AUX VAUDOIS DU PIÉMONT
Genève, le 14 mai 1828.
Mes chers amis et frères en Jésus-Christ,
Mon cœur a été vivement réjoui de toutes les bonnes nouvelles que vous me donnez de vos val-
(1) M. Bertin est un Vaadois établi en Languedoc, où il a appris à connaître le Seigneur. Il écrivait quelquefois àlses parents; mais, a vaut U réveil det Vallées, on ne comprenait pas set lettre;. 2NW del^eff.
lées. Ah ! combien je serais plus réjoui encore, ai je pouvais tous aller voir ! Mais ma santé, loin d*é« tre rétablie comme vous Tavez cru, est plus faible que l'automne dernier; je redoute surtout de lire et d'écrire, et je ne puis prendre la plume que rarement et pour quelques momenls ; encore faut-il que je n'aie rien du tout dans l'estomac. Mais qu'en toutes choses la volonté du Seigneur soit faite, et qu'il daigne nous donner de la trouver bonnes agréable et parfaite !
Nous avons ici, à Genève, un Vaudois nommé Gonin, de la commune de Saint-Jean» quartier des Gonins, qui a quitté les Vallées depuis très*Iongtemps, et n'y a, je crois, plus de proches parents. Converti dans sa jeunesse par les Frères-Unis (ou Moraves), il était resté presque seul, comme un charbon sous la cendre, pendant les longues années d'incrédulité et de mort qui ont précédé le temps actuel de réveil religieux : quatre ou cinq personnes, réunies à ce fidèle disciple de Christ, ont formé pendant plus de trente ans le seul foyer de vie chrétienne qu'il y eût à Genève. C'est à cette petite lampe, luisant en un lieu obscur, que s'est, en grande partie du moins, rallumé le zèle qui s'est développé parmi nous, et qui d'ici a été reporté chez vous. Cependant, tout en bénissant le Seigneur du réveil de nos contrées, le respectable frère Gonin soupirait en pensant à ses chers compatriotes ! u Et nos pauvres Vaudois ! disait-il souvent, personne n'ira-t-il leur parler de l'amour de notre cher Sauveur ! Ah ! si le bon Dieu me faisait la grâce de \oir leurs cœurs se tourner vers ce boa
Berger, je n'aurais plus rien à désirer dans ce monde ! »
Avec quel plaisir ce bon vieillard n'a-l-il donc pas entendu lire votre dernière lettre! Des larmes de joie coulaient sur ses joues ridées ; et levant au ciel ses mains tremblantes, il s'est mis à réciter en sanglotant le cantique de Siméon : « Laisse-moi désormais, Seigneur, aller en paix....» Quand il a entendu que vous avieas fixé Theure de midi pour prier pour Tavancemcnt^u règne de Dieu dans les Vallées, il a dit à sa bonne vieille femme : « Nous aussi, nous aussi nous voulons prier avec eux» Dites-leur, a-t-il ajouté, dites-leur à ces chers frères, qu'un pauvre vieillard, âgé de 86 ans, qui est de leur pays, veut aussi prier avec eux notre bon Sauveur. Que Jésus leur donne bon courage pour porter sa croix ! Je ne les ai jamais vus, car ils n'étaient pas au monde quand j'ai quitté le pays; mais je les porte tout de même dans mon cœur» Saluez ces chers amis de ma part, au nom de Je*-