‹ Lettres, avec quelques additionsChapitre 26 sur 50 · BIÈRES, LE 14 JUIN DE LA MÊME ANNÉE · texte numérisé non relu

BIÈRES, LE 14 JUIN DE LA MÊME ANNÉE

J'ai reçu plusieurs lettres ; voici la plus riche en détails ; elle est d'Emilie B.

12JanTier 1838.

Mon cher Monsieur, ne sachant si vous aurez le plaisir de voir noire frère M. qui pourrait vous donner sur nos contrées des détails bien intéressants, je m'empresse de vous procurer celle jouissance. Par où commencer, cher frère, sinon par vous dire que tous les bienfaits de Diea sont sûr nous ? Chaque jour ce Dieu miséricordieux nous donne de nouvelles preuves de sa bonté : le temps est venu où nous pouvons dire : a qui nCa nourri ceux-ci} etceui-là (Toii sont-ils venus ?El ce qu'il y a de plus réjouissant, c'est de voir tomber les préventions, même ches les plus opposés. Il faut que je vous en cite quelques traits (*).

Dimanche dernier quelques femmes entrèrent chez Louis A. duB. en lui disant : « Allons, Louis, jouez-nous du violon. Puisque les autres vont à leur réunion , nous voulons

(1) L*hoii>me dont Mlle. B. Ta parler était lellement exaspéré contra nous, qu'il s'était souvent gravement compromis lui-même parle» menaces sanguinaires, le^ lettres d'accusations et les dénominations calomnieuses et autres choses qu'il ayait faites pour nous perdre^ s'il eût été possible. Note de M. Neff,

aussi Dous amuser, m — « Vous jouer du yîoIoo ! reprendil. Nou, je ne le ferai pas ! Je lis maimeoanl la Bible avec m famille, el je tâche d'en faire mon proGu El pour vous, vous feriez beaucoup mieux d'aller à la réunion chez M*"' BC).

Un de ces jours, Nanetie G., femme jusqu'alors 1resopposée, entrant dans la boutique de ma sœur et de Victoire (l. I, Supplém.), trouva cette dernière seule, et lui dit rn Fembrassanl avec affection : a Oh! que vous êtes heureuse d*étre comme vous êtes ! Je veux venir vous voir ; mais il bot une autre fois que j'apporte mon ouvrage. Je voudrais être comme vous.»

Vous savez peut-être que M"*' B. de P. F. a des réunions chez elle, et fréquente celle des femmes chez Victoire BardP Doe chose qui vous surprendra, c'est que Sylvie a un senliment profond de ses péchés ; elle ne peut croire que Dieu ireuille lui pardonner ; ce sentiment lui ôte, dit-elle, Tidée le manger. Elle disait à ma sœur : « Il y a plusieurs mois que je suis ainsi : j'ai fait tout ce que j'ai pu pour étouffer ce sentiment, mais je n^ai pu y Féussir; j'aurais au moins voolu le cacher, mais il est venu si dominant que je n'ai plus pu garder le silence. »

Je ne sais si vous recevez des lettres du Verdier el du Mantaire ; le règne de Dieu avance rapidement dans ces hameaux. Le séjour de M"* G. à La Mure a été béni pour celle fîlle. Adèle N. va bien (p. 289); vous serez réjoui de la voir; elle n est plus la même. Bernard de G. (^) a pris pour cet hiver, comme maître d'école, un jeune homme des Pélissiers,

(1) Il parlait â*aoo nouvelle réuoioo qui , le jour de sa formation» compta une quarantaine de personnes, sans que les autres, qui se tepliait à la même heure, en fussent diminuées. Note de M, Neff. G*est pffokablemenl ce qui eiplique ces deux réunions dont je parlais dans ma Fisàc, p. 26, ?ers le bas. Edà*

(8) C'était un adversaire déclaré du régne de Diea , et riche propriétaire des environs.

nommé Didier. Ce jeune homme, fori bien disposé, se réserve la liberté de venir anx réunions à Mens , et Bernard le lui permet à condition qu^ii y conduira son fils.

JVi vu aujourd'hui nos sœurs de la Baume ; elles sont bien intéressantes. Il y a toujours 5 Minglas des réunions qui prennent de jour en jour plus de vie. Vous rappelezvous que ce village avait une bruyante vogue (fête patronale) la nuit de Noël ( t. I, 227 )? Eh bien, à présent plus de vo. gue, mais de nombreuses réunions chrétiennes ! Ce qui est bien remarquable, c'est que, malgré les progrès du règne de Dieu, le monde ne dit plus rien : je serais tentée de croire que TEnnemi dort pour le moment. Il y avait encore aujourd'hui, à la réunion des femmes, de nouvelles figures ; il en vient souvent ; et jamais on ne les voit sortir sans qu'elles aient la larme à Tœil.

La réunion des hommes augmente aussi. Il est mort dernièrement à Trémini un jeune homme qui, bien qu'appelé à la dernière heure, n'en jouira pas moins de la gloire de Dieu. Il avait un sentiment profond de ses péchés ; mais dès quMI a entendu cette douce voix du Sauveur disant : a Mon fils^ va en paij^ tes péchés ie sont pardonnes^-» il vft venir la mort avec joie.

Dans le courant de Télé, on a construit en Triève deux temples : l'un à Saînt-Jean-d'Héran, à une lieue de Mens, où Ton s'assemblait dans un local insuffisant et humide, et l'autre à Trémini, à deux lieues de Mens, où Tancien temple avait été consumé par un incendie.

Je me suis procuré le plaisir d'aller à la dédicace de Saint-rJean-d'Héran, où nous avons eu la joie de voir un auditoire que le temple, quoique vaste, ne pouvait contenir, et d'entendre le sermon le plus édifiant. Nous eûmes, le soir^ une réunion présidée par notre frère Yernier, de Roi-

bon (*), qui e&l venu nous visiter. Il a passé à Mens quelques jours qui ont été en grande bénécliclion pour nous lous. C'est un chrétien plein de feu, et dévoré du zèle de la maison de Dieu.

Huit jours après, j'assistai à la dédicace du lemple de Trémini : Tauditoire fut encore trop considérable pour le lemple. Nous eûmes aussi deux réunions, et le soir une bonne paraphrase de M. Morlel. De Trémini j'allai à la Lée ('), chez ma cousine, où je passai huit jours, ayant tous les soirs des réunions tant de catholiques que de protestants. J'espère que la bonne semence ne sera pas toute tombée sur le chemin. La mère de ma cousine est très-bien disposée. Vous voyez que le Seigneur bénit abondamment DOS contrées : de quelque c^ié que nous nous tournions, Dous voyons partout les eflels de sa miséricorde ! J'oubliai$ de vous dire, que le frère Etienne Matthieu est arrivé hier an soir de vos hiontagnes; il nous a bien réjouis par le récit deson voyage; vous aurez, j'espère, bientôt son journal (')•

Victor Garcin , de La Peyre, qui, après avoir passé six mois à Glay, est revenu à Mens pour y exercer les fonctions de régent, m'écrit à la même époque : •

J^ai été bien réjoui, à mon arrivée, des progi*ès qu'a faits le règne de Dieu dans nos contrées pendant mon absence. Le Seigneur répand d'abondantes grâces sur notre pays : il a fait nattre^ des pierres mêmes^ des enfants à /Abraham. Vous serez surpris d^apprendre chez qui je suis logé ; c'est dans une maison qu'on aurait rasée il y a un an, plutôt que de m'y recevoir!

(1) C'est un frère de MontbéUard , élève de l'iostilot de Glay, placé iepois quelque temps dans le nord da déparlement de Tlsére, comme Bittre d'école.

(3) Oo TAUée ? Grand village , presque tout catholique-romain , à tes Ueoes et demie de Mens.

(3) Yoy. p. 135 et 125 ; mais aussi 1. 1, p. 503.

£i maiolenant on m'y a offeri, sans que je le demandasse, le logement et tous les bons offices! Il parait que les aveugles recouvrent la vue^ et que les démons sont chassés hors despossé*

dés C).

Victor termine par des salutations aux frères de Genève et de Lausanne qu*il avait vus à son passage.

Une sœur, venue de Mens , me dit que souvent il arrive que dans les réunions, des gens jusque-là inconnus et qui s'y trouvent pour la première fois, prennent la parole pour rendre témoignage à l'efficace de la grâce de Dieu, avec une force et une onction remarquables. C'est probablement pour* quoi Emilie dit : « Qui m'a nourri ceux-ci ; et ceux-là^ d'oùsont'Hs venus (Esaïe, XLix» 21)?»

Plusieurs lettres du Verdier et de Mantaire me confirment les bonnes nouvelles que m'en donne Emilie. Ces deux hameaux^ agréablement situés au pied du Mont-Châtel, dans un petit vallon arrosé de belles eaux, tapissé d'une épaisse verdure et ombragé d'un bois de hêtres, avaient été le but de mes premières promenades aux environs de Mens, en 1822. Cette aimable retraite semblait devoir être celle de la vraie piété ; et ces humbles chaumières, couvertes de mousse, semblaient faites pour offrir un asile au bon Berger. Mais les habitants en furent néanmoins longtemps sourds à sa voix. Le réveil commença, vers la fin de 1825, par deux lîlles et une jeune femme. Ces trois sœurs, pleines de foi et de vie, tinrent les réunions, qui d'abord ne fii-

(1) Celle maison â pour propriétaire ce même Louis 11. dont il est question dans la lellre d'Emilie. ISote de ISeff,

rent fréquentées que par quelques-unes de leurs ToisineSf sauf le ca3 où il y \enait quelque frère des eavirons. Plus tard, leur nombre augmenta; les hommes les i^uivirent ; et aujourd'hui , c'est à qui bénira lîautement le Seigneur dans rassemblée de son peuple. Plusieurs de- ces nouveaux frères me racontent avec joie comment ils ont été transpor-* tés des ténèbres à la lumière « et déplorent d'avoir résisté si longtemps.

M* Dumont, dans une lettre qui respire la joie et la reconnaissance envers Dieu, me confirme en gé-^ néral les détails que les autres me donnent, et me dit çn particulier qu il a bonne espérance de Tré« mini et de. la Lée, et que l'exemple de la petite fiUe et du jeune bomme qui y sont morts au Seigneur a produit ua effet salutaire sur plusieurs personnes. Il me . parle aussi avec beaucoup d'éloge du frère Yernieri et paraît avoir été fortifié lui-même par sa visite.

Plusieurs lettres parlent aussi de Minglas, et en particulier Salomon Bâchasse, tisserand de Mens, (I, 482) qui va quelquefois y tenir des assemblées* Il tint celle de la veille de Noël, qui remplaça les orgies de la vogue. Ce cher frère ajoute : -

Plaise «a Seigoear nous donner la force d^annoncer toujours ceue bonne Parole de vie, afin que tous Pentendent I Jamais je n'ai senti comme à présent le besoin de parler ao oom du Seigneur; priez pour moi, mon frère, afin quUl éloigne de moi tout ce qui pourrait m'empécher de tra« Tailler à son œuvre, et qu'il me donne ce désintéressement^ ce renoncement à soi-même, dont je vois que tant d^autres sont revêtus, afin que je puisse dire avec le cantique : II. «0

O délicieuse vie D'un serviteur de Jésus , Qui pour son Maître s'oublie En annonçant ses vertus I

' Le jeune A. Martin dû Fort (ou du Pont, I, 4oi), du Ghampsanr, qui tient cet hiver recelé de Minglas, m'écrit aussi une petite lettre fort édifiante :

Noftts jyouvons, dii-îl, nous édifier les uns les autres. Nous avons Formé une école du soir comme nous en avions une à Dourmillouse : on s^y plaîi beaucoup; et il y vient même des pères de famille. Priez pour moi, cher frère; car vous savez que je suis bien jeuue en toute manière et peu avancé dans la foi. Jusqu^ici je me plais plus dans la tristesse que dans la joie; car quand je suis joyeux, je me laisse toujours entraîner dans la légèreté. Priez donc pour moi, afin que le Seigneur me donne de la prudence, et que i^^difie les gens par ma conduite, plus que par mes paroles.

Deux des nouvelles sœurs de Minglas m'écrivent en même temps. L'une, que je ne me remets pas du tout, me dit seulement ces mots au bas de la lettre de Martin :

Je profite de cette bonne occasion pour vous dire de bénir Uieu avec moi de la grande grâce qu^il m^a faite, en venant me chercher dans le moment où je me plongeais dans Tabime. Priez pour que le Seigneur me fortifie.

Signé Marie Bàriot.

L'autre, qui depuis longtemps avait manifesté quelques bonnes dispositions, mais sans résultat, m'est plus connue. Sa lettre, que je transcris moti mot, paraît au-dessus de son éducation. Cette fille est une simple paysanne, qui probablement n'avait de sa vie écrit de lettre avant celle-ci.

— ÎOT —

mofflaf, le 13 JaBTier 1818.

Très-cher frère eo Jésas-Christy noire Sauveur,

Je prends la liberté de m^entretenir avec vont des grandes choses que le Seigneur a faites en moi. Oui, je puis dire grandes, car il m*a fait passer de la mort à la vie et des lé- Dèbres à la lumière. Clier frère, qpand je pense à ces temps oa vons nous annonciez celte bonne Parole avec tant de force, et au peu de cas que j^en faisais, oh I quelle incrédulité et quelle hypocrisie régnaient en moi ! Mais maintenant le Soleil de justice s^est levé dans mon cœur. Oui^ je puis le dire en vérité, ée soleil éclaire mon âme ; c^est lui qui me conduit nuit et jour ; je vons le dis en vérité mon Sauveur est aussi avec moi nuit et jour. Je puis dire avec David : Il me réveille à minuit pour Tinvoquer. Oh ! que je suis heureuse! Mon bonheur est plus grand que celui des rois ; car je sais Penfant du Roi des rois qui m^a aimée et sauvée. Il me semble déjà n'être plus sur la terre, mais dans les cieux, jouissant de la présence de mon Dieu-Sauveur qui me presse dans S€fs bras. Autrefois je pensais que le monde ingrat ferait mon bonheur ; mais le Seigneur m'a retirée à bras fort de cette ville de corruption. Priez pour moi, cher frère, aGa que je lui demeure (idèle jusqu'à la mort ; qu'il me fortifie et me fasse marcher d'un pas ferme dans le chemin de

sainteté avec tous ses enfants. Amen !

Rose RosTAN.

M" Morel (288) me dit de ces deux chères sœurs :

Quand quelqu'un va dans leur village pour évangéliser, elles nagent dans la joie. Elles parlent elles-mêmes dans les réunions, ouvertement et sans crainte. — Nos réunions (des Elles h Mens) du dimanche sont fort nombreuses et vont bien.

Richard, du Villard de Touage(29o)» me dît qu'aaVillard- Julien, après quelques oppositionSi les

habitants, i^^abord divisés au sujet des assemblées, ont fini par y venir tous à Texception d'une famille, et que ceux qui avaient été les plus exaspérés «onk inaintefiant les ^plus attentifs : que le réveil 9e propage aussi dans son propre village'; et que lui-même se sent plus de courage, en même temps que plus de douceur et.de joie à annoncer la Bonne Nouvelle.

Parmi toutes ces lettres, une m'a surtout frappé et j'en ai lu une bonne partie sans en reconnaître l'auteur. — Le petit journal de Paris» nomçaé VAmi de la Jeunesse^ a publié, il y a peut-être deux ans, une notice intéressante sur Ja formation d'uife petite église protestante au Chazelet, dans les glaciers fie la Grave (I, 323), entre !3riançon et Saint-Jean de Maurienne. Ce troupeau faisait partie de ma paroisse ; m^iâ, vu son grand éloîgnement , je n'ai pu le visiter que rarement ; et dès que ma santé avait été afïaiblie, j'avais été forcé de l'abandonner tout^'-fait , ignorant complètement ce qu'il était devenu, et si la Parole de vie .y avait prospéré ou non. Quelle n a donc pas été ma joie en apprenant qu'un jeune homme du Chazelet, avide d'instruction chrétienne, est venu à Mens l'automne dernier y chercher de l'occupation comme maître d'école de campagne ; que le Seigneur Tavait conduit che» notre cher frère Girard du Loix (247); qu'en "peu de temps, il a été complètement éclairé et converti, et qu'il se réjouit de porter cette di' vine lumière dans les contrées ténébreuses qu'il habile! C'est de lui-même que je liens tout cela; sa leitire est fort intéressante, mais trop longue

lourêtrett^nscrite. — Il se nomme Jean Gollomb> lu Ghazelel de la Grave, yallée d'Oisan. Denx au- ;res frères ont écrit sur la même feuille que Jean Collomb; savoirGirardduLoix, son hâte, eiScipion ^odéaud, du Ghampsaur('), maître d'école à Bontoux. Le premier^ qui, deux ans auparaTant, élait lar le point de croire que tous les enfants de Diea que devait donner le Triève étaient déjà manifestés, et qui, dans< cette disposition, commençait à se dé* coaragerdansrœuvre de Dieu parce qu'elle paraissait stationnaire, écrit maintenant :

Je pro6te de celle occasion pour voas donner signe de tie. Depuis longtemps je voulais vous écrire pour vous iure savoir les menreilles que le Seigneur fait tous les jours dans notre pays : chaque jour nous voyons venir de iooveaux disciples, qui goàtenl combien le Seigneur est doux. Gr&ces en soient rendues à notre Dieu! La Pe>re donne de nouvelles marques de h bonté de Dieu. Aux Caravelles, de nouveaux disciples ; à Jouany, à Saint-Sébastien, on commence à bouger. Toute ma maison vous salue>; «aluez tous les frères^

.Scipion Audéoud ajoute :

Tons apprendrez avec joie que Jacques Arnaud^ de' Bon* ieiix, est entré dans la bergerie du Seigneur. Après s'être donné un coup de hache à la jambe, il a été dix jours fort Uavaiilé ; puis il a reçu la paix, mais d^une manière remarquable. Maintenant il est bien content, et il dit que Dien ne parvenait pas à Tamener à lui par la douceur et que pourtn'ni il ne voulait pds quil TAt perdu. Il vous salue affectueusement, ainsi que sa femme.

liC même Scipion Audéoud, m'apprend encore

que deux autres jeunes frères du Champsaut sont placés pour cet hiver en Triëve, comme maîtres d'école. Je n'en ai pas de nouvelles directes.

Parmi toutes ces lettres, la plus remarquable, à mon avis, est la suivante, de Louise Bâchasse, femme de Salomon, le tisserand, dont nous avoiis parlé ; convertie depuis trois ou quatre ans, et Fune des premières entre lés mères de famille, elle a été, et est encore en grande édification au milieu d'elles. Je lui avais écrit quelque temps aupanvaut ; et, je ne sais à propos de quoi , je lui avais fait reloge de la médiocrité et d'une vie laborieuse et simple, telle que la leur ; voici sa réponse :

Je ne puis vous dire combien votre lettre nous a réjouts et fortifiés ; vous avez parfaitement deviné Télat de nos âmes, sans que nous vous en eussions parlé ; car il est bien vrai qu'on est tenté de regarder au-dessus de soi, à ceux qui sont plus à leur aise : mon mari me dit souvent : a Si j'étais comme eeux-là, il me semble que je ferais plus de bien ! » — Vous connaissez mieux que moi tontes tes ruses de Satan ; mais nous pouvons dire, à la louange de notre Dieu-Sauveur, qu'en toutes choses nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui conduit celte bonne guerre, qui dresse nos maifis au combat et nos doigts à la bataille. Si nous passons de mauvais moments, nous en passons aussi de délicieux, qoi nous ont bientôt fait oublier les mauvais ; puis on est tdst confus de se laisser si facilement cribler et abattre par TEor nemi.

Je vous dirai que cet hiver nous avons passé des soirées délicieuses avec ma sœur ; nous pouvions dire ; « Jésus est ici; il est au milieu de nous; nous le sentons; nous le possédons ; nous voyons et nous goûtons combien il est doux de lui appartenir. » Les plus beaux versets de cantiques^ les

flu beau pMsai^es de^ la BiblOf vefiaiéai Bt ccfmme des fcoilles de ï^rbre de vie pour rafrâfaAîr'nos ftmes ; et celte parole s^accomplissait en nous : Lhommt ne vma pas sâulâ'* wuut de pain^ mais de tout te gui sort de la bouche de Dieu» » — Oh^ qae Too est heureux quaad ou vil dans une-éiroite com^ wnioo avea Die» !

Je vous dirai que lorsque la sœur Babaii, femme de Louis Fago»! mourut cet amoitine) j'étais daus un fort mauvais état. Depuis que Seigneur m'avait appelée à sa connaissance, je B^ais jamais senti par quel lien je pouvais être attachée aux créatures ; «nais quand je me rappelai les heureux moments que nous avions passés ensemble avec sa belle-sœur et avec la soeur Manon, je ne pouvais supporter Tidée qu'elle fût morte; je ne pouvais pas dire ta volonté soit faite; je ne sentais point de- consolation intérieure ; et je suis restée plusieurs semaines dans cet état. Mais un soir que j'étais sur M- porte regardant le ciel, ces beaux vers me revinrent dans . Tesprit.

Le Ciel est ma patrie ; Ce séjour. de la paix.

Fera* toute ma vie» .

L*objet de mes souhaits.

Alors je ne regreuai plus la sœur Babau; je la trouvai bienheureuse; et cette pensée^: «elle est délivrée -de tout Bal; elle nepeut plus pécher,» me fit beaucoup de bien.

Tout dernièrement encore- le Seigneur m*a fait passer dans un état où je pouvais le bénir dans répreuve et l'adversité. Oui, il m'a fait trouver la douceur dans l'amertume, et la Joiedans la tristesse; et je pouvais dire comme Nardin : « Aimable croix de mon Sauveur! quand personne ne voudra plus te recevoir, viens loger chez moi ! » — « Oui, l'on^ peat dire alors comme le cantique :

L« chrétien, malgré ses tourments,

Passe les plot heureux moments. , «

76 trouva a^sfi befmeovp de ooDsolaiion dans oe passage de saint: Pierre ; ^e sofui^ ^ som dc^ riesj €at le Saganr

LaréuDÎon des femaiies prospère tott|oors beaucoup; li lemme de-P. du Bourg est couvertie depuis peu. Le jour de Van, la maison de Yicioire Bard (3Q1) était remplie de feus qui n^y étaient jamais venus^

.^Yotts saurez qu^on a établi une uooYeHe réuBion dans. noue rue, chez mon bçaju-frère Benjamin ; î^y ai asstaté iir manche dénier, jglle est composée .de personnes qui nV sateni pas allei* aux autres réunions, dans la crainte d'étrt interrogées (^). Demandez au Seigneur qu^U les éclaire par son Esprit. Qu'il vous bénisse aussi, vous^ et vous réjottisie toujours par sa douce présence; et qu'il vous accorde la joie d'amener beaucoup d'&mes à sa précieuse connaissance i Nous prions le Seigneur que, si c'est sa volonté, il fortifie votre corps, et que noiu ayons la joie de vous revoir dana QOire pays.

EXTRAIT BU JOURNAL d'^TIENNB MATTHIEU (125),

que j'avais prié d'aller faire une Carnée dans les Haute»- Alpea^

Janvier 1828.

Cette lettre est écrite dans un langage trop aK pin » et entre dans trop de détails pour être trai^ çcrîte ici tout au long ; je n*ea extrairai que quelques portions.

,(i) Ces bonnes fltmmes elles-'mteies sont sans doote aosa^ «ppeléit i rendre raison de leur foi dans cette réunion ; miiis n*y trouvant qu*»a petit nombre drames pins avancées qu'elles, et surtout que des per-. iiOnnés dé Tear condition, elles sont plus à leur aise , jusqo^à ce que, plus instruiles, elles trouvent leur place ailleurs. C'est ainsi que se forment tout naturellement les diverses classes de renseignement mutuel du cbristianisme sous la seule direction du Seigneur. Hçte d(^

Je yiens vous raconter comoient j'ai fait mon voyage d|:iDs les Alpes ; j'espère que yoos serez aise de savoir ce. qui s'y passe. Je suis parli de Mens le 12 décembre, el ne aie suis goère arrélé en Champsaur, parce que ce n'était pas là qu'on eu avail le plus besoin. — J'arrivai le 15 à Pallon. Les amis fareûi bien surpris el réjouis de mon arrivée. Celte même soirée 9 je lins une réunion où presque Ions les habitants du village se trouvèrent, ainsi que quelques-uns de Ghampcellas qui sont sortis 4'enlre les catholiques. J*ai visité ces derniers en redescendant, ei j'ai tenu une réunion aux Serres (101). Ils sont bien zélés, surtout El. des Faures, Jacq. Guyeu, Marie Arooux (100 et 286) et Pierre Pons , le gendre du mire. Ce dernier a beaucoup à lutter contre les romains, sanont contre son beaur-père; mais il ne le craint point ; on la voit crotlre dans Tamonr du Sauveur. A Pallon, Jacques MIon va très-bien, ainsi que Jean el Marc Cairus et Magdel. Peilegrin ; ils sont tous bien sérieux. Au Plan, Marguerite Besson et son mari travaillent bien. A la Ribe, M. Baridon a fait des progrès dans l'amour fraternel ; el Fr. BerthoIIon (127) est toujours actif pour tenir des réunions de côté et d'autre. A la Combe, ils sont encore affligés de la mort de François Besson ; j'ai tâché de les consoler ; mais j'étais moimême fort triste, en chantant les cantiques, de n'être plus soutenu par ce brave frère qui m'avait fait tant de bien. Le loir j's^i tenu une nombreuse réunion aux Mensals ; il y avait plusieurs personnes qui paraissaient touchées. Jaq. Michel, le cardeur de laine, a fait des progrès. A Dourmillouse l'Eter- Del opère. Quand les charbons ne s'éteignent pas, ils finissent par allumer ce qui les entoure. Ainsi Pierre Yerdure, Susette et Anne-Marie (242 et 280) sont trois lampes ardentes^ qui n'éclairent pas pour rien. J'y ai tenu deux réunions, une aux Inflous el l'autre à Boumas, et j'y ai introduit la manière de les diriger de Mens, c'est-à-dire de lire chacun un verset et d'en dire son sentiment. Ils ont trouvé cela très-bon»

Le dimanche nous avons en une assemblée dans le temple de la Combe, où j'ai vu la petite Mariette Panayer, qui est venue me donner la maîn ; elle voulait absolument retourner à Mens avec moi (^). Sa physionomie me rappelait celle de Moise quand il descendit de la montagne ; et sa joie était comme celle de leunuque de Candace après son baptême.

A Ârvieuz, les jeunes sœurs de la Chalp et de Brunissart sont toujours bien gênées. Aux Moulins, Marie-Philippe est toujours malade de Testomac. A Saint-Yéran (pays d*&lienae), ils se sont bien relâchés. Ghafftet (p. 124) ne fait plus d^école du dimanche. Yasserote ei moi Pavons fortement exhorté à ce sujet, et nous espé^rôns qu'il recommencera. Yasserote (250) est celui qui a le plus d&zèle dans le Queyras ; il y a bien du réveil dans son village (Mollines). — J^ai trouvé mes parents affaiblis par Fâgej ils m^ooc invité à venir les aider à travailler cet été; ce que je ferais espérant pouvoir continuer à exercer mon étai (de ndeiinisier).

Da 0 février 18^..

Pierre Verdure, de Donrmiltouse, m'écrit :

Yous me demandez ce que je gagne à tenir Técole cet hiver? L'on m'a promis deux louis, et, selon l'ancien usage du pays, trois livres de pain par écolier : j'en ai 28 (*).

L'école du dimanche a été fort nombreuse cet hiver; nous y sommes souvent cinquante personnes. Puisse le Seigneur nous y faire tous venir, non pouf apprendre à lii^ et à écrire seulement, mais, ce qui vaut beaucoup mieux.

(1) Uoe notice sor cette iirtéressaiitd enl^nt sera incet ramment \th sérée dans la Feoille reUgieose du canton, de Vand. Nou de N^. BMe Ta été ; mais on a tu l'état actael de cette fille ( f^uUe^ p. 84).

(2) Ces trois livres de pain de seigle dor et noir ne raient pfs.S sons de France ; cela n'augmente donc son salaire que d'enyiroii 4 firaaes en tout; il n*a, à ce compte, pas 2 flrancs par écolier pour loàf rhirtr; et encore doit«il se croire bien payé, en égard à la pauvreté do paji*. Note de Neff.

encore, pour nous apprendre à connatire Celui qui a donné sa fie pour nous !

La lempéraiare a éié douce tout Thiver dans les Alpes ; les brebis vont paître dehors.

LETTRE BE lEAN BBSSON (240) A M. MEFF.

Des M«n8als, le 9 fé?rier 1828.

Qier et bien-aimé frère en Jésus-Christ,

C'est avec un grand plaisir que je viens m^enlrelenir un iastant avec vous du grand salut qui nous a été acquis par le sacrifice de Celui qui a toute puissance au Ciel et sur la terre.....

Je vous dirai aussi que Jacq. B. , dit Chaffreton (235), tient récole d1ci; quTiienne Matthieu et Barthélémy Albert sont venus nous visiter; et qu'avec le secours de Celui qui accomplit tout en tous, leur visiie a éié salutaire à plusieurs ; car je vois autour de moi des âmes qui ouvrent les yeux à la lumière; joie que je voudrais partager avec vous. Nous moissonnons maintenant où vous avez semé^ et nous nous réjouissons de votre traçait. Je ne m'élonne plus si Ezéchias et les Lévites louèrent TEternel jusqu'à tressaillir de joie (ii Chron. xxix, 30). Oh ! combien le Seigneur est loyal envers moi de vouloir habiter dans un cœur aussi souillé que le mien, qui Jette de l'écume comme deux torrents qui se rencontrent avec violence! Mais, comme on Va dit, si la queue du serpent remue encore, nous savons que sa tête est brisée !

Ecrivez-nous si vous le pouvez ; envoyez-nous la nourriture qui nous convient, savoir des berbes amères^ car elles sont bonnes pour nos âmes. Toute ma famille vous salue, ainsi que tous les habitants de la Combe; ils se recommandent à vos prières. Je vous embrasse de cœur.

P. S. Jacques Michel vous salue, il s'estime bien heureux d'avoir quitté le monde pour s^attacher à Jésus.

Dans le courant de février, j'ai reçu plusieurs lettres de nos amis de Pallon et de la Ribe, et de quelques autres du Queyras, qui m^apprennent qu'on attend M. Ehrmann, auquel le Consistoire d'Orpierre doit avoir adressé vocation pour la seconde section des Hautes* Alpes. Je <i entrerai pas dans le détail de toutes les démarches qu'il a fallu faire pour obtenir sa nomination» comme j'ai passé sous silence la correspondance de AL iBaridon relative à cet objet ; mais j'inviterai les amis de nos chers Alpins à bénir avec nous le Seigneur de cet événement doublement sérieux ; je dis doublement; car, sans parler de tout le bien que peut faire un pasteur évangélique, actif et simple, si M. Ehrmànn n'eût occupé la place elle eût pu être occupée pat un mercenaire qui aurait tout laissé ruiner*.

A mAN PHILIPPE^

propriétaire aux Moulins, commune d'Arvieux*.

IS féTxf er 1828;

Mon cher frère en Jésus-Christ ,

Je ne me contenterais pas de vous envoyer cçtte enveloppe, si je ne penss^is pas que vous prendre^ pour vous ce que j'adresse à votre chère Marie. J'ajouterai seulement que dans nos contrées, surtout dans le canton de Yaud, le règne de Dieu £aQt toujours des progrès. J'ai fait un discours lundi passé dans une assemblée pourles missions, à N yoa, à quatre lieues d'ici, où il y avait beaucoup de monde. Le même jour mon ami Bost en^a fait unt

â Lausanne, dans une pareille assemblée de plas de trois centii personnes, dans une salle publique. Dans le même moment une assemblée également nombreuse se tenait à Yèrey, dans une salle de la M ai- ^û commune. Il y en a de même dans toutes les \illes un peu considérables du canton ( un canton est en Suisse, comme qui dirait un département). Ainsi, malgré les lois et les persécuteurs, les choses cheminent. publiquement, sans crainte. C'est bien ce que dit.Daxid au Psaume a : « TËternel se rira

On me donne .toujours de très-bonnes nouvelles de Mens. Il paraît que le troupeau de Jésus s'y accroît continuellement. Notre bon Dieu recrute partout pour son armée ; mais elle ne sera réunie qae dans les Cieux. C'est là que nous verrons avec joie tous nos frères, les membres du corps de Christ.

Adieu, cher frère. Que le Seigneur soit avec vous tous! Amen. '

Saluez de ma part votre beau-frère et Toncle Jacques.

10 man IS28.

M"* G. m' écrivant de Mens pour un objet particulier, consacre une partie de sa lettre aux nouvelles religieuses.

^article Nouvelles serait trop long si je voulais vous ■omincr tous les nouveaux converiis. Je pense que vous ares oui parler de la conversion de •..., et, pour ainsi dire^ de presque tout le village de Minglas. Il y a du réveil au Tillard-Jttllien. A Oriol, on désire entendre la Parole de vie; M. Domonty a tenu une réunion un de ces derniers jours .^

A Saiot-Baudeville de même» La brave Babau [GermaiDe de Guichardière (I, 239, 353)], qai oe parle gaère que son patois, tieol des réanioos le dimanche au soir, lantAl dans un village, tantôt dans Taotre. Elle a été à La Mure il y a quelques jours ; elle en a été assez contente. A Meus, la chambre des réunions du samedi au soir est maintenant trop petite; on a dû former deux assemblées. Chaque dimanche on voit de nouvelles âmes amenées aux pieds de Jésus, et qui parlent de sa grâce avec connaissance de cause. Martin le muletier (du département de la Drdme), rend témoignage avec un zèle remarquable ; il' est bouillant pour le règne de Dieu ; beaucoup d^autres encore sont bouillants ; et moi je suis toujours tiède !

ÉHILIB BONNET A M. NEFF.

10 man 1828.

Vous voyez, mon cher Monsieur, que je suis toujours la même, c^esi- à-dire que je me fourre partout. M"'* Gamier a la bonté de décacheter sa lettre, afin que je puisse, aussi vous dire deux mots.

Connaissant raffeciion sincère que vous portez h notre chère demoiselle Flore (279), je crois que quelques déuiils

sur son compte vous feront un bien sensible plaisir

Ses dispositions étaient toujours les mêmes : je ne vous en parlerai pas, vous les connaissiez assez. La pauvre âme, toujours flottante au gré de son imagination, me faisait craindre qu'elle ne restât longtemps dans cet état, quand, au moment où nous nous y attendions le moitis;, Celui à qui rien n^est impossible en fit une nouvelle créature ; il ne la fit pas passer par le chemin le plus ordinaire, je veux

dire le sentiment de sa misère Le premier février, le

Seigneur, sans lui donner le moindre repentir^ TaccabU

presque sous le poids de son amoor. Elle fut loui h coup saisie d^one si grande joie, que s6n corps ne pouvait la soutenir : je n'ai jamais vu quelqu'un en avoir auCanl sans avoir eu auparavant quelque sentiment de la malédiction : elle ne peavalt pas se taire sur un si grand amour. Une telle explosion ne pouvait pas toujours durer; elle était hors d'eUe-méme. Mais le Seigneur, qui Tavait prise à lui , se réservait le soin de Télever ; il lui donna plus de calme, et ensuite, la connaissance de son cœur, sans lui ôter Tassu* rance qu'elle était son enfant. Que ses voies sont profondément sages ! Si le Seigneur lui avait donné le sentiment de ses péchés avant de lui faire sentir son amour, son cœur défiant n'aurait pas voulu croire, et elle serait peut-être tombée dans le désespoir. Mais comment ne pas croire quand on tient! Maintenant elle fait tous les jours de nouvelles découvertes dans son cœur ; et l'amour de Dieu, à son égard, Tétonne toujours plus. Cependant elle n'a plus eu, depuis les premiers jours, cette grande joie. J'espère qu'à présent vous lui continuerez vos lettres et vos prières. Elle désire bien vous voir arriver, et elle n'est pas seule, car c'est le souhait de tous vos amis. Quand vous reviendrez, lors même que vous auriez vos anciennes jambes, elles ne suffiraient pas pour aller partout ou on vous .désirerait. Je vous avais, dans ma dernière, donné de bonnes nouvelles de Sylvie : à présent je ne sais que vous en dire ; elle s'est laissée devancer par son mari, qui est bien brave. ' Vous rappelez-vous le hameau de Baugarrat? Y avez-vous connn une jeune fille nommée Victoire Julien, qui était assez bien disposée? C'est maintenant un enfant de Dieu des plus intéressants. Le Seigneur a aussi appelé son frère et sa belle-sœur; d'autres personnes encore sont bien disposées ('). M. Dumont y tint une réunion dimanche^ dans Tiiprès*

(1) Ce hameau se dîstiogaait ci-devant par lei prëventlonf de tsa habilantf contra la doctrine éfanséliqae.

midi; on voubit le retenir pour le soir, mais il (rouva bon d'oller à La Peyre, oà il eni nne centaine d'auditeurs. Il y avait ce soir^là, à nous oonnn, au, moins dix réunions 1 Mens et dans les environs.

Il faut que je vous raconte encore un trait assez singo* lier^ et que je tiens de la personne même à qui il est ar* rivé. Une femme de Saint-Baudeville vint nn dimanche à la réunion des femmes, moins dans le désir de s^édifier que par complaisance pour une de ses voisines^. Elle fut d'abord assez étonnée d'entendre toutes ces femmes dire du mal de leur cœur. Mais quelle ne fut pas sa surprise quand elle leur entendit dire qu'il fallait dépouiller le vieil hommel file retourna chez elle indignée contre cette réunion. <c Com- » ment! disait-elle^ se réunir pour dire ainsi du mal des )> vieilles gens ! Dire qu'il faut les. dépouiller !•••• Quelle ]» abomination ! El puis, voilà cette religion!.... Ah fje n'en )> veux rien de celle-là; on ne m'y verra plus, dans ces réu- )> nions ! » Et voilà cette pauvre femme bien en colère, et bien affligée de voir une religion aussi pernicieuse avoir tant de partisans. Après soupe elle prend son Testament et va dans son étable, aGn de lire un livre qui enseignât de mei^ leures choses. Le cœur gros et poussant de profonds soupirs, elle ouvre le livre de vie, et tombe justement sur ce passage : Dépouillez le vieil homme, etc. etc. Alors son éton« nemenl est au comble ; elle se frotte les yeux et relit le ver« set; toujours la même chose; elle regarde si c'est au moins bien son Nouveau Testament. C'est bien le sien. Ne sachant plus que penser, et présumant que peut-étro elle ne com« prenait pas bien, elle s'adresse à son mari; celui*ci, assez bien disposé et plus instruit qu'elle, lui en donne une explication passable; et voilà cette pauvre femme livrée à de nouvelles angoisses à cause des faux jugements qu'elle a portés contre ces braves femmes. Elle revint à la réunion, ne craignit pas d'avouer publiquement son ignorance, ei,ré«

féiM encore eombieo elle anii été attrisiée de voir toutes ces femmes se liguer pour dépouiller le fieil homme et dire du mal de lui. Vous pouvez juger du mal qu^on en disaity puisque tous le connaissez !

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