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LETTRE DE PIERRE BARIDON-VERDURE

le fils de mon hôte ordinaire, et celui de nos élèves-régents pendant les hivers 1826 et 1827 (p. 2&0).

Doarmillouse, 25 novembre 1827.

Si je voulais, mon cher ami , vous raconter tout ce

que je trouve de mauvais dans mon cœur, le papier serait

insuffisant; mais je m*auache à la promesse de Jésus : apuis^ que je vis^ vous vivrez aussi; — car il est fidèle dans ses promesses. // n'est pas homme pour mentir , ni Fils de V Homme pour se repentir*... Ohl que de temps j'ai perdu quand j'étais avec vous ! Je ne connaissais pas tout ce qui me manquerait quaod vous n'y seriez plus ! Il me semble que je suis toujours avec vous à votre école, et que chaque soir je dois vous voir arriver à la maison !••.. Mais que le Seigneur soumette mon cœur à sa volonté !••••

Vous savez peut-être que nous avons eu la visite d'un pasteur évangélique, M. Ehrmann, Alsacien (^), actuellement pasteur à Saussinne en Languedoc, et qui désire élre placé dans nos montagnes. C'est un homme qui paraît zélé ; sa conversation est toujours religieuse. Il m'a dit de vous faire ses amitiés chrétiennes, quoiqu'il ne vous connaisse pas de réputation. Je l'ai accompagné dans la tournée qu'il a faite ao Queyras. Il a visité toutes les églises. J'ai été réjoui de voir tous les frères et sœurs de ces vallées. Les gens du Queyras lui ont donné une lettre pour le président, M. D^Aidebert, pour qu'il le fît nommer pour nos églises.

Nous autres de Dourmillouse, nous avons été bien en souci pour cela , ayant toujours bonne espérance que vous reviendrez. Cependant comme il parait être vraiment évangélique, et que M. le président parait décidé à faire nommer un pasteur, nous préférops que ce soit celuilà; et même nous ne savons pas encore si nous l'aurons, parce que le président dit que, comme il s'en présente plusieurs, on tirera au sort.

Plus bas, Pierre Verdure 'me prie de renouveler les divers abonnements aux journaux religieux de Paris, Archives du Christianisme, des Missions, etc.

Il termine par des salutations.

(1) fïfite, p. 105.

A U. BARIDON , PERCEPTEUR.

(V, Visite, p. 84, 86, etc.)

Genève, le 30 noVembre 1827,

Monsieur et très -honoré frère en Jésus-Christ^

Ayant appris par diverses voies qu'un assez grand nombre de ministres se sont mis sur les rangs pour les deux places vacantes des Hautes- Alpes (Freyssinières et Quey ras) , et désirant de toute mon âme qu'elles soient, autant que possible, occupées par des hommes capables de les édifier sur le bon fondement, qui est Jésus-Christ, je crois devoir vous conjurer de ne pas demeurer inactif dans ime circonstance aussi intéressante , et de faire de votre côté tout ce qui dépendra de vous pour que le choix du Consistoire tombe sur des hommes, et particulièrement pour la section d'Arvieux, sur un homme vraiment zélé, et noppassur un mercenaire. I*îos amis du Queyras sont en général peu capables de faire un bon choix; et ceux d'Arvieux surtout, qui seront d'autant plus satisfaits d'un pasteur qu'il sera plus paresseux à visiter les «autres églises. — J'aiap* pris qu* u n des candidats était M . Ehrmann , Alsacien • Je n'ai pas l'avantage de le connaître personnelletnent ; mais j'ai beaucoup entendu dire de bien de lui, soit par Pierre Tholosan, de Vars, qui le connaît, soit par divers pasteurs suisses et français , qui tous s'accordent à dire que c'est un homme simple, populaire, actif, robuste, et surtout trèsbon piéton, en même temps qu'affermi dans la foi vivante en Jésus-Christ. — Ce serait donc, malgré

son accent allemand, Thomme qui conviendrait le plus dans les montagnes. Je ne sais s'il a été recommandé au Consistoire par vous et par les églises du Queyras ; mais je serais bien affligé si vous ne faisiez pas tous vos efforts , dussiez-\ous même aller ou envoyer exprès à Orpierre, pour obtenir ce pasteur. Ils sont certes rares aujourd'hui, les pasteurs fidèles, et j'aimerais cent fois mieux que vous restassiez dépourvus jusqu'à ce que Ferdinand fûtconsacré (p. 1 27), que d'avoir un homme qui n'en voudrait qu'à la paie.

Vous ne serez pas étonné sans doute que j'y mette de la chaleur. Je suis sûr que vous eu mettrez aussi; et qu'avec l'aide de Dieu, tout ira pour le mieux.

Quoique l'état de ma santé soit en général meilleur, elle n'est pas néanmoins tellement affermie que je puisse me mettre en route, dans la mauvaise saison ; mais, quoique éloigné de vous, je n'oublie nullement les Hautes-Alpes. Je m'occupe en particulier de Freyssinières, qui, comme église vaudoise, inspire beaucoup d'intérêt. J'espère pouvoir, quoique absent , lui être utile ; mais il serait important que nos amis de Freyssinières fussent eux-mêmes bien instruits de leur origine ; car on trouverait assez étrange que , tandis que toute l'Europe sait par l'histoire des Vaudois que Freyssinières n'a point été réformé, et que ses habitants sont pro-testants d'aussi ancienne date que ceux du Piémont (ayant une origine commune qui remonte à plus de mille ans), eux-mêmes n'en sussent plus rien, et fussent prêts à démentir ceux qui leur en parle-

raient. Ce ne serait nullement dans leur intérêt ; et je désirerais beucoup que vous pussiez vous procurer une histoire des Vaudois, où bien certainement Valloùise et Freyssînières sont souvent mentionnés, et que vous la fissiez lire à plusieurs, comme àNoé Orcière, àDan, Ârnoux (p. 98), etc., qui pourraient répandre ensuite cette connaissance autour d'eux. Le conseil que je vous donne là est tout naturel, et n'a rien que de parfaitement légitime ; mais il vous est surtout utile dans ce moment où le nom et la mémoire des Vaudois inspirent un intérêt si général. Je tâche, de mon côté, de faire que cet intérêt ne soit pas tout-à-fait perdu pour ceux des Vaudois qui me sont le plus chers, et que je croi& aussi les plus oubliés jusqu'à (fette heure.

Veuillez saluer affectueusement votre respectable père, et toute votre chère famille, ainsi que tous vos voisins habitants de la Ribe, la maison de Jean-Pierre Boisol,Franç^ Berthalon (p. 127), etc.

L'hiver a commencé ici de bien bonne heure. Nous avons eu pendant huit à neuf jours de la neige, et un froid aussi vif qu'à Noël. — Les vivres sont déjà fort chers ici, et on craint qu'ils ne renchérissent encore. — Je ne suis pas en peine pour moi, qui n'en consomme guère; mais je souffre avec ceux qui souffrent; et je crains surtout pour nos pauvres montagnards qui n'auront pas plus de fourrage et de pain qu'il n'en faut pour un long hiver. Puisse le Seigneur leur donner confiance et patience, et les nourrir lui-même abondamment de sa Parole et de sa grâce ! Amen. — Que le Seigneur vous bénisse et vous fortifie, et nous fasse de plu&

en plus chercher sa gloire, et la communication de son Esprit.

A SOPHIE MAILLET, A RIBETRA (cONTRÉE DE MENS).

Genève (vers la fin de Tannée).

Je pense souvent à vous et à tout ce que

vous m'avez raconté; et Je prie Dieu de tout mon cœur qu'il vous fortifie, qu'il soit votre bouclier, votre forteresse et votre haute retraite, et qu'il ouvre vos yeux comme au serviteur du prophète (a Rois VI, i5, II), afin que vous soyez rassurée, en voyant que les armées de l'Eternel campent autour de vous jour et nuit.... Oh si nous avions de la foi comme un grain de sénevé, de quoi aurions-nous peur, même dans la vallée d'ombre de mort ? Car la foi est une représentation des choses qu'on ne voit point. C'est donc par la foi que nous voyons les anges de l'Eternel qui campent autour de nous ; c'est par la foi que nous voyons la houlette du bon Berger, qui nous conduit et nous protège ; c'est par la foi que nous voyons notre nom écrit sur la paume des mains du Sauveur, et que nous sommes sûrs qu'il se souviendra de nous lorsque les femmes oublieront leurs nourrissons. Ayez donc bon courage ; et que les ténèbres soient pour vous comme le midi^ selon la parole d'un prophète.

Du reste» nous ne sommes pas toujours assaillis par la même tentation ; et il est bien possible qu'à l'heure qu'il est vous ayez un autre genre de combat; mais quoi qu'il en soit, le Seigneur est votre.

Dieu ; il n'est aucun ennemi dont il n'ait prévu les attaques, et contre lequel il ne puisse et ne Teuille vous défendre. Le Sauveur nous a rachetés à trop grand prix pour se laisser enlever le salaire de ses souffrances ; et si , quand nous étions ses ennemis, il n*a pas redouté de mourir pour nous, combien plus, à présent qu'il a fait tous les frais de notre salut, achèvera-t-il son œuvre en nous (Rom. V, 6-10)?

Je languis beaucoup d'apprendre de vos nouvelles, et de savoir si vous avez un peu plus de confiance fraternelle pour ouvrir votre cœur aux personnes qui peuvent vous faire du bien et. qui sont à votre portée. J'ai bien toujours l'espérance de vous revoir au printemps ; mais ma santé est encore si peu assurée que je n'en puis pas répondre ; dans tous les cas, que la volonté du Seigneur soit faite ; et qu'il nous donne de connaître qu'elle est toujours bonne, agréable et parfaite (Rom. xii, 2). F. N,

Nous placerons ici une ieiire sans date que Neff adres-* sait à ses élèves (1,229) arrivés à Monlauban (11,256) pour y faire leurs éludes ihéologiques. Il nous semble qu^on a bien rarement jugé avec autant de justesse les rapports sous lesquels les études humaines peuvent être utiles, indifférentes ou nuisibles au serviteur de Christ.

....Je n'ai pas besoin de vous dire, mes chers amis, combien je suis réjoui de vos succès. Voua voilà donc en théologie; et dans peu de temps vous pourrez commencer à prêcher en qualité de pro^ posants. Cependant, mes cbers amis, dans mesac-

tions de grâce à noire bon Dieu , je crois devoir le sapplier de vous préserver de l'orgueil ; je le prie surtout de vous garder au milieu des nombreuses tentations qui vous entourent. Rappelez-vous que la plupart des choses qu'on vous. enseignera sont d'une faible utilité dans l'œuvre de Dieu, et qu'il en est même qui sont plus propres à enfler le cœur et à détruire la simplicité de la foi qu'à l'édifier. Il est à désirer que vous puissiez vous occuper de ces choses, comme un chimiste manie des poisons. Malheur à vous, si vous y mettez votre cœur ! Votre position est d'autant plus dangereuse, que c'est d'une ignorance absolue que vous êtes immédiatement passés à la lumière de l'évangile, et que les fausses lueurs dont on frappe vos yeux peuvent avoir pour vous le charme de la nouveauté ; tandis qo*au contraire ceux qui n'ont trouvé le repos aux pieds de Jésus qu'après avoir longtemps erré dans ces déserts arides et sans eau, ne peuvent plus être égarés par des guides trompeurs. Epargnez-vous cette triste expérience ; ne tentez pas le Seigneur, en vous plongeant avec témérité dans ces sables mouvants, dans cet obscur labyrinthe où son Esprit ne s'engage point à vous suivre et à vous garder. Ne soyez point présomptueux, ne pensez pas qu'on puisse essayer de tout impunément. Il en est de l'esprit comme du cœur : dès qu'il cesse de craindre, il est bien près d'aimer; dès qu'il cesse de combattre ou de fuir, il est tout près d'être asservi. Rappelez-vous ces temps heureux oii vous reçûtes l'Evangile en simplicité de cœur ; que pourriez-Tous désirer de plus? Transportez-vous dans

votre chère patrie, dans les chaumières des Hautes-Alpes, au milieu de nos frères et de nos sœurs qui ne savent que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié, qui ne lisent que la Bible et quelques ouvrages dictés par Texpérience du cœur. Que leur manquet-il, et que pourraient ils gagner dans la compagnie .des sages et des disserlateurs de ce siècle, dont peut-être tous enviez le prétendu savoir?... Je ne suis pas Ignorantin, vous le savez; et en fait de sciences positives, bien qu^il ne faille pas y attacher trop de prix, mon avis est qu'on n'en saurait trop acquérir. Soyez donc savants dans les langues; apapprenez les mathématiques, Fhistoire, les sciences naturelles, autant que vous le pourrez, et faites servir ces connaissances au règne de Dieu. Mais en fait de métaphysique, et surtout de théologie proprement dite, vous avez bien peu à recevoir de vos semblables; ce sont des choses que Tœil n'a point vues, que Toreillc n'a point entendues, et qui ne sont jamais montées au cœur de Thomme, mais que l'Eternel a réservées à ceux qu'il aime ; et comme nul ne sait ce qui est dans l'homme, sinon son propre esprit, de même nul ne connaît ce qui est de Dieu sinon TEsprit de Dieu. C'est donc à cet Esprit seul qu'il appartient de nous les faire connaître ; aussi n'avonsnous pas reçu l'esprit de ce monde, mais l'esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses qui nous ont été données de Dieu, lesquelles, ajoute l'apôtre, nous annonçons, non avec les discours qu'enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu'enseigne le Saint-Esprit. N'employez donc que le moins de temps pos-

sible à ce qui ne rassasie point ; n'apprenez, en fait de' théologie ainsi nommée et de toute science humaine relative aux choses spirituelles , que tout juste ce qui tous sera nécessaire pour subir vos examens. Ne permettez jamais qu^on vous fasse sortir sur Ce sujet du champ des Ecrîlures, et récusez constamment tout autre témoignage; combattez avec charité et modestie , mais en même temps avec franchise , les principes erronés que Ton pourrait vous proposer.

Ne formez de liaison avec les étudiants que pour votre édification ou pour la leur ; que la conscience et le cœur aient toujours part dans toutes vos conversations ; carTesprît, quand on Tattaque Seul, glisse et s'échappe comme un serpent.

Rappelez- vous que vous n'êtes pas à Montauban seulement pour vous préparer au ministère, mais en quelque sorte pour l'y exercer déjà. Si vous voulez être vraiment des disciples de Christ, ayez de l'huile dans vos lampes, ayez du sel en vous-mêmes. Tenez-vous près de Jésus, la source de toute lumière. Demeurez attachés au cep; car hors de lui» quoi qu'en pense le monde, vous ne pouvez rien, faire. Àimez-vous les uns les autres. Edifiez-vous, mutuellement ; écartez les questions oiseuses ; priez ensemble, et serrez les rangs comme un peloton de fantassins pressé par la cavalerie. Je vous le ré^ pète, n'employez pas votre temps à des choses vau pes. »

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