‹ Lettres, avec quelques additionsChapitre 33 sur 50 · MORT, — CONCLUSION · texte numérisé non relu

MORT, — CONCLUSION

(Ou i" HQTembre 1828 au 12 ayril 1829.)

Noas avons tu dès rorigine Neff s'occupant tout* à tour des branches les plus diverses , et faisant toujours chaque obose avec le genre de sagesse que la chose demandait. Cette dernière période de sa vie s^ouvre par une humble lettre de conipiabilité que nous n^avons pas voulu soustraire k la publicité. Elle marque trop bien la pauvreté chrétienne du missionnaire et de ses églises.

A M. JEAN PHILIPPE, A ARVIEUIC.

CieuèTO . le 26 décembre 1828.

Voici le moment de renouveler les abonnements pour les Archiçes^ etc. Je n'ai pu savoir encore si M. Ëhrmann s'en est chargé pour Tannée 1828, ni même combien il a eu d'abonnements en Queyras. C'est moi qui les ai demandés il y a un an pour toutes les églises des Hautes-Aipes ; et si M. Servier n'a pas été payé d'un autre côté, c'est à moi qu'il s'adressera ; veuillez donc, cher frère, vous informer cxacleracnt de tous les abonnements qu'il'y a

eu en Qucyras cette année; et, s'ils n'ont pas dé)à été payés à quelqu'un d'autre, veuillez en retirer le montant. Informez-vous en même temps au plus tôt des personnes qui veulent s'abonner pour 1829, soit à Arvieux, soit à Mollines et Saint-Véran ; et si M. Ehrmann ne s'en charge pas je le ferai trèsvolontiers, ayant pour cela beaucoup de facilités; mais il faudrait me répondre au plus tôt sur ce point.

Voici maintenant une autre commission dont je prendrai ta liberté de vous charger. Quand je suis parti du Queyras, les églises de Mollines et de Saint-Yéran me sont restées redevables de mon salaire pour le commencen>ent de Tannée (827, ce qui fait enwon soixante francs entre les deux églises. Je n'aurais jamais réclamé cela sans^ les dépenses que m'occasionnent la longueur de nta maladie, et surtout le voyage, et mon séjour aux bains de Plombières qui m'a coûté au moins quinze cents francs. Je suis donc dans le cas d'avoir besoin de tout ce qui m'est dû ; je vous prierai en même temps de vous informer s'il ne m'est pas dû en Queyras quelque chose pour des livres : je ne parle pas des Bibles, ce n'est pas à moi qu*on les paie. Il me semble aussi que quelques-uns de ceux de Saint- Yéran, qui ont été à l'école àDourmillouse, me sont restés redevables de quelque chose ; j'en ai bien la liste à quelque endroit , mais je ne suiis pas capable de la chercher. Je crois fort aussi qu'Antoine Césari, de la Chalp, n'a pas payé pour l'école ; mais il est peut-être encore à Nîmes.

Je vous serai bien obligé de vous informer de

tout cela ; et ce billet vous servira de preuve pour retirer ce qu'on pourra vous remettre. Vous auriez soin de faire parvenir le tout à M. Baridon, à Freyssiniëres, avec le prix des abonnements , soit pour 1828, soit pour 182g.

Au reste , il ne faut pas attendre d^avoir fait toutes ces commissions pour me répondre au sujet des abonnements, car c'est ce qui presse le plus.

Votre affectionné frère en Jésus-Christ.

On voit que la comptabilllé de Neff n'était pas bien rigoureuse.

GOaVUMICATIOll SDR LES VALUIeS DU PIÉMOIfT,

en noTembre et décembre 1828 et janvier 1829,

arec une introduction par Félix Neff;

Pendant tout le temps de mon séjour à Plom- Uëres, je n'ai reçu aucune nouvelle des vallées du Piémont. Je savais cependant que le règne de Dieu continuait à y faire des progrès. A mon retour à Genève, on m'écrivit d'Arvieux en Queyras, qu'un réveil se manifestait dans la commune de Villars, vallée de Luzerne, et que ce mouvement était dû au témoignage rendu à TEvangile par un nommé Frache à qui j'avais eu deux ou trois fois l'occasion d'annoncer l'Evangile en France, où il a résidé plusieurs années. «Le Seigneur a béni cette bonne semence, m'écrit Jean Philippe des Moulins; et maintenant Frache, rentré dans.ses foyers, est devenu une lumière salutaire à plusieurs ; il a été encouragé et secondé dans cette bonne œuvre par une visite de Jean et de Marie Caïrus. » Ce sont de

pauvres tisserands de la commune du Villars, mais établis depuis longtemps à Pallon, en Freyssioières, où ils ont été des premiers amenés à la connaissance de Christ, et où ils ont beaucoup travaillé pour le Seigneur. J*ai eu plusieurs fois occasion de parler de ces braves gens, en particulier de Marie, au commencement de mon premier journal des Vallées (p. 35, etc. Visite^ p. 84).

A l'entrée de l'automne les Vaudois ont eu la visite de deux de nos frères, le Rév. Spencer Drummond et le pasteur LhuiHier, qui, s'ils ont été affligés de l'état religieux des Vallées en général, ont été bien réjouis de l'œuvre qui s'opère maintenant ; ils ne pouvaient suffire à l'empressement avec lequel on venait s'informer de la voie du salut, ni répon-' dre à la multitude des questions qu'on leur adressait ; car nos amis des Vallées étant tous des gens sans lettres et ayant à lutter contre des adversaires qui se vantent de beaucoup de science, saisissent les rares occasions qui se présentent de consulter sur les points difficiles les frères plus instruits. Cette visite, en grande bénédiction pour les frères, fut pour les adversaires une occasion de renouveler les persécutions ; et immédiatement après le départ de MM. Dr. et Lh. nos frères vaudois ont vu se former sur eux un nouvel orage. Dès le dimanche suivant, on les arracha de force d'une salle d'yole dont ils jouissaient depuis quelque temps. Ils furent publiquement apostrophés, menacés, etc. La lettre qui donne le détail de ces premières scènes est écrite avec un désordre qui donne une idée de celui qui régnait à Saint-Jean lorsqu'elle fut écrite.

Je n'en ai pas la copie ; mais elle n'est pas fort importante, et les suivantes y suppléent suffisamment. L'une et l'autre sont adressées par Antoine Blanc à son frère, le pasteur de Mens, qui nous a transmis la copie que nous donnons ici mot à mot.

EXTRAIT d'une LETTRE DES VALLÉES DU PIÉMONT,

adressée au pasteur André Blauc, de Mens.

Sainl-Jeao, 15 décembre 1828.

MoD bien -aimé frère,

Dans ma dernière, que vons tronv&tes sans doute à Lanef, je vous disais où en étaient les choses par rapport au r^e de Dieu parmi nous. La semaine qui suivit le départ de ces messieurs étrangers, nos ennemis étaient plus que jamais en colère. M. Mondon (p. 186} alla chez notre ami Tancien, pour lui conseiller de demander sa démission (Tancien, ou de déclarer quil n'avait rien fait dans Tinten* lion de rompre Tuniou de TEglise. Il voulut en même temps lui prouver par certains versets que Jésus Christ n'était pas Dieu ; et comme Tancien ne le voulait pas croire, mais qu'il lui citait d'autres passages, il prit la porte en colère et s'en alla. Le dimanche suivant, il nous dit ce qu'il voulut du haut de la chaire; les noms d'hypocrites, sectaires, jésuites ne nous manquèrent pas. Après le service, il commanda à l'assemblée de s'arrêter, et il lut ce qui suit :

Cl Me considérant, par la place où la Providence de Dieu m*a mis, comme le père commun de tous ceux qui oiit fait et qui font encore profession d*élre membres de cette Eglise, je n'adhérerai jamais à aucune censure amère, et bien moins h aucune démarche désobligeante contre ceux qui semblent tendre à b désunion de mon intéressant troupeau.

Je ilie crois cependanl obligé devanl Dieu d'inviier les prin^cipaux d'entre eux , nommémeni les sieurs Antoine Blanc, Paul Gay et son cousin, comme aussi le jeune Fenouil, à présenter au Consistoire, par écrit, les motifs du culte singulier qu'ils s^cflbrcent d'établir; promettant, pour ma part, de faire droit 5 leurs représentations si on peut les juger légitimes. Dans huit jours, ici, dans ce temple, et en présence de tous les fidèles, ils peuvent librement faire mention 1<* du pasteur, de ses fautes, de ses erreurs, de ses devoirs; 2° de sa doctrine et de leur propre croyance ; 3® du cuite public et particulier; i"* des rites et cérémonies. Le tout en peu de mots. (Signé) Mondon. »

En descendant de chaire, il s^approcha de notre ancien, qui déclara devant Dieu et l'assemblée qu^il ne cherchait point à rompre Punion de TEglise. Au sortir de là , imaginez-vous quel tumulte dans toute la commune! L^on ne parlait que de guerre, et de ce que Ton voulait faire pour nous exterminer. Plusieurs des frères , par la raison que j'étais étranger, craignaient pour ma vie; les avis redoublaient pour que nous eussions à prendre garde. Mais le Seigneur jusqu'à maintenant a été notre garde ; il est si bon qu'il le sera encore. Quelques coups de pierre à ma fenêtre, quand quelques amis étaient chez moi, et quelques injures et quelques coups de pierre à notre ami Paul au sortir d^une réunion, sont tous les outrages que nous avons eus à essuyer jusqu'à maintenant.

Il s'agissait de répondre à la demande qui nous avait été adressée; je ne savais trop comment m'y prendre. Sî j'avais été un peu plus proche de vous, je vous serais vile allé voir. Nous nous confiâmes au Seigneur; nous lui demandâmes un esprit de douceur; et il nous l'accorda. Le bruit se répandit que le dimanche suivant les momiers rendraient raison de tout ce dont on les accusait. Plusieurs étrangers se ren*

dirent ao temple, qui fut rempli. Avant d'entrer nous jugeâmes prudent d^aller voirie pasteur. Paul Gay alla chez lui :.,.il lui fut défendu de lire ou de faire lire notre réponse! Il se plaignit du déni de justice à notre égard ; on lui dit que ce serait le dimanche suivant. Après le service de l'Eglise, lé monde ne voulait pas sortir. Quand la plupart furent sortis, notre ami Paul parla au Consistoire. Le monde rentra en foule. Le pasteur prit notre réponse, en renvoyant Taffaire. Nous en avions des copies, nous en donnâmes à plusieurs ((tti en firent d'autres copies, lesquelles firent beaucoup de bien dans notre commune et dans celle de la Tour. Le dimanche après, à la suite du service, M. Mondon lut, du haut de la chaire, ce que nous avions écrit et que voici :

a Nous venons répondre avec douceur à la demande de noire révérend pasteur, et aux chefs d'accusation que nos ennemis . ont intentés contre nous. Nous allons répondre avec toute la brièveté possible (*}.

» 1® Quant aux fautes, erreurs, devoirs et doctrine de noire respectable pasteur, nous déclarons ici , devant Dieu et cette sainte assemblée, que M. Mondon a été donné de Dieu à cette Eglise pour y prêcher la Parole et administrer ses saints sacrements ; que nous lui devons respect, obéissance; et que ce n'est pas à nous de lui remontrer ses devoirs, ni de vouloir pénétrer dans sa doctrine ; et si, sans le vouloir, nous l'avons ofl'ensé, nous déclarons que c'est contre notre volonté. Mais, quoique nous lui devions une entière soumission, nous croyons avoir le droit des habitants de Bérée, <t qui cherchaient dans les Ecritures, pour savoir si ce qu'on » leur disait y était conforme, » comme on le voit dans les Actes, chap. XVII, v. 1 1 .

7> 2^ Quant à notre propre croyance, pour laquelle nous sommes aujourd'hui appelés à répondre, nous croyons que

(i) J'abrëgftrai un pco; mais Je oe change ni n^ajoulc rien. Edit,

I Ecriture est la Parole de Dieu, la seule réglé de notre foi, doot nous avons un abrégé dans le symbole des apôtres ; que nous devons la lire, la méditer tous les jours de notre vie. Nous croyons, avec les pasteurs de nos Vallées, ainsi qu avec nos ancêtres, les Vaudois (comme on le penl voir dans le livre de M. Léger, livre 1", p, 112, à Farticle V^ de leur confession de foi), qu'il y a un seul Dieu, le Père, le

Fils et le Saint-Esprit et que Jésus-Christ est vraiDieo

et vrai homme.

» Faisant un retour sur nous-mêmes, nous dirons, comme disent nos pasteurs tous les jours du dimanche dans la confession des péchés, que nous sommes de pauvres pécheurs... qui attirons sur nous la condamnation el la mort.

)) L'Ecriture nous enseigne que, bien que nous n^ayons mérité que la colère dé Dieu, ce Dieu si bon vent encore nous recevoir en grâce ; qu'il ne veut pas la mort du pécheur, mais sa conversion et sa vie (2 Pierre , III , 9) ; que nous n'avons qu'à nous amender et croire à TEvangile (Marc, I, 18). Et comme de nous-mêmes nous sommes incapables de faire le bien, nous avons besoin que Jésus-Christ, notre adorable Sauveur, vienne habiter en nous, pour que nous puissions porter beaucoup de fruit; car, hors de lui, noos ne pouvons rien faire (Jean, XV, 4, 5). Il est la porte, et si quelqu^un entre par lui, il sera sauvé (Jean, X, 9); il est le chemin, la vérité et la vie, nul ne va au Père que par lui (Jean, XIV, 6); c'est lui qui est notre avocat (Jean, 1, I); c'est lui qui doit nous juger (Act. XVII, 31 ; 2 Cor. V, 10). Nous croyons donc que nous devons nous jeter entre ses bras, afin qu'il nous sauve, en présentant les fruits de sa mort pour fléchir la justice de notre Père céleste. Et auprès de qui nous en irions-nous? Il n'y a point dautre nom qui soil donné aux hommes par lequel ils puissent être sauvés (Act. IV, 12) ! Nous croyons donc que nous sommes sauvés par la grâce de Dieu, non par les œuvres, afin que personne

ne se glorifie (Eph. II, 8, 9). Mais nous croyons aussi que celui-là se trompe qui dit : a J^ai la foi », s'il n'a pas les oeuvres ; car la foi sans les œuvres est morte (Jacques II, 17, 20).

» 3® Quant au culte public, nous croyons que celui qui se fait dans nos églises est conforme à la Parole de Dieu ; que, pour ce qui regarde le culte particulier, il peut y avoir une grande différence dans les familles où il est établi ; qu'il est per> mis à chacun de choisir celui qui est le plus propre à Tédîtcaiion, et dans lequel il trouve qu'il fait le plus de progrès en sanctification. Nous croyons que ce culte particulier peut s'étendre à quelques familles réunies et qui ont le même désir de s'entretenir ensemble de toutes les grâces que le Seigneur nous a faites dans la rédemption de nos &mes, en lisant sa Parole et psalmodiant des hymnes à son honneur. Nous sommes d'autant plus assurés que ce culte particulier lui est agréable , qu'il ne doit point porter préjudice aux prières que chaque fidèle doit adresser en secret à notre commun Père céleste en Jésus-Christ, notre bien-aimé Sauveur; mais que c'est pour obéir à la Parole de Dieu, qui nous le commande (Eph. III, 19) : a Vous entretenant par des psaumes , des hymnes et des cantiques spirituels , chantant et psalmodiant de votre cœur au Seigneur» ; et (aux Col. III, 16) : a Que la Parole de Christ habite en vous abondamment en toute sagesse, vous enseignant et vous exhortant mutueU iement par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels avec grâce, chantant de votre cœur au Seigneur ». Le Seigneur Jésus a promis d'être au milieu de deux ou trois qui seraient assemblés en son nom (Maith. XVIII, 20).

» Mais nous voulons encore recourir à ce qu'ont enseigné nos ancêtres, comme on peut le voir dans M. Léger, p. 198^ art. 11, verset 13, où il nous est recommandé de cpnrcrer ensemble louchant la volonté de Dieu.

» 4*» Qtiant aux rites et ccrcmonies, nous croyons que

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