‹ Lettres, avec quelques additionsChapitre 19 sur 50 · JUIN -31 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

JUIN -31 DÉCEMBRE

La première lettre que nous ayons de cette époque con« tient, comme on pouvait s^y attendre, des détails sur U santé et la manière de vivre de Neff à Genève, et s'adressait i sa correspondante accoutumée de Mens, Mlle. Emilie Bonnet. La présence du missionnaire à Genève nous attira do pays de Mens encore plus de visites que de coutume; c'est de Tune de ces personnes que Neff parle au début de sa lettre.

Genève, le 21 juin 1827.

Ma chère Emilie,

Quand vous recevrez la présente, je pense que M*** Flore vous aura donné de ses nouvelles et des miennes ; et c'est aussi un peu en me fiant sur elle que j'ai renvoyé d'écrire à Mens. Elle yous aura dît qu'elle se porte sensiblement mieux depuis qu'elle est ici ; au moins puis-je vous assurer qu'elle en a toute l'apparence, et qu'elle n'a jamais eu meilleur air qu'à présent. Elle parait n'avoir guère de soucis ; elle va ; elle vient ; elle est libre comme l'air ; car, par ménagement pour sa santé , sa tante veut qu'elle ne soit contrariée en aucune façon. Elle aurait grande envie, à ce qu'il parait, de voir beau-

coup de chrétiens déclarés; mais malheureusement ils ne se tiennent guère du côté ou elle demeure, et ils ne peuvent guère la visiter chez elle. D*aillean les Genevois , comme on sait , ne sont pas trësprévenants pour les étrangers.... Je tâche d'y suppléer en allant quelquefois la voir ; mais je n*ai guère de forces; et comme il fait ici, et mainte* nant, assez chaud, les courses me fatiguent beaucoup.

J'habite , avec ma bonne maman , un appartement fort agréable, ayant vue sur le lac ; on y respire un air pur et frais, plus que tout à Tentour ; et c'est tout près de la ville.

J'ai consulté un des meilleurs médecins.d'ici, qui m'a dit que j'^^tais épuisé, qu'il me fallait beaucoop de repos, beaucoup de ménagements, etc. Du reste je souffre peu , pourvu que je fasse diète tout le jour, c'est-à dire que je me borne à deux petits potages dans le jour, et à souper un peu en allant coucher. Mais il faut que je vous parle de ma visite

au médecin; c'est M. B fils. Après plusieurs

autres questions, il me demanda quelle était ma vocation?— Prédicateur.— Où j'habite? — Le Dauphiné, dans les Alpes. — Vous avez là des paroisses bien fatigantes, bien dispersées. — Oui ; et c'est justement cela qui m'a fatigué. — Ce sont des restes des anciens Vaudois? — Il y en a. — Nous avons eu des relations fort intéressantes de quelques vallées de ces côtéslà, d'un ministre. Monsieur... le nom ne me revient pas. — Neff, peut-être? — Justement ! — C'est moi, qui ai l'honneur de vous parler. — C'est vous? Oh! je suis charmé de faire votre connaissance , et le

serai de pouvoir vous être utile ; mais, dites-moi , il jr a bien du réveil reKgieux dans ces montagnes, etc.? — Et voilà mon docteur qui oublie ma consulte, pour me parler du règne de Dieu. Jugez si je fus agréablement surpris! Cependant, comme plusieurs personnes attendaient dans Tanticbambre, je crus devoir ramener le sujet de ma visite ; puis je me retirai, non sans lui avoir promis de le re* voir bientôt. La relation dont il s'agit est celle de Freyssinières, rédigée dans le but d'obtenir quelques secours pour les écoles de cette vallée.

Du 23. Je fus obligé, avant -hier, de vous quitter, parce que, en écrivant, je pris selon Tordinaire mal à Testomac pour le reste du jour. Hier, j'ai 8oa£Fert tout le jour pour digérer un petit déjeûner d'arrow-root, substance très-légère, et qu'on donne même aux moribonds, mais qui m'a fait mal également. Aujourd'hui , grâce à Dieu, je me suis levé assez dispos, et je me hâte d'en profiter pour achever ma lettre avant déjeûner ; car après, il ne sera plus question d'écrire. Je retourne ce matin chez mon docteur, qui probablement me recommandera encore le repos ; c'est pour moi un trisle régime , et je m'ennuie déjà bien. Je suis vraiment honteux de mon peu de patience et de soumission, surtout quand je considère combien je serais digne mille fois d'être renvoyé du service ou rendu incapable de travaillera l'œuvre de Dieu.

Bost est ici jusqu'à lundi ('). Comme il est mon voisin, ou peu s'en faut, je le vois souvent. Le brave

(t) Alors encore mistioniiaire.

et »élé Fuchs (on prononce Foux), dont vous aurea; lu quelque chose dans les relations de Bpst, est ai^riyé hier. Gaussen est malade ; Galland est toujours bien faible; Lhuilierest à la montagne,, à prençlre Tair ; je ii^ai encore vu aucun de ces trois, qui sont loin de la ville. Empeytaz est convalescent. Enfin, tous ces pauvres prédicateurs sont cacochimes à faire pitié ; et, à ce que dit le Seigneur a qnU met sa liqueur dans des vases de terre « , on pourxaitbien ajouter dans des pois cassés....

On attend dans peu le profond, mais bien aimable Ërskine ; je me réjouis de le revoir.

Je ne promets d'écrire à personne, cela me coule trop cher ; mais je recevrai avec bien du plaisir le» nouvelles qu'on voudra bien me donner ; et pouf, ce qui vous regarde en particulier, j'espère que vous ne me ferez pas languir.

Saluez affectueusement de ma part tous nos amis en général, et en particulier MM. Pélîssier père et fils, vos parents, M. et M^^ Garnier, les dames Richard, Michel, etc.

Adieu, ma chère Emilie! Que Dieu vous fortifie de corps et d'âme, et vous donne la prudence nécesr ^aire pour vous ménager !

A H. JEAN PHILIPPE, A ARVIEUX.

GeDève, le 10 juillet id2r.

Bien -aimé frère en J.-C, notre Seigneur,

J'ai reçu votre lettre avec d'autant plus de plaisir que, depuis mon arrivée ici, c'est la première que

je reçois de France. Je suis arrivé à Genève le i S juin. Pendant les premiers jours, j'avais encore assez de force; j'allais et venais; je prêchais» etc., comme avant de partir, quoique j'eusse souvent mal à Tcstomac. Mais la dernière semaine de juin, mon estomac fut beaucoup plus malade ; je perdis en peu de jours tout ce qui me restait de force. J'avais consulté les meilleurs médecins d'ici ; mais ils n'avaient pas connu tout de suite ma maladie ; et ils i m'ont donné des remèdes qui m'étaient plutôt contraires. Quand ils ont vu que j'étais plus mal, ils ne m'ont plus donné de remèdes, et m'ont prescrit pour régime de ne vivre que de lait bouilli avec un peu de sucre, et un peu de pain blanc très -délicat ; car je ne pourrais pas supporter le pain blanc ordinaire. Je dois prendre en même temps tous les jours un bain dans le lac, dont l'eau n'est pas très-froide ; c est aujourd'hui le dixième jour que je suis ce régime; et, grâce à Dieu, je m'en trouve fort bien. Je ne sens plus de mal à l'estomac et j'ai déjà repris des forces. Il serait bien à désirer que votre Marie pût suivre la même ordonnance, si elle pouvait supporter le lait; car c'est le seul remède qu'on connaisse pour cette maladie. Mais il ne faut absolument rien boire ni manger d'autre, ni soupe, ni bouillon, ni œufs, ni quoique ce soit, pas même aucune espèce de tisane, etc Je suis bien décidé

à suivre ce régime aussi longtemps qu'il sera nécessaire, quand ce serait plusieurs années, comme cela est arrivé à quelques personnes. Si je continue à me trouver mieux, j'espère avoir, avant la fin de l'été, l'avantage de vous revoir; mais il ne paraît cepen-

dant pas que, de longtemps, je reprenne asssez de forces pour pouvoir desservir une église aussi pénible que la \ôtre. Aussi ai-je été obligé d'écrire à M. d'Aldebert qu'il ne devait plus compter sur moi. Je n'ai pas besoin de vous dire combien il m'est pénible de renoncer au service d'une église à laquelle je suis attaché de cœur, et où le Seigneur a daigné répandre de précieuses bénédictions : mais c'est la volonté du Maître, et nous devons toujours la ti^ouver bonne, agréable et parfaite.

Cependant, comme je vous l'ai dit, j'espère vous revoir bientôt ; et autant qu'il dépendra de moi, je continuerai à visiter vos contrées. Dans tous les cas, mon affection pour vous et pour tous ceux que le Seigneur a daigné réveiller du sommeil de mort ne diminuera point; où que je puisse être, mes pensées ne cesseront de me transporter au milieu de vous ; et mes prières ne cesseront de vous recommander au trône de la grâce. J'espère aussi que le Seigneur, qui vous a appelé, sera fidèle pour vous affermir; et que vous apprendrez à le connaître et à l'aimer de jour en jour davantage

J'essaie, mon cher frère, d'ajouter quelques mots tie ma propre main pour vous dire encore une fois combien votre lettre m'a fait plaisir ; combien je porte souvent mes regards de votre côté ; et combien je désire ardemment vous revoir tous bientôt. Non, je n'ai nulle part des amis plus chers que vous et ceux de votre maison ; et personne ne doit être plus profondément gravé dans mon cœur. — Saluez bien affectueusement de ma part vos deux oncles Jaques et Laurent, ainsi que votre voisin Jeaii

et sa femme. Saluez nos amis Césary et Barthéle'my, et dites-leur de m'écrire. Saluez aussi mon hôte; Charlotte de la Chalp; et en général tous ceux d'Arvieux qui s'informeront de moi.

J'ai écrit à M. Charbonnier, de Guillestre, avec ane incluse pour Jean Rostan, de Vars. Informez- Tous s'il Ta reçue, et dites-moi aussi si Jean Roslan est allé vous voir. Je compte mettre ici un billet pour nos amis de Mollines et de St.-Véran. Je languis bien de recevoir de leurs nouvelles. Adieu, cher et bien-aimé frère ; que le Seigneur vous fortifie et vous console par sa grâce ea Jésus-Christ!. Amen.

Ât MARIE PHILIPPE, A ARVIEUX.

Genèye, le 11 Jaillet 1827.

Quoique depuis longtemps je n'aie rien pu. écrire à cause de mon estomac , je veux essayer aujourd'hui de tracer quelques lignes, pour avoir le plaisir de répondre de ma propre main à votre bonne lettre. Je le ferai à plusieurs reprises, et j'espère qu'ainsi cela ne me fera pas mal.

Je languissais tellement d'avoir des nouvelles des Hautes-Alpesvet particulièrement de chez vous, que rien n'aurait pu me réjouir davantage que vos lettres. Je parle en détail à votre mari de ma santé et du régime que je dois suivre, dans l'idée que vous pourrez en suivre un semblable pour vous-même. Quant à moi, je m'en trouve fort bien, et je reprends de jour en jour des forces ; et si je n'avais pas souvent mal aux dents , je serais maintenant.

fort tranquille. Mais quand on est trop bien, on est mal, et le péché prend bien yite le dessus ; surtout quand on est obligé de rester tout le jour sans rien faire, comme cela m'arrive maintenant, que je ne dois ni lire, ni écrire, ni même parler. Depuis environ trois mois j'ai laissé, j'ai été obligé de laisser la prédication et tout travail d'évangélisation ! Cest la première fois que les forces me manquent pour remplir les fonctions de mon ministère depuis huit ans que je Texerce ; rien ne pouvait m'humilier da* vantage. Mais je m'y soumets; et je dois d'autant plus m'y soumettre, que je suis digne d'être rejeté,non pas pour un temps , mais pour toujours, de l'œuvre de Dieu.

Aussi, ne puis- je assez m'humilîer des bénédic^ tions que le Seigneur daigne pourtant répandre sur une œuvre entreprise au milieu de tant d'infidélités. Oh! qu'il est bien vrai, comme dit le prophète. quV7 remédie à nos rebellions! Aussi, j'espère que, malgré toutes mes misères et mes infidélités, ce bon Maître daignera me prendre encore à son service, et me permettra d'annoncer ses gratuités parmi les fils des hommes (Ps. cvii).

Je vois aussi avec joie que, de votre côté, le mê* me Dieu vous donne victoire, et vous soutient contre tous les assauts de TEnnemi. Ayons donc bon courage ; et croyons que Celui qui nous a aimés des le commencement nous aimera jusqu'à la fin (Jean

XIII, i).

Vous me dites que votre sœur Marguerite et votre cousine Simon de la Chalp ont trouvé auprès du Sauveur quelque soulagement pour leur âme,

fatiguée et chargée depuis si longlemps. Qiie lé Seigneur en soit à jamais béni ! Et puîsse-t-il leur rendre en gratuité et en bénédiction tout ce qu'elles ont souflert en angoisses , en craintes et en ténèbres! (V. p, 206.)

Oh ! combien ces chères âmes m'ont donné de souci ! Dans quel travail j'ai été pour les enfanter à Christ ! Et combien je prends part à leur joie, si elles ont enfin éprouvé qu'effectivement le Seigneur ne met point dehors ceux qui vont à lui ! Oh ! ditesleur bien, répétez-leur sans cesse, que tout est possible .à celui qui croit ^ et que rien n'afflige plus notre bon Jésus que notre incrédulité. Exhortez-les à repousser tous les dards enflammés du Malin, et à retenir fermement l'espérance qui leur est proposée. Ditesleur de m'écrire elles-mêmes, mais non pas des jérémiades.C'est une grande ingratitude de ne parler que du mal, et jamais desgrâcesque le Seigneurnous fait. Saluez-les bien affectueusement de ma part. Saluez aussi toutes celles qui soupirent après la délivrance. Dites-leur que je prie pour elles, ainsi que tous les enfants de Dieu qui connaissent leur pénible situation. Saluez aussi ceux de la Chalp et de Brunissard, ainsi que notre chère Madelaine, votre bonne mère (p. 26). Continuez à me donner de leurs nouvelles et des vôtres ; car mon esprit est souvent avec vous, et mon cœur toujours. Quand j'aurai plus de force j'écrirai une lettre pour tous et plus au long; pour aujourd'hui, il faut que je vous quitte.

Voici maiotcnani quelques extraits de lettres édifianltil

reçues par Neff à cette époque, et telles que Neff les introduit lui-même.

Depuis mon arrivée à Genève,' je n'ai cessé de recevoir les nouvelles les plus satisfaisantes de la plupart des églises que j'ai quittées, quoique je fusse peu capable d'entretenir une correspondance active, ayant eu à peine la force, dans les premiers temps, de dicter mes lettres. Les extraits suivants sont placés d'après l'ordre de leurs dates respectives; mais la plupart des lettres de la même époque et du même lieu ayant souvent beaucoup de rapport entre elles, j'ai dû en retrancher un grand nombre.

A la suite d'une lettre très-afiectueuse de notre ami M. le pasteur Blanc, M^ Emilie B. me disait entre autres choses :

Mens, 7 JoiUet 1827.

Sans doute vous avez raison de regarder comme une grande grâce de pouvoir travailler dans la vigne du Seigneur ; mais avez-vous oublié que quand vous seriez réduit à rester constamment au lit ou sur une chaise, vous ne seriez pas pour cela renvoyé de son service ? Si vous ne poavez ni lire ni écrire, j'espère que vous pouvez prier; el tandis que voire corps et voire esprit s'appauvrissent faute d'alimenls , voire cœur se forliGe au Seigneur. Nous avons plus besoin de la sanié de Tâme que de loule autre chose. Quand le corps allait bien, vous éiiez tout pour les autres; je pense qu'à présent vous existerez un peu pour vousmême. Soignez-vous donc ; mais remettez avec conGance voire guérison au bon plaisir de voire Père qui est dans les Gieux. Je lui demande sans cesse qu'il fasse tourner à voire avancement intérieur tout ce qu'il lui platl de vous envoyer. Tous les amis se joignent à moi pour vous conjurer de

prendre tous les méoagemenls possibles... •» On prie pour îoas dans tontes les réunions.

Premier journal de Jean Bosian^ de Fars.

BAUTES-ALPES.

Gaillestre, leOJoiUet 1827.

Comme vous m^aviez promis de m'écrire de Mens, je ne ssTais que penser de voire silence, ei je commençais à craindre que vous m^eussiez en quelque sorie oublié. Cependant je ne pouvais croire que vous eussiez si vite perdu de vue ceux pour lesquels vous avez éié si longtemps comme en travail d^enfantemeat, et pour le salut desquels vous avez usé vos forces et votre santé.

Vous serez sans doute bien aise, mon cher ami, d'apprendre ce que je fais, et ce qui se passe dans nos pauvres montagnes.

Après avoir pris congé de vous à Guillestre, je remontai è Tars tout consterné, comme un poussin qui a perdu sa mère, ne sachant trop ce que j'allais devenir... Je ne pensais pas alors au grand Pasteur, quipail lui-même ses agneaux le long des eaux tranquilles, et que ceux qui se confient en lui n'auront point de disette. Mais, depuis, j'ai éprouvé qu'en Christ nous pouvons toutes choses.

(Ici Rostan annonce la mort d'un jeune frère de Freyssinières, nommé François Besson ; puis il ajoute) : La mère Fine, de Pierre-Grosse, paraît réveillée d'entre les morts, et cherche son salut, je ne dirai pas encore dans la croix de Jésus, car on n'y va pas si tôt, mais au moins dans des efforts sincères. Puisse le Seigneur la transporter bientôt de SinaT en Golgotha, et lui montrer ce que le Fils de l'Homme a souffert pour elle !

Le 25, à Arvieux, je fus bien réjoui de quelques-unes de

nos jeunes filles. Elles sohl enfin arrivées au por( de la dé*tivrance ! Le temps esi venu où les muels parlent, el où les paralytiques sautent de joie, louant ei glorifiant Dieu. Marie Simon, et Marguerite Philippe (p. 230) ne semblent plus les mêmes créatures.

Le dimanche, je tins les réunions à Yars ; ei le soir je vins à Guillestre , où la foire du premier lundi avait réuni j beaucoup de protestants^ J^y lins pendant la soirée uut -. réunion de trente à quarante personnes des diverses vallées; et, le jour même de la Foire , je vis beaucoup de frères et de sœurs, entre autres la pauvre mère S. de I>ourmillouse^ qui est venue tout dernièrement à Jésus, et qui est pfeine de vie et de joie. Son fils est fort triste, parce qu^il n^a pas en^ core trouvé la délivrance. .j

Quant à Yars, on y est toujours bien tiède, comme vous i savez. Cependant Daniel et Susanne continuent à marcher ,-^ dans la voie du salut. Pierre (') est arrivé de Ntmes il y a peu de temps. Il nous adonné d'intéressants détails sur le règne de Dieu dans ce pays-là ; lui-même a fait beaucoup de progrès. F

H serait bien temps que je vous parlasse un peu de moi: même, mais le papier me manquera. Le Seigneur m'a comblé de ses grâces et a exaucé les prières que lui-même il avait formées dans mon cœur. Cependant j^ai beaucoup de combats; mais je vois qu'au lieu de combattre, je dois m'a battre aux pieds de Jésus qui me fortifie. Mon méchant cœur veut toujours s'élever par orgueil, quoiqu'il sache fort bien qu'il ne subsiste que par grâce; mais le Seigneur 2t soin de m'humilier par des affiiciions. Depuis quelque temgs mon père est malade, ma mère égalemeni, eic

Les jours ouvriers nous sommes occupés au travail de la terre; et, quand nous avons un moment, au liea

(1) Ce Pierre (Tholosan, p. 22 de ce volame) est un eolporteor de- Vars, qui passe tous les hivers en Languedoc, et qui prdehe I^Van* gile tout en vendant ses dentelles et ses mouchoirs. .

(faller folâtrer, nous remployons à la feclure, à la médîlalioo et à la prière. Puisse la volonté toujours juste et bonne de notre Dieu s'accomplir pour le bien de nos âmes ! Tous mes parents vous saluent.

Jean Rostan, cadet.

Je reçus, reprend Neff, une lettre de Dourn>illou^e du 19 juillet, de Jaq. Baridon, dit ChafTretOD, le grand chasseur aux chamois dont j'ai parlé dans mes journaux de 1825 (p. 126 ei 12 ). Il me parle entre autres choses du délogement et de la sépulture de Fr. Besson (p. 127). Ce cher frère fait grand besoin aux pauvres villages de la Combe, surtout aux Mensals : ils sont maintenant comme orphelins, car ils se refiaient beaucoup sur lui.

Tai été appelé, ajoute Baridon, à prononcer une oraison fonèbre sur la fosse de feu notre frère, oii j^ai tâché de leur faire comprendre qu^il fallait aller à TAgneau de Dieu, qui seul peut leur faire connaître leurs péchés et les leur pardon- Ber. Je leur disais : ce Vous le voyez ; il ne faut s^appuyer sur personne que sur le Sauveur. Ce n^est pas à des créatures comme nous de pouvoir vous sauver ; nous pouvons seulement vous dire comme Jean-Baptiste : u Fuyez la colère à venir! FoilàV Agneau de Dieu! » ou comme la Samaritaine : ikFenez^ voyez un homme qui m'a dit tout ce que f ai fait; » ou enfin comme l'aveugle né : « Py suis allé moi-même^ je me suis lavé et je vois, w C'est parce que vous vous appuyiez trop sur ce cher frère (sur Besson) "que Dieu vous Ta ôié ; c'est pour vous apprendre à marcher seuls, et vous retirer de cette apathie où plusieurs sont encore plongés; c'est pour vous montrer comment la mort peut nous surprendre à chaque instant. Allez donc, ainsi que Dieu nous y invite, allez à ce Sauveur qui veut donner sa vie à vos âmes ; car tant que vous restez loin de lui, vous êtes morts dans vos fautes et dans vos péchés. -»

Je semais qoe ce n'était pas moi qui parlais, car vous sa^ Tez comme je sois no paoTre instroment; mais daos ce mo- ■leot-là je o'étais plus à moi-même; je me semais comme nrri par la ?eria de l'Esprit de moo Sauveur.

Les frères de Palloo et de Champcellas perséTèreut toujours daos le chemio de la Térité ; priocipalemeot ceux de Cbampcellas, tous ei-defaot catholiques romaios (p. 106}.. J^ai assisté à leurs rénoioos, et j'ai été très-réjoui de leur xèle ; mais bieo attristé eo même temps de voir qu'ayaaC reçu si peu de seroeoce, ils profiteot mieux que nous, qui e» aroos taot prodigoé ! ^

Qoe le Seigoeor toos console daos vo^ afiiclioos par te ^ verto de soo Saiot-Esprit* Adieo, cher frère en Jésos-ChrisU ^

J. BARiBoif, dit Chaffreton. ^

Voici maintenant une lettre d*Ant. Blanc duPié- n mont, fort intéressante sous le rapport des expé- 1 riences chrétiennes. *

La Toor, le 21 joillet 1827. \m

Cher MoDsieor et frère eo Jésus- Christ, ootre Seigneart m

Je oe puis manquer cette occasioo de vous donner de « nos nouvelles. J'ai été à Briançon ; et j^ai vu aux Moulins deux ^ lettres venant de votre part. Oh ! quelle femme que la bonne ^ Marie (Philippe)! quelle famille! J'ai resté avec quelques > jeunes Glles qui , enGn, ont trouvé la paix de leur âme. Ah! à cher Monsieur, mon cœur était ému. Je remerciais le Sei- > gneur'de ce qu'il avait daigné se faire connaître dans nos contrées, et surtout parmi une foule de mes parents selon b chair. Revenez, revenez ! L'œuvre n'est pas achevée, elle n'est que commencée. N'est-ce pas vous qui avez été noire apOlre , qui nous avez prêché Jésus-Cbrisi et Jésus-Christ mort pour nos péchés? Il y avait longtemps que nous avions entendu parler du fils de Marie selon la chair ; mais UjMis ne le connaissions pas comme notre frère, notre ami, TEpoos de nos âmes; nous ne connaissions pas les droits qu'il s^éiait

cqais sar noos, en nous rachelant de la malédiction que

K)a8 avions attirée sur nous par nos iniquités ; nous n*a-

rUms jamais réfléchi sur liiorreur que devait inspirer le

péché, et combien il était en inimitié avec le Seigneur. Mais

01 le péché a abondé la grâce y a abondé par-dessus ! 0

lAonr incompréhensible de Dieu! 0 cher Monsieur, n^ou-

kBez pas vos fils suivant la foi ; priez pour eux, et que

k Seigneur vous exauce ! Qu'il exauce aussi les faibles

frières de tous ceux qui le prient pour le rétablissement de

votre corps mortel, et pour votre retour dans nos contrées !

Qqb le Seigneur ne se courrouce point contre nous!

Du reste, que sa sainte volonté se fasse et non la nôtre.

A tous ceux que nous voyons nous demandons de suite de vos nouvelles. Nous recevions autrefois quelques lettres de votre part, qui ne sont jamais restées sans effet, de maftière que nous avons ressenti votre départ comme si nous Irions été toujours près de vous.

Les choses vont mal parmi nous, cher frère. Vous savez i|te nos réunions nous ont été interdites ; et ceux qui nous raeevaient chez eux, ont manifesté le désir que chacun s^éjifiàt chez soi. Nous coniinuons à nous voir avec quelques imis. Nous avons eu la visite de mon cousin Jean Rostan, qui est venu accompagner sa sœur. Que de changement dans son intérieur !

Je viens de recevoir une lettre de mon frère de Mens, qui ■6 dit que vous êtes assez malade à Genève. Si le vase d'arpie dépérit, c^est la volonté du Seigneur ! Que Jésus cependant vous rende la santé corporelle, s'il vous juge encore nécessaire pour sa gloire et Tavancemenl de son règne ; et, i*il en est autrement, que sa sainte volonté soit faite I

Le pasteur actuel est un jeune homme qui a fréquen-^ ié nos réunions et qui parait avoir de bonnes disposi* tions ; mais il se dirige, je crois, encore vers Sinai. Que le Seigneur dans son amour le tourne vers Golgotha !

Genève, le 3ÔJaillet i82:f.

La présente, destinée par Félix Neff à ses amis de Mens indistinctement, est chargée de leur transmettre ses affectueuses salutations, et de leur faire savoir que parla grâce de Dieu il se trouve mieux depuis quelques jours quant au physique, sans pour- ï tant avoir grande force; et toujours au lait. S'il peut écrire plus longuement, il profitera du retour de *•• pour entretenir ses amis plus particulièrement.

Nos dames R. sont ici pressées de deux côtés, entre la chair et l'esprit, à qui les aura. EUes éprouvent, comme le meunier, qu'il est malaisé de contenter tout le monde, et surtout de se contenter soi-même en même temps.

Un jeune Vaudois du Piémont, arrivé ce matin, m'a apporté des lettres de M. André Bianc, et des trois Gay de St. -Jean, qui paraissent tous marcher droitement dans la voie, bien épineuse, qui conduit à la vie.

Un ministre anglais, chrétien, est parti hier pour les visiter.

Rien de nouveau pour le présent, sinon qu on étouffe ici comme entre les Tropiques. Puissent nos cœurs se réchauffer pour Dieu à proportion que la terre se réchauffe à l'ardeur du soleil !

Adieu ; que le Seigneur soit votre guide et voire paix pour le temps et l'éternité! Amen,

Laosaane, le 7 août 1827.

Ma chère EmiUe ,

Je comptais faire ces derniers jours beaucoup de petites lettres pour mes amis de Mens, ayant pour cela de si bpanes occasions et me trouvant un peu plus de force. Mais voilà justement que samedi matin toutes mes forces ont disparu de nouveau,, et qae j*ai du passer deux jours sur mon lit à la diète. Bier, lundi, je suis venu ici à la rencontre de mes diers amis, M. et M™*Dumont, et pour assister à la réjouissante réunion mensuelle des missions.

Je vous charge de mes excuses auprès de mes

amis qui auraient pu attendre des lettres de moi, en particulier pour M"® Flore, à qui je comptais bien écrire, et que je vous prie de saluer de ma part, ainsi que toute la maison. M™* Dumont vous dira bien des choses du canton de Vaud ; et si les dames R. avaient été un peu moins esclaves, elles auraient pu vous dire aussi quelque chose de Genève; mais elles ont cru devoir céder aux instances de leurs parents selon la chair , beaucoup plus que leur cœur ne l'aurait désiré.

Malgré toutes les menaces et défenses , j'ai vu plusieurs fois Julie Talon depuis le départ de JlHe i^iore. Je la trouve toujours assez ferme dans sa position, quoique la violence de ses opposants ait peut-être un peu nui à son caractère. Elle avoue qu'elle est moins recueillie et plus légère; mais c'est encore beaucoup qu'elle soit ce qu'elle est ; et je ne la vois jamais sans beaucoup de joie, ne fût-ce que parce qu'elle est de mes chers enfants de Mens. On lui a annoncé la visite de son père ; elle craignait des combats;

A PIERRE BARIDON-VERDURE^ A DOURMILLÔOSK (*).

Geoéyet le 1^ août 19S7.

Bien-aîmé frère en Jésus-Christ, notre Seigneur,

J'ai reçu vos lettres il y a quelque temps, ainsi qu'une de M. Baridon, le percepteur, et une de Jean Besson. Je puis rarement écrire sans me faire mû; c'est pourquoi je n'entreprends pas de répondre à tous pour le moment; car il m'a fallu bien des jours pour faire celle de votre cousin, que vous trouverez ici incluse. Aujourd'hui cependant je me trouve assez bien, et j'en profite pourm'entietenir un moment avec vous; car, quoique éloigné de vous, je pense bien souvent à mon cher Dourmillouse et à tous ceux que j'y ai laissés. Quand il faisait si froid vers la fin de mai et au commencement de juin, je pensais souvent à vos récoltes que je croyais voir couvertes de neige ou de gelée (p. 197); et quand ensuite la sécheresse est venue, j'avais du souci pour vous tous, pensant que peut-être on laisserait, comme l'année dernière, consumer les fourrages des montagnes, au lieu de les couper ; et que, faute d'union et de bonne foi, on aurait négligé d'entretenir les canaux et de se maintenir de l'eau, pour arroser soit les pommes de terre, soit d'autres plantes. Mais ce qui me donne bien plus de souci que tout cela, c'est de penser qu'il y en a tant parmi voui qui négligent d'arroser la bonne semence de laPa-

(1) Encore acluellement le Gaïus de Feodroit (Ftsàe, p. 67).

— suivie de Tie, qui a été abondamment répandue dans lears cœurs.

O, combien de fois )'ai soupiré, et combien je me sens encore affligé, en considérant (Combien peu ont ouvert les oreilles à la voix du Sauveur qui les sopplie de se laisser réconcilier avec Dieu ! Certainement je suis loin de me plaindre des habitants de Dourmillouse pour ce qui me regarde person* nellement ; et ce sera toujours une grande joie pour Boi de les revoir, de me trouver au milieu d'eux, et surtout de leur rendre tous les services qui dépendront de moi* Mais, comment mon coeur serait-il satisfait, comment pourrais-je penser à eux avec joie, taiidis que je les verrai fouler aux pieds avec indifférence le pain de vie, les perles précieuses que le Seigneur leur distribue dans son amour? O, puissiez-vous tous, chers amis, avoir un jour des yeux pour voir, comme dit TEcriture! Et vous pleurerez abondamment sur votre longue indifiérence, et vous direz alors avec le cantique :

Que j'étais misérable, Aveugle et condamnable.

Quand je fuyais Jésus !

Du i5. — * Je reprends la plume un instant pour continuer ma lettre, et l'achever si je puis, afin de la mettre aujourd'hui à la poste. — Dès que je me trouve un peu mieux pendant quelques jours de suite, il me semble que cela va durer et que je pourrai bientôt partir ; mais je ne tarde pas à sen* tir que j'ai plus de courage que de force et que je dois prendre patience. D'ailleurs, je serais peu ca* pable de voyager, parce qu'il me faut dia lait U>Ates n is

les trois heures, et qu^on n*^est pas sûr d*en trouver partout sur la route, surtout à présent que les Taches sont toutes sur les hautes montagnes ; en sorte que lors-méme que je serais plus fort que je ne suis, et que je saurais de pouvoir suivre mon régime et mé rétablir dans vos vallées, je ne saurais trop comment m'y prendre pour le moment. Je suis aussi obligé de me baigner tous les jours dans le lac, et je ne trouverais point de lac dans les Alpes.

Je suis resté plusieurs semaines sans pouvoirprécher. J ai essayé dimanche ; mais je me suis trouvé fatigué lundi matin ; je ne sais pas si je dois continuer.

J'espère recevoir bientôt quelque lettre de Suset te (Baridon) ou d'Anne-Marie (Amoux). J*en ai reçu dernièrement une de Marguerite Philippe et de Marie Simon, d'Arvieux (p. 234) qui toutes deux, après avoir longtemps soupiré après les sources d'eaux vives et avoir persévéré au milieu des angoisses et des douleurs du dehors et du dedans, ont trouvé la paix du Royaume de Dieu et reçu le sceau de leur élection de grâce. Elles cdèhrent maintenant la gratuité de V Eternel açec chant de triomphe et arec Joie! O , combien il y en a autour de vous qui seraient depuis longtemps arrivés à ce port assuré du salut s'ils avaient eu plus de courage et de perséviîrance ! Mais, après avoir mis la main à la charrue, ils ont regardé derrière eux ; ils se sont lassés; et maintenant ils dorment de nouveau , tandis que l'En* nemi s'approche ! O Seigneur, aie pitié d'eux elles réveille tandis qu'il est jour!

Adieu, mon cher ami Pierre ; que Dieu vousW-

nisse, ainsi que tous nos amis de Dourmillouse et vos bous parents ! Je ne nomme personne , parce qu'il y aurait trop à faire, et que je n'ai plus de papier.

Adieu donc, chers frères et chëres sœurs. Priez pour moi comme je prie pour yous, et souvenez- TOUS de vos âmes immortelles. Amen.

Voici maintenant un ordre de lettres tout-à-fait nouveau : fions en verrons plus loin d'autres, toutes pareilles, et même bien plus fortes; mais celle-ci est la première de son espèce. Il s^aglt de disputesj et de disputes sérieuses entre gens qui soutiennent d'ailleurs en commun la grande lutte du monde contre TEvangile. Est-il convenable , — - voilà la grande question qui s^élève dès le premier pas dans cette carrière, — est-il convenable de publier des choses de ce genre? ne devrait-on pas plutôt les cacher avec soin?

Je ne le pense pas. Car, premièrement, il ne faut jamais mentir; or, quoiqu'il y ait des manières de mentir bien plus indirectes les unes que les autres, c'est mentir, au fond, de laisser régner dans un sujet que vous traitez, des erreurs qu'il ne tiendrait qu'à vous de détruire : c'est mentir, dans une histoire, d'en cacher toute une partie ; car on peut faire de graves mensonges en ne disant pas toute la vérité, aussi bien qu'en parlant contre elle. Et quand nous prêchons éloqaemment notre idéal de la nouvelle créature, si nous ne confessons pas nos péchés, nous laissons croire que nous ne les avons pas, et nous désolons ainsi de pauvres créatures qui jugent le christianisme sur une perfection qui n'est qu'apparente.

D'ailleurs, n'a*ton donc jamais vu les amis, je dis les vrais amis de l'Evangile, laisser éclater des divisions, même trèsr vives, sur des questions assez importantes? Ne voit-on pas

ce fait encore de nos jours et partout , dissidents et nationaux, calvinistes et arminiens, bapltstesi, congrégationalistes, millénaires, et ânii millénaires etc.? Pt irons-nous pesapi^ ment épater la question en déclarant que de toutes ces vues il n'y a que la nôtre qui soit la chrétienne?

D'ailleurs Thistoire est une instruction : en voyant les Tantes d'autrui, si nous sommes sages, nous en prenons leçon pour nous-mêmes ; et de cette manière le mal même tourne en bien.

Enfin il s^git ici de Thistoire d'un homme, et d'un hem« •me qui a été éminemment fidèle dans TEglise de Dieu. Il est bon de voir comment il était quelquefois traité, dans TEglisi «aussi bien que hors de l'Eglise. Le cas . particulier ajoute k lout cela une instruction particulière : on verra par les lettres qui suivent comment les hommes oscillent toujours d^uQ «Ktréme à l'autre ; comment, dans le but louable de rendre ji tous les membres du peuple de Dieu les droits que leur donne l'Ecriture, on arrivait, dans le réveil, à une sorte de ^uveraineté du peuple ; et comment aussi des chrétiens haibiiués à idolâtrer un seul pasteur, ne se gênent pas, dans Toccasion, de se mettre au-dessus de tous les autres*

Neff avait prêché dans une des Eglises indépendantes de la Suisse française. Une jeune chrétienne, réellement pieuse du reste , mais membre d'un autre troupeau , et qui avait assisté à cqtte prédication-là, ne trouvant pas la doctrine de Neff à son gré, écrivit au pasteur qui avait fait prêcher Neff la lettre suivante :

Monsieur et bien cher frère en J^sus-Christ,

Je crois devoir vous faire savoir la tristesse que j'ai éprouvée en entendant hier soir ce nouveau prédicateur, inconnu pour moi de nom et de figure , tellement que je ne pourrais m'adresser à lui. Je vous dirai seulement que j^ai trouvé étonnant que vous missiez dan3 votre chaire,

pour nourrir les &mes qui vous sont confiées, un niinislre qui coimaU si peu la puissance do Celui qui produit en nous le Touloir et Texécution selon, son bon plaisir, qui paraît étranger à Tesprit d^adoption , et qui ne donne pas louie gloire à Dieu. Je peux me tromper dans ma remarque , ne jugeant que diaprés ce que j^ai eniendu de lui; mais en ce cas, je dirai : Pourquoi no s'exprime-t-il pas en paroles saines? Et pourquoi ne parle t-il pas a selon Tanalogie de h Coi? » Au reste, je ne pense pas ici faire aucune répréhension ; ce n^est pus ma place-, n^éiant qu^une faible brebis du bon Berger ; mais Je désirais seulement décharger mon tœor, qui a été bien affligé, afin qu'il fût libre dans Tamour iniemel ; tout en remettant à notre bon Père le soin de ses Eglises, et en le priant de vous enrichir toujours plus des dons de science et de connaissance* par son Saint-Esprit,, ifio qa^étant bien unis dans un même sentiment , suivant la, îérité avec la cbariié^ nous croissions tous en toules cho$es. en Celui qui est le chef, savoir Christ, auquel appartient la gloire au siècle des sièetes. Amen^

Je vous prie de m'excuser si j'ai pris la liberlé de vous adresser ce billei; et de vouloir bien recevoir Tassurance de oon respect et de mon amitié chréiienne.

20 août 1827.

Voici b réponse de NefL

eenève, le 23 août 1827.

Mademoiselle,

Je ne viens point me plaindre de la manière dont TOUS avez parlé de moi dans votre lettre à mon ami K., non plus que du reproche que vous avez cru devoir lui faire de ce qu'il m'a mis dans sa chaire; car je me soucie peu du jugement des hommes, quand Dieu et mon cœur ne me condamnent pomt. Mais je crois devoir, à mon tour, vous faire

les observations suivantes : i** M. N. n'aura probablement pas paru si coupable de m'avoir cédé sa cbaire, à ceux qui savent que depuis neuf ans je fais partie de cette Eglise, et que dès-lors j'y ai constamment prêché avec l'agrément de tous les membres. 2^ Ce n'est pas à M. N. qu'il fallait faire Tos observations (de doctrine), mais à Dieu, qui a permis que ses serviteurs consignassent dans les Livres Saints les paroles que j'y ai lues et que j'ai cru pouvoir appliquer aux chrétiens d'aujourd'hui, comme saint Paul les appliquait à ceux de son temps et à lui-même. 3^ Je ne sais pas très-bien ce que vous entendez par s'exprimer en saines paroles et selon l'analogie de foi ^ parce que de nos jours les différentes coteries ou sectes théologiques adaptent certaines formules favorites de ralliement i ' assez variables, au courant desqueUes il faudrait être plus que je ne le suis pour ne pas choquer les oreilles exclusives. 4^ Je suis si loin de méconnaître la puissance de Dieu, et surtout sa miséricorde toute gratuite, que je vais jusqu'à croire qu'il veut et peut sauver plusieurs de ceux-là même qui annullent et rejettent de fait la majeure parlie de sa Parole révélée pour s'attacher à un seul point de vue, comme on le fait dans l'école où vous paraissez avoir puisé vos principes. Je suis bien fâché de vous avoir été en scandale par ma prédication ; mais permettezmoi de vous faire observer que si de pareilles choses vous scandalisent et vous affligent, vous ne pourrez plus lire dans la Bible que le pelit nombre de passages qui auront été cotés par le docteur de votre choix....

Ah! nous serions bien à plaindre si nous n'avions au monde que ce seul prédicateur qui rendît témoignage à la vérité , et s'il fallait, pour ne pas être étranger à T esprit d adoption ^ recevoir implicitement ses oracles !.... Mais, grâces soient rendues à Dieu de ce que ce Dieu n'a soumis noire foi â aucun d'entre les fils de la poussière !

Enfin, ce que je demande à Dieu pour vous, cVst qu'il vous donne un esprit et un cœur plus larges, pour embrasser tout son Evangile avec plus de simplicité, et tous ses enfants avec charité; alors peutêtre reconnaîtrez-vous que vous vous étiez un peu trop pressée de juger si sévèrement la doctrine, inccmtestablement biblique , que je prêche par la grâce qui m'a été faite, et qui par cette même grâce a amené déjà plusieurs centaines d'âmes aux pieds de Jésus crucifié. Car, si une chose m'afflige, c'est de voir si peu de simplicité et d'accord entre les enfants de Dieu.

Recevez l'assurance de la parfaite estime avec laquelle j'ai l'honneur d'être, Mademoiselle, votre dévoué serviteur, Félix Neff.

LETTRE DRAINÉ GIRARD (p. 99, Ct I, 404).

Da Trièye, le 19 août 1927.

Bien-aimé frère en Jésus*' Christ)

Voire letire m^a bien réjoui en m'apprenant que vôtre santé est un peu meilleure.

J'aspire toujours après le moment où le Seigneur voudra me rendre plus libre, pour répondre aux invitations qui me

sont faites presque chaque jour. Je puis vous direi en ?érilé, que j'ai un grand regrei toutes les fois que l'on mepri« d'aller d'un côté ou de Tautre pour évangéliser; car corn-, bien d'âmes dans nos environs soupirent après la connais* sance.de la vérité! Joignez vos prières aux miennes, que le Maitre pousse des ouvriers dans sa moisson^ car elle est grande.

Je ne suis pas si aiSigé de la sécheresse qui brûle nos champs que de celle qui vient souvent en mon âme; car dès que je néglige de la nourrir en m'approchant de Jésus* ' ' Christ je me sens languissant. Mais dès que je vais à Lui», je me sens fortifié ; il ne me renvoie jamais à vide.

Uécole du dimanche que nous avons établie dans la corn* mune de Saint-Sébastien^ me fait beaucoup de plaisir : nous avons 70 â 80 enfants inscrits sur notre liste ; les plus âgés . ont de 15 à 18 ans ; plusieurs apprennent leurs passages (|a; Nouveau Testament avec plaisir et assiduité ; nous leur en donnons depuis un jusqu'à trois ; et il y en a qui en appreo*. nent volontairement jusqu'à dix. Veuille le Seigneur, qui leur donne la volonté de les apprendre, leur en faire cornpreiidre le sens, çt leur fair^ sentir qu'ils ont besoin d'être changés et entés en Christ ! ...

Il y a du réveil à La Mure parmi les personnes les plus mondaines. Au Pélissier, un homme qui' est tombé malade parait joyeux de déloger pour être avec Christ. Grâce au Seigneur, nos réunions ne se relâchent point ; elles augmentent toujoiirs. Les sœurs du Châteàu-vieut vous saluent; elles persévèrent dans la voie étroite. — Je puis bien vous dire : a L'Eglise qui est dans la maison de mon oncle Baume vous salue », car ils sont maintenant tous au Seigneur ; la mèrci qui est venue la dernière, prend de la vie

Ma femme vous salue; et moi je vous embrasse de tout mon cœur^ et suis votre dévoué frère en Jésus-Christ,

Aimé Giearo.

£q date du même jour (ajoute M. Nef!) j'en reçus une de la Combe de Freyssinièrcs, de Jean Ba* ridon P. (p. 127)1 ^^^^^ vdici quelques citations :

Adx Violins, le 19 août 182f7.

Cher et bien-aimé Trère,

Je prends la liberté de vous écrire pour vous parler de ■on Soie, qui jouit des gr&ces qu^clle a reçues de la plénitêie de son Sauveqr, lequel ne se lasse pas de lui en accor* der de nouvelles chaque jour....

Nous avoDiè appris que vous n'êtes pas encore rétabli. Puisque le Seigneur le veut ainsi, que sa volonté soit faite ! Si le Seigneur nous fait sentir combien pèse sa main, c'est n effet de sa pure grâce, qui nous donne la patience et rkumiliié. Cher frère, si T&pôtre regardait toutes ses épreu* ves comme de légères afflictions^ pourquoi appellerions-nous les nAires pesanles^ puisqu'elles servent à la destruction du rieîl homme ? Ne doivent-elles pas plutôt nous réjouir, en nous faisant espérer que bientôt TEpoux viendra? Soyez donc plutôt dans la joie que dans la tristesse. J'ai l'espé-r rance que Dieu vous fera cette grâce.

Courage \ Encore un pas, Et ma course ici -bas Sera finie.

Mon désir serait de pouvoir vous visiter en personne i sassi je me transporte souvent en esprit auprès de vous^ Mais ce qui me console, c'est que bientôt nous serons réunis dans le bercail céleste, et pour l'éternité.

Ma bonne mère a pleuré en entendant lire votre lettre.; elle est maintenant capable de m'instruire, non pas psir sa science, mais par son expérience et sa foi.

LETTRE d'aNDRÉ VASSEROTE,

Maître d*ëcole (p. 126).

FoDgillarde, le 28 août 1827.

Vous désirez sans doute savoir commenl la Parole

que vous nous avez annoncée profite à ceux qui Tonl entendue. Il semble, mon cher frère, que le zélé de plusieurs de vos auditeurs se fortifie , et qu^on regrette d^avoir été si pei: attentif à vos prédications pendant qu^on pouvait vous eh«i tendre ; et Ton espère que Dieu vous rendra la santé, A que nous pourrons encore entendre de votre bouche celle Bonne Nouvelle.

Le dimanche, à dix heures du matin , tout le monde se rend au temple ; après le chant et la prière, on lit iine por«> tion de TEcriture, puis un sermon de Nardin. L^après-midi| nous faisons encore un service, qui est tout aussi fréquenté que le premier; nous y lisons quelque chose d'édifiant; neuf prions, nous chantons des cantiques (le recueil da Bourgde-Four) ; les auditeui*s paraissent de plus en plus touchés de Tamour de Dieu en Jésus-Christ son Fils.

Vasserote ne parle pas ici des réunions du soir, qui sont très-fréquenléès, ni de celles qu'il lient chez lui dans les intervalles des services du jour du Seigneur, et dans lesquelles il prêche avec beau* coup d'abondance et de vie, ou qui se passent en entretiens édifiants et familiers.

Tous les gens du pays, les protestants, vous saluent, prin< cipalement les anciens de TEglise. Votre hôte, ma femme et moi, vous saluons, et nous languissons bien de vous voir* <<*- Adieu.

Page 1