SOS
Et moi aussi, mes chers amis, quoique plusieurs d entre vous me soient inconnus de visage, je puis dire, comme votre cher compatriote Gonin, qu'aucun ne m'est étranger, selon TEsprit; et je Je dis, non-seulement de vous qui connaissez le Seigneur ou qui le cherchez sincèrement, mais encore de tous ceul de vos frères selon la chair qui courent encore après la vanité, et pour lesquels je prie ar-^ demment le Seigneur avec vous qu'il daigne rame-ncr le cœur des pères dans les enfants , et que ce flambeau, qui a lui si long-temps dans lesténèbreSi
se ranime en nos jours, «t brille d'un nouvel éclat pour la gloire de Dieu et la joie de son peuple. : Je me joins aussi de bien bon cœur à tous pour bénir notre .Dieu de ce qu'il a daigné augmenter parmi vous le nombre des témoins de sa grâce. Je dis témoins, car vous devez tous letre. Il faut que le chrétien puisse dire, en parlant des choses de Dieu et de son Christ, comme les habitants de Si* char à la Samaritaine : « Nous ne croyons plus sur ta parole, mais nous Tavons entendu nous-mêmes;» et comme saint Jean : « Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons entendu de nos oreiU les, ce que nous avons touché et ce que nous avons contemplé de la Parole de vie, nous vous rannonçons (i Jean, i, i).
• Qu'est-ce en effet qu'une religion de mémoire, une foi fondée sur ce qu on a entendu dire à d'autres, sinon un arbre sans racines, qui tombera au premier coup de vent, ou dont le feuillage séchera 9iu% premiers rayons du soleil? -— Supposez quil y eût, non loin de votre pays, une source d*eaux minérales qui eussent la faculté de guérir les douleurs les plus violentes et les plus incurables d'ailleurs, et que, sans en avoir nsé vous-mêmes, vous çn eussiez entendu parler dès votre jeunesse ; vous pourriez bien croire à la vertu de ces eaux et répéter les éloges que vous en avez entendu faire. Mais, si à cause de cela on se moquait de vous, si on vous disait de tous côtés que ce sont des fables, et qu'aucune eau ne peut avoir la propriété de guérir de tels maux, vous commenceriez par en douter, et peut-être même auriez-vous honte de votre crédu-
lilé, et finiriez-vous par vous moquer à votre tour de ceux qui y croient encore.... Mais si, ayant clé vous-mêmes très -malades, et après avoir longtemps souffert et employé en vain tous les secours de la médecine, vous aviez enfin trouvé votre guérison dans cette source salutaire, et si, à chaque maladie nouvelle, vous y trouviez encore le même soulagement et la même vigueur, pourriez- vous douter de la réalité de ces eaux? Quand tout le monde s'accorderait*pour la nier, ne diriez-vous pas comme Taveugle-né : « J'y suis allé^ je me suis lacé^ et je vois; je ne sais si cet homme est un méchant, mais je sais bien une chose : c'est que j'étais açeugle et que maintenant je vois? i*
Eh bien, n'est-ce pas là l'histoire des Vaudois, comme celle de tant d autres églises chrétiennes? Aussi longtemps qu'ils ont connu Jésus-Christ en réalité, qu'ils ont eu la religion dans le cœur, et que chacun d'eux a goûté pour son compte les heureux fruits de la communion avec Dieu, rien au monde n^a pu leur faire abandonner leur espérance. Ils ont tout enduré, tout souffert; et leur foi a été renommée par tout le monde. Et quoiqu'ils ne fussent qu'un petit peuple, ignorant, faible et méprisé, foulé et dévoré par les loups ravissants, ih n'ont pas laissé de fleurir au milieu de ces cruelles épines. Mais quand leur religion n'a plus été que dans les livres , dans leur mémoire et dans les églises, une heure par semaine ; quand leur cœur a été attiédi, et qu'ils n'ont plus cherché à reconnaître la vie cachée açec Christ en Dieu, ils se sont facilement laissé séduire par la philosophie et par
une science faussement ainsi nommée; et, sans aucune violence, sans aucune persécution, rien qu'avec quelques moqueries, quelques chansons, quelques raisonnements humains, ils se sont laissé dé* tourner de la piété et sont tombés en peu de temps dans rincrédulité, reniant le Sauveur qui les arachetéSy ne faisant aucun cas de son précieux sang, et ne cherchant point le secours de son Saint-Esprit. Plusieurs en sont venus à se moquer de son Evangile et de ses véritables disciples ; et, sans avoir extérieurement changé de religion, ils se trouvent plus éloignés de la foi d€ leurs pères que s'ils s'étaient faits papistes ! Des loups dévorants n'ont plus, il est vrai, déchiré leurs Eglises par le fer el le feu ; maisl'Ësprjtde vie s'en est retiré peu à peu, comme une liqueur qui s'évapore ; et le corpS) tout en conservant à peu près son ancienne forme, n'est plus qu'un cadavre près de tomber en poussière au premier souffle Il a le bruit de vivre^ mais il est
mort!...
Cherchez donc, ô mes chers amis, cherchez à connaître de plus en plus Jésus et la vertu de sa résurrection, et la communion de ses souffrances; demandez-lui son Esprit de vie, par lequel il vienne habiter lui-même en vous; tellement que. Je connaissant tous, depuis le plus petit jusqu'au plus grand d'entre vous, vous n'ayez plus besoin qu'on vous enseigne et qu'on vous dise : (« Connais le Seigneur. »
C'est ain^i que votre foi sera afTermic et que vous serez à l'épreuve des orages de la persécution, des objections des incrédules et des séductions de
h mondanité ; c'est ainsi que vous pourrez être Je véritables témoins de la puissante efficace de TEtangiie que vous professez ; car> je le répète, il faut que vous puissiez appuyer de votre expérience le témoignage de Jésus-Christ, et que vous y puissiez mettre votre cachet, selon qu'il est écrit : « Celui qui a reçu son témoignage a scellé que Dieu est véritable (Jean, m, 33) ('). Il faut que vous puissiez^ dire à ceux qui croient qu'il est impossible de faire tout ce que l'Evangile nous prescrit, — comme de supporter les injures, les mépris, les injustices, et d'aimer nos ennemis, de renoncer entièrement à llmpureté, aux jurements, àTivrognerie, à l'amour des richesses, de la gloire et des plaisirs du monde; de souffrir avec patience tout ce que Dieu nous dispense; et de voir venir la nîoft sans effroi, et même avec joie, — il faut, dis-je, due vous puissiez leur affirmer, par votre propre expérience et par vos œuvres, que tout est possible à celui qui est en Christ ^
Le reste de la lettre me manque v
Une lettre d'Antoine Blanc, adressée à son frère le pasteui*. de Mens, et qui appartient à peu près à celte époque, confirme les détails précédents sur les Vallées (p. 332) et en ajoute de non moins intéressants.. ••
...• Nous voyons maintenant les jours que les prophètes QUI désiré voir. Puissions-nous sentir quelle grande grâce le Seigneur nous a faite, en nous choisissant comme de fair^ blés instruments pour porter sa Parole à ceux qui ne 1^
(1} Oi^Ue q^LpUcatiou de celle |>arole.
Gonnaîssent pas encore! Puisse-t-il aussi nous donner de n'être en scandale à aucun !••..
Il ne se passe presque pas de semaine sans qu'il y ail quelqu'un qui renonce aux diverlis^emenls profanes. Plusieurs de ceux qui brillaient dans le monde abandonnent toutes ces yanilés, et se montrent pénétrés d'une sérieuse repentance.
Tous pouYez penser de quel œil les amis du monde voient cela ; l'orage grossit ; mais le Seigneur peut le dissiper. Priez pour nous, et recommandez-nous aux prières de tons ceux qui s'intéressent au règne de Dieu dans nos vallées. Les avertissements redoublent, et le public fait grand bruit: cependant on ne nous a encore rien dit d'officiel.
Nous nous plaignions, il y a quelque temps, de n'avoir pas de visites; mais nous. connaissons maintenant que c'est une direction du Seigi^eùr ; car s'il venait quelque étranger dans nos réunionsyon en prendrait bien vile occasion de nous dénoncer et é^ nous faire de la peine. Plusieurs personnes ont beaucojop à souffrir dans leurs familles ; on les maltraite et ÂÎn les empêche de se rendre dans nos réunions.
M. Mo'ndon (p. 186) est toujours le même; j'ai eu dernièrement avec lui une conversation fort curieuse, niais trop longue pour que je pdisse vous la répéter.
Il me disait, entre autres choses, que je devais « me produire dans le monde. » Je lui ai répondu, en répétant le vœu du baptême. Et vous plaindriez ce pauvre homme si vous entendiez comme il explique ce vœu ! Il me disait, par exemple : La pompe du monde, c*est l'amour des richesses ; or, un jeune homme qui fait danser une fille ne renonce-t-il pas à celte pompe en donnant son argent pour le plaisir d'autrui [c'est un pasteur octogénaire qui tient ud pareil langage]?.... (*).
(0 Le péché, à son degré eitréme, tient toojoars de la folie.
CependaDt M. Mondon est moios à craindre par le fait » pour rJDfkieiice qa^exèrcerait son eiemple, qoelf. N., ancien pasteur, qui avait d^abord montré du zèle et qui fait profession de plus d^orthodoxie et de piété que tous les antres, mais qui est très-faible de caractère : il n'ose plus nous recevoir chez lui depuis les dernières menaces du Çonsisloire ; il laisse aller «es filles aux divertissements du dimanche, et s'y rencontre lui-même quelquefois! Ceux qui veulent servir à la fois Dieu et le monde s'appuient sur son exemple et nous l'opposent sans cesse.**.
Les Almanachs des bons conseils nous sont d'une grande tuiiité. N'en ayant pas assez pour tous, nous avons répandu des copies du calendrier, avec l'indication des passages pour chaque jour. Chacun cherche le texte dans la Bible, et quand on se rencontre c'est ordinairement là le sujet de la conversation. Les lettres que nous recevons des Hautes-^ Alpes sont lues avec avidiié et courent partout de main en main.
Le Seigneur nous a donné un des anciens de l'église de Saint-Jean, qui nous protège autant qu'il peut, mais sur* tout qui nous édifie beaucoup. Nous nous réunissons sou^ ?ent chez nous. Parmi ceux qui se réunissent, plusieurs Q'ont pas encore éprouvé combien le Seigneur est doux ; mais il s'est opéré en tous des merveilles quant au changement de conduite.
Puissent-ils tous apprendre que la repentauce n*efface paâ tes péchés, mais que c'est le sang du Juste, qui aéié versé pour les coupables !
.... Dans notre pays, ovt on ignorait entièrement ce que c'est que la nouvelle naissance, le langage de ceux qui ont Wtendu la voix du bon Berger parait entièrement non<* veau ; on les accuse de folie ; et l'on dit : Voilà ce qu'opèrent ces fous ! Hélas ! qu'il serait à désirer que la sagesse du monde fût semblable à celle folie !
fiUX NEFF A l^mVKR VERPUftE, A DOURMItLOUSE.
Le 2p mai 1828^
Mes chers enfants !
J^avais depuis bien des jaurs commencé une lettre pour M. B., le percepteur, et une pour TégHse de Freyssinières en général, quand j'ai reçu votre dernière. J'ai regret d'avoir gardé un si long silence ; mais espérant d'une scma^îne à l'autre pouvoir partir pour le Dauphiné, Je renvoyais, toujours d'écrire. J'ai bien reçu vos lettres du 9 février, et je ne me rappelle pas d'y avoir répondu ; je ne me rappelle pas non plus si j'ai écrit à M. Baridon àe^ puis ce temps-là.
Je suis bien réjoui d'apprendre que M. Ëhrmann est nommé définitivement; car je craignais beaucoup qu'il ne vînt quelque mercenaire qui aurait dissipé le troupeau au lieu de le conduire à Jésus {^).
Je suis bien sensible à raffection et à la confiance que vous me témoignez ; mais je vous ai déjà dit souvent que vous naçez quun Père qui est Dieu, Celui qui a l Epouse est T Epoux. C'est Christ. Et Vami de l'Epoux se réjouit de la voix de l'Epoux; mais il faut qu'il dirpinue et que l'E^poux croisse, Vous ne devez pas plus attendre après moi qu'après un autre ; et comme un provin qui a pris racine dans la terre peut être sans danger séparé de la mère-souche, de même si vous êtes enracinés en
(1) Les jugemenls de ce genre, qui ont déjà paru bien des fois daut les lettres précédentes, seront sûrement reçus de M. Ebroiaïui çom-. me des ayertissemeots bien solennels.
Jësus-Christ, vous pouvez vous passer de moi comme de toute autre créature.
J'espère que M. Ëhrmann vous édifiera sur le bon fondement que j*ai posé, et que vous aurez en lui un frère et un ami capable de vous aider à suivre la voie étroite. Mais j'espère aussi que ce ne sera pas pour vous une occasion de vous appuyer sur le bras de la chair ; et que vous vous souviendrez que vous n'avez qu'un seul docteur, un seul pasteur, savoir Jésus-Chfist; et que chacun de vous, élant un membre du corps de Jésus-Christ, doit travailler à Tédification de son Eglise suivant les dons qu'il a reçus, soit quand il y a un homme qu'on appelle pasteur, soit quand il n'y en a point.
Adieu, mes chers amis, je vous quitte pour le moment, ne pouvant écrire davantage. Si Dieu veut que dans quelques jours j'aie plus de forces, je vous écrirai plus au long. — Vous aurez bientôt des sermons que j'ai fait imprimer ; cela vous tiendra lieu d'une lettre.
Que le Seigneur vous bénisse et vous donne sa paix! Amen.
Mainienant nous rentrons dans le contentieux. Voyez làdessus (p. 243) les raisons qui nous ont paru justifier et même exiger la communication de pièces semblables. Il s^y joint ici une considération de plus. La question débattue dans les trois lettres qui suirent, est éminemment sérieuse ; c'est un profond et lumineux débat théologique: il s'agit beaucoup moins ici de NelTct de son adversaire, que de la lutte d'un calvinisme exclusif et incomplet en opposition uvec la véritable doctrine des Ecriiures : le débat nous ap«
pariient donc du même droit que la vériié ; et TEglise ne doit pas être privée de ce nouveau fruit de la puissante logique et de la vive piété de Neff.
SI! fallait donner, en dehors des lettres qui suivent, une preuve de Tesprit chrétien que Neffapportait à cette affaire, à côté du langage d^ndignation dont elle est pénétrée, je donnerais, outre tout ce que j^en sais par nos entretiens journaliers, le Fragment de prière suivant, que je trouve annexé à Tune des pièces de ce débat, et qui n^était qu'une effusion de cœur entre Neff et son Dieu, nullement destinée à la publicité!
«Oh! mou Sauveur! voici encore une lutte! Veuille faire servir à ouvrir les yeux de plusieurs, ce seul fait que je me voie appelé à justifier ce petit écrit où tu m'avais donné de n'annoncer que des vérités si saintes, et qui semblaient si fort au-dessus des attaques de ceux qui croiraient en toi ! »
L^écrit dont il s^agit ici est la méditation sur 1 Cor. Yli, 29-31 , dont Neff avait parlé précédemment (p. 375), et qui peut se présenter hardiment à Tapprobation de toute TEglise chrétienne, moins le parti étroit dont ils^agit.
Deux des pièces qui suivent ne portent pas de date ; mais elles se rapportent, selon toutes les probabilités, à la même occasion. Du reste ce fait est sans aucune importance, puisque notre point de vue doit être ici, non un débat entre deux hommes, mais une grave question de vérité divine.—- La discussion a lieu entre Neff, d'un côté, et, de Tautre, un ministre calviniste et quatre de ses élèves.
JaiQ 1828.
Beaucoup de personnes ont lu une courte méditation sur I Cor. yii, 29, 3i, qui a paru dans la
Feuille religieuse du canton de Vaud, N®* 5 et 6, fé^ vrier 1828, et que la Société des livres religieux a fait tirer à part, pour son compte. Bien des lecteurs n^ont sans doute pas remarqué ce morceau, qui ne se distingue en rien des autres articles de cet édifiant journal ; mais au moins personne, trèsprobablement, n'en a été scandalisé, et ne s'est cru obligé d'adresser à ce sujet de graves reproches aux rédacteurs. Aussi n'apprendra-t-on pas sans éton« Dément, non-seulement qu'un pasteur, qui jouit d'une grande réputation de fidélité, a cru devoir signaler ce petit écrit du haut de la chaire comme contenant de « graves hérésies, » et en interdire en quelque façon la lecture à son troupeau, mais que quatre des élèves de ce pasteur ont adressé à l'auteur une longue lettre sur ces prétendues hérésies, en l'invitant sérieusement à rétracter publiquement les principes erronés s anti-évangëliques et dangereiix^ développés dans cette méditation !
Vous direz, peut-être, que de telles critiques tombent d'elles-mêmes et ne valent pas la peine d'être réfutées? En effet, s'il ne s'agissait ici que de la brochure attaquée, il serait bien superflu d'en prendre la défense ; mais cette lettre, si insignifiante comme attaque, devient très- importante considérée comme l'exposition des principes qui régnent dans une église qui se vante, par excellence, de son orthodoxie, et surtout d'une école qui aspire à former des pasteurs et des évangélistes. C'est sous ce point de vue seulement que je me sens pressé de la communiquer aux amis de l'Evangile.
Au reste, ce n'est qu'à regret et dans la douleur
de mon âme que je viens troubler le repos de la sainte cité et réveiller son attention sur la marche d'un ennemi, d'autant plus dangereux qu'il porte la livrée de ses défenseurs et qu'il croit lui-tnême combattre pour elle.
Depuis longtemps j'étais affligé de la marcbe d'un homme dont le ministère a été pendaat quelque t€mps abondamment béni, mais qui, bientôt éblouie enflé par le succès et les louanges , et séduit par Tesprit de système, s'est persuadé qu'il avait reçu de Dieu la mission extraordinaire de simplifier l'Evangile et d'épurer la foi, et qui, croyant posséder lui seul toute la Vérité sans mélange d'erreur, s'en écarte toujours davantage et devient de plus en plus exclusif. Depuis longtemps aussi je me sentais vivement pressé, non de l'avertir dé nouveau luimême (une longue expérience nous a montré combien cela est inutile), mais de prémunir les fidèles de nos contrées contre la dangereuse influence de cet exemple et de ces principes ; et je croirais manquera mon deçoiràe la manière la plus criante si je refusais de le faire aujourd'hui, où l'occasion et les moyens semblent m'en être fournis tout exprès par la Providence. D'ailleurs, les germes d'un séminaire qui s'établirait dans ces principes centuplent le danger, et rendent absolument indispensable un avertissement tel que celui que je crois devoir donner aujourd'hui à l'Eglise de Dieu.
Plusieurs chrétiens, d'ailleurs très-respectables> redoutent toute espèce de publicité quand il s'agit des plaies de l'Eglise, et paraîtraient peut-être plus disposés à condamner celui qui les signale quo ce-
lui qui les fait. Sans doute il serait bien peu charitable de révéler sans nécessité^ à un monde incré^ dule ou indifférent, les erreurs ou les péchés qui troublent quelquefois Tintérieur de la famille de Jésus-Christ. Mais serait-il beaucoup plus chrétien, celui qui ne s'affligerait des misères du peuple de Dieu qu'à cause du monde, et qui mettrait plus de soin à les cacher qu*à les guérir? Quoi ! pourvu que la coupe parût nette aux yeux des hommes, on se soucierait peu des souillures dont elle est remplie ! Il suffirait d*être couvert d'une peau de brebis pour ravager impunément les troupeaux du Seigneur ! Et si quelqu'un voulait donner l'alarme et crier au loup, on lui imposerait silence, et on ferait peut-être feu sur lui! tandis que le véritable ennemi continuerait librement ses déprédations! Appellerait-on cela sagesse ou charité, ou même justice?....
Est-il bien sûr, d'ailleurs, que le monde ignore tous les maux dont nous gémissons, et qu'il attende, pour s'en apercevoir et pour en être scandalisé, que lËglise elle-même les ait signalés?....
Si un chrétien égaré publie des principes dangereux, s'il affiche et fait sonner bien haut des prétentions ambitieuses, s'il pèche ainsi publiquement, serait-il donc moins une occasion de chute que celui qui, jaloux de la gloire de son Dieu, protestera au nom de l'Evangile contre de tels abus, et se bornera à déqlarer que ce n'est point là la doctrine que nous professons?
Oh! mes frères, s'il en est quelques-uns parmi vous qui aient jugé des personnes et des choses d'à-
près ces principes relâchés, qu^ils sondent leur cœur devant Dieu, et qu ils se demandent si c'est là marcher de droit pied selon TEvangile? N'est-ce pas là plutôt pervertir le droit et tolérer le mal ? Bien plus, c'est l'encourager, c'est le prendre sous sa protection, et s'en rendre responsable.
D'autres pensent que s'il est nécessaire d'attaquer les erreurs et les abus> il faut au moins laisser entièrement les personnes de côté. Sans doute, quand on peut le faire sans s'exposer à manquer son but! Mais les choses sont rarement sans les personnes; souvent cette distinction devient impossible ; et tant s'en faut que la Bible la fasse toujours.
Quand un pays est menacé d'une épidémie, il ne suffit pas pour en arrêter les progrès, de publier une froide dissertation sur la maladie ; il faut encore indiquer, autant qu'on le peut, les lieux qui en sont infectés. Je n'ai jamais rien compris à celle charité qui sacrifie le tout à la partie et le bien public à l'intérêt particulier. Ce serait, par exemple, une singulière charité que celle qui, de peur de nuire à un pharmacien dont les drogues seraient avariées, exposerait la santé et la vie de tous les haj>itants d'une ville, — ou qui , pour ménager Jes intérêts ou l'amour-propre d'un régent ignare ou paresseux, négligerait l'éducation d'une génération toute entière!...
D'autres enfin, et c'est peut-être le plus grand nombre, perdent de vue l'importance des choses mêmes, pour s'attacher à la forme, et se plaindre du ton sur lequel on parle. « Il fallait dire tout cela; mais on pouvait le dire autrement, p Non;
car si l'écrivain, en choisissant ses expressions, n'a eu d'autre bnt que de rendre avec force et clarté toute sa pensée, on ne peut guère toucher à sa phrase sans en changer ou en affaiblir le sens ; et dès lors, ce n'est plus dire la même chose autrement, c'est dire autre chase Je n'ignore pas
que « dans le monde, il est assez généralement reçu de ne dire en fait de choses désagréables qu'une partie de ce que l'on pense, et délaisser deviner le reste ; mais le chrétien doit-il imiter ce langage hypocrite, qui bien souvent d'ailleurs n'est qu'un rafinement de malignité?
Quelques-uns exigeraient qu'un écrivain chrétien ne s'animât jamais que pour louer ou bénir, et Tondraient lui interdire en tout temps une sainte indignation à la vue du mal ; mais, lisez la Bible ; et Toyezsiles hommes inspirés et le Sauveur lui-même ont toujours agi avec cette froide réserve qu'on voudrait nous imposer et qui ressemble beaucoup à l'indifférence ! Moïse était le plus doux des hommes (Nomb. XII, 3), et cependant il jette à terre et brise les tables de la loi à la vue du veau d'or (Exod.
xxxii, ig).
• D'ailleurs, quand on sentirait et qu'on exprimerait trop vivement les choses, cesseraient-elles pour cela d'être vraies et importantes? et ne devrait-on plus du tout être écouté? Vous consultez, pour vous ou les vôtres, un médecin téméraire et peu éclairé. Un de vos amis, qui sait tout le mal qu'il peut vous foire, vous dit brusquement : « Laissez cet homme : c'est un charlatan, un empoisonneur... » Vous pouvez bien trouver les expressions trop fortes : mai»
cela change-t-il l'état de la question? El vous bon nercz-YOusà blâmer \otre ami de sa vivacité, sans profiter de cet avis et sans examiner s'il était fondé? — C'est pourtant ce qui arrive assez souvent dans les affaires spirituelles ; et une conduite qu'on regarderait comme insensée et condamnable quand il s'agit des intérêts temporels, devient juste et sage dès qu'il n'est question que des âmes immortelles !.... N'est-ce pas le cas de dire que les enfants de ce siècle sont plus prudents dans leur génération que les enfants de lumière?
Au reste, en tout ceci je n'ai prétendu faire au* cune allusion aux circonstances actuelles } seulement j'ai cru devoir saisir cette occasion de combattre des principes relâchés et faux, qui se répandent d'autant plus facilement parmi les chrétiens qu'ils ont une apparence d'humilité, de charité et d'amour de la paix, mais qui ne vont pas à moins, si l'on n'y prend garde, qu'à la ruine du peuple de Dieu.
Maintenant, rentrons dans notre sujet. Je dirai d'abord que le seul fait de voir le pasteur d'une église évangélique et disciplinée, et quelques jeunes gens de cette église, réprouver un ouvrage tel que celui que j'ai publié, que ce fait seul devrait suffire pour glacer d'effroi et plonger dans le deuil toutes les âmes %ivantes en Jésus-Christ, et pour ouvrir les yeux sur la profondeur de la plaie que l'Ennemi a faite au milieu de nous. Mais nous avons le malheur de nous accoutumer, à la longue, à la vue du mal comme à toute autre chose. Et j'avoue que j'ai été moi-même peu surpris devoir mon livre
mis à l'index dont il s'agit, et que, pour ce qui m'est personnel, je partage volontiers cet opprobre avec les Nardins, les Bunians, les Jean Newton, les De la Fléchère, les Thomas Scott, les Henri Martin, les Zinzendorf, les Erskine, les Gaussen, les Galland, etc., etc. La seule chose qui m'étonne, c'est que les Moïse, David, Esaïe, Matthieu, Marc, Luc, Jean, Paul, Pierre et Jaques, ne soient pas aussi nommément à l'index ; car ce sont leurs écrits qui sont entachés des hérésies qu'on nous reproche.
Mais, que l'on demande à un iChrétien étranger à tout ce qui se passe ici, ce qu'il penserait d'un homme qui trouverait les principes de cette méditation « errpnnés, anti-évangéliqueset dangereux, n et qui en interdirait la lecture ! Tâchez, lecteur, d'être cet homme-là ; lisez mon écrit comme si vous ne saviez pas qu'il a été critiqué, et comme pour votre simple édification; et puis demandezvous comment il a pu venir à la pensée de quelqu'un d'y chercher « des hérésies, » et encore de sanglantes, «d'énormes hérésies, «comme on me l'a dit à moi-même ! Demandez-vous de quel esprit il faut être animé pour y trouver autre chose que de l'édification ! Et tâchez de vous faire une idée de l'état d'une école, d'une <5glise, où règne un tel esprit! J'insiste sur cela, parce que la chose est si inconcevable, si énorme, qu'il faut se placer à une certaine distance pour la bien juger, et pour qu'elle fasse l'impression juste et vraie que ne feraient peut-être pas les détails de la controverse.
Maintenant, lisons la lettre des quatre jeunes gens ; et dans les observations que cette lecture nous
suggérera tout naturellement, cherchons moins à repousser leurs absurdes accusations qu'à relever et à combattre les principes (on peut le dire avec vérité) erronnés , anti-évangéliques et dangereux qu'ils professent si ouvertement.
Si quelqu'un me blâme de l'espèce de publicité que je donne à cette affaire^ je le souffrirai volontiers, pourvu qu'il en profite ; et je lui dirai comme Thémistocle à son collègue : frappe ^ mais écoute. . . . . . i * . .
Je n^ai pas la suite ; et je suis plus fondé que Neff luimême à dire pour ma part ce qu'il dit en terminant ce morceau, puisque c'est moi qui publie. Du reste, je ne saurais qu'ajouter pour celui qui n'excuserait pas cette publication par les raisons même qu'elle allègue. Edii.
Yoici deux lettres sur le même sujet.
Mon cher ***,
Si vos écoliers avaient gardé dans leur lettre autant de mesure que vous en avez gardé dans la vôtre, et surtout s'ils s'étaient bornés comme vous à quelques critiques peu importantes, au lieu d'attaquer avec indécence les principes les plu3 saints, ils auraient probablement épargné à eux et à vous la plupart des choses pénibles que j'ai dû leur écrire. Je suis un peu surpris cependant que, sachant à peu près ce que je pense de vous, et l'opinion que j'ai de vos lumières en théplogie, votis ayez eu le courage de m'adresser des observations sur ce sujet.
Je suis bien loin sans doute d'en être fâché et
de vous en savoir mauvais gré. Cependant cette espèce de fidélité à « reprendre » les autres à chaque mot qu*ils prononcent n'est pas si admirable qu'elle le paraît d'abord ; car si chacun était aussi entier dans ses idées et abondait dans son sens autant que vous, chacun aurait la même fidélité ; et où en serions-nous ? et que deviendrait TEglise
de Dieu ! Hélas ! nous n'éprouvons que trop
qu'il suffit d'un seul homme de ce caractère pour troubler l'harmonie et refroidir la charité entre les chrétiens de tout un pays, et pour affliger et flétrir plusieurs milliers de cœurs ï
C'est, permettez-moi de vous le dire en toute franchise, c'est avoir bien de la présomption que de s'imaginer avoir trouvé, en religion, la quadrature du cercle, — être parvenu à élever, ou dirai-je plutôt à abaisser, la théologie au rang des sciences exactes, — et que de se croire appelé à remplir l'office de censeur universel, et à rectifier les vues et les principes de tous les chrétiens de son siècle sur les points les plus fondamentaux ! Croyez-vous donc, mon pauvre frère, que la vérité vous ait attendu pour se manifester aux hommes , et que jusqu'à vous personne n'eût compris la Bible ! Je ne sais si le mauvais état de ma santé me permettra de répondre à toutes vos observations ; mais ce que je ne dois pas laisser passer, ce sont vos inculpations; car si, comme je vous l'ai dit d'abord, vos critiques proprement dites sont peu importantes, vos accusations ne le sont pas. Celle en particulier qui termine votre lettre m'aurait profondément révolté par son énormité et son injustice, si
je n'eusse déjà été un peu a» fait de ce langage constamment absolu, et de cette habitude de donner presque à chaque mot une acception différente de celle qui est reçue.
Je m'élève, dites-vous, <f avec une grande âpreté contre les doctrines de la grâce F... y> BûnDieiï ! que font donc les Pélagîens et les Rationalistes? Et corntoent est -il un seul chrétien qui puisse m'appeler frère? Comment vous-même vous oubliez-vous jusqu'à me donner ce titre, et pouvez-vous me dire, immédiatement après, que mes méditations « vous ont édifié? »
Je m'élève avec une grande âpreté contre les doctrines de la grâce ! Je prêche donc ouvertement le salut par les œuvres, plus que Socin et comme Mahomet! J'anéantis donc complètement les mérites du sang de Christ, et l'efficace de son sacrifice ; je ne veux avoir affaire qu'à la justice de Dieu ; et je m'élève avec une grande âpreté contre toute idée de pardon, de miséricorde, de grâce!... Car voilà ce que j'entends par s'élever contre les doctrines de la grâce !
Je suppose bien que ce n'est pas ce que vous avez voulu dire ; mais c'est pourtant en tout autant de termes ce que vous avez dit, et je suis pleinement autorisé à le prendre dans ce sens; car je suis prêt à soutenir envers et contre tous, que le salut opéré par le sacrifice de Christ n'en serait pas moins une pure grâce ^ quand Dieu se bornerait à l'offrir au pécheur, et que ce dernier serait parfaitement libre de Taccepler ou de le refuser. Qui a jamais imaginé que l'on pût trouver du mérite
dans la conduite d'un criminel qui, au pied de Téchafaud ^ accepte la grâce que son roi lui ac-* corde? £t où est le coupable qui pût tirer vanité de ce qu'il a préféré la vie à la mort et la grâce à la condamnation !
Ainsi donc, quand je repousserais (ce qu à Dieu pe plaise ! ) toute idée d'élection, et quand j'élablirais que Thomme est absolument libre d'accepter pu de refuser le don du salut , je ne me laisserais cependant jamais dire que je combats, ni même que j'affaiblis, les doctrines de la grâce; et je regarderais une telle accusation comme injuste et ^"surde. au, suprême degré.
Mais je ne suis pas, grâce à Dieu, réduit à me défendre dans cette position, quelque inexpugnable qu'elle soit ; et tout en refusant d'entendre par a doctrine de la grâce » excluswement ni même nécesscdremenl l'élection, je suis bien loin de la rejeter. L-élection n'est pas la grâce ; elle est une grâce ; et je l'appellerai tant qu'on voudra élection de grâce : je n'en connais au reste point d'autre. Dans ce sens je l'admets aussi bien que vous, vous le savez fort bien ; et si votre étrange accusation vient de ce que je repousse comme un blasphème horrible l'affreuse idée que Dieu ail créé quelqu'un pour la perdition ; si vous appelez, par une dérision cruelle, cette doctrine infernale «doctrine de la grâce, » alors permettez-moi, cher ***, de vous déclarer que nous n'avons pas le même Dieu....
Mais je ne veux pas me prévaloir de cet abus des termes, qui vous est habituel ; et je veux tâcher de vous comprendre. Vous dites peut-être que je
in*élève contre ce que tous appelez lès doctrines de la grâce, parce qu'eflFectîvement je crois devoir m*éleyer contre Fabus qu*on en fait, surtout chez TOUS. J'ai exprimé une partie de mes idées à ce sujet dans ma lettre à M. V. [Sept. 1827] (p.256). Dans cette lettre je reconnais pleinement l'élection: tout ce que je demande, c'est qu'on la mette« oa plutôt qu'on la laisse à sa place , et qu'on ne l'ë- Icve pas au détriment de toutes les autres vérités, et de manière à ne plus voir dans toute la Bible que cette seule doctrine. Et à cause de cela tous dites que je la rejette î C'est par une manière de juger toute semblable qu'en France le parti ultraroyaliste accuse d'anarchisme quiconque réclame pour l'entière et loyale exécution de la Charte !.•►.
SMI y a une suite à cette lettre , elle me manque ; mais voici une autre lettre qui semble en tenir lieu, ou da moins un débat tout semblable. Hélas ! le pauvre mourant écrivait ces lignes en se traînant de Genève à Plombières ! Et une seule correspondance de ce genre lui faisait plus de mal que six mois de soins ne lui faisaient de bien !
Je place ce morceau ici, quoiquUl appartint plut6t par sa date au chapitre suivant. C'est pour cq finir sur ce sujet.
Coortelary, canton de Banie»
(27Jain 1S28.)
Cher ***,
Je n'avais pas pensé qi>e vous attendissiez une réponse à votre précédente lettre, et me croyais d'autant moins obligé d'y répondre que je ne pouvais le faire en peu de mots, et que, depuis long-
temps Tétût de ma santé ne me permettait pas décrire.
Je remercie de ses bonnes intentions le frère qui a cru devoir tous engager à m'écrire une lettre sans controverse» pensant que cela pourrait m'être agréable : mais je dois dire qu'il a pensé cela trèsgratuitement. Ce cher ami connaît bien peu la nature de mes sentiments à votre égard \.
Je suis vraiment affligé de voir que des chrétiens puissent n'attribuer qu'à des raisons personnelles Féloignement qu'un disciple de Christ paraît avoir pour tel ou tel.de ses frères... Croit -on, et croyeiçvous, que nos divisions, soient de nature à se rac* commoder comme des brouilleries d'enfants ou de geps du monde? Vous ne devez pas plus attribuer mes dispositions à votre égard à de mauvais procédés dont vous supposeriez que }è crois avoir à me plaindre, que vous ne devez espérer de changer le moins du monde ces mêmes dispositions par les procédés les plus fraternels et les plus aimables. Ce n'est pas de moi qu'il s'agit ici : ce n'est pas m?. cause que je défends : et je croirais trahir les inté rêls de la vérité, ceux de la gloire de Dieu et ceux de l'Eglise de Jésus-Christ, si je relâchais la moin dre chose de mon système d'opposition et de protestation contre vous, aussi longtemps que vour; professerez les mêmes principes et que vous suivrcv: la même marche.
N'exposez plus l'Evangile à l'opprobre au milie i des hommes en donnant lieu si largement aux n proches qu'ils vous adressent de toute part ; cesse/d'asservir et de vous approprier en quelque sorte
les brebis de Christ ; cessez d'altérer et d^affàiblir le christianisme de beaucoup d'âmes par Tinfluence de votre exemple et^ de vm principes tout à la fois étroits et relâchés ; cessez enfin d^affliger tos frè-» res et de diviser TEiglîse de Christ par votre es-» prit d'exclusion et de domination ; bumîliez-voas devant le Seigneur, et rentrez modestement à votre place parmi les hommes ; et les bairiëres qui vous séparent tomberont aussitôt d*elles-mêmes ; et vous n'aurez aucune démarche à faire pour regagner TafFection et Testime de tous vos frères, et de moi en particulier ! Mais jusque-là il m'est impossible de me rapprocher de vous.
Vous me direz peut-être que je devrais par cela même m'approcher de vous, afin d'essayer de vous montrer ce que j'appelle les travers de votre esprit et les plaies de votre cœur ? Mais tant d'autres l'ont fait inutilement, et vous êtes entouré de tant de flatteries, que je crois bien que c'est à Dieu seul qu^il appartient de déchirer le voile épais qui couvre vos yeux ; et que pour le présent je dois me borner à gémir et à prier avec tous mes frères (car tous, ou presque tous gémissent et prient), afin qu'il plaise à notre bon Dieu de vous humilier salutairement, de faire cesser ainsi les maux qui nous affligent, et de vous éloigner vous-même du précipice au bord duquel vous marchez depuis si longtemps.
Veuille notre bon. Dieu exaucer bientôt nos supplications, et hâter le moment où nous pourrons, réunis au pied de sa croix, nous tendre une main vraiment fraternel le , et où vous pourrez comprendre que vos véritables amis sont justement
tenx ée qui YOtts croyez avoir à vous plaindre, et qae vos {rfus redoutables ennemis sont ceux qui vous encensent et vous éblouissent ! En attendant, croyez, mon cher frère, que personne ne désire plus vivement votre véritable avancement que celui qui se dit avec une entière liberté , Votre affectionné frère en Jésus-Christ.
Suivons maintenant notre missionnaire aux bains de Plom^ bières «
GHAPITBE
mi
DÉPART DE MEFF POUR PLOMBIÈRES. — SÉJOUR. — ET RETQCB. (du 19 JUIN AU 31 OCTOBRE 18Ji8*}
La leitre qui commence ce chapitre a été écrite aprè» que Neff fut revenu de Plombières, puisqu'elle raconte soo retour ; mais nous la plaçons ici parce qu^elie donne oa coup d'œil général sur cette époque de la vie de Neff.
Parti de Genève le 19 juin, je me dirigeai à petites journées, vu mon état de faiblesse, vers les bains de Plombières. En traversant les cantons de Vaud , de Neuchâtel , de Berne , de Bâle , je visitai un grand nombre de lieux où, huit ou neuf ans auparavant, j'avais annoncé TEvangile quand tout, ou à peu près (Bâle accepté), y était encore plongé dans le sommeil de mort. Oh ! combien j'éprouvais de joie à la vue de la riche moisson qui couvre maintenant cette terre où le Seigneur m'a fait la grâce de jeter les premières semences! Combien il m'était doux de retrouver, avec les anciens amis que j'y avais laissés, un grand nombre de nouveaux frères auxquels j'étais inconnu de visage, maisqui» ayant entendu parler de mes travaux dans leur pays, me recevaient comme une véritable connais-
sance ! Le voyage me procarant quelque soulagement 9 je me trouvai assez de force pour prêcher partout où j'en trouvais l'occasion « c'est-à-dire dans tous les lieux où je m'arrêtais ; car il n'est maintenant, grâce à Dieu, presque aucun district de notre Suisse occidentale où il n'y ait quelques portes ouvertes et au moins un commencement de réveil ; et malgré l'inimitié du peuple et l'existence de lois oppressives et absurdes, la Parole n'est liée nulle part. De nombreuses réunions chrétiennes se tiennent aujourd'hui publiquement à la porte des magistrats qui, assemblés contre r£ternel et contre son Oint, pensaient naguère dissiper son conseil et arrêter ses rapides conquêtes, et qui maintenant se voient, comme Canut, débordés de toutes parts par les flots dont ils croyaient arrêter le progrès. Je trouvai à Plombières ce qu'on trouve dans tous les bains, une réunion confuse de toutes les misères physiques et morales, et de toutes les vanités humaines. Je me sentais pressé de faire retentir la Parole de vie au milieu de cette foule tout occupée de ses maux ou de ses plaisirs, et où personne ne paraissait songer à son âme et à l'éternité. J'aurais cependant été embarrassé pour commencer cette œuvre si le Seigneur, qui m'avait envoyé à Plombières, ne m'avait aussi lui-même, dans sa grande miséricorde, préparé les voies et aplani les difficultés. M"** de ***, épouse du préfet des Vosges et protestante, ayant appris que j'étais ministre, me fit proposer d'établir un service public chaque dimanche ; elle chercha elle-même un local convenable, et fit prévenir tous les prolestants qu'elle put
découvrir. Moii:mëdccin^ catholique de naissance, mais très^mal soumis à TEglise de Home, demanda pour fui et pour ses amis ] a permission d'assi&ter à notre culte, et nous amena en efiet plusieurs de S9es coreligionnaires. La réunion fut. assez nombreuse. Je n'avais jamais prêché devant un auditoire aussi brillant selon le monde, c est-à-dire composé presque uniquement de gens instruits et de : riches de la terre. Toutefois le Seigneur me donna de leur parler avec autant de liberté qu'aux montagnards des Hautes-Alpes , quoique dans un langage plus approprié à la délicatesse de leurs oreilles.
Le dimanche suivant nous eûmes un plus grand nombre de catholiques romains^ tant étrangers que du pays ; et deux grandes salles avaient peine à contenir les auditeurs. Comme nous étions obligés par le départ successif de nos hôtes de changer souvent de local, et qu'il arrivait chaque jour de nouveaux étrangers, j*avais soin, chaque samedi , d'envoyer par le crieur public des cartes dans tous les hôtels , pour prévenir de l'heure et du lieu du service.
Outre la prédication du dimanche, j'avais bien des occasions particulières d'annoncer TEvangile, H»oit à la promenade, soit dans l'hôtel que j'habitais. Plusieurs personnes, tant catholiques que protestantes, paraissaient prendre plaisir aux conversa* tions religieuses , et me témoignaient le désir de me revoir dans leur pays si le Seigneur m'y appelait. Une dame anglaise m'avait prié de donner à sa fille des leçons de religion ; elle venait tous les jours, accompagnée de son institutrice. Je lui ex-
ptiquai successivement différentes parties de la Bî« ble. Cette jeune personne ne manquait pas d'inteUigence ; mais je ne puis pas dire que son cœur ait paru touché. Toutefois la bonne semence a été répandue; et, si c'est le bon plaisir du Père, elle germera en son temps.
Au milieu de ces occupations, je continuai Tusage des eaux thermales , en bains et en douches qui paraissaient produire un heureux effet ; mes forces et mon appétit, malgré des variations, sem^ blaient augmenter; et Ton crut quil était temps d'ajouter quelques aliments un peu plus solides au lait qui, depuis plus d'un an, était ma seule nour* riture. Mais malgré toutes les précautions, ces essais ont failli me coûter la vie. Au bout de peu de jours je me trouvai plus malade et plus faible que je ne l'avais été jusqu'alors ; et pendant plusieurs semaines les soins les plus assidus et les plus éclairés ne purent arrêter les progrès du mal. A peine pouvais-je supporter quelques cuillerées de lait ou de bouillon, de veau; j'avais perdu presque entièrement mes forces ; et quoique la mauvaise saison approchât j'étais incapable de partir.
Cependant je ne puis assez bénir le Seigneur pour la bonté avec laquelle il m'a traité dans cette occasion, et pour la paix et le calme dont il m'a fait jouir pendant cette longue épreuve. Jusqu'à cette époque, l'idée d'être entièrement retranché du nombre des ouvriers de Jésus-Christ et d'être condamné à une inaction absolue m'avait paru comme impossible à supporter ; mais dès que le Seigneur a jugé à propos de m'appeler à ce sacri-
fice, il m'a fait sentir qae ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu; et, souteuu par sa grâce, j'ai pu dire amen à ses jugements.
Aussi j'ose espérer que ce Père miséricordieux n'a voulu que m'éprouver comme Abraham, et qu'il n'exigera pas la consommation du sacrifice. Toutefois que sa volonté s'accomplisse , car elle est toujours bonne, agréable et parfaite !
En même temps que la maladie me rendait io« capable de continuer mes fonctions de prédicateur, mon auditoire se trouvait dissous par le départ des étrangers. Puisse chacun d'eux garder dans son cœur les paroles qui lui ont été dites de la part de Dieu ! £t veuille le Seigneur accompagner de Teffi* cace de son Esprit cette semence divine qui a été dispersée vers les quatre vents des deux, et dan^ beaucoup d'endroits où jusqu'ici très-probablement elle n'avait point pénétré.
Pendant que j'étais retenu dans mon lit, je reçus plusieurs visites d'un des curés de Plombières et de quelques autres jeunes ecclésiastiques catholiques romains. S'ils fussent venus pour discuter je n'aurais pu les recevoir, faible comme j'étais; Tnais je ne puis que me louer de leur douceur et de leur charité. Ils évitaient soigneusement tout ce qui aurait pu me fatiguer, et ils écoutaient volontiers le peu de paroles d'édification que le Seigneur me donnait de leur adresser. Ils paraissaient i^urpris d'entendre un protestant parler de la conversion du cœur et de la vie intérieure et spirituelle, dans le même esprit et dans le même langage que quelques-uns de leurs docteurs les plus consi*
dérés, J*ai souvent éprouvé qu^avec de telles âmes il vaut mieux planter et bâlir qu'arracher et démolir. Une grande partie de leurs préventions proviennent de leur ignorance sur tout ce qui concerne le protestantisme positif; et ils sont à moitié désarmés quand ils rencontrent un chrétien qui leur parle sans controverse de ce qui fait la vic« la force et la paix de son cœur.
Je n entrerai point dans de plus grands détails sur les divers modes de traitement par lesquels on essaya vainement d'arrêter les progrès du mal, qui devenait toujours plus grave ; je dirai seulement qu'on fut obligé d'en venir à l'application de plusieurs (') moxas sur la région épigastrique. Ce moyen» par la bénédiction de Dieu, a eu d'heureux eflfets; et je me suis senti assez de force pour songer au départ. Je quittai donc Plombières le 29 octobre, non sans regretter les soins affectueux et l'agréable société de mon médecin , le docteur Turck, aussi distingué par ses sentiments généreux et pbilan tropiques que par ses talents et son zèle comme médecin (')• Nous avons eu ensemble plusieurs conversations sérieuses ; et à mon départ je lui ai laissé un Nouveau Testament et quelques autres livres qu'il a paru recevoir avec plaisir. Si cet homme, qui paraît plus près du royaume des Cieux que bien d'autres, pouvait y arriver un jour, tout en
(1) Plasieors I Poar résister mieux à la doolear, il cbanlait an plas fort de l'action de ce cmel remède. Nons le tenons de lai-méme. Ediu . (2) Je snppose que ce jugement est partagé par tons ceux qui ont en le plaisir de faire sa connaissance. Pour moi, da moins, je Tai trooTé tel ; et il avait même fait quelques pas de plus ?ers la foi de l'Efangiley lorsque je le tîs dao» Tété de 1839. Ediu
kii annonce qu'il serait un ouvrier dévoué autant que puissant dans le règne de Dieu . • • « ^
Revenons maintenant à Tordre dies faits et des lettres»
A M. lEAM PttILIPPB, A AftVUUi:^
Plombières, le 8 JaiUet 1828.
Bien-aimé frère en Jésus-Christ,
Il y a bien longtemps que tous n'avez reçu de mes nouvelles ; et vous ne vous attendiez pas à en recevoir du fond des Vosges. L'état de ihà santé, toujours plus faible, a exigé ce voyage à cause des bains d'eaux chaudes minérales trës-renommécs qu'on trouve à Plombières, et que les médecins de Genève m'ont recommandées. N'y étant que depois trois ou quatre jours, je ne puis rien vous dire encore de leur effet sur moi.
Il y a bien longtemps aussi que je n'ai reçu de vos nouvelles, et je suis bien en peine de notre chère Marie ; je n'espère pas apprendre qu'elle soit beaucoup mieux. Si elle est encore en ce monde et que les eaux de Plombières me guérissent, je regretterai beaucoup que vous en soyez aussi éloigna, car elles lui feraient probablement le même effet qu'à moi. Je suis venu de Genève à Plombières en traversant la Suisse à petites journées, quoique en voiture, à cause de mon peu de force. Je suis reste dix-sept jours en route, m'arrêtant partout où j'avais des amis à voir, principalement à Lausanne, Yverdun, Neuchâtel, Moutier-Grandval, qui est la patrie du missionnaire Gobât, et Bâie. J'ai retrou-
Téayec bien du plaisir un grand nomlnre de frères et de sœurs que je n'avais pas vus depuis huit ou neuf ans, et plusieurs autres qui sont venus à la connaissance de Christ depuis ce temps-là. Le voyage m'ayant redonné un peu de force, j*ai pu tenir des réunions partout où je me suis arrêté. Depuis Bâie nous avons côtoyé le Rhin , pendant six Ueues , jusqu'à M ulhouse, en Alsace, sur la route de Strasbourg; puis nous avons tiré à gauche, vers le couchant, au travers des montagnes des Vosges, pendant près de vingt-trois lieues, poar venir ici. Nous ne sommes pas loin du pays où le brave pasteur Oberlin a exercé pendant soixante ans son utile et pieux ministère. Si vous avez une carte de France, vous trouverez Plombières au midi de la Lorraine et du département des Vosges, entre Vesoul et Epinal, et tout près de Remiremont. Plombières est situé au fond d*un étroit vallon qui me rappelle un peu ceux des Alpes, quoique les montagnes ne soient pas du tout élevées*— Ma bonne mère est venue avec moi pour m^accompagner et me soigner. Nous sommes fort bien logés, et, à ce qu'il paraît, chez de bonnes gens. Il y a ici des hommes de toutes nations pour prendre les bains et boire les eaux ; moi je n'en bois pas, elles me feraient du mal ; je ne prends que les bains et je continue à vivre de lait. Je ne tarderai pas à vous faire savoir comment je me trouve. G)mme je ne puis guère écrire sans me faire mal, c'est, comme vous voyez, ma mère qui écrit la plus grande partie de mes lettres ; et même il y a quelques semaines que je n'aurais pas pu en faire au--
tant qae j*en fais dans ce moment ; car j*ai été trës« malade depuis ce printemps.
Ne pouvant écrire à personne d*autre en Queyras, je vous prie de faire parvenir de mes nouvelles à tous ceux qu'elles peuvent intéresser. Si vous ne tardez pas trop à m'écrire, je pourrais recevoir vos lettres ici chez M. Biaise, n° 21&. Vos lettres rae feront d'autant plus plaisir, qu'ici nous sommes privés de tout moyen d'édification , et entourés de gens qui ne cherchent qu'à se distraire pour, disent-ils , se guérir plus facilement. Les habitant» du pays et la plus grande partie des étrangers qui sont aux bains sont catholiques ; et s'il y a quelques Suisses protestants , ils ne se soucient guère de religion ; ils sont plutôt contre.
Depuis que M. Ehrmann est arrivé dans les Alpes, je n'en ai eu aucune nouvelle ; je désirerais savoir comment il a été reçu dans les différents endroits, et comment il se trouve du pays et des habitants. Je vous prie de le saluer bien a£Eectueuseroent de ma part, et de lui dire que si je n'étais pas si malade, je lui aurais écrit à lui-même ; et qu'une petite lettre de sa part me ferait bien plaisir. Je oe suis pas loin de son pays ; mais je n'y connais per* sonne ; et d'ailleurs on n'y parle pas français. Saluez aussi bien affectueusement tous ceux qui s'informent de moi, en particulier ceux de votre commune : donnez-moi de leurs nouvelles. J'ai re* çu , il y a quelque temps, des lettres du Piémont qui sont bien réjouissantes ; si vous en avez de plos fraîches, vous m'en direz quelque chose. Ici je suis tout occupé de mon pauvre corps , et mon âme est
bien négligée ; d'autant plus que je ne peux pas lire! Priez pour moi, chers amis, et écrivez-moi. Je sais bien plus souvent en esprit chez vous qu'à Genève, ou en Suisse, quoique j'y aie aussi beaucoup d'amis et de frères en Jésus-Christ. Que le Seigneur vous fortifie et vous bénisse ! Qu'il soit en tout temps votre joie et votre consolateur !
Félix Neff.
Plombières, le 10 jaillet 1828.
Ma chère Emilie,
j'ai su que vous aviez voulu m'écrire , mais que le mauvais état de vos doigts vous en empêchait. Il y a force majeure : donc point de reproches à faire. — J'ai bien envie de vous écrire jusqu'au bout, de ma propre main; je ne sais si je le pourrai, mais enfin j'essaie ; et en y revenant à plusieurs fois j'es-» père y arriver.
Me voici donc à Plombières, dans les&asses-Vos^ ges, non loin de l'Alsace, et dans le même département où le brave Oberlin a exercé pendant soixante ans son remarquable ministère. Je me trouve plus isolé, surtout sous le rapport religieux, que je l'aie jamais été, et j'ai du temps à revendre, que j'emploie en grande partie à parcourir le Dauphiné , ^lant de Mens au Champsaur, passant le col de Dourmillouse, prêchant à Freyssinières, montant la Combe de Queyras, etc. De là je viens à Mens, H quelquefois à Genève, plus souvent à Lausanne, à Seuchâtel, à Moutiers-Grandval. Jamais lettres de ^ous et de nos amis du Triève et des Alpes ne pour-
raient venir plus à-propo9 pour me tenir compagnie;.et ma bonne mère s'y trouverait bien certainement aussi en pays de connaissance, quoiqu'elle ne vous ait jamais vus ni les uns ni les autres. Ecrivez-moi donc, profilez du moment où il n'est pas besoin d'affranchir les lettres ; et surtout veillez à ce que les adresses soient régulières et, s'il m peut, propres.
Seconde séance. Me trouvant assez bien dans ce moment, j'en profite pour m'entretenir quelque» moments avec vous, avant de prendre pour aujourd'hui ma dernière tasse de lait. Tout me fait espérer que les bains de Plombières me seront salutai* res ; l'exactitude de mes hôtes et des servants des bains, la bonne qualité du lait et des farineux que j'y ajoute, la salubrité de l'air, la prudence, Texactiiude el les lumières du médecin, avec qui nous causons quelquefois religion ; enfin, la tranquillité d'esprit dont je jouis ici, loin de ce triste Genè?e, et de ces chamaillis religieux avec X. et compagnie, qui m'ont certainement fait beaucoup de mal à l'âme el au corps.
Il est pourtant bien triste de voir qu'un chrétien soit obligé de s'éloigner de ses frères et de s'établir au milieu du monde, pour avoir un moment de repos et pour respirer en paix !.... Mais ne le troublons pas, ce repos, en amenant ici des ombres que, Dieu merci, j'ai laissées sur les borda du Léman, et qui nuiraient au succès de mon traitement.
Mon médecin, à Plombières, s'appelle Turcl: mais son air n'est pas si barbare que son nom; c'est
an homme à peu près de mon âge, fort instruit^ élève de Broassaîs, mais tellement modéré, qu'il ne ni*a jamais parlé de saignéëd ni de sangsues...» On vante son assiduité, son activité et sa bienfaisance. Uest né catholique romain : mais il est bien pins protestant que papiste, et il me fait tout l'effet d'une Itne préparée pour la vie étemelle. Peut-êlre le Seigneur nous a-t-il rapprochés pour nous faire fafire un échange de santé, de vie et de guérison.... Priez pour lui et pour moi, en attendant que je ▼DUS donne d'autres nouvelles. Peut-être ne serontelles pas satisfaisantes ; mais que la volonté de Dieu soit faite» et non pas ta nôtre !...
L'été dernier, sur la fin, J'avais tellement repris, que personne ne voulait croire que j'étais malade ; mais mes rechutes de ce prinfeïnps m'ont tellement vieilli, qu'en traversant la Suisse aucun de mes andens amis ne me reconnaissait. Les étrangers prennent partout ma mère pour ma femme, malgré ses soixante-sept ans !... Cependant, je suis mieux aujourd'hui, puisque j'ai pu écrire cette fine page tout d'un trait.
Troisième séance, le 1 1 , à quatre heures du matin.
Mon petit souper, qui passait si difficilement ces nuits précédentes, a si bien passé celle-ci, que longtemps avant trois heures la faim m'a réveillé , et que j'ai été obligé de me lever pour venir prendre dans ma boîte de provisions une petite glisse (') de
(1) On appelle aiosi de petits bâtons en pâte légère, ayant U gros^ ittr do doigt et deux on trois fois sa long:aeur..
Qenhv^f que j*ai trempée dans mon aiguière et que j'ai. mangée avec un petit grain de snere. Je me suis levé dès qu'il a été jour : et pendant que la domestique se lève et prépare le bain et mon lait, que je prends dans le bain, j'écris ces quelques lignes. Si une fois je peux écrire sans danger, je tous amuserai par la description de nos bains ; pour anjoord'hui je TOUS dirai seulement que mon voyage a été assez agréable et poJnt fatigant»'Tu que j'y ai em* ployé dix-sept jours. Ma mère , qui n'aTait pas , comme on dit à Meus, « passé le commandement des poules, » a trouvé, sur la route et ici, Inen des choses nouvelles ; elle s'étonnait de tout ; et, si elle avait encore bonne mémoire , elle aurait bien des choses à vous raconter* Je compte rester ici sa moins jusqu'aux environs de la fin d'août, et davantage s'il le faut. Cependant la dépense est grosse ; et, malgré la simplicité de notre régime et le peu de nourriture que prend ma mère, notre pension, y compris le logement, nous coûte neuf francs par jour; ce qui, avec les divers prix des bains, da médecin et du traitement, va bien à douze ou trene francs au moins. Si je suis décidément mieux, il est probable que ma mère partira avant moi , ce qui diminuerait la dépense. Mais je ne songe point à cela. Il y a, comme on dit, plus de bien que de vie ; et si Dieu daigne bénir ce moyen, il ne sera jamais trop cher.
Quand vous m'écrivez , dites-moi ce que vous pensez de mes deux petits livres ; et ditesJe-moi avec votre franchise ordinaire.
Si , comme je l'espère , notre chère petite Ma-
nette, die Punayer, est encore avec vous (p. 324), cmbrassez-Ia bien pour moi, et dites-lui que je languis qu*ellc puisse in*écrire; que ce sera une marque digne de ses progrès.
Saluez bien affectueusement toute la famille, ainsi que les anciens et nouveaux amis et amies d^ votre voisinage.
Le 12. En revenant du bain, j'ai trouvé vos deux lettres, c'est-à-dire celle de M. Blanc et la vôtre. Leur bonne arrivée pourrait changer quelque chose aux pages précédentes ; mais comme mon écriture ine coûte assez, j'en suis chiche; ainsi je vous envoie ma lettre telle quelle, en vous remerciant bien sincèrement de la vôtre, que je n'ai point trouvée longue. Puisse le Seigneur rendre à vous et à tous vos amis, en bénédictions, l'affection, que , eux et vous, vous me témoignez dans les circonstances actuelles l Cependant je ne sais si je dois vous en savoir si bon gré; car j'ai toujours, avec raison, grande peur que le vieil homme ne détourne tout cela à son profit; vous savez que c'est un écornifleur effronté qui s'invite à' tous les festins, même aux joies religieuses ; et qu'il se nourrit surtout de louanges. Ma pauvre maman est tellement sensible à l'affection et à l'estime qu'on me témoigne , et je la crois si peu en garde de ce côté-là, que je ne lui montre pas les lettres qui témoignent ces sentiments. Je crois que cette réserve lui fait de la peine ; mais j'aime mieux lui faire de la peine que du mal.
Voilà donc notre petite Mariette de retour dans sou village ! Il paraît qu'il n'entrait pas dans les.
- 3T6 — vues du Seigneur de la sortir des Alpes. £spérons qu'elle y trouvera la nourriture qui convient à son âme comme celle qui convient à son corps.
Mes bains paraissent me faire asses de bien ; an moins voici le troisième jour que je continue à être mieux> Il est vrai que ce mieux ressemble beaucoup à d'autres mieux qui ne se sont pas soutenus ; mais il faut espérer qaui sera plus solide. Je suis fatigué d'écrire. Je vous quitte pour le moment. Adieu ! Je destine à notre chère Alexandrine (328) l'enveloppe de ce billet.
Votre bien affectionné frère,
Félix Neff.
Plombïéresv le 14 JoUlel 1828.
Cher ami,
.....Jene me presse pas d'attribuer grand'chose à l'effet des eaux ; le régime,, le bon air, le repos et la tranquillité d*esprit, suffiraient peut-être pour amener de tels résultats;... mais, dans tous les cas» je puis déjà m'assurer qu'ils ne me font aucune espèce de mal.
Du i5. Hier je te quittai pour cause de fatigue ; et après une promenade, je rentrai à la maison> où je trouvai deux dames, M"** C, de Bourg, qui loge avec nous, et une dame V., de Sedan, que je vois tous les jours au bain. Cette dernière me demanda quelle partie de la France j'avais habitée ? Le Dauphiné. *— Il y a beaucoup de protestants dans cette province. — • Dans la partie méridionale ; mais dans celle que j'habitais, ils sont peu nombreux. -r£tes-
TOUS protestant ? -^ Je suis ministre. — Ah ! fort bien. Ehbien, je suis aussi protestante. •— M^C, qui est catholique, mais pas très«dévote ettrës-Tire, s'écria : « Ah ! ma chère dame, vous avez donc un » confesseur ici; c'est plaisant ! Je m'en étais douté, »que ^V était ecclésiastique ! » Là^dessus il s'éleva entre ces deux dames et moi, une petite discussion sur la confession , les cérémonies, etc.
La dame protestante me demanda ensuite si j'étais membre d'une Société biblique^ si je connaissais M. ***, pasteur à Châtillon-sur-Loire (je crois qu'il est évangélique) : puis elle s'en alla en m'exprimant sa satisfaction d'avoir rencontré un ministre de sa religion, et son désir de me voir souvent.
Quand nous fûmes seuls avec M™® C, elle nous fit beaucoup de questions ; et nous eûmes une longue conversation qui, de protestante devint bientôt chrétienne, et dont cette dame parut très-satisfaite. Je ne l'ai encore revue qu'au bain. Nous avons aussi deux voisines vaudoises, dont l'une est parente par alliance d'un de mes parents. Elles ne sont pas prévenues contre nous, et la jeune paraît fort sérieuse. Il paraît donc que je ne serai pas ici sans rien faire, quoique je n'aie point cru devoir y chercher de l'occupation. Mais j'étais bien sûr que dès que j'aurais la force de la supporter, le Maître ne manquerait pas de m'en envoyer.
J'ai vu plusieurs fois M"'^ G. dans la journée ; nous avons toujours parlé fort sérieusement ; elle convient franchement d'une grande parlie de ses misères , et elle écoute avec plus d'altention et de sérieux que je ne m'y serais attendu ce qu'on peut
lui dire. Elle a emporté dans sa chambre ma méditation sur 1 Cor. vu. Elle nous a lu aussi aujourd'hui une petite lirochure de notre ami le docteur Turk ; c'est le rapport d'une Commission de bienfaisance , chargée par une société philantropique des Vosges d'aviser aux moyens les plus efficaces de secourir les pauvres.
Du i6. Je viens enfin terminer ma lettre* Je me trouve mieux, malgréles pluies abondantes qui, depuis huit jours , nous privent presque de tout exercice, et contrarient pour beaucoup de personnes 1 c£Fet des bains. — Je viens d'avoir encore avec nos dames une longue et sérieuse conversation religieuse, mais presque toute de controverse. Il est bien difficile de l'éviter avec des catholiques ; et un catholique la fait bien mieux qu'un protestant mort. D'ailleurs, la controverse est susceptible d'onction et de vie : les réformateurs nous l'ont souvent montré, même Calvin.
Du 1 7. J'ai eu ce matin une conversation intéres*sante avec M^* C, une de nos Vaudoîses. Elle me parait bien près du Royaume de Dieu. Elle se plaint de la manière dont on lui a souvent présenté F£vangile ; et elle paraît goûter la mienne. En rentrant, j'ai appris que M™* de C. , la femme de M. le préfet du département, actuellement ici et protestante, se charge avec quelques autres dames, de chercher et de prévenir les protestants pour dimanche. Si Dieu le permet, j'aurai une réunion dans ma chambre. Voilà, ainsi que je le disais, comment Dieu arrange tout, et me taille de l'ouvrage sans que je m'en sois mêlé. Priez pour moi,
chers amis, afin que Touvrier ne gâte rien^ mais qu'il soit fidèle.
Plombières, le 22 jaillet 1828.
.... Ma lettre à B. vous aura mis au fait de ce qui se préparait la semaine dernière : voici la suite. Vendredi je fis visite à M™? de C, femme du préfet des Vosges. Elle passe pour être bienfaisante, et elle paraît avoir beaucoup plus de zèle et de piété qu'on n'en trouve ordinairement chez les personnes de cette classe. £n même temps que moi, sont entrés chez elle un officier et sa femme, qui lui étaient inconnus ; elle nous a reçus ensemble ; et, devant eux, elle m'a parlé sans gêne de notre future réunion à laquelle elle les a poliment invités, sans savoir même, je crois, s'ils étaient protestants. Ils ne Tétaient pas ; mais ils ont paru accepter l'invitation. La conversation a continué sur le ton religieux, avec une légère teinte de controverse, à laquelle M™^ de C. a apporté une délicatesse, une politesse et des ménagements qui contrastaient un peu avec mon genre sabreur, et qui m'obligeaient à l'être moins. Ce genre de conversation ne m'a pas permis de bien juger des idées religieuses de M™* de G. Cependant elle a dit du bien de Fénélon, et a parlé de Christ comme du Dieu-Sauveur. Du reste, elle va naturellement au bal, et suit probablement tous les usages du monde.
Samedi. J'ai eu à la promenade une conversation très-sérieuse avec M"**^ C. U paraît que depuis longtemps' elle s'occupe de l'Evangile, et qu'elle
cherche la porte sans Ta voir encore trouvée. Le même soir, nous eûmes à la maison, avec toutes les dames de la pension, une conversation moitié controverse et moitié édification, où j'eus occasion d'opposer Tunique chemin de l'Evangile aux voies tortueuses de TEglise romaine.
Dimanche à onze heures. J'ai prêché dans le salon deM™*^***, devant un auditoire beaucoup plus nombreux que je ne m'y étais attendu, et tel que je n'en avais jamais vu, c'est-à-dire, composé unique* ment de gens d'éducation, non convertis. Mon docteur avait demandé d'y assister avec sa femme et les amis catholiques qui voudraient le suivre. II avait mis beaucoup d'empressement à en prévenir le public ; et il s*y est rendu l'un des premiers. La dame catholique de notre pension, dont j'ai parlé à B., y assista aussi, ainsi que quelques autres; M™® de C. n'y manqua pas, non plus que toute la portion protestante de sa maison. Je prêchai sur Jean, vu, 87, après avoir lu en entier la dernière partie du chapitre. J'étais assez faible ce jour-là; cependant je prêchai sans trop de fatigue. Je ne pouvais parler là ni comme devant des chrétiens, ni comme devant des montagnards : je n'avais nulle envie de les effaroucher pour lapremière fois, et encore moins de les endormir : le Seigneur m'a donné de parler tout à la fois avec franchise et prudence; j'ai lieu de croire que mon discours a produit une bonne impression sur plusieurs , et qu'il n'a scandalisé personne.
M™* de C. s'approcha de moi après le service, ainsi que plusieurs autres personnes, pour me remer-
cier. Un peu après je les entendis parler entre elles de la simplicité de ce genre de prédication comme d une chose qu'elles goûtaient fort ('). M™* de C. , ma voisine , catholique » m'avait si bien écouté, qu'elle m'a rendu en conversation , non les mots, mais, ce qui vaut mieux encore, la plupart des idées de mon discours, dont elle paraissait trës-satisfaite. Mon docteur en paraissait enchanté ; il me dit le soir que j'avais eu un auditoire beaucoup plus nombreux que je ne l'avais cru; et que plusieurs catholiques, habitants de Plombières et autres, m'avaient écouté depuis une pièce voisine. Ce n'est pas la première fois que j'ai eu des auditeurs en loges grillées ; ce sont les Nicodèmes du jour ; puissent-ils, comme le docteur juif, se montrer à la fin les plus fidèles dis* ciples du Christ (Jean, xix, 89) !
L'après-midi je trouvai dans un recueil catholique plusieurs de nos cantiques, que je chantai avec les jeunes filles de la maison, ce qui me fournit l'occasion de leur adresser quelques paroles sérieuses.
Voilà, mon cher ami, où en sont les choses. L'état de ma santé, et le but que je me suis proposé en venant ici i ne me permettent pas de chercher un travail qui pourrait me nuire ; mais je suis bien décidé à ne pas refuser celui qui se présentera et qui paraîtra préparé par le Maître. J'espère, par ce moyen, conserver ma conscience sans reproche, sous le double rapport de l'œuvre de Dieu et des
(1) J*ai enlenda dîna le ménift endroit, comme aillenrs aussi, le même jagemenl: « C*est simple^ mais c*est bon, » On comprend que W nal Jugement serait : ^iCeU sintpU^ donc e*est bon, » Edit,
soins dus à mon corps. Le reste est entre les mains de Dieu ; et les conséquences ne me regardent pasi
Plombières» les 28 et 29 juillet 1028^
Cher ami,
Je continue mon petit journal. Mé Turck, mon médecin» a été lui-même sérieusement malade pendantquelques jours, d^une inflammation d'entrailles dont il s'est fort promptement guéri par un traite* ment à la Dévelay ; il est de nouveau sur pied, et court du matin au soir pour visiter ses nombreux malades. Il a encore assisté hier à ma prédication, qui a eu lieu, comme dimanche passé, dans une chambre de Thôtel où habite M""® A. La réunion était plus nombreuse que la première; et ie local s'est trouvé trop petit. Dimanche prochain nous en aurons un plus vaste, s'il plaît à Dieu ; mais dans une autre maison, M™^ A. devant partir dans la semaine* On pourrait» au besoin, avoir une des salles de l'Hôtel-de -Ville.
La collecte pour les pauvres du lieu a été faite par M. A. fils, et a produit plus de quarante-cinq francs. Dans le courant de la semaine dernière , je fis une visite à M'"^ de C. > qui me parla avec beaucoup d'éloge de F. Monod, de Colany-Née, etc. M. le curé s'y rencontra dans le même moment; c'est un bon vieux qui paraît fort tolérant ; on ne parla que des collectes faites ou à faire ; et sur cela le curé me pria de témoigner aux protestants combien il était édifié et reconnaissant de l'abondance de leurs dons. — Hier malin, dimanche.
avant le service, je retournai chez M°^ de C. pour m*arranger avec elle, relativement à Temploi de ces aumônes. J'y trouvai M. le préfet, à qui M™* de C. me. présenta et qui me reçut fort bien. Ils me communiquèrent leur projet de former ici un comité de bienfaisance, et une société de dames pour la distribution des dons, assez abondants, qu'on recueille ici pour les malheureux, — dons qui jusqu'à présent n'avaient pas été employés avec tout le discernement possible. J'ai prêché hier sur Hébr. vni, lo, 1 2k J'étais mieux portant et plus à mon aise que dimanche dernier ; aussi mon discours a*t-il été plus long et plus animé. On paraissait écouter avec beaucoup d'attention ; une dame entre autres a été fort touchée, quoiqu'il n'y eût rien dans mon discours qui dût exciter la sensibilité. Je n'ai point été trop fatigué. Ce matin, je suis retourné à la préfecture ; M°*' de C. m'a lu tout son projet de règlement pour la Société de bienfaisance ; puis elle m'a parlé, je ne sais à quelle occasion^ de mon discours d'hier, qu'elle dit avoir trouvé fort de son goût, mais sur lequel elle m'a fait une observation que vous ne devineriez pas. C'est que je n'avais pas assez appuyé sur cette expression : «Je mettrai, » et pas assez développé l'idée que c'est Dieu lui-même qui doit mettre la foi dans nos cœurs par son Saint-Esprit! Il est vrai qu'ayant donné beaucoup d'étendue à ma première partie, il m'est resté trop peu de temps pour traiter suffisam* ment le sujet en question ; mais j'ai promis à M"* de C. d'en parler plus amplement dimanche prochain, s'il plaît à Dieu. £lle a ajouté que mes au-
diteurs ne me feraient probablement pas tous la même observation ; et qo*elle avait ouï dire qu'une certaine personne qui, d'ailleors, se disait très^atisfaite de ma prédication, avait cru reconnaître en moi un méthodiste.— -M™^ de C» m'a conduit ensuite chez une dame anglaise qui a Fair très-malade ; elle est nièce d'un des pairs d'Ecosse. Elle a longtemps habité Paris, où elle a souvent eu à soutenir les attaques du prosélytisme romain; et ici encore M"^' la duchesse de La Rochefoucault ne néglige rien pour l'amener, s'il était possible, à TEglise catholique romaine. Mais M°^ lion (c'est le nom de la dame) n'y parait pas fort disposée. Elle m'ai prié de donner à sa fille quelques leçons de religion pendant mon séjour ici. Miss Maria viendra donc tous les jours chez moi, de dix à onze heures, accompa^née de sa gouvernante, anglaise aussi, qui, sans s'en douter, se trouvera être une seconde catéchumène.
Après-midi. Ma catéchumène est venue avec son institutrice ; celle-ci prétait une grande attention à TexpIicatioA de la Bible. L'élève annonce de l'intelligence , mais je ne sais si son cœur soit beaucoup.
J'ai appris par M"* Turck que M. le maire est venu à mon sermon. Et, par une autre voie, j'ai su que M. Turck n'a pas encore été à la messe à Plombières, où il réside depuis longtemps, et qu'il paraît très-disposé à suivre régulièrement nos services. La dame de Bourg qui demeure dans la mai* son commence à prendre beaucoup d'intérêt aox conversatiQns religieuses ; nous lisons quelqaefoii
ensemble; et elle regrette, dit-elle, départir sitôt. Elle in*a souvent répété qu*elle aurait un grand plaisir à me voir à Bourg. Une dame protestante de Sedan m'a aussi offert un logement chez elle si jamais je passais par là.
M"^ de C. m*a parlé de quelques protestants qui habitent Epinal, et qu'elle a, en quelque sorte, réunis et nourris de traités, etc. etc. Il y en a aussi à Saint-Dié et ailleurs, qui sont sans pasteur. Si Dieu le permet, j 'espère les visiter avant de quitter les Vosges.
Adieu, cher ami; rappelle aux frères que je compte sur Tassistance de leurs prières pour tout ce que le Seigneur pourra me donner à faire ici pour son règne.
Plombiéref , 4o 7 aa 9 août 1S28.
Cher frère,
Dimanche dernier j'ai prêché dans le nouveau local, chez une dame X. Comme il était parti beaucoup de monde dans la semaine, on présumait que la réunion serait moins nombreuse ; mais nous avons eu au contraire plus du double d'auditeurs, tant protestants que catholiques romains, de Plorn* Mères et de l'étranger. M. le maire y est revenu avec une partie de sa famille ; et j'ai su qu'un curé corse qui est ici, comme tant d'autres, pour prendre les eaux, serait venu m'cntendre s'il avait cru pouvoir garder l'incognito. La salle proprement dite de la réunion , et deux autres attenantes, étaient presque remplies. Nous avons pris les banquettes de la salle du spectacle ; et ainsi TËn-
iShmi de Dieu a été forcé de servir Dieu. Ce n'est pas la^preinière foi^ qu'il a ce crève-cœur; et nous savons qu'il eti verra biefi d autres. Gomme on tie savait pas, au moment du service du dimanche précédent, dans quel endroit on Rassemblerait ^prës le départ de M"® A., je dis aux assistants qu'on les ferait prévenir à domicile quand on serait pourvu. 'On l'a été tout de suite ; mais j'ai cru devoir attendre jusqu'au samedi pour eh donner avis, soit pour les étrangers qui pourraient arriver dans la semaine, soit pour qu'on en eût la mémoire plus fraîche. Samedi nous avons donc, maman et moi, préparé une trentaine de cartes, indiquant l'heure et le lieu du Culte protestant pour le lendemain. Puis j'ai donné ces cartes au crieur public pour les distribuer à l'heure du dîner entre les principaux hôtels. J'en ai fait encore d'autres que j'ai données audocteurTurck et à quelques autres personnes pour les distribuer. Ainsi, non-seulement les protestants, mais le public a été bien prévenu. C'est ce qui nous a attiré tant d'auditeurs. Il paraît que plusieurs personnes se préparent à venir dimanche prochain. J ai prêché sur le commencement de Jean xv avec beaucoup de franchise et de netteté, et, je peux dire à la louange du Seigneur, avec beaucoup d'abandon et de force. Le discours, quoique long, a été écouté avec le plus profond silence, et, à ce qu'il paraît, avec attention. Après le service, M"^ de C. me remit deux rapports des sociétés de Bibles et de missions des dames de Paris. Je lui donnai en échange «la Petite Bergère des Alpes », et mes « deux Méditations. » £n voyant celle sur Jacques,
elle me dit qu'elle venait d'en recevoir de Paris plusieurs exemplaires avec d'autres ouvrages ; mais qu'elle n'avait pas fait attention aux noms des au-' teursy et que maintenant elle le lirait avec plus d'intérêt. Elle est partie pour Epinal après le sermon, mais nous espérons la revoir bientôt à Plom«^ bières.
M"* de C.\ de Bourg en Bresse, est partie en nous exprimant ses regrets, et en me priant de lui écrire, et, s'il était possible, de passer à Bourg. Je lui ai remis quelques brochures ; je regrette de n'a* voir pu lui donner un Nouveau Testament.
Nous avons, dans la pension, depuis lundi, deux dames de Montbéliard qui connaissent beaucoup Miroglio et qui m'ont même parlé de Fuchs (*). Nous chantons quelquefois des cantiques avec elles et les filles de la maison.
Ma catéchumène anglaise vient chaque jour à 1 1 heures avec son institutrice ; elle montre de l'intelligence, mais je ne pense pas que jusqu'ici son cœur prenne beaucoup de part à son instruction. J'ai parlé ce matin de mes chères Alpes avec un ancien préfet de Gap, qui baigne près de moi, et dont j'avais beaucoup entendu parler dans les montagnes. — J'ai prêté le dernier écrit de Bost, Indices etc. , au docteur Turck ; c'est, je crois, ce qui lui convient.
Quant à ma santé, je ne sais guère qu'en dire ; j'ai cru devoir ajouter des applications de ventouses à l'usage des eaux. Je m'en trouve bien et je me
(i) Miiiion d*AUfice. Voy. 1. 1, p. 31S, 436 et ailleari .
propose de continuer de deux en deux jours. Elles ne tirent que fort peu de sang, et produisent d'ailleurs le même effet que les sangsues quant au déplacement de Tirritation, qui, chez moi, paraît se porter maintenant sur les nerfs plus qu'ailleurs. Mais on dit que c'est Teffet ordinaire des eaux, et qu'ensuite les nerfs eux-mêmes s'en trouvent bien. Je vais essayer le melon : les médecins de l'école moderne le disent très-efficace, dans certains cas, contre l'irritation de l'estomac : on cite un monr sieur d'ici qui s'est guéri d'une gastrite très-grave uniquement avec du melon : il en mangeait, diton, jusqu'à quinze livres par jour. Pour moi je commence par une ou deux onces.
Plombières, le 17 aoûl i92S.
Je ne sais trop que dire de mon pauvre estomac; les digestions sont souvent douloureuses, et suivies de crispations nerveuses dans l'estomac et dans tous les membres.
Je viens de prêcher pour la cinquième fois; il y avait encore une assez grande chambre toute pleine ; néanmoins les nombreux départs des baigneurs font diminuer sensiblement nos assemblées, que j'ai toujours soin de faire annoncer dans les h6tels par le crieur public, n'ayant pas d'autre cloche.
Un fils de la famille chez laquelle nous logeons, et qui est au séminaire de Saint-Dié, vient d'arriver ici en vacances ; je n'ai encore vu que sa soutane ; et je ne sais si je serai appelé à entrer avec lui dans
des discussions que je n^aime guère, et qui, dans mon état de santé, ne me contiendraient pas beaucoup. Cependant, si je pouvais espérer qu'il en résultât du bien, je ne les éviterais pas. Prie» pour moi avec tous les frères, pour que Dieu bénisse le peu de semence qu'il me donne de jeter sur les eaux, et qui sera disséminée dans tant de pays différents par le retour des baigneurs dans leurs foyers.