II
narax. Ce peuple, toujours en guerre avec Tarche^ i vêque d'Embrun, son seigneur et son persécuteur i continuel , s'était accoutumé à l'indépendance , et avait conservé un penchant trës-fort à l'insubordination ; tellement, que non-seulement les autorité locales y ont peu d'influence , mais que Bonaparte lui-même n'a jamais pu les forcer à servir dans ses armées. La persuasion y a plus gagné que la force; et maintenant, après quelques murmures, Tordre s'établit, et chacun s'en trouve fort bien.
A Freyssinières comme au Banc de la Roche, la pomme de terre est la principale nourriture des habitants ; mais on la cultive si mal, qu'il faut en couvrir le pays pour en avoir suffisamment. J'avais, dès le commencement, conçu le projet de changer cette mauvaise culture ; mais on sait qu'il n'est pas facile de sortir le paysan de sa routine ; et malgré tout ce que j'avais pu dire, je voyais, ce printemps, tout le monde planter selon la coutume du pays, c'està-dire, dans une terre qui n'avait pas plus de 6 ou 8 pouces de profondeur, les plantes si près les unes des autres qu'il était impossible de les butter pendant l'été. J'aurais vainement essayé de leur faire entendre raison ; la voie la plus courte fut de parcourir la vallée pendant trois ou quatre jours, allant d'un champ à l'autre, et ôtant les outils des mains des laboureurs pour en planter moi-même quelques lignes à ma façon ; c'était beaucoup qu'on me laissât faire. Ils croyaient leur terrain perdu, en me voyant mettre les pommes de terre à une distance six ou sept fois plus grande qu'ils n'y sont accoutumés; et dès que j'étais parti, on recommençait à planter
à la Tieille mode. N'ayant pu m'y trouver dans le temps conTenable, deux ou trois propriétaires seu** lement, justement des plus chrétiens, ont suivi mes conseils dans la culture d'été. Le résultat a été si frappant qu'on peut espérer qu'il vaincra le préjugé dateurs voisins, et qu'une autre fois on recueillera dans cette vallée une quantité doublé de pommes de terre sur la même étendue de terrain.
En Queyras, où cette plante vient difficilement à cause de la gelée d'été, on la cultive aussi fort mal. J'en ai planté moi-même dans mon jardin, et je les aitraitéesàmafaçon. Les paysans, qui se moquaient de moi, ont été curieux de les voir arracher ; il y en avait jusqu'à soixantenlix tubercules à une seule plante ; ils m'ont tous prié de leur enseigner ma méthode.
jElnfin, pour terminer cet exposé des améliora^ tions matérielles que )'ai commencé à apporter dans cette intéressante contrée, je dirai qu'après bien des exhortations, j'ai réussi à faire rebâtir la maison de DOS amis Besson de façon à pouvoir assainir leur domicile ; ils m'ont promis aussi qu'ils ne laisse* raient plus le fumier dans l'étable qui leur sert de poêle tout l'hiver ; cette famille, qui fournit seule neuf ou dix chrétiens fidèles, est toujours la plus intéressante de la vallée (').
Quant au spirituel, il allait toujours assez bien en Preyssînières ; quelques âmes, vivement travaillées,
(1) Toute cette lettre, pendant admirable de la précédente, prouve d^one manière frappante, comme l'histoire du cbrislianisme le fait en grand, qu'en effet <t la piété a les promesses de la yie présente comme de colle qui est à Touir»; car sans le réveil qui avait précédé, ni Neff
— ÎO — ttouvèrent la paix dans les semaines qui suivirent ff celle de Pâques ; d'autres sont arrivées à la repen- ? tance , quoiqu'elles aient gémi encore longtemps ^ sous leur fardeau. Je m'étonne souvent, en voyant i combien il est difficile de faire comprendre à ces i gens le salut absolument gratuit; ils se trouvent toujours trop indignes , trop impénitents pour aller à Jésus ; et souvent, pendant ces délais, l'esprit se relâche, se distrait, et, si on n'y prend garde, ils retombent dans la tiédeur et la mort. Mais ceux qui ont trouvé la paix sont pleins de vie et d'activité. En voyant le pénible état de tant de pauvres âmes, je fis venir de Valence une centaine d'exemplaires du Miel découlant du Rocher. Ils arrivèrent le 23; le 25, je me rendis à Saint-Grépin, près de la Durance, où se tenait une foire qui attire un grand nombre des habitants de Freyssinières ; et je portai mon ballot à l'auberge, où je ne pus obtenir une chambre que pour demi-heure. Ce temps me suffit pour la distribution de mes traités, qui furent enlevés dans quelques instants. Ce livre, tout petit qu'il est, contient d'excellentes choses pour les âmes désireuses de la vie étemelle, et j'ai toujours soin de le placer avec discernement. De cette manière, il manque rarement de produire un bon effet ; tous nos amis des Hautes-Alpes le portent avec eux ; et l'on en voit souvent des groupes qui le lisent et le commentent au milieu des champs ou dans les car^
lai-roéme u*eût eo Tentrain nécessaire poor s'occuper de ces œuvres matérielles, ni, lors même qu'il les aurait tentées, il n*eût en sur la population l'ascendant qu'il obtint. Le christianisme élève le cœur et 4leBd rintelligence dans tous les sens.
refours des villages. Il en est plusieurs qui le savent presque par cœur, et qui en citent fort à propros. des passages entiers»
Je crois devoir dire à cette occasion ce que f ai (d>8wvé depuis longtemps , c'est qu'un évangéliste fait très-bien de se rendre aux foires et aux grands marchés, ou se trouvent réunis des gens de diverses contrées ; j'y débite toujours beaucoup de livres et de traités reUgieux, et j'ai l'occasion de mettre en relation des frères de vallées difiGérentes» qui sont c&anaés de se connaître réciproquement ; j'y tiens même des réunions à la veillée, qui sont (ftaelquefois. très-nombreuses.
Vers le même temps, nos frères Etienne Mathiea de Saint-Véran (*) et Vasserole de MoUines, qui avaient passé l'hiver à Freyssînières, comme maîtres d'école, retournèrent au Queyras. Le premier, étant venu à La Combe tout-à-fait mondain, retourna chez lui, paraissant plein de joie etde vie ; il travaille maintenant avec force à l'œuvre du Seigneur. Le second, déjà plus sérieux dès Tannée précédente, mais plein de propre justice, avait reconnu sa profonde misère, et s'en retournait à Mollines avec un< lourd fardeau. Il trouva la paix peu de temps après, et c'est à présent un témoin actif et zélé.
Chaffrey Mathieu de Saînt-Véran (t. i , p. 473)i qui avait passé l'hiver en Trièvc au milieu de nos frères, revint en même temps avec d'excellentes dispositions, dans lesquelles il persévère ; mais il ne
(1) Oo 86 rappelle peut-être qae celui-ci est Tun de ceux qui n'ont pu continoé dans la bonne direction. V. 1. 1, p. 503.
parait pas avoir jeté encore cette ancre ferme qui pénètre au-delà du voile, et qui seule donne de la solidité.
J'ai vu, à- la même époque, Pierre Tholosan de Vars, qui, tout Thiver, s'occupe du commerce dans le Languedoc, et qui, l'automne dernier, avait emporté quelques vives impressions de la vérité ; le Seigneur a daigné conserver cette étincelle loin de son foyer; et, dès son rétour, elle s'est rallumée plus qu'auparavant. Pierre est aujourd'hui plein d'ardeur à la recherche d'un salut qu'il n'a cependant pas ékicore trouvé ; mais si les violents ravissent le Royaume, il doit nécessairement l'emporter. Puisse le Seigneur lui donner persévérance (') !
A VAaiB ^*, PB MENS (*).
Arvieax, le 19 mai 1825.
Ma chère Marie »
Tes petites lettres me font toujours le même plaisir; ainsi ne me les épargne pas. Quant à moi, qui suis toujours en route, je ne puis pas écrire quand je voudrais. Il n*y a pas longtemps que j'ai reçu ta dernière, parce que je n'étais pas ici quand Chaffrey est arrivé de Mens. Tu te plains de Tétat de langueur spirituelle dans lequel tu te trouves. J'espère que depuis lors tu auras déjà trouvé du
(i) risitclp. 93.
(2) Proba|>lemeiit Marie Morei de 1. 1, p. 410. V. la lettre suivante.
changement; car ordinairement le Seigneur ne cache pas sa face pour longtemps. Il t'est dur de te passer ainsi de la douce présence de ton Sau* Teur, apr^ ayoir'goûté tant de douceurs auprès de lui : que ferais-tu donc si tu étais obligée de vivre, comme d'autres, des années entières sans recevoir de sa grâce aucune visite sensible? Je crois te ravoir dit dans ma dernière : il nous est bon d'être ^nsi affligé. C'est pour notre humiliation, et pour nous forcer à nous anéantir de plus en plus dans le
sentiment de notre grande pauvreté. Mais il ne iaiui pas, pour cela, nous décourager; ici^bas nous devons marcher par la foi et non par la vue; le Seigneur est aussi près de nous quand nous ne le sentons pas, que quand il inonde notre cœur de joie. Il suffit que nous ne cherchions pas de la consolation ailleurs qu'en lui, et que nous supportions notre épreuve avec patience, en soupirant au pied de sa croix. Regarde, dans le premier tome deNar^ din, le sermon sur Anne et Siméon, qui attendent la délivrance d'Israël. Quant à ce que tu me dis des mauvais conseils qu'on te donne, de ne pas tant aller à la réunion, et de ne pas tant parler du Sauveur, je te dirai que le premier ne peut être dicté que par le Prince des ténèbres ; car la Parole de Dieu nous dit de ne point abandonner nos assemblées mutuelles ; et nous voyons que Dieu prend plaisir à voir ses enfants réunis dans un même esprit, poui: prier ensemble et le bénir tout d'une \oix.. D'aiU leurs, ce n'est pas seulement pour s'instruire qu'on va à la réunion, mais pour nourrir et fortifier son cœur, et aussi pour édifier les autres sçlon sa force*
Et si ceux qui savent déjà quelque chose se reti^ raient, les faibles se crpiraient-ils obligés d'y aller? Pour cela donc, ma chère amie , je n'ai pas besoin de dire que je suis tout-à-fait de ton avis. Continue comme tu as fait, sans prendre conseil de la chair ni du sang. Quant à l'observation qu*on t*a faite de ne pas tant parler de TËvangile à ceux à qui cela fait dire du mal, il ne faut pas la rejeter; si seulement tu sais bien que le Seigneur lui-même dit : ^ Ne )etez pas les perles devant les pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds, et que se retournant, ils se jettent sur vous et ne vous déchir rent ! » Sàns-dout.e nous ne devons point avoir honte du témoignage de Jésus, et nous devons toujours être prêts à répondre avec douceur à ceux qui nous demandent raison de notre espérance; mais si nous sommes avec des gens qui ne nous demandent rien, et qu'après leur en avoir souvent parlé nous voyons qu'ils n'y prennent pas plaisir, qu'au contraire ils se fâchent et nous veulent du mal, à quoi bon leur faire haïr, de plus en plus, cette parole en leur en parlant toujours? Gardons-la pour le temps et les lieux où nous pouvons espérer qu'elle fera du bien : il y a, dit Salomon, un temps de parler et un temps de se taire. Au reste, jene dis ceci que par rapport à ceux qui rejettent ouvertement le témoignage ; car dès que quelqu'un le supporte, nous ne devons point nous lasser de lui en parler.
Je ne puis que te remercier de l'intérêt que tu prends à mes catéchumènes des Hautes-Alpes ; tu dois avoir entendu lire la lettre que j'ai envoyée dernièrement à M^^^ Sophie ; oui, il y a là de bien
bonnes âmes. Je te dirai aujourd'hui que quelques* QDes de ces âmes traraillées ont trouvé la paix en Jésus-Christ ; mais le plus grand nombre sont en* core « dans le bourbier de la défiance. » U y en a plusieurs qui ont été malades, et même qui le sont encore, à force d'être angoissés dans leur cœur ; priez pour ces pauvres âmes, afin que le Seigneur les soulage de leur pesant fardeau , qu'il leur parle ttloii leur cœur, et leur dise que leur temps mar^ que est accompli. Tu n'as pas osé écrire à François Berthalon ; eh bien ! écris à quelqu'une des sœurs, ou plutôt à toutes ; parle premièrem*ent à celles qui sont fatiguées, sans soulagement ; puis à celles qui ont déjà quelque- peu de consolation : puis mets deux mots pour celles qui sont légères, car il y en a plus d'une. Tu adresseras ta lettre à Susette Bari* don : c'est la plus avancée de toutes et celle qui exhorte les autres. Tu peux lui dire quelques mots à elle, en particulier, pour Tencourager à travailler à l'œuvre du Seigneur. Elle est plus jeune que toi ; mais elle a beaucoup de connaissance et de foi (^). Il faut faire ta lettre sur du papier fin, et me l'envoyer à moi dans une autre. Il faudrait la faire tout de suite, afin qu'elle* fût ici dans douze jours, s'il était possible ; mais fais mettre l'adresse à quelqu'un qui la mette comme il faut.
A Saint- Véran, Chaffrcy rend témoignage à Jésus-Christ; ainsi que son cousin Etienne, qui était à Freyssinièrcs cet hiver, et qui est plus avancé encore que Chaffrcy. Il rassemble souvent ses voici) Que d« sagesse et d'ao(i?ilé dans toutes ces directions I
sins ; il y a quelques jeunes gens, et même des personnes âgées, qui commencent à y prendre goût. Vasserote de Mollines, qui était cet hiver aussi en Freyssinières et qui depuis le commencement d'avril donnait quelques espérances, est maintenant tout-à-fait réveillé, et il travaille de bon cœur à Tœuvre de Dieu ; mais dans sa commune il n'y a encore personne qui y prenne plaisir comme il faut. Priez pour lui, afin qu*il ne perde pas courage en voyant que la semence tarde à germer.
Je vous avais parlé cet hiver de Marie Philippe qui était tant chargée, et qu'on ne pouvait consoler (t. I, p. 525). Elle a plus de force maintenant ; mais sa joie ne dure pas longtemps , et souvent elle retombe dans la frayeur. C'est une âme qui a été terriblement secouée ; le fondement n'y sera pas posé sur le sable. Son mari, qui a vingt-deux ans de plus qu elle , prend plaisir à lire les sermons de Nardin ; il veut les acheter. La mëre de Marie est toujours la même ; elle n'avance ni ne recule ; mais sa .sœur Marguerite et une de ses cousines . sont bien travaillées. Si Marie avait plus de courage et qu'elle annonçât la Bonne Nouvelle , elle ferait beaucoup de bien. Quoique tous ses parents et voisins soient catholiques, ils ne sont pas mal disposés .
J'ai à la Chalp les trois jeunes filles dont je te parlais une fois. Elles viennent toujours me voir; ity en a une, Marie Simon, qui te ressemble de figure et qui commence à connaître ses péchés ; elle lit le Miel du Rocher avec une autre qui paraît aussi s'en occuper ; mais elles sont si timides, elles
savent si peu le français, qu'elles ne peuvent pas faire bien du progrès. Priez pour elles, ainsi que pour les autres qui dorment encore si profondément ici, afin que le Seigneur en réveille quelques-uns.
Je suis bien réjoui d'apprendre que vous avez formé une petite réunion de sœurs. Quoique vous ne soyez pas beaucoup de monde, le Sauveur y est, cela vous suffit. Puisse-t-il répandre sur vous toutes sabénédiction et sa paix, et vous faire recueillir un fruit de justice de tout ce que vous entreprenez pour son nom ! Salue toutes les sœurs'; et commu* nique-leur les nouvelles que je te donne de par ici. Adieu, ma chère Marie, prends courage, et regarde à Celui qui nous a aimés d'un amour éternel. Ton dévoué frère en Jésus-Christ,
Fâîx Neff,
A SAIiOMON ET LOUISE BACHASSE,
(cbes lesquels se tenait une réunion (t. I, p. 48S).
Arvieax, le 19 mai 1825.
Bien-aimés frère et sœur en Jésus-Christ,
Je vous envoie ci-incluses trois lettres pour Marie Morel, Paul Baume de la Peyre et Magdeleine Arnaud de S.-C, que je vous prie de remettre à leur adresse. En parlant d'adresse, dites aux frères de mettre la mienne plus correctement : il ne faut pas tant de paroles sur une lettre : voici comme on doit les arranger, etc. La première lettre que Louise m'a envoyée cet hiver était tombée dans le vin ou
autre liqueur, et plus de la moitié était effacée : j'ai eu beaucoup de peine à en déchiffrer quelques mots ; dites-moi si cet accident est arrivé chez nous ou si cela s'est fait à la poste.
Je pense que M^® Sophie vous aura communia que les nouvelles de Freyssiniëres ; Marie Morel vous fera part de celles que je lui envoie dans Imcluse; ainsi, je ne vous dis rien de nouveau là^dessos. Pour ce qui vous regarde, j'espère que tout va au moins comme à l'ordinaire, et que vous ne perdez point patience en veillant pour attendre TEpoux ; nous sommes dans le monde comme le $oldat en campagne, tantôt bien, taptôt mal; et souvent, comme lui, nous oublions l'avenir, et quand nous trouvons quelque bon cantonnement nous mangeons tout, sans rien réserver pour le mauvais temps ; c'est-à-dire que nous ne profitons pas des temps de grâce et de paix, pour nous fortifier en connaissance et en bonnes habitudes, qui nous seraient bien utiles dansles temps de sécheresse, de langueur ou de tentation.
Je languis de savoir des nouvelles de la réunion des frères, depuis que Baume et Clavel sont partis (t. I, p. 489)- J'espère que personne ne s'est relâché pour cela, car la présence du Seigneur ne tient pas à tel ou tel personnage ; et c'est peu de chose qu'un chrétien qu'il faut toujours mener. Chacun, dans le règne.de Dieu, doit tâcher de ne pas se faire traîner, et de soutenir les autres plutôt que de les fatiguer en s'appuyant sur eux. Je vous l'ai dit souvent : pour être fort, il n'y a qu'à, entreprendre quel*que chose de difficile et. de pénible. Celui qui^
sortant d*une grande maladie , attendrait an fond de son lit de se sentir fort pour se lever, risquerait bien d'y rester tout le reste de ses jours. C'est en s exerçant que la force vient : il n'y a de faible et d embarrassé que celui qui croit l'être; car en Jésus-Christ il n'y a plus de distinctions chamelles. D est tout en tous ; et les plus chétifs de ses membres sont justement ceux sur lesquels il répand le plus de grâces et qu'il emploie le plus volontiers dans son oeuvre.
£n vous occupant de votre propre sanctification, songez aussi un peu au salut d'autrui; mettez au rang de vos devoirs l'obligation d'avancer la gloire et le règne de Dieu, chacun suivant ses moyens ; consacrez une réunion à l'examen de cette question, savoir ce que chacun peut et doit faire dans sa position pour faire connaître l'Evangile à ceux qui sont encore dans l'indifférence ; examinez si chacun a bien soin de saisir pour cela toutes les occasions favorables; si vous n'êtes pas plus ou moins négligents à cet "égard ; et s'il ne vous arrive pas souvent d'oublier que le Seigneur ne nous laisse ici'bas que pour lui rendre témoignage, afin que nous soyons le sel de la terre, la lumière du monde, et que nous annoncions ses vertus; examinezs'il n'en est point parmi vous de timides, qui cachent la lumière sous le boisseau : que ceux-là lisent au 2"^ des Rois, VII, 9, ce que dirent les lépreux de Samarie : prenez cela pour votre texte, et que chacun cherche dans la Bible les points qui se rapportent à cette œuvre que chacun doit faire. A présent surtout que vous avez deux ouvriers de moins dans
-sole pays, il faut que les autres redoublent de zèle et d'activité! Gardez-vous bien surtout de regarder à ceux qui sont paresseux et qui ne font pas ce qu'ils pourraient ; .tant pis pour eux, cela ne doit pas vous servir d'excuse. Priez ensemble d^un même accord pour que le Seigneur vous ouvre bien des portes pour travailler à Tavancement de son règne.
Priez aussi, pour cela, chacun dans sa maison, et entendez-vous ensemble pour les endroits où vous devez aller et les personnes que vous devez voir. ISe laissez pas non plus tout faire aux mêmes, et ne soyez pas tous au même endroit. Rendez- vous compte l'un à l'autre de ce que vous faites et de l'état des âmes que vous fréquentez, afin de vous encourager et de vous aider en cas de besoin. Quand on est peu de monde, et encore mal armé, pour soutenir une cause, il faut être au moins bien d'accord et s'employer de toutes ses forces. Voyez Içis frères d'Alsace, comme ils combattent courageusement malgré la violence et la puissance de leurs ennemis ! Ce sont de bons Israélites ceuxlà ; ils peuvent aller au combat avec Gédéon, il ne les renverra pas (Juges vn, 3).
Adieu, chers et bien-aimés frères, souvenez-vous de moi et des frères des Hautes-Alpes. Il y en a déjà plusieurs qui travaillent de bon cœur et avec fruit à l'œuvre de Dieu. Priez pour nous tous, et que, quoique éloigné de vous, nous soyons unis par l'Esprit.
Votre dévoué frère en Jésus-Christ,
Félix Neff.
A UNE MÈRE CHRjStIENNE SUR LA MORT DB SON ENFANT.
Saint Laoreni, le 14 jafn 1S25.
Quoique naturellement peu sensible aux malheurs d*autruî lorsqu'ils ne frappent que Tenveloppc mortelle; j'ai été vraiment affecté de la perte de votre petite, et je prends vivement part à votre douleur ; néanmoins, la résignation que vous montrer me réjouit et me confirme toujours plus dan» cette idée que toutes choses tourneat au bien de ceux qui aiment Dieu. Puissent tous les mécomptes que nous éprouvons ici-bas nous apprendre de jour en jour à mépriser les choses visibles, et nous faire placer dans le Ciel tout notre trésor !.......
Nous arrivons maintenant à l'un des moments importants de la vie de Neff, à sa visite en Piémont. QuoiquUI n^y ait éié qu'une fois, ceUe visite a suffi pour y allumer le feu d^uD beau réveil. Au moment de le suivre diins^ travail, nous allons donner une pièce sans dale que nous trouvons dans ses papiers, mais qui se place naturellement ici, vu qu'elle contient quelques mois sur la position que les Yaudois du Piémont ont occupée dans TEglise jusqu'à nos jours, en même temps que des observations profondes et scripturaires suq^Ia pauvreté et Thumilité des moyens que Dieu se platt à employer pour faire son œuvre dans son Eglise.
Les Vaudois des Vallées sont, hélas ! comme beaucoup d'autres, sujets au reproche de Celui qui a les sept étoiles et les sept esprits. Oh ! quand souf-
fiera sur la pauvre chrétienté cet Esprit de vie qui ranima les ossements épars à ]a voix d'Ezécbiel ! Mais, que dis-je ! Il souffle depuis longtemps ; et à cette heure, peut-être plus que jamais, sur toute la terre. Oui, sans doute, et ses effets sont grands; car, sans parler des progrès des missions , etc., ce règne avance dans notre vieille Europe, malgré lesoppositions ouvertes ou secrètes, les calomnies et le mépris. L'homme voudrait voir les choses marcher en grand et avec gloire ; il voudrait que le réveil suivit un ordre régulier; qu'il commençâtpar le sanctuaire, par les docteurs de la loi ; puis, que, descendant de là avec gravité et sans secoiïsse, il embrassât insensiblement tout le peuple, et que FEglise se trouvât ainsi régénérée presque sans qu'on a en aperçût, et surtout sans qu'elle eût point d'opprobre à porter. Mais , par malheur pour cette sagesse humaine que Tiieu se plaît à confondre^ la chose n'est presque jamais arrivée ainsi. Dieu a* toujours choisi les choses faibles et méprisées pour confondre les fortes, et celles qui ne sont point pour anéantir celles qui sont. C'est ainsi que, déjà sous l'ancienne alliance, il prenait rarement ses prophètes parmi les sacrificateurs, qu'ils étaient souvent chargés de reprendre. C'est ainsi que Jésus , venu pour accomplir la loi et les prophètes et non pour les anéantir, laissa néanmoins complètement de côté toute la hiérarchie sacerdotale, et choisit dès le commencement tous ses apôtres et ses disciples dans les dernières classes de la nation et jusque chez les péagers , tellement que ceux d'entre les sacrificateurs qui voulaient
avoir pari à raccompHssement des promesses furent obligés de descendre de la chaire de Moïse, et de venir, confondus dans la foule, recevoir Tinstruc tion et le baptême de ces Galiléens méprises. Dès lors le Seigneur a constamment conduit son Eglise d'après se système. Ainsi, quand, à diverses époques, depuis le neuvième siècle jusqu'au seizième, il a voulu remettre la lumière sur le chandelier et ranimer le lumignon prêt à s'éteindre, i\ n a jamais attendu, comme on l'aurait voulu, que le vent soufflât du Saint-Siège ; il a laissé la cour de Rome fulminer ses anathèmes, et a pris ses réformateurs un peu dans tous les états. Puis, lorsque, en Angleterre, le septicisme et la mondanité eurent, il y a près d'un siècle, anéanti lavie religieuse, ce ne fut point le clergé anglican qui eut la gloire de réveiller son peuple, ni même celui de Tancienne Eglise presbytérienne, mais ce forent des hommes désavoués par Tune et l'autre de ces Eglises et flétris du nom de sectaires : Wesley et Whitfield et leurs nombreux coopérateurs furent chargés de cette œuvre ; et aujourd'hui chacun avoue que c'est à eux que l'Angleterre doit d'occuper le premier rang dans le monde chrétien, et d*étre, jusqu'au bout du mpnde, la lumière des Gentils. A cette heure même, dans les Sociétés de Bibles et de missions, on ne voit, comparativement, qu'une fort petite partie du haut clergé; les membres les plus marquants et les plus actifs do ces Sociétés sont laïques pour la plupart. Le Maître de la vigne, celui qui Ta plantée, l'a louée et non vendue aux vignerons ; et dès qu'il n'est plus