DBS HAUTES-ALPES, FIN AOUT
(Ce morceao et le saWant, placés ici par erreur, vont eotre les
pages 394 el 395.)
J. Rostan , auteur de la lettre ci-après, a passé deux hivers à mon école de Dourmillouse, la première fois comme écolier, la seconde comme sousmaître (i6i). Après mon départ, en 1827, il fit, sur mon invitation, plusieurs tournées dans les différentes vallées des Alpes, qui servirent beaucoup à laffranchisisement et à Textension de Tœuvre de Dieu. En automne, la même année, il partit pour Montauban , dans >rintention d'étudier pour le saint ministère ; mais au bout de moins d'un an, il fut forcé de revenir, à cause du mauvais état.(]jQ sa santé (V. p. 286 et 284).
Il n'a pas laissé néanmoins de visiter plusieurs fois depuis son retour Icsdiverscs églises des Alpes,
et surtout de travailler au règne de Dieu dans sa propre commune. Le vallon de Vars est situé au revers nord des montagnes de Barcelonnette. Cette dernière vallée, qui appartient aux Basses-Alpes, est connue par le grand nombre de joueurs de vielle et de porteurs de marmottes qui en descendent tous les hivers pour se répandre en tout pays, où on les prend mal à propos pour des Savoyards. Les habitants dé Vars, comme ceux des vallées voisines, sont tous catholiques romains, a l'exception d'une quarantaine d'individus, qui composent la petite Eglise protestante dont la famille Rostan fait partie. G*est aussi à cette Eglise qu*appartient Pierre Tholosan, colporteur, dont j'ai eu l'occasion de parler plusieurs fois, et dont le frère cadet, Daniel Tholosan, figure dans la lettre sui« vante (*).
EXTRAIT d'une LETTRE DB IlSAN ROSTÀlf (')•
Vars, fin août 1828.
(Voyei FaTis de la page précédente.)
Selon votre avis, j'allai voir à Monl-Dauphio le chirurgien-major, qui me fit une ponction. Elle n^a pas saffi pour faire disparaître Thydrocèie, qui a grossi de nouveaa. Depuis, je suis allé plusieurs fois à Mont-Dauphin ; mais cet messieurs m'ont renvoyé ius(]u'6 ce jour, auquel j^alieods mon cher père, désirant qu'il soit présent à la seconde ponction, qui sera suivie diujeciions ou d^une incision. Quant au résultat, je le laisse ù la volonté du Seigneur. —
(1) Voy. p. 26, et Fisite, p. î>3.
(2) ActaeUement ministre wesicjen à Lausanne. V. la p. prccédonle.
Voiii loyt ce qae je pais vous dire de Tétai aclael de ma santé.
Je Tiens mainlenant vous parler de la seole chose nécessaire. Il me semble que je vois déjà ce Soleil de justice, cet Orient d'en haut, dont Téclat sans pareil dissipera bientôt TobscnriEé profonde qui depuis si longtemps a régné et règne encore dans ce monde. Alors les yeux des aveugles seront ouverts par sa vive lumière ; ils connaîtront leur Dieu, leur unique Sauveur et leur Père. Oui, « la lumière s^esl levée sur le pays de Zabuion' et sur le pays de Nephtali, sur eeuz qui étaient assis dans la région et dans Tombre de la mort ! » Un bon nombre de Testaments, tant de Sacy que de Hanin, ont été distribués parmi les papistes; ce nombre, A je ne me trompe, s^élève au-dessus de cent. Plusieurs deaandent encore des Bibles; nous en attendons un envoi, qui doit être en roiMe. Quelques Nicodémites ont assisté à nos petites réunions. S'ils ne viennent point encore ouvertement, c'est malheureusement par des considérations humai-^ nés. Selon la coutume de ce pays, comme vous le savez, plusieurs femmes, même les hommes, se réunissent la veillée dans une même étable pour travailler et économiser Thuile, et nous allons, Daniel, Jean Borel (p. 403) et moi, dans ces sociétés, qui se trouvent dans les trois hameaux de la commune, pour y lire la Parole de vie. Quelques pauvres femmes ignorantes et influencées par les conseils du prêtre, qui fait tout pour nous faire devenir un sujet d'horrenr devant leurs yeux et pour les tenir dans Tignorance, s%cbappent aussitôt que nous entrons, comme si nous avions le pouvoir de graver, malgré elles, nos paroles dans leur eœar ; mais le plus grand nombre nous écoutent avec plaisir, et plusieurs nous invitent à y retourner le plus souvent possible. On recherche notre compagnie et on nous témoigne une amitié chrétienne, ce qu'on n'avait jamais fait. Ils sont tous réjouis et comme hors d'eux-mêmes, en nous enn. îa
tendant parler du grand amour de notre grand Dieu et Sàu^ veur Jésus-Christ, qui est aussi le leur. S^ils ont encore quelqi](e&. principes de papisme, il faut espérer que Dieu leur donnera un même cœur et un même chemin, comme le dit son prophète Jérémie (au chap. XXX, 11-39); et sien quelque chose, ils ont un sentiment contraire. Dieu le leur révélera aussi (Phil. III, 15).
Je vous ai dit plus haut que Jean Borel venait aussi, et travaillait avec nous. Le Seigneur s'est fait connaître à lui il y a environ deux mois; et dès lors, il a abandonné ses compagnons de débauche et ses jurements; et son caractère aéié adouci, comme le fut celui des bêles féroces dès qu'elles furent entrées dans Tarche de Noé. Il aime, maintenant son Sauveur et son Dieu, et ne veut vivre que pour Celui qui Ta appelé des ténèbres à sa merveilleuse lumière, que pour Celui qui a donné sa vie pour le faire vivre. A Lui en soit la gloire dans tous les siècles !
Mon frère Matthieu, acceptant la proposition qui lui a
été faite par M. Ehrmann d'être lecteur de Bible, va aussi
de maison en maison, portant des Testaments; il a déjà
fait sa tournée ici, du côté de Barcelonnelte, et àRisoul, et
se trouve maintenant du côté de la Boche. Les prêtres
mettent tout en œuvre pour dégoûter les pauvres âmes de
la divine Parole, ce qui a déjà causé une grande rumeur dans
la commune de Risoul, aussi bien que dans celle-ci ; et on
en parle dans presque tout Tarrondissement. Espérons que
Dieu changera leurs malédictions en bénédictions, comme
il le lit de Balaam ; nous en voyons déjà la preuve chez quel*
ques-uns. Satan était paisible possesseur de ces âmes;
maintenant que Christ les réclame, il fait feu ei flamme pour
ks retenir dans son empire ; c'est ce qui arrive aussi dans
toutes les âmes où Jésus veut établir son règne de grâce, de
lumière et de vie. Mais Thomme fort est lié ; espérons donc
et prenons courage, priant avec ferveur pour ces pauvres
imesj qui oe sont pas moins précieuses que les noires devant le Seigneur, ayant été rachetées par un même sang. Quant îk nos co-religionnaires en général, le règne de Dieu est toujours à peu près le même parmi eux.
Ici Neff reprend lui-même, quoique toujours sous dictée. On va voir que M. Ehrmann lui avait été représenté, peutêtre avec des couleurs chargées, non-seulement comme Wesleyen, il Test, mais comme contrariant Tœuvre que Neff avait si bien commencée.
Le copiste ayant employé moins de place que je ne pensais, j'essaierai d'ajouter encore quelques détails sur les Hautes-Alpes.
J'ai parlé plusieurs fois du pasteur Ehrmann qui dessert maintenant les Eglises des Hautes-Alpes ; il avait été recommandé comme un frère par plusieurs pasteurs évangéliques, tant du nord que du midi de la France ; il recevait dans un temps, étant pasteur à Saussine (Gard), les journaux manuscrits des évangélistes continentaux ; à son arrivée dans les Alpes son langage parut justifier les espérances qu'on avait conçues; et les ministres qui Font visité depuis en parlent encore comme d'un serviteur de Christ. Se serait-on trompé sur son compte? Depuis quelque temps j'ai été péniblement affecté par les plaintes que font de lui les amis de l'Evangile. Il montre à la vérité quelque zèle pour la distribution de la Bible, la distribution d'une partie des traités religieux, l'œuvre des missions étrangères, etc.; son langage a quelque chose d'é-
vangélique; mais, en même temps, il se montte tellement ignorant ou plutôt ennemi des doctrines de la grâce, qu'il décrie comme trop calvinistes non-seulement les excellents sermons de Burder, mais ceux même de Nardin, auxquels on pourrait adresser le reproche contraire. Si tout ce qu'on dit est vrai, il prétendrait^ quant à lui, observer toute la loi, et il dénigrerait et tâcherait de détruire l'œuvre que Dieu m'avait confiée et qu'il avait daigné bénir?.... Son influence alors ne serait plus bien grande ; et il ne réussirait pas plus à contenter les amis du monde que ceux de Christ; car il parait que quelques-uns de ses procédés font beaucoup crier contre lui. Nous savons d'ailleurs que le Bon Berger garde ses brebis; et j'espère que , quant à celles qu'il a daigné se choisir dans les Hautes- Alpes , loin de se laisser disperser, elles se tiendront plus près du Seigneur et plus près les unes des autres. Elles apprendront à ne point mettre leur confiance dans le titre ou l'habit de l'homme, et à ne chercher la vérité que dans la seule Parole de Dieu (').
Au reste, ces chers amis ne sont point abandonnés à eux-mêmes. Nos frères de Mens et des environs ont et auront soin de les visiter de temps à autre ; et ces visites manqueront d'autant moins, que des amis étrangers ont consacré quelques fonds aux frais peu considérables qu'elles pourront nécessiter.
(1) On a pu Toir par ma FisUe aux Hautts-Alpes qae tooles ces craintes étaient exagérées. Je ne les rapporte qae comme an exemple de plas clés bruits erronés qui peuvent coarir, même entre
Ediu
Divers traités et journaux religieux ont été et seront encore envoyés et distribués dans les vallées des Alpes sur les mêmes fonds, etc.
Les églises des Hautes -Alpes ont à déplorer la perte du frère Alexandre Vallon, le plus âgé et le plus distingué des élèves régents que j'avais formés k mon école de Dourmillouse (p. 889 ). Ce cher frère exerçait depuis quelque temps les fonctions d'instituteur, lecteur et chantre à Trescléoux, principale église du président d'Aldebcrt, à Textrémitë méridionale du département. Les travaux de notre cher Vallon paraissaient bénis dans cette contrée jusqu'alors tout-à-fait morte ; et plusieurs âmes commençaient à goûter TEvangile, lorsqu'une maladie de poitrine le força à revenir chez lui, en Champsaur, où il est mort au commencement de l'automne dernier. Ce départ m'a vivement affecté ; car j'avais pour ce frère autant d'affection que d'estime, et j'espérais beaucoup de lui ; mais qui estce qui dira au Seigneur : « Tes voies ne sont pas bien réglées?» Sa volonté n'est-elle pas toujours bonne, ses jugements pleins de sagesse, quelque impénétrables qu'ils nous paraissent ?....
Je dois ajouter, à la gloire de Celui qui, des pierres même peut susciter des enfants à Abraham^ qu^ mon arrivée dans les Alpes, cet homme, âgé alors de trente-trois ans, était non-seulement le plus grand débauché, mais encore la terreur du payis, ayant fait huit mois de prison pour avoir presque assommé un homme (p. 128).