‹ Lettres, avec quelques additionsChapitre 24 sur 50 · DERNIER JOURNAL DE JEAN ROSTAN · texte numérisé non relu

DERNIER JOURNAL DE JEAN ROSTAN

Vars, le 17 octobre 1827.

(La première page de sa lettre est pleine de réflexions chrétiennes sur l'excellence de notre vocation, et sur la parfaite confiance que nous devons avoir en notre Dieu et Père en toute occasion. II les termine par ces mots : )

Si donc il nous arrive quelque chose qui semble nous éire contraire, rappelons-nous ces paroles de Jésus à Cé-

(1) Avant de partir pour Monlaubau, d'où il revint au bout d'un, ai^ pour cause de fanté. Yoy, p. 45^ note %,

phas : Tu ne sais pas maintenant ce gueje fais^ mais tu le sauras ci-après. Alors nous nous écrieront comme lui : Seigneur^ non-seulement les pieds^ mais aussi les mains et la téte^ c^est-à-dire que (a volonté soit accomplie pleinement en moi.

J'ai pu visiter assez souvent nos frères des diverses vallées et je m^en réjouis ; car si j'ai pu les édiûer, j'ai aussi moi-même été édifié par leurs paroles et leur exemple.

Le 6 octobre je passai le col d'Orcière, ayant de la neige jusqu'à la ceinture, et j'arrivai heureusement à Saint-Laurent du Gros euChampsaur. Le dimanche après-midi, j'expliquai au temple le 3* chapitre aux Hébreux, en insistant principalement sur les versets 1, 12 et 13. Le soir nous eûmes , chez Dupont , une réunion nombreuse et telle qu'il n'y en avait pas eu de semblable depuis votre départ, à ce que l'on m'a dit. Je leur expliquai ces paroles du Sauveur : Si vouSy tout méchants que vous étes^ savez donner à vos enfants de bonnes choses^ etc.

Je ne vous ai rien dit de ma visite aux Yaudois du Piémont, parce que j'ai pensé qu'Antoine Blanc vous en aurait parlé. Les pauvres Yaudois sont dans un triste étal. Quelqu'un qui ne les connaîtrait que par leur histoire, ne les reconnaîtrait pas aujourd'hui. A peine ont-ils conservé l'écorce de la vraie piété ; le bois en est tout pourri. Cependant quelques-uns connaissent le Seigneur; et d'autres, comme Bartimée, crient : Seigneur Jésusy aie piété de nous! Mais les docteurs de la loi et la multitude les reprennent pour les faire taire. Espérons que le Seigneur donnera courage aux premiers pour crier encore plus fort^ jusqu'à ce qu'ils soient à ses pieds, et qu'ils aient recouvré la vue. Nos amis sont obligés, pour prier Dieu et s'édifier, de se réunir, comme autrefois leurs pères, dans les champs et sous les arbres !

Autrefois celui qui dansait, qui s'enivrait, qui jouait, étaîl

amaihème parmi les Vaudois ; aujourd'hui c'esile conlraîre; c^est celui qui ne veut n jJanser, oi jouer, ni s^enivrer, qui est un fou , un misérable ; il feui Tôler du monde. Mats c'est ici leur condamnation, c^est que la lumière est venue parmi eux, et voilà ils la repoussent et persécutent ses enfants ! L'un de leurs jeunes pasteurs (des Vaudois), M. B. de PraRusting, est venu faire une tournée dans les Hautes- Alpes, comme on vous Ta peut-être dit ; c'est le mieux dis* posé ; ses sermons sont passablement évangéliques, et II montre du zèle; mais pourtant il aime encore le monde, et il lui manque la meilleure connaissance, celle de lui*<

même Cependant, comme il passe chez quelques-uns

pour être de vos amis, les gens de la Chalp et de Branis* sard n'ont pas voulu venir à son sermon quand il a prêché à Arvieux ; et même nos sœurs de ces deux villages en ont été empêchées par leurs parents ! Ces pauvres enfants sont vraiment esclaves parmi leurs persécuteurs, et privés de toute édification extérieure.

Sur la fin de sa lettre, Jean Rostan m'annonce qu'il est sur le point de partir pour Monlauban, où il est en efifet depuis le mois de novembre dernier. D'autres frères, soit du Triève, soit des Alpes mêmes, se sont chargés de continuer ses visites chrétiennes dans toutes les vallées.

Leurs journaux se trouvent ci-après :

d'anne haric arnoux.

Doarmilloase, le 18 octobre 1827.

Votre chère lettre m'a beaucoup encouragée, car vos paroles sont esprit et vie, et un baume pour mon âme. — Je puis vous dire que mon Sauveur est toujours le même pour moi, et qu'il ne cesse de me combler de grûccs, malgré mes nombreuses infidélités. Oh ! ([ue vous aviez raison de me

dire avec TapAlre Paul, que : ce Dieu peut faire infiniment plus (jve ce que nous demandons et que nous pensons I » Que sa palience et son amour sont grands envers nous !

J^ai passée quelque temps après avoir reçu votre lettre, ^lans une grande sécheresse, ne pouvant ni lire, ni prier. Je sentais mon cœur vide de toute grâce; j^étais assaillie de mauvaises pensées, et dans un grand combat. Il me semblait que Jésus s'était lassé de me faire grâce, et avait cessé de m^avoir pour agréable. Mais pour tout cela je ne désespérais pas. c( Quand ce serait pour le reste de ma vie que je devrais être privée de la présence de mon Dieu, me disais-je, pourvu qu^à la fin il me fasse grâce, je m'y soumets de bon cœur; et s'il faut que je meure, ce sera au pied de la croix de Jésus et dans la prière ». Mais peu de temps après, le Seigneur a répandu de nouveau sa grâce dans mon cœur. Le soleil de justice a dardé de nouveau ses rayons sur mon âme, au moment où je n'y pensais point. Il me sembla entendre cette douce voix : a Ma grâce te suffit : tu es gravée sur la paume de mes mains ; — ne crains point : — j'ai effacé tes péchés, et je ne m'en souviendrai plus jamais ; — rien ne te séparera de ma dileclion ; rien ne t'ôtera de mes bras ; les montagnes s'ébranleront, les collines se dissoudront, mais mon amour demeurera toujours le même pour toi. Je t'ai élue lorsqtie tu ne me connaissais point, je t'ai cherchée lorsque tu me

fuyais »

Je restai là pensive, à réfléchir sur Tamour et la fidélité de mon Dieu ; alors ma tristesse fut changée en joie, et je sentis mon cœur tout de feu pour Jésus (^).

Il me semble que dès lors je suis plus dévouée à mon Sauveur. Je puis dire avec le cantique :

Mon cœur ne reconnaît plus Rien de parfait, rien d'aimable Que Jésus !

(1) N'est-il pas presque inconcevable de voir écrire do celle manière Qoe Jeune habitante des lieux les plus'sauvages ! Voilà l'Evangile t

Quand je sens ôei amour, il me semble que j^embrasse et que je serre contre mon cœur tous les membres spirituels de Jésus ; el que tous ceux qui sont autour de moi devraient le connaître, et ressentir ce même amour. Mais quand Dieu lui même ne Ta pas mis dans le cœur, personne ne le ' peut faire comprendre ; car comme dit encore un cantique :

Ce n*est qu'en te goûtant Qu'on te peut bien comprendre.

Oh ! puisse le Seigneur toucher tous les cœur$ qui ne le connaissent pas !

J^ai bien des combats à soutenir, soit de la part da monde, soit de la pan de mon méchant cœur, soit de celle de TEnnemi, qui rôde autour de moi pour me dévorer ; mais Jésus est toujours près de moi. Il ne permet pas que la tentation soit au-dessus de mes forces ; il combat pour moi; et après le combat vient le triomphe ; et je puis dire avec joie : ce En toutes choses, nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous a aimés !

Mous continuons toujours notre petite réunion particulière; elle est peu nombreuse, mais le Seigneur y préside, et y répand de grandes bénédictions. Vous trouverez ci-incluse une lettre de mon père. Il vient à la réunion, ainsi que mes oncles (p. 98).

ba 21 octobre 1827.

Marie Morel, de Mens (p. 28), me donne des de* tails sur la conversion de quelques jeunes personnes d'un village (Minglas), où elle va de temps en temps tenir des réunions. Elle dit avoir éprouvé, dans celte occasion , combien il est important d'agir avec douceur et charité à l'égard des âmes faibles el peu éclairées.

Hens, da 4* ooTembre 1827.

Emilie Bonnet me confirme la nouvelle d'un commencement de réveil à Minglas (la lettre précédente de Marie Morel). Les réunions de Mens sont toujours bénies ; celle des hommes augmente beaucoup. Trois ouvriers catholiques romains d'un de nos frères qui est maître menuisier, assistent à tous les services protestants. Adèle N. (p. 270) a enfin trouvé la paix de son âme en Jésus. Elle disait à une femme chargée sous le poids de ses péchés : « Ne perdez pas courage ; Dieu ne vous rejettera pas, puisqu'il a bien voulu me recevoir ! » Elle mannonce la mort d'une jeune femme des plus avancées dans la foi, qui est morte en mettant au monde un enfant mort. Son mari a donné, dans celle trîsle circonslance, l'exemple de foi et de soumission le plus édifiant.

Emilie me donne les détails suivants sur la mort d'une petite fille de Trémini ('). Les habitants de cette vallée, située à deux lieues de Mens, la plupart protestants, ne se distinguent guère que par leur grossièreté, leur ignorance et la brutale opposition qu'ils ont constamment manifestée contre TEvangile qui leur a été prêché. Les détails suivants en sont d'autant plus remarquables.

Voici du nouveau ; car c^esl de Trémini. Je ne sais si vous connaissez la fille de M*"*^ B. du M., qui est mariée a Trémini : elle a perdu dcrnièremeni une peliie Glle ù^ée de 10 Ul ans, qui a éié longtemps malade. Pendant celle maladie,

(1) Fisite, p. 23.

elle n'ayait de plaisir qu^à entendre dire la Parole de Dieu. Sa mère étant venue à Mens et ni^en ayant parlé, je lai donnai les ce Adieux dTlise et de Jenny » (la jeune villageoise de Richmond). Quand elle eut lu cela, elle ne manifesta plas d^autre désir que celui de leur ressembler. — • Le dernier jour de sa vie, elle rassembla tous ses parents autour de son lit; elle leur demanda pardon de toute la peine qu'elle pouvait leur avoir faite; puis elle ajouta : a Je meurs contente, car Dieu m^a aussi pardonné mes péchés ; je sais comme si je n'en avais plus ; mon àme est remplie de joie!» (c Si tu es peureuse, disait-elle à une de ses petites amies qui voulait veiller auprès d'elle, ne me veille pas, car je vais mourir cette nuit. Je sens ma tète s^appesantir, mes jambes s'engourdir; mais mon âme est libre, je nVi jamais été comme ça. Il me semble que mon Sauveur est là, dao^ mon cœur. »

Alex. Richard, du Villard de Touage (en Triëve) (I, 821), me donne des nouvelles du règne de Dieu dans son village et dans quelques autres, où il tient des réunions. Dans un de ces villages (le Yillard- Jullion), qui pendant plusieurs années est demeuré étranger au réveil , les réunions récemment établies sont bien suivies. Une femme protestante est réveillée; une autre, catholique romaine, écoute avec plaisir la Parole de vie.

Page 1