A MARIE PHILIPPE
Genève, le 28 août 1827.
Vos lettres me font toujours un grand plaisir.... Je prends toujours le même vif intérêt à ce qui se passe autour de vous, et surtout à ce qui concerne les âmes que la Parole de vie avait paru réveiller. Combien il me tarde d'apprendre que notre chëre Madelaine Morel, de la Chalp, a reçu la Bonne Nouvelle, et qu'elle se réjouit avec vous « de ce qu'il y a paix par-devers l'Eternel !» Mais j'ai toute confiance en Celui dont la miséricorde s'est déjà manifestée sortant de pauvres âmes travaillées ; et je suis bien sûr que s'il n'est pas déjà venu il tiendra et ne tardera point. Saluez-la de ma part, et exbortez-la à prendre patience et courage en attendant cet heureux jour, sans se lasser de frapper à la porte, qui certainement lui sera ouverte. Saluez aussi Susannc Missimily (p. 197). Je suis bien réjoui d'apprendre qu'elle persévère à rechercher le Seigneur. J'espère qu'elle ne tardera pas aussi long-temps que les autres à trouver le repos de son âme en Jésus-Christ ; et que quoiqu'elle soit partie plus tard, elle arrivera aussitôt , selon la grâce gratuite de ce Dieu qui veut payer autant les ouvriers du soir que ceux du matin, parce qu'il est bon et qu'il est maître de son bien.
Ce que vous me dites de Madelaine Borel m'afflige plus qu'il ne me surprend ; car j'avais bien delà peine à croire qu'elle persévérerait, pour peu qu'elle fût tentée. Cependant le Seigneur est puissant pour
lui faire connaître la vérité, et lui montrer qu'il faut plutôt croire sa Parole que les mensonges des docteurs aveugles, qui sont du monde et parlent comme étant du monde, pour que le monde les écoute.
Quant à voire bonne mère et h notre chère Mar* guérite, votre sœur, je me réjouis bien d*apprendre de bonnes nouvelles dé Tétat de leur âme ; car c*eai un grand abus que de rester ainsi loin, quand oo n*a qu'à mettre la main sur la porte pour entrer et pour trouver un abri assuré contre l'orage et U tempête. Dans ce pays-ci, on ne pourrait pas corn-' prendre cela ; caria plupart des âmes réveillées par leurs péchés, ne passent souvent pas plus de quelr ques jours, et même plusieurs pas seulement une heure, avant de se réjouir du salut qui est en Christ. Il y en a même beaucoup qui ont trouvé la paii avant d'avoir connu leur misère, — qu'elles ont bien connue plus tard, comme les autres. Ce n^est pas certainement qu'on ne trouve partout des âmes qui ont beaucoup à souilrir avant d'atteindre le port du salut ; mais elles sont très-rares par ici» en comparaison de chez vous.
Quant à vous, ma chère sœur, je prends une vive part à votre état, tant corporel que spirituel ; et je bénis le Seigneur de la fidélité avec laquelle il vient à votre aide dans les tentations et les angoisses de votre cœur, qui m'affligent moi-même et qu'il wt semble que je voudrais au moins partager, si ce n'est porter tout entières. Et quant à votre corps, je prie ce bon Dieu de vouloir bien le rétablir et le fortifier par les moyens qu'il a employés pour moi-
même; car, par son secours, le régime que je vous aï indiqué ni*a heureusement réussi, pourvu que je le suive strictement; je n*aiplus aucun mal d*estomac, et même je prends de jour en jour des forces de corps et d'esprit.
Oh! que le Seigneur me traite avec indulgence et miséricorde! II me semblait au commencement, et iortout quand, aprës mon arrivée, j'étais toujours (his faible, jusqu'à ne pouvoir presque pas parler uns en soufirir, que j'étais décidément rejeté de roeavre de Dieu et mis dehors de son travail, et que liinais je n'aurais plus assez de force pour recommencer mes fonctions ; et voilà que depuis quinze joiirs )*ai été appelé à prêcher sept à huit fois sans m'en être mal trouvé ! et même je me suis trouvé pendant quelques jours le seul prédicateur évangélique en état de fonctionner par ici , tous mes frères étant absents ou malades. Tout le monde est étonné de ce qu'en prenant si peu de nourriture et si légère, rien que du lait et un peu de pain grillé sur des charbons, je reprenne autant de force. Je prends une petite tasse de lait toutes les trois heures ; et ce n'est que deux heures après que je puis lire ou écrire ; en sorle que, si je manque le moment, je passe des jours presque entiers sans pouvoir faire ni l'un ni l'autre. Quand il fait beau, je travaille quelques moments au jardin de notre ami Bost ; et le reste du temps, je vais et viens chez les uns ou les autres, suivant mon idée ; car il faut que j'érite tout souci et toute contrariélé.
Vous voyez, chère amie, que Dieu me traite bien doucement ; et que si je ne fais point d'imprudence,
y) puis espérer de me rétablir. Puissé-je faire à Vavenir un bon usage de mes forces et les consacrer à sa gloire, tellement que, comme dit Tapôtre, les mômes membres qui ont servi d'instrument d'ini* quité, soient faits des instruments de justice à Dieu! En attendant, je suis bien touché de Tintérét que vous prenez à ma santé et de raffection que vooi conservez pour moi, ainsi que toute votre cbère famille à qui je pense bien souvent ; car, quoique je sois ici entouré d'amis bien afTectionnés, et que je puisse mener une vie très-douce et très-agréabk, au milieu d'un pays où tout abonde, et du plus beau climat, cependant je soupire souvent en pensantâ vos montagnes et surtout à votre humble demeure! Puisse la paix et la bénédiction du Seigneur y ba* bitcr continuellement !...
A M. JBAN PHILIPPE, A ARVIEUX.
Genéye, le 29 août 1827.
Bien -aimé frère en Jésus-Christ, N. S.
Cette fois j'ai, grâce à Dieu, le plaisir de pouvoir écrire tout au long, de ma propre main, quoique je ne puisse pas écrire beaucoup à la fois. Je ne vous donne pas grand détail sur ma santé, parce que vous en trouverez dans la lettre pour Marie. Je souhaite que mon régime lui réussisse aussi bien qu'à moi; car, pourvu que j'aille bien doucement dans ma nourriture dès que je me sens un peu inquiet, je peux me préserver de tout mal d'estomac et reprendre peu à peu des forces. Pour
Toire Marie, comme pour moi, il s'agit absolument de trouver une nourriture légère et rien que d*uDe sorte, toujours la même, qui ne charge pas Testomac, et se tenir là bien fidèlement, sans goûter aucune autre chose, n'y en eût-il qu*une pleine coilierée ou gros comme un pois, et cela pendant ikien longtemps et même plusieurs années s'il le fiut. Autrement il n'y a point de guérison pour cette maladie, qui est très-connue ici.
■ Je \ous sais bien bon gré de l'intérêt que vous prenez à Tétat de ma santé, mais je vous dirai que tous me faites un peu trop de compliments ; vous lavez que votre faible est d'avoir trop d'attachement pour la créature, ce qui sera toujours pour TOUS une source de chagrin, et qui vous empêchera de vous attacher à Dieu comme vous le devriez. Rappelez-vous ce que dit Jean-Baptiste en parlant de Jésus-Christ : Il faut qu'il croisse et que je diminue (').
Je trouve dans votre lettre de bien belles paroles sor la joie et la paix que vous possédez en Jésus- Christ ; mais je sais bien, d'un autre côté, que malkeureusement votre foi n'est pas toujours si ferme, Wre paix si assurée : et je sais que vous avez besoin de vous attacher plus fortement à la promesse ferme et immuable du Père de notre Seigneur Jésus-Christ , afin que vous ne laissiez plus le découragement rentrer dans votre cœur, et que tous avanciez avec foi, même quand vous ne jouissez pas actuellement des consolations intérieures.
(1) y. Fisite, p. 102, aa haat.
ei*;
Vous saurez que le Seigneur a retiré à lui notre cher frère Béroud» le libraire, qui faisait imprimer et qui Tendait tous les bons livres, plutôt pour Tavancement du rëgne de Dieu que pour son profit, et à qui vous adressiez vos lettres. Il a été enleré par une inflammation d*entrailles qui n*a duré qtfe cinq à six jours : il n'avait que vingt-neuf ans, et il laisse une jeune femme et trois petits enfants. Cetait un des meilleurs chrétiens de G^enëve, et il ert beaucoup regretté. Sa femme (') Ta exhorté et encouragé à la mort avec un calme admirable ; elle Fa elle-même plié avec moi dans le drap mortuaire, et n'a pas poussé un cri de désespoir, ni ancuiie plainte, quoiqu'elle Taimât vivement; mais tSk était pleine de soumission et de confiance enyien Dieu, et édifiait tous ceux qui la voyaient. J'ai ffiA la prière sur le cimetière : il y avait beaucoup de monde.
Adieu, bien-aimé frère ! Que le Seigneur vous bénisse et vous fortifie en son amour ! Saluez toas ceux de votre maison et ceux de vos voisins qui s'informeront de moi.