A M. BLANC
GenéTe, le 22 septembre 1827. '
Bien-aimé frère en Jésus-Christ ,
Je profite d'un petit moment, physiquement favorable, pour vous dire un petit bonjour comme en passant. J'ai appris, trop tard, que M. B. JDumont était allé faire une visite à Mens. J'ai d'aatant plus regretté de ne l'avoir pas su à temps que j'aurais eu une commission à faire que je ne puis confier à tout le monde.
On m'écrit de Mens que vous ne jouissez pas d'une meilleure santé. Je vous plains plus cordialement qu'autrefois, faisant moi-même TexpérieDce d'une santé délabrée. Et quand ma maladie neser* virait qu'à me rendre plus compatissant et plus juste envers les membres souiïrants de Jésus, ce serait déjà quelque chose. Quant à moi, à la condi-
iion expresse du régime que vous savez, et dans lefoel entrent depuis cinq semaines des travaux de jardinier (sans excès, bien entendu) en évitant le plus possible l'application des yeux et du cerveau, les conversations soutenues et les chambres où l'air n'est pas libre comme sur un col , je ne me ntùs aucun mal ; je dors bien ; j'ai augmenté la quantité de lait et de pain à chaque repas, et j'ai diminué le nombre de ces repas, ce qui est moins iMujettissant. Mais comme cet état de santé appaitDte m'entraîne fréquemment au-delà de la ligne itricte des précautions, je m'aperçois autant de fois que je ne suis remis que très-conditionnellement. Cependant les rechutes sont beaucoup moins graves depuis quelques semaines, et j'en suis promptement relevé. Ce qui me fatigue le plus maintenant, c'est rincertitude du temps que je dois donner à ma santé, et le sentiment pénible de l'inaction à laquelle je suis condamné! Cependant j'y suis, grâce iDieu, plus soumis qu'au commencement.
Une autre chose qui me rend le séjour de Genève bien pénible, c'est le triste état où s'y trouve le règne de Dieu ; l'esprit de théologie, de système, de dispute, de critique, et, je dirai presque d'in* (joisition qui trouble et détruit toute simplicité de foi et bientôt toute vie ! On condamne au feu tous les livres religieux dont on n'est pas l'auteur; on accuse d'hérésie tous les prédicateurs qui ne pren- Dent pas journellement le mot d'ordre chez vous ; on fait de ses sectateurs autant d'agents de sa haute police.... Tous nos amis en gémissent; mais ils sont plus patients que moi, sauf B... dont vous aur
rcz, je suppose, lu le dernier écrit, qui ne donne encore qu'une idée bien faible de ce qui se passe en ces lieux ! Oh ! que vous êtes heureux à Mens! Puisse le Seigneur préserver cette chère Eglise de cette science faussement ainsi nommée 9 qui enfle tellement les cœurs î
Il reste cependant, j'en conviens, au milieu de tout cela bien des âmes simples qui vont leur petit train, sans presque s'apercevoir de ce qui se passe; mais j'ai le malheur de ne pas appartenir à cette heureuse classe ; et je ne suis pas seul. Vous pouvez penser que dans cet état de chases, le règne de Dieo ne s'étend guère ; quand un état est divisé il ne fait pas grandes conquêtes au-dehors. D'ailleurs lea prétentions et la manière d'être de quelques chrétiens des plus connus fournissent au monde des armes puissantes, auxquelles on ne sait guère qu'op* poser. Oh! puisse le Seigneur avoir pitié. de noua et redresser les choses tortues^ avant que le pli soit pris sans retour !
Je sens que je ne vous édifie guère avec toutes ces jérémiades ; mais je suis heureux d'avoir un ami à qui je puisse parler à cœur ouvert de ce qui me pèse ainsi. Excusez-moi et donnez-moi de vos nouvelles, ainsi que de votre chère famille, que je suppose accrue ou près de l'être.
Genève, le 28 septembre 1827.
Ma chère Emilie,
Je vous remercie bien des détails que vous me donnez et qui m'intéressent toujours vivement ^
— in —
surtout ce qui regarde la pauvre Adèle N. (p. 269). M. Dumont m'en parle aussi d'une manière assez avantageuse ; seulement il paraît que toutes les sœurs ne croient pas à sa sincérité, et qu'on lui témoigne ici et là de la défiance et de l'éloîgnement. Ce n'est, sans doute, pas bien de la part de ceux qui agissent ainsi ; mais c'est peut-être pour elle une épreuve salutaire, et dont elle n'a guère droit de se plaindre, y ayant donné lieu trop longtemps. Je pense donc qu'il est bon d'exhorter, tant elle que ceux qui la repoussent, suivant leurs dispositions respectives ; et je ne doute pas que l'issue ne soit enfin à la gloire de Dieu. Saluez-la affectueusement de ma part, et dites-lui que je lui écrirai bientôt, si Dieu le permet. Qu'elle prenne courage, et qu'elle bénisse Dieu de toutes les humiliations qu'elle peut souffrir.
M. Dumont* m'annonce la mort du dernier enr fant de M. Garnier. Je prends autant de part à leur affliction que j'en avais pris à leur joie ; et je prie Dieu qu'il leur rende cette épreuve utile , et qu'ils y soient soumis comme il convient à des enfants du seul sage. Saluez-les affectueusement de ma part, ainsi que M*^*Flore. J'ai appris par M.C. qu'elle était de nouveau dans un état de malaise et d'irritation, provenant en grande partie de son agitation morale. Je la plains de tout mon cœur et la salue bien affectueusement , en attendant de ses nouvelles plus directes.
J'attends aussi votro, deuxième numéro que vous m'avez promis. Saluez voire bonne maman , Alexandrinc, Victoire (t. I,supplém.), papa Bonnet, etc. etc. Votre dévoué frère, F. Neff.
A AMNE-lIARIE ARNOUX9 AUX UfFLOUX (p. 268) [^].
GeoèTe, le 10 octobre 1897.
Ma chère Anne-Marie,
Ta petite lettre m'a fait d'autant plus de plaisir que depuis longtemps je languissais de recevoir de tes nouvelles. Béni soit le Seigneur qui t'a jusqu'à présent soutenMje et fortifiée, et qui te guidera jusqu'à la fin ; car il est fidèle, et nul ne ruçira ses. brebis de sa main. Les grâces qu'il t'a accordées sont un gage de celles qu'il te réserve pour l'avenir, et ses promesses en sont l'assurance ; car tu sais que saint Paul dit, en parlant aux Tfaessaloniciens : Or^ le Dieu de paix veuilU vous sanctifier entièrement^ etc., et il ajoute : Celui qui vous appelle est fidèle^ cest pourquoi il fera ces choses en vous (i Thess. v, 28, 24). Et ailleurs, après avoir parlé des grâces les plus excellentes, et même de la plénitude des dons de Dieu, il dit que Dieu peut faire infiniment plus que ce que nous demandons et que nous pensons (Ephés. m, i4f 20).
Aussi ne suis -je point en peine des chères âmes que le Seigneur m'a donné d'amener à lui : je sais, qu'il les garde lui-même ; car il les a rachetées à grand prix ; et si ta ne peux pas me conter tes affaires spirituelles, tu as encore un meilleur ami, un plus fidèle pasteur qui se tient sans cesse près, de toi, et de qui viennent toute grâce excellente et tout donparfait. Je ne laisse pas cependant de me rappeler avec affection le temps que j'ai passé au,
(1) Les Infioux sonl le bas de DourmiUouse ; RourtmZf le bau|..
milieu de tous, et de désirer m'y retrouver ; car le Seigneur sait combien votre pays et ses habitants sont chers à mon cœur. Mais Jésus vous aime bien autrement que moi, et il nes*éloigne jamais de vous.
Quant aux réunions que vous tenez tous les soirs aux Infloux, ce n*est pas à moi de décider si elles sont convenables oui ou non ; cela dépend des circonstances et de Tétat de vos âmes. Ainsi, quand on voit autour de soi des âmes qui sont dans un grand travail et pour lesquelles le temps presse, il est clair qu'il ne f^ut regarder à rien d'autre, et se bâter de leur faire trouver le chemin de la paix , quand cela exigerait beaucoup de temps et ferait «lurmurer le monde. Il est clair aussi que si, dans le temps qu'on se réunit pour s'édifier, les autres ne font rien, ni pour leur âme, ni pour leur corps, et que ce soit un temps de loisir pour tous , il vaut infiniment mieux aller là où l'on peut s'édifier que ]^ où l'on se distrait. — Mais quand nos âmes ont communion avec Dieu, et que chacun sait et peut le trouver en son particulier ; quand on est obligé, pour se réunir, de négliger son ouvrage ou les soins de sa maison, et que c'est ce qui fait murmurer les gens, on peut considérer s'il ne vaut pas mieux se réunir moins souvent. Mais, je le répète, c'est à vos cœurs, à vos consciences, de juger de cela devant pieu ; et je n'ai rien à vous dire ; car je puis me tromper comme un autre, et je ne connais pas votrç» position. Du reste, que jamais la crainte du monde 9e nous conduise en rien, mais seulement la craint^ 4c Pieu et son amour.
Adieu, ma chëre Anne-Marie. Que le Seigneur soit avec toi et tous tes parents que je salue affectueusement, en particulier ton père, tes oncles et leurs femmes, ainsi que ta sœur et ta cousine Elisabeth (Voy. Visite, p. 78).
Ton dévoué frère en Jésus-Christ, F. N.
A SUSANNE BARIDON,
probablement en réponse à sa lettre du 8 septembre.
Genèfe, le 10 octobre 1827.
Ma chère Susette,
Si je n'avais pas plus à écrire que mes forces ne me le permettent, je me serais fait un plaisir de te répondre plus tôt. Je suis vraiment touché de l'intérêt que vous prenez les uns et les autres à ma santé. Elle est, grâce à Dieu, beaucoup meilleure; et j'espérais, au lieu de vous écrire, aller vous voir. Mais je sens que quand j'absente de la maison seulement un jour, et que je ne puis pas suivre mon régime avec une parfaite régularité, je suis tout de suite dérangé ; en sorte que je ne pourrais pas encore entreprendre un long voyage sans risquer de tout détruire ; et alors il n'y aurait peut-être plus^ de remède. Je dois déjà me trouver trop heureux d'être comme je suis, après m'être vu si faible. Je ne goûte quoi que ce soit depuis plus de trois mois que du pain et du lait ; au moyen de cela je n'at point de mal, et j'ai encore passablement de force pour aller et venir.
J'ai appris avec bien de la joie que vos réunions^ 6ont toujours fréquentées, et surtout que les jeune»
hommes y vont aussi ; car il est bien triste de voir combien il y a de gens qui croient que les choses du Ciel ne les regardent pas, et qui laissent écouler leur courte vie sans penser à autre chose qu'à nourrir leur corps, qui doit descendre bientôt dans la terre* Oh ! puisse TEsprit de vie qui est en Jésus- Christ descendre sur tous ceux qui se réunissent pour prier , comlme il arriva aux disciples du Sauveur qui étaient réunis après son ascension en attendant TefFet de sa promesse ! Rappelez- vous pour cela, mes chers amis, que le principal n'est pas tant de lire et de chanter, ni même de méditer les £critures, mais de prier dans son cœur, en de* mandant à Dieu sa lumière et sa force ; car quand la Parole de Dieu serait claire à nos yeux comme le jour, et que nous saurions par cœur tous les passages les plus essentiels, si notre cœur n'est pas touché par le Saint-Esprit, nous serons toujours légers, incrédules et rebelles ; nous aimerons toujours le monde ; nous n'aimerons pas le Seigneur : nous ne trouverons pas son joug doux et son fardeau léger ; nous ne sentirons pas combien nous sommes pécheurs, ni combien le Seigneur est bon ; et avec toute notre science il nous sera dit au dernier jour : « Je ne vous ai jamais connus ; retirez-vous de moi! »
Cherchez donc véritablement votre Ami céleste par la prière, en vous humiliant à ses pieds; et soyez sûrs que si vous soupirez après lui, quelle que soit votre indignité, il vous recevra dans ses bras et vous comblera de ses grâces.
Pour toi, ma chère Susctte, tu as besoin de preXb
— 284 -T dre de plus en plus courage ; de te souvenir qu*au dernier jour beaucoup de choses que nous crai^ gnons ou que nous désirons maintenant seront anéanties et nous paraîtront plus méprisables que la poussière, tandis que le travail de Tœuvre de Dieu que le monde ne connaît point, sera le seul utile et le seul récompensé ; selon qu'il est écrit : « Celui qui sème, etc. » Aie donc bon courage ; ne perds jamais de vue le but qui nous est proposé ; rappelle-toi le grand amour que Jésus nous a témoigné; et qu'aucune chose du monde ne soit capable de te faire, en quelque manière, ni peine ni plaisir; mais réjouis-toi au Seigneur. Fortifie-toi en lui ; et qu'il soit à jamais ton trésor, ta couronne, et ta vie ! Salue ton père, ta mère, et toute la famille de Jean Verdure (p. 240), et tous ceux qui se souviennent de la Parole que je leur ai annoncée. Que le Seigneur soit avec vous et vous bénisse pour le temps et l'éternité !