A LA MÊME
Plombières, le 8 oclobre 1828.
En commençant Tincluse, je ne pensais ni à en remplir les quatre pages, ni à la tourner comme je l'ai fait en espèce d'épître ; mais je vois qu'il convient de mettre i part ce qui vous est particulier, afin que vous puissiez librement faire circuler la lettre.
D'abord, je dois vous dire combien je suis recoor naissant de tous les détails que vous avez la bonté de me donner. Cependant si je vous disais de la dernière nouvelle ce que je dis ordinairement : « que jeFai reçue avec plaisir, » vous ne me croiriez pas. Bien qu elle ne m'ait point surpris, elle m'a beaucoup attristé. J'ai reçu de ce pauvre P.... (^) plusieurs lettres qui ne m'ont laissé aucun doute sur ses tristes dispositions ; et vous pouvez dire de ma part à ceux qui l'ont trouvé bien brave et qui sont .fâchés qu'on l'ait i*cçu en faux frère, que bien certainement ils se sont trompés sur son compte, et qu'il m'est impossible de le regarder autrement que comme un homme qui a renoncé à son Sauveur et fait naufrage quant à la foi. Veuille le Seigneur préserver de son poison tous ceux qui onl pu Ten* tendre, et en particulier ses pauvres compatriotes! IS'ayant depuis longtemps donné aucun enou-
(i) Je ne fait ce qoe c'est que cède affaîro.
velle à nos amis de Freysisinièrcs, et ne poutant pour le moment le faire d'une manière tlétaillée, je vous prierai de copier on de faire copier tout de suite la lettre que je vous envoie pour Mens (c*est la précédente) , et de Tadresser par la poste chez M. Baridon, à Freyssinières, en lui disant que je vous ai prié de le faire, et qu'il veuille bien la regarder et la communiquer aux amis de sa vallée comme si elle leur était adressée directement.
Si M. Pélisjsier fils est encore à Mens, saluez-le bien affectueusement de ma part; demandez-lui et donnez-moi des nouvelles de sa famille, et priez-le de s'informer si M. Lissignol a envoyé à Toulouse, Montauban, etc., un ballot dç mes deux Méditations. Il m^obligerait beaucoup s'il pouvait s'intéresser à leur placement, car ay^jat dû faire, et faisant encore beaucoup de dépenses, j*ai assez besoin de rentrer dans mes fonds. Saluez également M^^^ Flore (3^); et si elle est partie, faites-le par lettres, car je ne doute .pas que vous ne lui écriviez.
Je ne sais si je dois ajouter aujourd'hui que de* puis trois jours je semble prendre un peu de force et digérer un peu plus. Cela m'a déjà trompé tant de fois que je n'ose plus y comptçr.
La défection de ce pauvre P. M. est une de mes plus sensibles épreuves , et un juste châtiment de la complaisance que je prends si volontiers en mon travail. Je me glorifiais de ce jeune homme comme ' s'il ti'eût pas été de chair ; et j'espérais beaucoup de lui, comme si Dieu avait besoin de vases d'or pour porter l'eau vive du salut !
Je languis bien de pouvoir écrire de ma propre
main! Je ne le fais ici qu*avec une grande appréhension pour les suites. Maïs, dois-jeme plaindre ! Ma peine est de plume à côté de tant d'autres, et surtout au prix de ce que je mérite !
C*est aujourd'hui mon jour de naissance : j'ai 3i ans! Comme les années passent! Oh! puissé-je recommencer en Jésus*Christ une nouvelle vie, et racheter ce temps précieux qui s'enfuit ! Vous préférez ma première Méditation à la seconde sous certains rapports. Il parait qu'en général on en juge autrement. Ma première a fait faire la grimace à quelques-uns, et n'a pas été aussi goûtée que saint Jacques.
Ma pauvre maman a avec moi une patience et un dévouement dans ma maladie qui me font honte. Je ne suis pas brave ni doux avec elle comme je devrais : elle manque d'ouïe, de ménrioîre et quelquefois, comme nous tous, un peu de jugement; et cela m'impatiente souvent. Ah! que je suis méchant ! Priez pour moi.
Ne mettez pas trois cachets à vos lettres ; on est toujours obligé d'en déchirer la moitié.
Faites saluer Aimé du Loix, votre cousin Benjamin, tous les pauvres malades, et aussi tous les autres. Saluez vos parents ; et dites à M. Dumont que je prends votre lettre pour une des siennes, mais seulement provisoirement.
Que le Seigneur soit avec vous* Adieu.
Félix NeïT.
k P1£RRB BAR10ON-VEfiOU|UB, Alflf^-UARK ARITOUX ETIgUSAMlfE AARiDON, A I>OtJRIIIlJ.OUSE (p. 290, 286 61 282J.
Plombières, Ig 21 oclobre 182S.
Mes chera enfants! quoique je ne puisse pour le moment vous écrire longuement» je veux pourtant vous témoigner de ma propre main tout le plaisir que me font vos petites lettres, et combien je suis sensible à TafTection que vous conservez pour moi ; et surtout combien je suis réjoui de voir que notre fidèle et bon Sauveur vous continue et vous mul- .tiplie ses grâces et son secours. — * Puissiez-vous être de plus en plus affermis dans son amour, et reluire constamment comme des flambeaux au monde^ portant au devant de vous la Parole de vie! Puissent beaucoup d'âmes , autour de vous, arriver à la précieuse connaissance de ce grand salut, et fuir arrière la colère à venir!
Vous savez peut-être que notre cher frère Alex. Vallon, du Champsaur, a quitté ce monde depuis quelque temps (p. 389), emmené par une maladie de langueur. Sa mort m*a causé de la tristesse *,. car j'avais beaucoup d*affection pour lui, et c'était une âme bien fidèle. J^eillons et prions^ car nous ne saçons à quelle heure l Epoux doit venir!
Salifez de ma part tous nos chers amis, en particulier tous vos parents, et tous les jeunes gens, tant garçons que filles, qui ont reçu avec vous rinstructiou de la Parole de Dieu. Dites-leur combien je pense à eux tous, et combien je soupire sou,-
vent en demandant à Dieu qu'il daigne bénir pour leurs âmes cette divine semence que plusieurs ont hélas ! reçue^ ou sur le chemin ou dans les épines ! Adieu, mes chers amis! Que le Seigneur vous bénisse et vous garde ! Qu'il soit votre rocher, votre paix, votre seule et unique espérance 1 Amen.
On a Yu (p. 3G7) que Neff quiua Plombières le 29 oclobre. On caoçoii facilement que, pour une personne aussi affaiblie que lui, un voyage en novembre dut être bien pénible. Il revint, enveloppé de flanelles comme un vieillard; •i personne que lui n'eut plus d'espoir de le voir jamais ri* tabli.
■■ .ViiT!
GHAPITBE ZIV
ST DERHIER.
lULTOUR DE IfEFF A GENÈVE. — SES DERMIEBS MOIS ET SA