire du pauvre Joseph, et nous demanda ensuite si nous avions tous fait Texpérience qu'avait faite cet homme. Les plus âgés dirent alors aux plus jeunes: « Ecoutez ceci, vous autres. » — Ah ! pauvres âmes, dit T^eff, vous en avez besoin, tout aussi bien que les jeunes! — Le Seigneur ne veut pas qu'aucun périsse, dit une femme. — Non, non, reprit M. Neff, il ne veut pas qu'aucun périsse, mais que tous se conçertissent.

Recevant la lettre d'un ami qui lui conseillait de ne pas tant se fatiguer à cheminer dans la neige, de peur d'altérer sa santé : « Je le remercie, dit-il, mais

je ne reçois pas son conseil ; pendant qu'il est jour U me faut faire la Tolonté de Celui qui m-a envoyé ». Une personne lui dit un jour : « Ne vous exposez pas aujourd'hui en chemin : le temps est pluvieux, et il s'éboule des pierres, je crains pour votre vie. » — «Ne craignez rien, dit Neff! L'apôtre disait qu'il ne faisait cas de sa vie en rien, pourvu qu'il gagnât Christ : j'en dis de même. Le Dieu que BOUS servons est le maître des pierres et de la flaie ; et je me mets en chemin sous sa sauve- ^rde. » Puis, après avoir prié, il dit a son ami : « Eh bien, partons, cher ami, nous n'avons rien à ; craindre, le Seigneur nous protège. » i « On veut vous donner des coups en tel endroit,» lai dit-on un autre jour. Il sourit. « On se propose , de me battre, sans savoir si le Seigneur le veut ; je les plains ; prions pour eux. » — Après avoir prié pour ses ennemis, il dit : « Ne craignons pas ceux qui ne peuvent ôter que la vie du corps; mais craignons plutèt Celui qui a le pouvoir de jeter l'âme et le corps dans la géhenne. »

Un jour, après que je lui eus raconté ce que le prêtre était venu me dire : « Ne craignez rien, me répondit-il; le Seigneur combat pour vous; attachez-vous à lui ; priez; ils ne pourront rien vous faire. » — «J'aime en eux, disait-il une autre fois, ce que le Seigneur a racheté ; pour le reste j je le hais d'une parfaite haine. »

Un jour on lui présenta son traité favori, « le Miel découlant du Rocher, » qu'on avait percé avec un clou et présenté plusieurs fois au feu, afin de se moquer de celui qui Vavait répandu dans le pays. — ^

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41 Ce n*e$t pas au livre qu'on aurait voulu faire cela, dit-il. Mon Dieu, prends pitié de ces pauvres âoies ! Réjouissons -nous de ce que le Seigneur nous a donné de le connaître : de notre nature nous ne valons pas plus qu'eux. »

Un jour qu'il exhortait une personne à se convertir au Seigneur, elle lui répondit : « Sans doute qu'il y aura de petits péchés auquels je n^aurai pat fait attention. » — « Ah \ répondit-il, que parlez- voM de petits péchés ! Ils sont tous abominables au Sàr gneur ! Ses yeux, sont trop purs pour voir le mal. Cherchez dans la Bible si vous y trouves de plus | petit péché que celui d'Adam et d'Eve ; ils n'ont -. fait que manger un fruit; ils n'ont pas offensé lear prochain, puisqu'ils étaient seuls ; et cependant ce petit péché a perdu le genre humain; il a fallu une bien grande victime pour l'expier, n — a Vous ne savez pas que vous êtes enfant d'Adam, dit-il à une femme, et que vous n'avez pas besoin de vous perdre ; car vous êtes perdue de votre nature. Vous êtes brave, selon le monde, je le crois; vous ne tuez pas; vous ne volez pas; vous n'êtes pas une femme de mauvaise vie aux yeux des hommes. Mais il n'en est pas ainsi aux yeux du Seigneur, qui sonde les cœurs et les reins et qui connaît vos pensées les plus secrètes. Priez-le qu'il vous donne son Esprit de lumière pour vous faire connaître votre perdition. Si vous étiez là-haut sur ce rocher avec un bandeau sur les yeux, vous tombericz^ infailliblement dans le précipice : et si quelqu'un avait pitié de vous et vous ôtait le bandeau, dans quel effroi neseriez-vous pas ! Vous saisiriez aussitôt quel-

que pointe de rocher ou quelque arbre, s'il s'en

trouvait» pour prévenir votre chute £h bien I

TOUS èles dans le même cas pour votre âme. Quand vos yeux seront ouverts par TËsprit, vous vous verrez sur le bord de Tabîme éternel : alors voua crierez au Seigneur Jésus, qui est Tarbre de vie, le rocher de notre salut !»

« Vous avez soif, dit-il à une femme, du pardon 4e vos péchés? Mais pour être désaltérée, il faut vous baisser ; car la fontaine est bien basse. Si je pouvais boire pour vous , votre âme serait déjà inondée des eaux jaillissantes en vie éternelle ; mais ne croyez pas que je sois un Sauveur. Je ne suis qu'un Jean-Baptiste, pour vous dire : «Voilà TA* gneau de Dieu qui ôte les péchés du monde ! » Allez à lui telle que vous êtes; et vous trouverez en lui un Sauveur parfait! »

•c Vous avez été vous confesser plusieurs fois, ditil à une femme catholique ; croyez-vous que le prêtre vous ait ôlé vos péchés? En recevant l'absolution, avez-vous l'assurance que le Seigneur vous ai pardonné vos péchés? » — « Non, dit la femme. Je me suis toujours trouvée dans la crainte de la mort, parce que je sens que j'ai péché contre le Dieu du^ Ciel; et je n'ose pas paraître devant lui, craignant d'être jetée dans l'abîme éternel, comme je l'ai trèsjustement mérité. »•— Eh bien, vous voyez, ma chère, qu'un homme ne peut pas vous pardonner vos péchés ! Mais le Seigneur Jésus le peut et le veut, parce qu'il est tout puissant et tout charitable. Allez donc à lui telle que vous êtes, comme autrefois la pécheresse Madeleine ; et, comme elle, voustrour

vercz un Sauveur rempli de compassion, qui vous dira comme à elle : « Va-t'en en paix : tes péchés le sont pardonnes ! » Et comme elle, alors, vous ai* merez beaucoup, parce qu'il vous aura été beaucoup pardonné. »

M. Neff était tellement rempli d'amour pour les âmes, qu'il passa plusieurs fois des nuits entières à prier, ou à écrire à ceux qu'il savait travaillés de leurs péchés. «Ah! que je me réjouis, disaitil, quand je trouve quelqu'un qui pleure sur ses péchés! Mais, hélas! ils sont bien rares dans ce pays, ceux qui sachent le faire ! Quel sujet d'affliction pour moi (') ! Les âmes périssent, et Ton ne veut pas y croire. Je puis comparer les hommes de cette génération à celle dont parle le Sauveur ; ils ressemblent aux enfants qui sont assis dans une place, et qui crient les uns aux autres : « Nous avons jooé de la flûte , et vous n avez pas dansé ; nous nous sommes lamentés, et vous n'avez point pleuré:» car je leur ai annoncé la Bonne Nouvelle du salut, et ils ne s^en sont point réjouis ; je leur annonce maintenant que la colère de Dieu pèse sur leur tête, et ils ne s'en affligent pas ! Ils se plaignent que je les frappe trop fort; que Je leur annonce des paroles dures; mais je ne puis faire autrement. Quand je suis dans la chaire et que je jette les yeux sur mon auditoire, je vois ces pauvres gens remplis de l'amour du monde, avec la joie mondaine peinte sur leur visage ! Je ne puis m'empêcher de leur annon' cer leur triste situation ! »

(1) Les paragraphes suivants concernent plus particoUéremeol le* babitaots d'Arricux et du Queyras.

- Un dimanche, - après avoir prêché sur la para^ bole des noces, il annonça que Taprès-midi il tiendrait une réunion. Quelle ne fut pas son affliction lorsque en arrivant, au lieu de les trouver réunis pour la prière, il les trouva réunis pour le bal, et qu'ils l'invitèrent même à prendre part à leur plaisir (') !

« Je les laissai, dit-il, après leur avoir parlé de

\ ceax qui périrent dans le désert, et m'en allai

'■ dicrcher une âme que f avais lieu de croire bien disposée pour les véritables joies. Mais si vous sa-

\ TÎez combien cela m'a affligé, et combien de sou-

^ pirs î'ai poussés en traversant la montagne !....

I Mais si ceux-ci m'affligent en ne recevant pas la semence du royaume, je me réjouis en portant mes regards dans les vallées du Piémont ; c'est là

' que je crois que mon travail n'est pas vain au Seigneur ! Qu'il en soit béni, et qu'à lui seul en soit la gloire ! Je me sens tout indigne de cette belle

i œuvre. Que suis-je, moi, pour que le Seigneur m'ait reçu au nombre de ses serviteurs, et pour travailler dans sa vigne ! Mais le Seigneur se sert des choses faibles pour confondre les fortes. »

Recevant la lettre d'un ami qui lui annonçait que l'Ennemi était déjà sorti pour semer son ivraie : « Ah! je puis maintenant dire comme le Seigneur : « Je suis allé porter le feu en Piémont : que veuxje de plus s'il est déjà allumé? Je prévois, en effet, que le feu de la persécution s'allumera violent

(1) Pea(-é(re rexpression de Marie Philippe n^est-ello pat ici par> failement exacte* Le fait semble incroyable.

contre le Seigneur; ces chers amis auront beaucoup à souf!rir ; et peut-être même quelques-uns d entre eux, avant que cesoitlafin, rendront témoignage de leur sang à Jésus. Mais leur gloire sera d'autant plus grande ; et j'ai cette confiance que Celui qui a commencé cette bonne œuvre Tachèvera. » Dans une réunion il dit un jour : « Chers amis, si vous saviez combien il est doux d'être en communion avec le Seigneur, avec le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, avec Celui qui a fait le Ciel et la terre, et qui habite maintenant une lumière inaccessible! Examinez-vous, pour voir si vous avez déjà soopé avec lui et lui avec vous. Ah ! pauvres âmes, que vous êtes à plaindre ! Le Seigneur se tient à la porte des cœurs et frappe ; et vous ne voulex pas lui ouvrir ! Il s'humilie ; il vous supplie de rece* voir les biens, et vous ne voulez pas ! Vous vous croyez assez riches ; vous dites comme cet évêquede Laodicée : « Je suis riche ; je me suis enrichi ; et je n'ai besoin de rien ; » — tandis que vous ne connaissez pas que vous êtes pauvres, misérables aveugles et nus. Vous ne faites pas ainsi pour les biens de la terre : vous criez toujours comme la sangsue: «apporte »! Pourquoi, depuis le temps que vous avez entendu la Bonne ISouvelfe du salut, ne Tavez-vous pas reçue? Il en est beaucoup qui l'ont entendue plus tard que vous, et qui l'ont déjà reçue : cependant c'est la même parole, c'est le même homme qui vous l'annonce aux uns et aux autres ! D'où vient donc que vous êtes si en arrière?.... Ah! c'est que, ne sentant pas que vous êtes perdus, c'est que ne croyant pas à la Bible qui vous l'annonce,

^ 219 ~ YÔ05 lie pouvez pd$ croire que vous ayez besoin d un Sauveur ; vous ne croyez pas ique ce que je TOUS dis est la vérité. £h bien, ne m'en croyez pasi Laissez la Bible de côté ! Mais allez, je vous en prie, pour Famour de vos propres âmes qui sont immortelles, allez aux pieds du Seigneur ; il est fidèle, il ne trompe personne ; demandez-lui son Saint-Esprit pour qu*il vous fasse comprendre que la Parole que je vous annonce n'est pas ma pa-^ rôle, mais la sienne, qui ne passera point, cette parole qui sera votre juge si vous ne la recevez plantée en vous pour sauver vos âmes ! »

(c Vous ne voulez pas croire, dit-il, dans une aur tre assemblée, que votre iniquité est gravée dans votre cœur avec un burin de fer et une pointe de diamant ? Que le cœur est désespérément malin par^ dessus toute chose ! Il semble que vous vous mo-* quez de ce que je vous dis ! Vous ne croyez pas être si méchants que vous Tannonce la parole du Seigneur? Cependant ce n'est pas moi qui le dis, mais celui qui sonde les cœurs et les reins; il n'a pas besoin que personne lui rende témoignage de ce qui est dans Thomme ; il le connaît par lui-même.»

Un jour, se trouvant dans une maison , après avoir supplié ceux qui s'y trouvaient de recevoir la parole de réconciliation, et voyant qu'ils ne faisaient point de cas de ce qu'il leur disait, il devint triste et abattu. « Avez-vous mal? lui dirent ces gens. — Oui, j'ai mal, en voyant votre obstination à vivre dans l'éloignement de Dieu, sans vie et sans espérance dans le monde ! — « Je lis souvent la Bible, lui dit l'un d'eux, et je ne me la rap*

pelle pas. y> *— » Ah! si vous Taimiez^ cette Parole, vous la garderiez ! Si vous aviez un ami bien cher, qui fût éloigné de vous, vous penseriez souvent à lui. S'il vous écrivait que bientôt il viendra poar rester toujours avec vous, vous liriez, vous reliriez sa lettre ; vous vous la rappelleriez ; vous en parleriez à vos amis ; vous hâteriez par vos soupirs le moment de sa venue. Hé bien ! si vous aimiez le Seigneur Jésus, vous garderiez sa Parole, vous en parleriez à tous ceux que vous rencontrez, et vous aimeriez le jour de son apparition ! »

Un jeune homme allant le voir un soir, il lexhorta à penser sérieusement au salut de son âme ; et ne recevant aucune réponse de lui, il lui demanda: « Quand vous avez quelque chose à faire dans vos terres, attendez-vous pour faire votre travail que les autres travaillent? — Non, lui dît le jeune homme, je ne regarde pas ce que font les autres, je travaille quand il est temps de travailler. » — Hé bien ! faites-en de même pour votre âme ; n'attendez pas la commodité des autres; pensez-y dès maintenant; c'est aujourd'hui le jour du salut ; il s'agit de vous-même et non pas des autres, de votre bonheur éternel ouxie votre malheur éternel; ne savez-vous pas que le chemin est large qui mène à la perdition? Ne suivez pas la multitude pour mal faire. »

On l'entendait souvent chanter les louanges da Seigneur, seul dans sa chambre. Les gens du monde disaient de lui : « Quel êlre singulier ! On le croirait malheureux; et quand il est seul, toujours il chante!» — Ce n'est pas qu'il n*eûtbien à combattre le reste

de corruption qui était dans son coeur; je l'ai entendu s*en plaindre bien souvent, et dire qu'il était quelquefois tellement assailli par TEnuemi, qu'il se Yoyaît comme enveloppé de ruines; qu'il perdait même par instants Tespérance d'être sauvé. Mais bientôt il reprenait courage : «Celui qui m'a reçu dans sa communion est fidèle, disait-il, et si, à P cause de mes nombreuses infidélités, il cache pour un instant sa face, j'espère en lui, je sais en qui

j'ai cru ! »

Il me dit un jour : « Lorsque je lisais la Vie de Bunian, et que je le voyais si affligé pour une seule pensée, je me disais : « Quel homme était ce Bunian ? !Ne savait-il pas que les dons de Dieu sont sans repentance? Je trouvais sa foi bien faible ; mais je me suis repenti de cette pensée. En effet , que de péchés nous commettons sans y faire attention ! Ah ! si nous avions constamment devant les yeux ce que le Seigneur a fait pour les expier, nous ne les traiterions pas si légèrement ! »

Un matin je lui dis : « Il me semble que bientôt nous devons nous séparer pour ne plus nous revoir en ce monde ; quand vous ne serez plus, que feronsnous? — Il répondit : « Le Seigneur ne nous quitte jamais ; c'est à lui que vous devez vous attacher; il faut qu'il croisse dans votre cœur, et que moi je diminue ; c'est lui qui est l'époux de vos âmes ; Lui, il est du Ciel, moi je suis de la terre. Cependant, si le Seigneur permet que je m'en aille, et qu'il vienne quelqu'un qui vous annonce le salut par les œuvres de la loi, vous ne le croirez pas ; priez le Seigneur qu'il vous garde de la séduction. Je prévois d'avance

qa'il Tiendra de faux Christs ; vous les connaîtrez k leurs fruits. Cependant ne vous séparez pas de

rSglise Si quelqu'un venait à vous prêcher

une autre doctrine que celle que je vous ai an-* noncée, ne quittez pas pour cela rassemblée des jours de dimanche ; mais cherchez plutôt à éclairer le pasteur lui-même, et à lui faire comprendre la doctrine du salut... •

: Le jour vint où il devait s'en aller! Il nom^ disait : « Le temps est court, bientôt viendra la fin ; il faut que le Fils de Thomme soit annoncé dans toutes les villes d'Israël. » — Oh ! je voudrais être comme Taube du jour, pour annoncer partout U Bonne Nouvelle du salut gratuit en Jésus-Christ! Mais, après trois ans et demi de séjour ici, il est temps de m'en aller. Je ne puis demeurer davari-» tage à cause de la faiblesse de ma santé. Quoique j'aie bien à me reprocher de n'avoir pas agi en fidèle serviteur, je vous ai cependant annoncé la doctrine' du salut par pure grâce. Qui aura cru, et qui croira , tant mieux pour lui ! Les âmes qui n'ont pas la vie me navrent de douleur ! Je quitte aussi avec regret mes chers enfants en Christ, qui sont encore tant faibles, et qui sont gravés dans mon cœur.... »

GHAPITBE XL

KPUIS LE BSTOUR DE NEFF A GENÈVE JUSQu'a LA FIN BE L^ ANNÉE

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