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LETTRE A UN JEUNE PRÉDICATEUR

exposant en quoi consiste, selon Neff, la doctrine de rélection.

Geuéye» le 5 septembre IW.

Monsieur,

J'allai vous entendre dimanche dernier, nonseulement sans prévention , mais avec Tinlérêt

(1) Sœur du pasteur Guers. C'est elle qui coolinue, ayec m beHç- Mœar, la librairie Susannc Gucrs.

qu'inspire un jeune ministre de Jésus-Christ qui fftraît avoir sacrifié ses avantages temporels à sa conscience, et qu'on regarde comme victime de lintolérance. Je m'attendais à être édifié et nour* û; j'ai été tristement déçu. Votre discours tout iBtier a produit sur moi une impression telle, que Jbi termes peu mesurés que j'ai employés dans le |Rmier moment qui a suivi, peuvent à peine en lumer une juste idée. Cependant, comme Témo^ Ikm que je n'ai, pu cacher peut être mal interpré*lée et a pu scandaliser quelques âmes simples , je pense devoir m'expliquer plus clairement ; et bien je n'ose me flatter de vous ramener à des senltts plus modérés, je crois utile d'exposer une fais mes principes déjà tant critiqués et réprouvés par quelques personnes ,

On aura cru probablement que j^avâis été scandalisé de la doctrine même sur laquelle vous ave£ u fort insisté, celle de l'élection; on s'est trompé. Je la reçois comme vous ; tout autant que vous ; j'en ai, pour mon propre compte, éprouvé lefïicace et connu le prix. Ce qui m'a péniblement afiecté c'est seulement la manière dont vous avez traité ce sujet ; c'est le point de vue sous lequel vous l'avez présenté ; c'est en un mot l'exclusisme de vos principes. ï)e vous attendez donc nullement à trouver ici des objections contre l'élection en elle-même : mes observations seront d'une autre nature. Je vous les fais avec une entière franchise : veuillez croire à la droiture de mes intentions.

Je n'aurais peut-être pas été frappé de votre singulière phraséologie, de votre ton, de votre air^ si

j'avais pu croire que tout cela vous fût naturel; g mais, dans votre intérêt, je pensé devoir vous faire r observer qu'avant tout il faut être soi ; et qu'en {ait ^ de caractères, le moindre original est préférable à \% la meilleure copie. : (s

' Je n'ai pas non plus trouvé fort à leur place lei r louanges peu délicates que vous avez prodiguées ï jji diverses reprises au pasteur de ce troupeau, lequel ^ troupeau, à vous entendre, serait de toutesihv |g églises la mieux enseignée, infiniment heureoie J d'être abondamment nourrie de cette doctrine que îr vous appelez par excellence la vérité. £t j'ai étéjle surtout profondément peiné de la hauteur, et ji j^ dirai du mépris, avec lequel un homme assez jeune y et encore ignoré , s'est permis de traiter sans disf j tinction, tous les prédicateurs qui, en suivant la i marche de la Bible et l'exemple de Jésus, des^apô-g très et des serviteurs les plus fidèles et les plui k bénis de tous les temps, croient que prêcher toute \ la vérité, qu'annoncer tout le conseil de Dieu, c'est « prêcher, en efiet, tout ce qui est révélé dans la K- ■ ble, c'est annoncer tout TEvangile, et non pas s'ai- : tacher à un point de vue unique, des plus contestés, des plus propres à achopper les faibles, et sans la connaissance duquel, bien certainement, des milliers d'âmes sont parvenues et parviendront encore au Royaume de Dieu .

Ce qui m'a aussi profondément ému, c'est la témérité , j'ai presque dit l'audace, avec laquelle vous avez attaqué, réprouvé toute prédication, toute doctrine, quelque biblique qu'elle soit, qui> ne se réduit pas précisément à ce point préféré ; en re^

jetant ainsi et foulant à \os pieds tout le reste de la sainte Parole de Dieu....

-'Je ne pourrais: en aucun temps entendre un distours tout entier sur les doctrines de Télection ; mais j'ai bien entendu plus que cela; j'ai entendu un très-long discours dont , non pas certes la tendance, mais le sujet, le but, Tobjet unique était d'établir que ces doctrines sont LES SEULES fui doiçent être portées en chaire, LES SEULES sur hsquelles le prédicateur doiçe insister en temps «f hors de temps. El comme Paul ne voulait savoir que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié, vous ne voulez savoir que prédestination et prédestination mbsolue! Vous ne voyez, et vous voulez qu'on ne voie dans toute la Bible que cette doctrine, qu'il Vous plaît d'appeler par excellence le conseil de iKeu^ tandis que ce ne peut être qu'une partie et. ^encore la partie la plus mystérieuse de ce conseil, "h'fond de cet abîme que les anges même désirent i8e sonder! Et, selon -vous, les fonctions du prédicateur doivent se borner « à faire ressortir ce con- ^ seil de Dieu de toutes les parties de la Sainte •'Ecriture où il se trouve, le sondant et le dévc- ^loppant depuis l'élection des élus jusqu'à la per- • sévérance finale des saints. » C'élt là, vous 1 avez 4àX et répété nombre dé fois avec affectation, a prê- » cher la vérité, rien que la vérité, et toute la vérité. » ' Vous avez fait plus encore ; et dans votre comparaison, d'ailleurs heureuse et vraie, de la maison de refuge dont il importe d'éprouver la solidité, vous avez, au milieu de beaucoup d'ornements oratoires j poussé la hardiesse et Tabus du raisonne •

ment jusqu'à établir positivement que « la connaissance et l'assurance de cette élection immuable rendaient le chrétien inaccessible au trouble et aux angoisses de sa conscience, quelles que puissent Éln ses infidélités ! » Vous Tavez dit ; et f ai frémi en Tentendantl... Le bouclier de la foi ne servira donc plus à repousser seulement les dards enflammés da Malin, mais à repoussser aussi les aiguillons de 11 conscience, les avertissements et les menaces de la Parole de Dieu! Vous l'avez dit! Et je vous ai involontairement appliqué ces paroles sérieuses : Ib ne cessent de dire à ceux qui me méprisent: ^Vom aurez la paix , » e/ à ceux qui marchent dans if dureté de leur cœur : ail ne vous arriçera'point ai mal! » Et Ton peut dire en vérité d'un chrétien tel que vous le supposez : // a endurci sa fau \ comme un caillou; il s'est fait un front d* airain; il ne sait ce que cest que de rougir!, . . •

En conséquence de ce principe, vous avez dore* ment apostrophé « ces auditeurs de petite /oi qui demandent sans cesse quon leur prêche la sanC" \ tification; » vous avez parlé de cette prédication \ avec un air et un ton de dédain qui m'a percé le cœur ; vous avez soutenu que la sanctification était nécessairement ?t suffisamment renfermée dans la doctrine de l'élection ; et vous avez cru le prouver par ce passage de saint Jean, xvil, 17 : Sanctifie-les par la vérité ; ta parole est la vérité; oubliant, dans votre grande préoccupation, que vous portiei en preuve précisément ce qui était en question ; car qui vous a dit que cette vérité, cette parole^ dont parle Jésus, soit justement ou du moi ns exclusive* ment V élection de grdce ? .

Reprochant ensuite à yos auditeurs « leur peu de docilité (ce n*est pourtant pas ce qui leur manque en général !) à recevoir, et leur peu de soin à approfondir les doctrines dont, depuis tant d'années, ils sont si abondamment nourris,» vous avez attpi« baé uniquement au manque de connaissance de ces doctrines leur peu de progrès dans la sanctification. Ici les reproches que vous avez adressés à votre auditoire étaient si vifs, vous Tavez censuré avec tant de sévérité, que j'aime à croire qu'il eût mérité plu& d'égards, et qu'il ne faut pa$^ tout-à-fait juger de l'état du troupeau par le tableau que vous en avez hit. Mais, dans tous les cas, n'est-il pas bien étrange qu'un auditoire à qui on prêche si constamment et 81 exclusivement cette doctrine, selon vous si nécessairement sanctifiante , soit cependant , d'après, vos propres paroles , si peu saiictifié ! « qu'il ne se distingue du monde que par une vaine professioa de foi ! qu'il soit entaché des mêmes vices ! et quMl Boît cause que l'Evangile est blasphémé?» Et n'estil pas encore bien plus surprenant de voir un prédicateur se laisser prévenir au point d'attribuer ce triste état de chctoes, avant tout , au manque d'intdligence de cette même doctrine, — r^ tandis qu'à, moins de fermer les yeux à toute évidence, il trou*, verait parmi ces « chrétiens faibles , ces prédicateurs timides et infidèles , ces auditeurs de petite^ foi, qui aiment entendre prêcher la sanctification,» M grand nombre d*âmes , et peut-être des trou« peaux entiers auxquels il ne serait nullement en* droit d'adresser de tels reproches? Je m'épargne la peine de citer des exemples , parce qu'ils sont

trop communs, et que je pense qu'à moins d'avoir perdu le sens, personne ne niera qu'il n'y ait eu de tout temps, et qu'on ne trouve encore de nos jour», quantité de chrétiens remarquables par leur fidélité et la sainteté de leur yie, parmi ceux qui n'entcHdent qu'avec peine prêcher comme objet principal la prédestination ; — je dis plus , — parmi ceux-B même qui, bien à tort sans doute , la repoussent comme une en'eur.

A votre place, un conducteur moins prévenu examinerait, ce me semble, si ce mauvais étatdn troupeau ne vient point, au contraire, de ce qu'on lui prêche trop exclusivement ces doctrines de Félection ; s'il n'est pas dû au fait que, pour être conséquent avec vous-même, comme vous vous piqnes de l'être, vous êtes forcé de négliger la plupart des stimulants (accessoires peut-être, mais bien souvent nécessaires) que nous fournit TËvangile ; ou du moins de ce que l'effet de ces stimulants est constamment neutralisé par la surabondance du principe dont vos auditeurs sont saturés. Vous me faisiez l'effet d'un de ces empiriques qui, entichés d'un remède quelconque , l'ordonnent à tous les malades sans distinction, et qui, si au lieu de guérir vous vous en trouvez plus mal, loin de suspendre le traitement vous reprochent d'user du remède trop ihodérément, vous font doubler et redoubler la dose, et plutôt que d'ouvrir les yeux sur le danger de leur système, lui sacrifient la santé et la vie d'une foule d'individus»

Vous voyez donc, Monsieur, que ce n'est nullement à la doctrine que j'en veux : je le répèle :jc

la crois cgmine vous ; comme vous, je la vois dans la Bible; mais vous auriez bien de la peine à nous prouver qu'elle y est présentée à votre manière. C'est une bonne chose que le sel : il va bien dans la plupart de nos aliments ; en conclurez-vous que nous devons vivre de sel ? Et si quelqu'un ne pouvait pas supporter ce régime, serait-il juste de prétendre qo'il rejette le sel comme un poison? Les divers gaz qui, combinés dans une juste proportion, composent Tair atmosphérique, ne sont point respirablés purs : ou, pour user d'une autre image, les doctrines de Télection seront, si vous voulez, la charpente osseuse du système évangélique ; mais un squelette est-il un homme? et devez-vous être surpris si on trouve le vôtre hideux? Si vous ne Q0U6 servez que les os de T Agneau pascal, nous serons bien mal substantés : or, c'est ce que vous devez faire d'après vos principes.

Si, comme vous le prétendez, le ministère évangélique doit se borner à faire ressortir les doctri^ nés de l'élection de toutes les parties de la Bible où elles se trouvent, -* utilement placées, sans doute, «t sagement combinées avec les correctifs nécessaires, — * le prédicateur rendra à l'humanité le même service qu'un homme qui s'imposerait la tâche d'extraire toutes les grosses pierres dont la grande route est formée, et qui les étalerait ou les entasserait à la surface, en encombrant ainsi le passage, sous prétexte que ces pierres sont une partie essentielle de la chaussée, et qu'elles y ont été placées par ordre supérieur! Saint Paul nous déclare, avec toute l'Ëcriture, que le seul fondement qui puisse

être posé C6t Jësus-Chrisi : mais dans votrp système, ^ésus n est plus le fondement ; il u est iqu'uBe pierre de Tédifice, qu'un accessoire, qu'on commence à laisser on peu de côté, et dont bientôt ^utrêtre <m n-aura plus besoin : car déjà on dit :' (non pasvouStHiais des gens qui partagent d'ailleuft Yûs yues) (fu annoncer le salut par le sacrifice de

Christ, c est prêcher un faux Evangile! Mais

quand ce blasphème n'en serait pas un; quand le fondement serait, en efiet, Télection et non pas Jésus-Christ, encore faudrait-^il, selon Tordre de l^apôtre, édifier quelque chose dessus. Qr» qu'édifieah irous sur ce fosidement? ISi foin, ni chajame, peut-être ; mais à coup sûr, ni or, ni argent. -Vous n f bâtissez rien du tout; tous prétendez qu'il suffit à lui seul ; qu il doit rester découvert ; et si on y apporte quelques matériaux, vous les écartes sam examen, en criant anathème !

J'aurais sans doute encore beaucoup de choses à vous dire. sur ce sujet; mais en voilà assez pour rvous faire comprendre combien il est impossible que nous soyons d'accord aussi long-temps que vous professerez des principes si étroits, et corn** bien peu j'ai dû être édifié de votre discours. ' Je ne prétends point cependant excuser l'irritation momentanée qu'il a occasionnée chez moi, et que je n'ai pas eu la prudence de contenir en pré^ sence de quelques-uns de vos auditeurs. J'avoue qu'en pratique je suis souvent moins tolérant qu^en théorie ; c'est un tort dont je ne veux point cher* cher à me justifier. Mais chez vous l'exclusion est 4ans les principes^ dans la profession la plus publia

que, et probablement aussi dans la pratique la plus constaole. Je n aurais pas cependant le moins du monde à m'en occuper, si, de cette divergence dans les Yues, il ne résultait nécessairement des juge-^ menls réciproques, une division et un éloignement bien pénible entre gens qui, au fond, pensent servir le même Maître et poursuivre le même but.

Les disciples de Christ doivent n'être qu'un cœur el qu'une âme. Rien nedoit égaler leur union, si ce n'est eelle du Père et du Fils (Jean, xvii, 2i,32)« ï Mais cette union n'aura jamais lieu si chacun se r tient à un extrême, et élève la prétention de faire entrer tousses frères dans ses vues rétrécies ! Vous, en particulier, vous ne devez pas espérer de voir tous les chrétiens se rallier au drapeau dont vous disez parlé ; car ce n'est qu'un lambeau déchiré de l'Evangile; et d'ailleurs le chef entre les mains de qui vous l'avez placé n*^st pas Jésus^Christ ! . . . • L'unité,, même l'union^ sera impossible aussi longtemps qu'une coterie théologique voudra forcer tous les chrétiens à adopter jusqu'à son langage particulier, et qu'on ne pourra, autour d'elle, publier un traité, chanter un cantique, recommander un livre, faire l'application la plus naturelle et la plus littérale d'une portion de l'Ecriture, prononcer un mot« sans être taxé d'hérésie, sans être aussitôt l'objet de mille et une critiques, aussi misérables que pointilleuses*

Certes, si vous osiez appliquer à la Sainte Bible la mesure étroite dont vous vous servez pour les ouvrages d'hommes, vous y trouveriez bien des hérésies ! Et je crois que les prophètes, les apôtres»

et Jésus lui-même sont fort heureux de ne pas vivre au milieu de vous. Cher Monsieur! qu'il y a loin de celte aride et minutieuse théologie à la douce et vivante parole de Jésus! Et combien le cœur de ce Sauveur doit être affligé en voyant ses enfants chicaner sur des mots, s'enfermer dans d'étroits systèmes, réduire à une vaine science sa divine Révélation, et employer leur temps et leurs forces à harceler leurs frères, tandis qu'ils ont au dehors tant d'adversaires à combattre! Croyez-moi : avec tous vos syllogismes, avec toute votre exacte et raide science, vous êtes bien loin de recevoir le Royaume de Dieu comme de petits enfants! Dieu confond la sagesse des sages et anéantit l'intelligence des intelligents^ etc. ' jjo r^^^ ^^ manque.

LETTRE DE SUSETT^ BARIDOIf (p. 123),

rune des deux jeunes maîtresses de Técole du dimancbe, et la première de la vallée qm ait connu le Seigneur.

Doarmillouse, le 5 septembre 1837.

Je vous aurais écrit plus tôt, m^is je n'osais pas , craignant que vous fussiez mort (*)• Il me tardait bien de recevoir de vos nouvelles; aussi m'ont-elles fort réjouie. Vous ine serez toujours bien cher ; car, après te Seigneur, c^est TOUS qui êtes la cause si un jour je suîs reçue dans le

Ciel Que le Seigneur ^ous récompense de toutes vos

peines, et vous donne la joie de voir venir encore beaucoup d*àmes à sa précieuse connaissance par votre ministère!

(1) J'ai loujoors laissé toutes les letlres des divers correspondants d« Neff, telles quelles , avec leurs fautes de langue ou leurs expressions impropres. On jugera mieux des ëlèyes qu*il avait formés.

QoQDt ans choses qni se passent ici, je tous dirai que noa$ nous réunissons trois fois la semaine, comme Fan passé, mais que nos réunions sont beaucoup plus nombreuses ; les garçons y viennent assidûment comme les filles ; au lien que ei-devant ils n^y venaient que lorsque vous y étiez

Quand nous sommes tous réunis, nous lisons dans

h Bible, préférablement là où il nous souvient que vous nous avez fait quelque explication ; et nous demandons à cba- CDD s^il s'en souvient; et chacun dit ce qu'il sait. Ainsi se passent nos soirées, avec une prière pour commencer et une pour finir. Veuille le Seigneur y prendre plaisir et nous combler de ses dons infinis !

Depuis que vous éies parti, notre ami Jean Rostan est Tenu nous voir trois fois ; et vous savez qu'avec lui on ne perd pas son temps, et qu'on ne peut être que réjoui en notre Sauveur. Dimanche dernier, il nous lut la lettre que vous avez envoyée à ceux de Saint- Véran ; il la lut au temple après le sermon ; toute l'assemblée y prit un tel intérêt, que s'il fût entré quelque enfant de Dieu qui ne nous eut pas connus, il eût cru que tous étaient convertis. Quand Rostan en vint à un endroit de votre lettre où il y a ce passage : Que servir ait-il à un homme de gagner fout le monde s'' il perdait son âme? mon père-grand {^) prit la parole et dit à l'assemblée : a Mes enfants, écoutons cette lettre comme un sermon de la bouche de noire cher pasteur, qui, malheureusement pour nous, est aujourd'hui malade à Genève. De là il nous fait encore entendre sa voix. Le Seigneur sait que Dous l'avons entendue ! et puissent ses paroles toucher nos cœurs ! »

L'école du dimanche continue; mais pendant la saison des travaux elle a élé peu nombreuse; j'espère qu'elle s'acçrohra à mesure que le travail de la terre diminuera.

(1) C'est un respectable vieillard, presque oclogéoaire, qui a administré la commuue déjà sous Louis XVI, e( peodaat tout le régne de Napoléon. ZVo/c (h ISeff,

Depuis sa siatadie, Noé Orcière fréquente assidûment nos réunions; il désire, ainsi que nous tous, Theureux jour de votre retour dans noire vallée.

Quand vous. étiez dans notre pays, s'il me sQrvenaii quel* que teniottion j'avais recours à vos encourageantes paroles et à vos bons conseils qui, avec le secours de Dieu, me fortifiaient toujours ; mais maintenant Dieu ni^a 6té ce secours pour m'apprendre à marcher seule. Mais que dis-je seule! Oh non, pas seule, mais avec mon Jésus et le secours de son bon Esprit ! Puissé-je me tenir toujours près de cet aimable Sauveur.

Anne-Marie Arnoux (p. laS), amie de Susette, m'écrivait en même temps , et me pariait beaucoup de Tétat de son âme. Elle terminait sa lettre ainsi :

Je vous dirai peu de chose de ce qui se passe ici ; je vous donnerai seulement quelques détails sur nos réunions des Inflous (partie inférieure de Dourmillouse). Nous en tenons comme à Roumaz, le jeudi, le samedi et le dimanche; et pour les autres soirs, j^ai pensé quMI serait bon d^en former une plus particulière; elle est peu nombreuse; mais j^ éprouve plus de bénédictions que dans celles qui le sont davantage. Tantôt nous lisons, tantôt nous parlons de ce qui se passe dans nos cœurs ; nous prions ; et le Seigneur est avec nous. Plusieurs nous blâment à cause de cela, et nous disent que c'est bien assez de deux réunions dans la semaine; mais puisque nos parents ne nous disent rien, nous continuons. Mon père et mes oncles voue saluent, ainsi que ma sœur et ma cousine.

En date du n septembre, Jean Rostan me fait le journal d\me de ses tournées t il m'apprend que depuis quelque temps (et c'était le 2 septembre)

leurs montagnes étaient couTertes de neige. II me rend compte des livres qe'il aplacés, et m'annonce le délogement de la mère Philippe des moulins d'Anrieux. Cette mort édifiante fait le. sujet d'un article de la Feuille religieuse du canton de Vaud (d*7 de 1828)9 intitulé : Affliction et consolation^ ou la famille chrétienne dans le deuil. La dernière page de sa lettre est remplie par Pierre Tholosan, le colporteur (p. 234) S ^^^^ exprime Thumilité et la reconnaissance.

Une lettre d'Emilie Bonnet, du 9 septembre, me donne de bonnes nouvelles de Mens, surtout de Técole du dimanche pour les jeunes filles, dirigée par des dames, et montée sur un bon pied par les soins du jeune Morlet, qui a passé quelque temps chez son beau-frère, M. Isaac, instituteur. £Ile me parle aussi d'Adèle N. (I, 5 19), qui, après avoir connu l'Evangile, était retournée au monde, et pendant plus de trois ans avait semblé prendre à tâche d'affliger les enfants de Dieu et de sceller sa réprobation, mais qui, depuis le printemps de 1827, avait paru disposée à rentrer dans la voie du salut. Je l'avais vue lors de mon séjour à Mens, en mai et juin ; et dès lors, on m'en avait écrit à diverses fois, rendant témoignage à la charité et à l'infatigable persévérance d'une jeune sœur qui, pendant toatle temps de son égarement, n^avait cessé de la poursuivre malgré les mortifications qu'elle en recevait, et avait enfin eu la joie de la voir se rapprocher des réunions et se retirer du monde. Mais, à ce que me disait Emilie, la pauvre Adèle était dans le plus triste état, ne pouvant croire que Dieu

Toulùt la recevoir encore» et se persuadant qu'elle était dans le cas décrit par saint Paul : Héb. Ti, 4~^; X, 26-3 1 . (Voy. le Supplément au t, I, pour p^ 368). Emilie termine sa lettre par quelques détails sur les réunions des jeunes filles et sur celles des femmes, et par le récit du réveil de quelques person* nés nouvellement attirées à TEvangile, entre lesquelles se trouve une femme auparavant si opposée, qu'elle avait, à force de persécutions, détourné son mari pendant quelques années. Une autre jeune femme» jusqu'ici fort étrangère à tout ce réveil, conduite à la réunion des femmes par une de ses voisines, en sortit en pleurant et ens'écriant : «0 Dieu, quel triste sort que de ne pas marcher dan» ce bon chemin! i> Plusieurs jeunes filles, distinguées par leur légèreté et leur éloignement précédent pour PEvangile, assistaient aussi aux réunions. Enfin, ajoute Emilie, il serait trop long de vous les nommer toutes.

A JEAN PHILIPPE, D^ARVIEUX.

GeDé?e, le 15 seplembre 1827.

Je viens, mes chers amis, mêler mes larmes aux vôtres, et vous témoigner la part que je prends à votre affliction. Le Seigneur a donc retiré à lui voire bonne mère, à ce qu'on m'écrit de Vars! J'ai rarement éprouvé une douleur plus vive qu'à la réception de cette nouvelle! Cette bonne Madelaine (p. 23i), qui avait tant de bontés pour inoii qui était si compatissante aux maux d'autrui, si sensible, si humble, qui recevait avec tant de joie et

d*ainour les disciples du Sauveur, et qui aimait tant à écouter la Parole de vie ! je ne la verrai donc plus ici-bas! — Et la chère Marie? On m'écrit aussi qu'elle n'est pas mieux! — Aura-t-elle aussi cessé de sou£Brir? Combien ces pensées m'attristent! —et comme votre maison me semble couverte d'un voile obscur ! Et vous-mèmeSt chers amis, combien cette plaie doit être douloureuse pour vos cœurs aimants et sensibles! — Mais que fais-je, d'attendrir ainsi mon cœur et le vôtre? — Est-ce à nous» est-ce aux héritiers du Royaume incorruptible et céleste de s'affliger avec le monde, et comme ceux qui ri ont point d'espérance F Ah ! plutôt bénissons Dieu, qui nous appelle à chercher en lui les seules consolations véritables ! I^ous sommes rachetés et sauvés pour toujours ; nous sommes déjà enfants de Dieu et cohéritiers de Jésus ; mais ce que nous serons n'est point encore manifesté ; notre héritage est gardé dans les Cieux, et nous t attendons par la patience. Nous sommes ici-bas dans un dé-

sert ; étrangers et voyageurs, gémissant et soupirant sous le fardeau de ce corps de mort, et dans l'exil de cette pauvre vie, désirant avec ardeur d'être reçêtus du domicile éternel^ hâtant par nos désirs, et appelant par nos prières le jour heureux de no<* tre délivrance ! Combien donc sont heureux ceux qui meurent au Seigneur! Combien sont dignes d'envie ceux qui terminent en peu de temps leur pèlerinage, et qui, après açoirvu le salut de Dieu^ s'en vont, en ^q\x posséder le Royaume qui leur Jut préparé açant la fondation du monde !

Aussi ne plaignez- vous point ceux qui sont passés

^ ara -

de ce monde au Père; c'est tous -même que vou^ plaignez, et qui souffrez de cette courte séparation» Mais, si nous étions tous sur une même mer, battnft par la tempête, exposés à mille dangers et souffrant toutes sortes de maux, serions-nous fôchés de Yoir nos meilleurs amis aborder avant nous an port assuré et tranquille ? Ne serait-ce pas, au contraire;! un soulagement pour nous de les sentir sur le yage en sûreté? Et notre cœur, loin de les rappeleifil ne les suivrait-il pas plutôt dans cet heureux port^^ attendant le moment de les y retrouver? Eh bieof,| chers amis, plus nous voyons de nos parents et nos amis quitter ce monde pour aller à Dieu, jin%' nos cœurs doivent se détacher de la terre et s'élever au Ciel, — car c'est au Ciel que doit être notre trésor et notre cœur; et tout ce qui élève ainsi nos nn gards et nos désirs vers le monde spirituel, vers les choses éternelles, est pour nous une bénédiction. Ce sont ces pensées qui me consolent, et qui changent bientôt mes plaintes en actions de grâces, et mes pleurs en chants de triomphe. J'espère, mes chers amis, que vous serez aussi consolés et soutenus dans votre affliction Surtout, pensez à h

grâce que le Seigneur vous a faite ; et combien vous avez sujet de le bénir pour son grand amour. ^ Car, quand vous ne connaîtriez pas son Evangile* quand vous n'auriez pas plus d'espérance que le monde, les mêmes afflictions vous arriveraient; et

alors où serait votre consolation? Ah! vous en

êtes convaincus, toutes choses tournent au bien de ceux qui aiment Dieu^ savoir de ceux qu'il a élus et appelés à sa connaissance ; et le sentiment d'un

i grand bienfait doit bientôt effacer et surmonter otre dodeur dans les plus grands maux, et nous ire chanter irictoire jusqu'aux bords de la tombe ! 'ar$n toutes choses^ nous sommes plus que vainmirs par Celui qui nous a aimés !

J*aarais vraiment désiré me trouver au milieu de M, pour encouragea cette bienheureuse mère dans ftssage obscur qui conduit Tâme à son Dieu, et V TOUS soutenir et vous fortifier tous dans ce iment pénible. Mais le Seigneur lui-même Taura it, et TOUS aura été le plus précieux et le plus file de tous les amis. Donnez-moi de vos nouvelles qaelques détails sur le délogement de votre bonne tre.

Je languis toujours plus de vous revoir. Mais, loique je sois beaucoup mieux, ce serait une imnidence de me mettre actuellement en voyage. Paisse le Seigneur habiter de plus en plus dans os cœurs, et nous bénir abondamment pour le nnps et pour rétemité !

Geoé?e, le 22 septembre 1827.

Mademoiselle et bien-aimée sœur en Jésus- Christ,

Moins délicat que vous sur l'article des conve- Dces, je n'ai pas pensé qu'elles fussent le moins monde blessées par un essai de correspondance îc notre sœur A. B...; aussi lui ai je remis votre re sans user de la liberté que vous me donnez 1 prendre lecture, persuadé qu'elle ne contenait

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