II
rien qui eût besoin de passer à la censure. Voyant rarement M^^^ B«.*, je ne sais quand elle se propose de vous répondre, mais j'espère que vous n*aurez pas à vous repentir de votre choix, et que vous aurez bien rencontré.
Je donne à M. Blanc, dans Tincluse, des nou« velles de ma santé. C'est pour moi une épreuveg -, aussi nouvelle que méritée, de me sentir arrêté dam '^ mon activité. J'entrevoyais déjà, dans le temps de ma plus grande vigueur, que mettant trop de cod« fiance dans mes forces , en faisant trop de cas, et me complaisant trop dans cette puissance d'action \ que rien ne semblait pouvoir arrêter ou lasser, je 1 risquais d'en être privé un jour ou l'autre pour moo ^ avantage spirituel, comme d'autres sont privés de leurs biens, de leurs enfants, de leurs amis ou de toute autre chose périssable à laquelle ils mettent : trop de prix. Jusqu'ici je n'avais qu'une connais- \ sance théorétique d'un vrai renoncement à scit même; et à moins d'être privé d'une manière quel^ conque du travail et du mouvement, qui était l'objet principal de mon cœur, je ne pouvais en faire l'expérience. Oh ! qu'il est dur, au commencement, de donner les mains à l'accomplissement des de^ seins de Dieu sur nous ! Combien nous avons de peine à nous soumettre à la conduite du seul sage, dans notre éducation comme enfants de la famille royale, comme héritiers du sacerdoce éternel 1 Mais grâces lui soient rendues de ce qu'il ne prend pas notre conseil et n'attend pas notre bonne vo* lonté, et surtout de ce qu'il ne tarde pas à nous découvrir la bonté et la sagesse de sa conduite envers
nous, en nous faisant rougir de nos plaintes et de nos murmures insensés !
M. Bost est de nouveau de retour d'un voyage en Soisse, où il a trouvé entre autres plusieurs curés pleins de vie spirituelle et d'idées libérales en fait de piété, des prêtres qui l'ont reçu comme un frère, l'ont accompagné, logé et traité avec toute lorte d'égards, malgré la franchise brusque de son caractère et la pureté de ses principes. Quand verlons-noosen Finance un tel clergé?
Quant à vos regrets sur le temps que vous avez passé ici, ils peuvent être bien fondés dans un sens ; parce que je crois qu'en toute circonstance il nous €8t aussi nuisible qu'il est inconvenant en soi de donner notre temps à des^objets vains, ou à des sociétés toutes mondaines, par pur respect pour les convenances humaines. Mais, d'un autre côté^ je ne pense pas que quand vous auriez vu un plus grand nombre de personnes, ou entendu un plus grand nombre de prédications, vous eussiez acquis beaucoup de lumières et de connaissances précieuses: nne seule chose est nécessaire ; et je préfère cent fois le christianisme de Mens à celui de Genève ; non quant à la fidélité des individus, parce que nous avons ici, grâce à Dieu, des âmes précieuses, mais quant à l'ensemble, à la simplicité surtout des esprits et des principes. Il est toujours plus vrai, à mes yeux, que les choses divines sont révélées aux petits enfants, et que c'est comme de petits enfants que nous devons entrer au royaume de Dieu.
Je vous remercie des nouvelles que vous me donnez de votre école du dimanche, ainsi que des
réunions. Je n*ai pas besoin de vous recommander toutes ces choses, ni de vous protester de Tintérêt que je ne cesse d'y porter de tout mon coeur à jamais.
Puisse le Seigneur répandre sa divine bénédiction sur tout ce qui est fait en vue de sa gloire, ainsi que sur ceux qui s'y dévouent avec gaîlé de cœur! Saluez aiïectueusement, de ma part, tous les mem* ■ bres de votre famille, sans oublier Edmond et Elisa» ^ Saluez aussi voire Victoire Corneillon, dont je voui ^ remercie de m'avoir parlé : puisse le bon Berger lui donner sa paix pour toujours !