II
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payré du tri&te . éut de ce peuple aotrefitris tà inté- Ijessant ; et toutefois bénissant le Seigneur de ce ^'il avait daigna, Une donner accès auprès de quri*^ i||ies âmes, que je le suppliai ardeinniént.dé gardev lin-XBâmei et de conduim |^us airant dans la nrdk étroite* , ..
Les chaleiivs suffoquantes du Piémont m'avaient abattu et :affaibU; je crus renaître en respirant de npuvefiu Téther des HautesrAlpes^ dont je tcou^ vai les vallons couverts de blanche* gelée. ^ >
Quelques jours après mon retour dé Piémont^ ft rencontrai dans le val de Quejras un koanme-dt Saint * Jean I qui me dit dès Tabord : » Vous avet an bon.neZf M. Blanc et vous, de partir Tautre jour, autrement vous étiez coffrés 0). S. M. Sarde, infor^. mée que des ministres étrangers avaient prêché dans ses Etats» a écrit aux Vaudoîs une lettre, fcdr* minante» qu'ils ont été obligés de lire en ehaire dans toutes les églises; et si vous y. aviez encore été on ne sait pas ce qu'il y aurait eu pour vous. »
Je ne fus point surpris de cela ; car j avais été au contraire étonné qu'on nous offirît la chaire (p* 4>)« sachant bien qn une ancienne loi* le défeodaiti. :6l qu'elle avait déjà été rappelée à Toccasion de GMilna ^ 1 7 1) et de Trail, qui furent aussi oUigés de partir.
Quelque temps après, j'appris les mêmes chosea par des lettres de nos amis Antoine et Paul. Maia^ loin de paraître intimidés ou décpuragéSt ils avaient
(1) G*éuu ropioioD de c«t homme et de fuelqoes «ulres 4*0alre le peuple ; mais il y a tonte a'ppareoce. que nous en aurions été quittes pour recevoir l'ordre de partir, eb pé«rt-^tre teeleiiieiit dfe ne pMe' prêcliei; ni en poUie» mi en pariioviier.
I*air de sentir plus vivement la nécessité de marcher par eux-mêmes. Ils m'informaient que la petite assemblée ' d'Antoine filinc mna^ toujours Ueiif etc*. -
Otpaie eeitnHps , Je ^euoe xégent dûnt j'ai parl^ BmI, son cousin Français» Antoine Blanc et Jean RosUin, sont Tenus en France pour me voir^ moi et les frères des Hautes-Alpes. Ils ont tous fait des piogrèsr^ouissants, et m'ont appris que maintenant le reqisctable pasteur Meille tient des réunions (fans sa neaison.Dtt reste, les Vaqdois s<mt en gé*oénal fort* mai disposés ; on prêche publiquei^ent ooirtre mop; et si quelqu*un paraît «îm^ miew lire qae de jouer eu de danaer, on lui demander? aussitôt : JEsrtu aussi de M% Neff?
Un jeune' étudiant des vallées, qui est vequ de Lansdnne, en Suisse, a encore augmenté laurs pr4r ▼entions, et leur a enseigné le terme de momiQf*3> i de sorte qu'à présent nos frères sont esipoiés au^ mêmes opprobres dans leurs vallées, Prieiï le Sel^i* gneor pour eus, afin que ce peu de levain puisse un jour faire lever toute la pâte.
Les damée Blanc, femme d'Antoine, ^t VinsQ9« neor du pasteur Blanc, paraissent faire beauçoap du progrès ; je les entretiens les uns et le^ ai^tres par lettres ; mais pour le présent^ ne peMY pas #Qnger à y retourner.
Yoici une coarle lettre de cette date 3ur an tout autre ittjei. Nous la donoons coome upe preuve de plus du respect qae Neff éprouva toujours pour llostilutioa das Eglises nationales.
Gailletira, 13 oetobra ltt5.
Tout compté, je ne toîs pas le grand avantage qu'il y aurait à répandre parmi les chrétiens le système baptiate { c'est un obevi^^e firise àlahpbrte 'i^roite, une pierre d'achoppement qu'on va déterrer sous les ruines de dix-sept siècles, pour obstruer là.vpie du salut. •••.....•.,
Je crois toujours que si les Eglises nationales ne sont pas dans la règle apparente de l'Evangile, dks sont du moins une institution fort utile dans le plan de miséricorde du Seigneur, ne fût-ce que dam l'iatérét de la morale publique et du bien-être temporel des nations • • . , .
Qu'en conséquence, nous devons les regarder comme le filet de la parabole qui ramasse tcmtes sortes de choses; et qu'il vaudrait mieux se servir de ce filet et le raccommoder, que le déchirer et le détruire (')*
Ce que je croîs enfin , c'est que pour des questions qui ne sont point capitales et essentielles, qui ^'appartiennent qu'aux formes , on doit prendre gatde de distraire les âmes de la chose nécessaire, de les aigrir, de les diviser, d'entraver l'œuvre de l'Evangile, et de donner en pure perte un grand scandale au monde et à l'Eglise de Dieu.
(1) A l'appui de ICeff* noat diront qoe tf foi E|rHtef natfoMilM m tout pat diDt la régie apparente de rEvangile* leur eiitlenee parait cependant inditpentaUe pour la eonterTalion de la Traie £glite, da l*Ef liae étoe, oonme l'enTeioppè tolide pour prétenrer le firaiL {I9au lie* ouiÊurê de la jfremiïre Notice), D'allleart, coMttent démêler lee trait «hréllent d'afec let faux?!... Edit.
A a"* MTON ROBBQCIBII, A LA KUU.
(fîiite, p. 85.)
GaiUettra, la 18 oclotoe 18»^
Bien-ftiniée ftOenr ta Jésos-Ghrift t
Je profite de Toccasion de notre ami Jaques Phi» lippe pour tous envoyer mes salutations frater^ nelles en Jésus^Ghrist. Nous sommes encore dans le train de la foire, cjt je n'ai pas la tête assez reposée potier Tous^d^r^ beaucoup de choses sérieuses. Cependant,, au milieu de tout ce bruit, j'ai en une grande joie de vpir réunies, hier, quelques-unes de nos sœurs des.deqx vallées du Queyras et de Freyssinières qui ne s'étaient jamais vues , et dont plusieurs sont venues exprès à la foire pour se rencour trer et faire connaissance. Il est bien tonchant de voir combien s'aiment en Jésus-Christ des âmes, qui nVmt d'ailleurs aucun autre lien, et qui se rencontrent pour la première foisj surtout quané ce sont des âxnes bien vivantes comme celles-là. Je me plains souvent du peu de fruit de mes travaux ; et pourtant quan4je considère combien le Seigneur, sans égard à mon infidélité, a daigné les bénir, je recoanais mon ingratitude , et je rougis de honte en voyant des âmes, nouvellement nées ine devancer tellement dans la voie que je leur ai montrée. Ainsi Dieu sait tirer le pur de Fimpur, et avec rien faire de grandes choscs.Que cela vousdonne donccourage^ bien-aimée sœur, pour travailler sans relâche à cette grande œuvrç, quelque faibles que vouspa* missent les résiiltats. Pensons que le succès. /(|ae
Dieu nous accorde est toujours plus grand que nous ne méritons ; et quand nous serions sûrs (ce qui à Dieu ne plaise) d'avoir « travaillé en vain et sans fruk » (Esaïe), nous devons toujours dire : « mon œuvre est par-devers mon Dieu. » I^'oublioas pas que nous ne sommes faits ses enfants que pour le glditifier, et reluire ébinnie des flambfehux au toilieu dû monde pervers (KiîKp. it, i5). Ilbé, tti bâtissant Farche, ne put sauver *per90totie d'cMire le inonde ; mais fl le condamna, et accomplit ainsi les desseins deDieu (Hébi^. il, 7). Per^Cvérôfts^ donc dans cette bonne œuvrer, qui hesè^pas saMi récctepense auprès du Seigneur. Prenohé gardé die* Uoos laisser enlacer par lès £3els cachés de Satan et du monde t tenons là bridei Courte à nos désii^;*èt ïhûrtifions le vieil homme avec ses convoitises. IToublions pas un seul instant qu'aune seule chose est iiéces* saîre ; cherchons-la continuellement, et regardons tout le reste comme un néant auprès de cette perle inestimable. Du reste, ayons patience avec le monde, comme le Seîgneiàr a patience avec nous ; ijm le sentiment de notre propre misère ne nous faste pas taire ; mais qu'il nous fasse parler avec bnnrîlité et charité. Ayons pitié des pauvres aveugles, plutôt que de nous irriter contre eux. RappeloQs-nons la charité avec laquelle Jésus pleurait sur l'ingrate Jérusalem ; il priait pour ses propres bourreaux. Rappelons-nous que, si nous avons Tinestimable avantage de connaître les choses qui ajypartîemient à notre paix, c'est un don gratuit du Seignévir, qui nous a aimés le premier, et qui s>st fait trouver quand nous ne le cherchions point. Prions doncpour
ceax qui sont prës comme pour ceux qui sont loin, irfin que le Seigneur hâte le temps glorieux de son avènement dans les imes, et que le nombre de ses enfanta augmente chaque jour, autour de nous comme dans d'autres contrées.
Adiea, chère et bien-aimée soeur, que le Seigneur
TOUS fortifie et tous soutienne par sa grâce toutu
paissante { Saluez M. et M"* Robequien, etdonnez*
«Mi des nouTelies de M. Morel(27), ainsi que
àeW* Chagnard (I, 287).
JêfoiwÊê ici un tnllet pour Sophie, que je vous pm de lui remettre ; je lui ai beaucoup parlé la dernière fois que je Tai vue : elle ne me parait pas avoir jamais beaucoup fait de chemin; elle est donc digne de support. Votre dévoué en Jésus-Christ.
Félix Neff.
Voici une lettre écrite plus tard qae le moment où nou^ rintroduisoDs (le 5 janvier 1826), mais qal se rapporte aux travaux de Técole de Dourmillouse dans Tautomne de cette année. On a vu, an ch. 7 (I, 473), comment celte école avait eommeocé : voici ses développements.
A M. 1>EBR0T.
Ckilltoslre, (5 jmfler i0p6.)
Monsieur et bien-aimé frère an Jé^us-Chriit,
Je vous demanderai d'abord bien pardon de vous écrire sur un si petit morceau de papier ; mais nous ne sommes pas ici en ville pourvue, et je suis fort heureux de l'avoir et de le Joindre à mon paquet.
J'ai trouvé ici ce soir votre bonne lettre da ao dér i cembre dernier, qui me rend confus en me montrant i combien je suis peu digne de Tintérét que les frèrci| i daignent prendre à Tœuvre chétive à laquelle je travaille. Je ne m'étendrai pas en remercimentt pour vos bontés et celles de vos respectables aBÉis S je crois mieux répondre à vos désirs en vous rendant un compte exact, quoique abrégé pour le pré* sent, de Tinstitution à laquelle vous avez bien vmIo vous intéresser.
Mon intention était d'abord de ne prendre qu une douzaine d'élèves que j'aurais dirigés seul ; suais rae voyant forcé d'en recevoir davantage, et réfléchitsant sur l'inconvenance et même l'imprudence 4o négliger mes églises éloignées pour le soia de Vé* cole, je me suis déterminé à prendre un aide, qœ j*ai trouvé dans la personne de notre cher ami et frère Ferdinand Martin, du Champsaur, qm. est pourvu d'ailleurs du diplôme nécessaire que je n'ai pas, et qui nous met en règle légalement. Ce jeune homme remarquable s'est, par lui-même, et au milieu de ses travaux rustiques, poussé dans plusieurs branches de science au point de pouvoir s'acquitter très-bien des fonctions dont il est maintenant chargé* D'ailleurs je m'absente pourtant le moins possible; et quand nous y sommes tous les deux, la besogne n'en va que mieux.
Nos écoliers sont au nombre de vingt-cinq envi-* ron, dont cinq du Queyras, un de Vars, cinq du Champsaur (peut-être sept, car on en attendait encore deux à Noël), deux de Champcellas, quatre du bas de la vallée de Freyssinières, et sept ou huit de
Dourmillouse même. De ce nombre, sept ont déjà eiercë tant bien que mal les fonctions de régent, et continueront, 8*il plaît à Dieu; trois ou quatre uitres 8*y destinent, s'ils peuvent y parvenir; et les autres, ou moins avancés, ou plus riches, pourront se rendre utiles au règne de Dieu d'une autre manière. La plupart ignorent complètement les secours 8or lesquels nous comptons, et ne nous laisseront probablement que peu de frais à supporter.
Onles exerce : — i^àla lecture, chose essentielle iciffse de leur accent détestable et de leur mauvaise prononciation ; — 2^ à Técriture ; on écrit en géoéral fort mal dans ces contrées ; et les maîtres passoraient à peine, en Suisse, pour des écoliers de deux oa trois mois; — 3* à la grammaire, dont aucun d*eox Bravait la moindre idée. Ce n*est pas un petit travail que de la leur faire comprendre ; ils y ont ce-pendant déjà fait des progrès sensibles. Comme ils ne savent qu'un très-petit nombre de mots français, fai choisi dans le vocabulaire tous ceux qui sont usités et qui leur sont étrangers. Je les leur dicte ; ils les notent sur un cahier, et mettent en marge TexpKcation que je leur en fais en style familier ; puis ils les repassent. — 4^ La géographie. Je leur ai d'abord, à Taide de quelques boules et d'une chandelle, donné quelque3 idées de la forme et du mouvement de la terre, de la lune et des planètes, des saisons, etc. Q) ; puis, avec les cartes, je leur ai montré les pays , en joignant à la description topographique
(1) Une aatre lettre ijoute aox booles dont il s'agit ici « des pommes 9 de terfOi el qaelqMiéis les télet de tes écoliers. »
quelques détails intéressants sur les mttttrs, la couleur » la religion et l*histoire de chaque peuple. Ceci les intéresse béaucoil{^. J*ai Remarqué que les nouvelles des missions lei» touchaient peu; et que maintenant qu'ils ont qoeli^'eMie des pays el des peuples chez qui elles^ sont, ils^s'y intéressent beaucoup plus. Ceci tn*a expli(|oé en partie Tindifférence de nos ^llageois pdlir nos missions , qu'ils semblent ignorer presque et)tièrement, malgré tout ce que je lelir en ai dit mille fois. -—Enfin je leur enseigne encore la musique, doAt peu à la vérité sont capables; mais les cinq ou six qni ont tm pen'éKoireiHe solfient déjà passablemen t et savent plusietrrs «irs de cantique. La journée ckb termine toujours pat*' mie lectnre et des réflexiôiis édifiantes auxquelles' ttsis* tent nombre d'habitainfts du village. Nous passons ^en classe environ quatorze heures de la journée (^. Nous avons profité de cette année pour donner aossi un peu d'éducation aux jeunes fitles du village, qui, presque toutes, sont ou réveillées ou bien disposées. Pas une ne savait écrire, et peu liai^ent -couramment. Nous les faisons venir le soir dahs la «aile d'école que les enfants du village occûiMat le
(i) la lettre àùnX je vieiM d« patlar isdiqMi etci twts um psa piM de détail , en ces termes :
<f NoDS partageâmes la journée en trois classes : la première, 4ep9is reuffOM Jos^fv'à esie henres, la seconde depuis mfdi fuffqti^â la osK, M U Iroîsitee depujs sogper jasf a'i d4i on o»«0 hnigm ]d|i toirc se qui faisait enTiron qpatorze à qaîBze beares de legomi chaqa^ jour* 'la fectore, f écilfare et rarilbmétiqae prenaient niie grande partie do temps ; la géographie et le chant sacré servaient de récréation. La plupart des adultes do village astislaieiit à çu Je(}Oiif , Uii4ia que les enfants avaient leur iaititoteor parlicnlier, pajfé pfur Mx.^pwiP i Tordinaire. »
jour* Lé rég;eat des enfanta a la omnplaisance de les hire écrire ; et tour à totxr iduq on deux de nos écolien iront les faire Ute, Je aurydlie eenvent ces leçons, et )'ai ainsi Toccasion de fmrmer tout à la hm les maîtres et les éoeliers* Ceci a «xcité rëmnlation des jeunes filles des autres hameanx de la coni'mone et même des autres TaUées i-et dans plusieurs oidroits elles s efforcent d'apprendre k 4Scrire. J'ai èàlea mettre en train, leur donner partout les prenàeis principes et des modèles, quelquefois fabrifier leurs tables, leur ranger des lampes, etc., car ot pnovres gens sont , en plusieurs endroits » la maladresse et Tignorance mêmes.
J-espère une autre ibis voiis faire connaître en putictt lier chacun de nos élèves. Pour le présent, je Toua nommerai seulement les plus distingués tous le rapport spirituel , comme pour lé reste.— - Du Qoe3rras: Etienne Mattieu, Chafirey Mattieu, Joseph Jouve, tous trois entre vingtun et vingt-trois ans ; et Barthélémy. Albert, de dix-huit à dix-* neuf. •^Du Champsaur: Pierre Allard, de quinse ans, bien intéressant, plein de vie et de moyens ; Jean Andéoud, de vingt-trois ans; Alexandre Vallon, de trente-deux ans, tont nouvellement, mais très-vivement réveillé. *^ De Vars : Jean Rostan, de dixsept à dix-huit ans ; on le destine peut-être au minis^ tère : ce serait bien à désirer (p. 45).— OeFreyssimères : François Berthalon, trente ans, et François Besson, vingt-quatre ans; Jean Baridon, vingt ans; Pierre Baridon* Verdure, vingt-deux ans ; Antouart« vingt-sept à vingt-huit, et Daniel Pallon, de vingttrois ans. Ces deux derniers sont peu avancés pour le
spirituel , mais annoncent de la bonniç yplonté. Cein^ que je ne nomme pas sont dans un i^tàt encore douteux : aucun pourtant nest tout-à-fait froid. Peutêtre le Seigneur daignéra-t-il se servir de cette circonstance pour les déterminer tout-à-fait à prendre le chemin de la vie.
Tous ceux qui ne sont pais du village même, vivent ensemble d'un aiPdioaire que je «dirige et qui est fort économique. Nous avons acheté un bœuf et quelques brebis que liôus avons salles , ainsi qu un peu de*porc. Xes légumes sont sur les lieux, ainsi que les pommes de terre, qui^ont fort bonnes à Freyssinières. Les plus éloignés fournissent du gruau d'orge et d'avoine. Quant au pain, on Va fait cuire à la façon du pays, c'est-à-dire, une fois pour toutes* C'est une espiëce de biscuit de iseigle pur non tamisé, dont ils s'accommodent d'autant diieux qu'ils n'ont mangé que cela toute leur vie dans leur pays* Quand j'y suis, je mange à leur table et vis comme eux, au pain près. Ferdinand vit tout-à fait comme les autres. Pour le logement ils ne sont pas plus difficiles ; les habitants s'en sont chargés avec plaisir gratuitement, et nous ont de même fourni le bois de chauffage et de cuisine, quoiqu'il soit rare et de difficile transport, tout à dos de mulet, ou plutôt à dos d'âne (').
J'ai pensé que, puisque vous voulez bien vous intéresser à nous, ces petits détails ne vous déplairont pas.^ J'ajouterai que nous sommes dans la neigé et les glaces depuis le i^'^ novembre, et dans le site
(1) ^MiCf . p. 69.
k plus escarpé ^et du plas terrible et sévère aspect qu'il y ait peut-être en France/
Je SUIS au bout de mon papier et n*ai que la place de TOUS saluer a£fectiieusémènt eh Jésus-Christ. Votre dévoué serviteur, F. Neff.
H*'* aO«EQinBlV, A LA HOHB.
Arfieux, le. 3 ^ëeembre 1S85.
Mademoiselle et bien-aimée sœur en J.-C,
ITayant passé que quatre à cinq jours à Mens, et encore par un temps afireux, je n'ai pas pu faire de visite aux environs, encore moins passer à La Mure. J^aurais cependant eu bien du plaisir à vous voir, et je viens y suppléer de mon mieux par ces quelques lignes.
Je pense que Jaques Philippe, du Moulin, vous a remis les lettres et les livrés dont je Tavais chargé pour vous. Le livre de Bunian n'est pas tout-à-fait destiné pour La Mure ; et quand vous l'aurez assez lu et sondé, vous aurez la complaisance de le faire passer à M^ Sophie, en attendant que j'en aie davantage à ma disposition. — J'aimerais bien aussi recevoir quelques mots de réponse de vous et de Sophie Béranger, et savoir ce qu'elle fait et pense maintenant ; dites-iui de m'écrire, elle me fera bien plaisir. Je désirerais bien aussi avoir des nouvelles de vos petites catéchumènes, Gémima, ISisida et Emilie R. (I, 282) ; saluez-les cordialement de ma part et dites-leur que je pense toujours à elles, et que je me rappelle combien, dans un temps, elles pre-
n aient goût à s'entretenir de kur bon SanTeuh Je crains beaucoup qu'elles- niaient changé depuis lorsi Cependant ce bon «lésus est toujours le même, â ne change point. U nous aime too^ours, et ne se lasse point de frapper à la porte de notre coeur; ouvrons-lui donc ces cœurs ingrats et rebelles ; donnons-les-lui tels qu'ils sont ; il saura bien les purifier, les renouvelée pour en faire des temples de son Saint-Esprit. Oui, mes chers enfants, Jésus seail est aimable, Jésus seul est fidèle, toutes ka cfréa-* tures de ce itîônde sont incapables de nous fendre heureux ; et p^hii qui met en ^\i^ son ailectiMi a toujours des regrets , déjà dans cette vie. Et qwi sera-ce dans TSterjMté où tout ce que le monde aime sera anéantie Oh ! puisque le Seigneur voua« iaittant de gi^caque de toucher vos cœurs dès vos tendres années, ne vous éloigner pas de ce boa Berger qui voys aime tendrement; rappalez-vous qu'il porte les ^neawa dans son sein^ et qu*il dit : JjcUssez venir à moi içs petits enfants; et ail** l^urs : Tuastiri une parfaite louange de la bau-che des petits m/ants, Voyez; combien il y a de jeunes enfants parmi les nègres et les sauvages, qui allaient comme les singes dans les bois et les dé-» serts sans que personne leur enseignât rien« et qui, à présent, instruits par les missionnaires, opt ap^ pris à connaître leur Sauveur, Taiment et le hénis^ sent de tout leur co^ur, et lui rendent même té^ moignage devant les païens idolâtres ! Souvent pn n trouvé ces pauvres petits nègres assemblés dans 4<W buissons» à prier Dieu ou à lire sa Parole , tan^ qu'à Mens les enfants ne pbnsent qu'à jouer ou h (w^
quelque malice. Craignes qu'un jour ces enfantslà ne s'élèvept en jugement contre vous qui avea tant d'occasion de tous instruire. Profites^en donc, mes chers en£ants; croissez en grâce et en sagesse, conuEnc vous croisses en stature ; et pour cela dë« lirez avec ardeur le lait spirituel et pur. Lisez la Parole de Dieu, fréquentes^ ceux qui peuvent vous parler de votre salut^ écoutez ceux qui vous repren^» aentet vous corrigent; car un chrétien aime beaur coup ï êtce repris, parce, qu'il sait qu'il en a be« stHD, Obéi$sez à vos pères et à vos mères,' et soyez doux et boilnètes avec tout le monde ; mais sur* tout ne négligez gantais de prier IMeu^ Priez-le avec humilité et confiance comme votre meilleur ami, penses toujours à lui, et vous serez toujours contentes et fidèles dans votre voyage sur }a terre ; et quand il lui plaira de vous appeler à lui» comme cela pour-» rait vous arriver bientôt malgré votre jeune Age, vous serez prêtes comme les vierges sages pour aller au-4evant de l'Epoux. Adieu, mes chers, enfants, souvenez-vous de votre bon Sauveur. Souvenezvous aussi de moi dans vos prières, et priez pour les pauvres petits enfants des montagnes auxquels j'enseigne à présent la Parole de Dieu, afin qu'ils apprennent aussi à connaître et à aimer Jésus-Christ. Quant à vous, chère sœur, je n'ai pas besoin de vous recommander ces jeunes plantes : prenez pa^ tience avec elles comme le Seigneur prend patience avec nous. N'oubliez jamais le prix immense de 1^ grâce qu'il vous a faite. Voyez combien il vous a aimée, de vou9 choisir entre tantd'antres pour venir habiter chez vous! DonnezJui tout votre amour; et
gardcz-Tous de tout ce^ qui pourrait le détourner de Celui qui, seul, en est digne. Celui qui a trouvé cette perle de grand prix doit vendte tout pour Tacheter ; à plus forte raison doit-il éviter de s*attacher au monde par d autres liens. Celui qui a' Jésus a tout ; et tout ce qu*il peut avoir d'autre ne peut faire que partager et détourner son cœur. Bienheureux le chrétien qui, pour le tenlporel, n'a que sa persotine à soigner, et qui, dû reste, peut sans souds' et sans embarras^ vaqdef librement à la prière, à la lecture et à Toeuvre de Dieu autour de lui ! Celui qui consent à se charger d autres soucis eâit ennemi de sa propre âme; ff s'expose à de grandes chutes et à de grandes afflic* tions. Puisse le Seigneur graver lui-*méme ces vé« rites dans votre cœur, et vous remplir chaque joàt* de sa joie et de sa paix par son Esprit consolateur ! Amen.
Adieu, chère sœur, saluée M' votre frère et son épouse ; leurs parents d'ici les saluent ; saluez aussi M^ Astier et sa famille.
Votre dévoué frère en Jésus-Christ,
Félix Neft.
La pièce suivante est moios uoe lettre qu^un petit traité soas forme épistohire : mais nous n^avons pas voula priver le recueil actuel de ce morceau, en le renvoyant aux Pièces qui doivent suivre la présente biographie. L^occasion en fut une leure qu'un prêtre écrivait à M. Neff, en se cachant sous le nom d'un simple protestant sans instruction, qo^il appelle Laurent* Pierre. Il prrait M. NeETde remettre sa réponse entre les mains du maire (catholique) de Freyssiniè-
m; ei loat en cacbàol maladroilement ta qualité de préire, flprésealait à M. lîeff, avec le too d'uo prolesiaot alarmé de b force des raisons des caiholiqaes, les principales objections de ceux-ci contre les réformés. Nous ne donnons pas cette lettre da curé, parce qu'elle ne présente que les lieuxr conmons sans cesse allégués dans ces sujets par les disciples de Rome, lieux-communs qui reparaîtront, avec leur réfotâtioD, dans la réponse de notre missionnaire.
Du reste Je parle contre ma conviction en attribuant cette lente k Neff. On me la donne comme de lui; mais je me liens pour «ssuré qu'elle est de M. Bjanc>On y reconnatt fOQfe sa manière; et notre missionnaire, trop occupé aux boomies ponr avoir le temps de lire tant de livres, auradenandé k son ami Blanc un coup de main. La première phrase ■éifee de la letlre, si on né la prend pas pour une feinte, iadique positivemmit un fait de ce genre. Neff aura ajoulé <|Belqoes paragraplies.
M. BLANC A m CUR£, SOUS LE FAUX NOM i)B LAURENT.
Monsieur,
Un de mes amis Q) vient de me (*) communia (juer une lettre signée Laurent Pierre, à laquelle il n'a pas cru devoir répondre, parce que, comme dit le père Maimbourg, « un honnête homme ne se hasarde pas à se battre contre un masque ; car il se pourrait que ce ne fût qu'un faquin »; et qu'il n'a d ailleurs cru voir là qu'un piège tendu par un ennemi, et non. un homme qui cherche la vérité.
(1) M. Neff, d*aprés la suppoéilion admise dans cette leUre-ci.
(2) A moi, ami'de Neff (M. Blanc qui répond à LaorenI, c'est-à-dire ta coréj).
If. 5
Tout en respectant ses motifs, je ne partage pas sa défiance ; et supposant charitablement que "vous . êtes vraiment ce que vous prétendez être, je viens essayer de vofjs tirer de votre pénible situation ; seulement je suis fôché de ne Tavoir pas connue plus tôt, et je crains qu*elle ne soit devenue pins critique dopuis votre lettre. Puisse le Seigneur bénir la- lecture de celle-ci, et vous donner des yeux pour voir et des oreilles pour entendre !
D'abord, etavant d^entrer en matièrej je crois devoir calmer vos craintes , et vous assurer qu^il s'en faut beaucoup que vos dispositions sur la foi soient partagées par plusieurs de ceux de notre culte* Tranquillisez-vous làndessus : nos corélîgionaires ne êooX pas tous capables de la lâcheté dont vont toos ker cusez ; s*ils sont vraiment chrétiens, rien ne poorr» les séparer de F amour ^e Christ (Rom. Yiii, 35) ; et les portes de t enfer ne prévaudront point conn ire eux (Matth. xvi, i8). Ils ne craindront pas, comme vous, l'opprobre des hommes et le m^ris des catholiques romains. Us savent, comme leur divin Maître, mépriser la honte (Héb. xii, a ;xiii, i3), et, à Texemple des apôtres, se réjouir s*ils sont trouvés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus (Act. v, 40- l'ont homme qui est capable de redouter ces choses et qui nous abandonne par de semblables motifs, n'est point dis* ci pie de Celui qui nous a déclaré que, si quelqu'un veut venir après lui, il doit renoncer à soi-^mtou et charger sa cro/2? (Matth. xvi, 24) ; et, loin 4ç ^' gretter sa perte, nous nous en réjouissons conune de la chute d'un fruit pourri, plus digne de grossir k
(^pôt impur.de ce inonde^ que de surcharger Tar* bre de vie. J'en puis dire autant* des avares dont ^oos parlez et qui regretteraient les frais modiques de leur culte, en payant à la fois des ministres mdépendants et ceux que salarie FEtat. D'ailleurs, arec yotre permission , il me semble que vous croyez toute l'Eglise renfermée dans Tétroite vallée qui vous a tu naître, ou que vous jugez d'elle par cette chétive fraction. Pauvre M. Laurent Pierre ! voDS êtes bien peu au courant des choses ! Vous ne MTesdcnc pas qu'à Theure qu'il est« cette Eglise qoe vous croyez mourante se relève plus pleine de Tie que jamais, et qu'elle fait, ne vous déplaise, de nombreuses acquisirfons parmi les plus sensés des catholiques romains; tels qu'un curé Lindel, en Sooabe, et ses nombreux disciples ; Henhoefier, à Molhausen, grand-duché de Bade*; le seigneur de ce curé, M. le baron de Gemmingen, et la'moitié de sa paroisse, dans laquelle et autour de laquelle
la réforme fait des progrès journaliers. Tels sont encore une grande partie * des habitants de Gallnealdrchen, en Autriche, et plusieurs Eglises de France que je ne crois pas devoir vous nommer, où la Réformé s'opère malgré tous les empêchements. Vous ne savez donc pas que cette Eglise que vous croyez si ennuyée des frais de son culte, dépense, depuis quelque temps, chaque année lo à 12 millions de francs, uniquement pour propager sa croyance sur tous les points du globe ; que, uniquement soutenues par des souscriptions volontaires , ses Sociétés de Missions envoient et entretiennent un millier d'évangélistes chez les peuples idolâtres; et
que depuis les glaces du Groenland |U5qa*aa càp de Bonne^Espérance, et des rives du Gange auit îles de la mer du Sud, tous les peuples ont tn* tendu la voix des messagers de paix, et lisent dans leurs propres langues les Saintes Ecritures; cette clé du royaume de Dieu, le Testament du Pcre céleste, que le clergé voudrait celer aux hé-» ritiers. Vous ne savez pas que des milliers d'idolâ-* très, renonçant à leurs dieux sanguinairesy à lemr» vices, à leur barbarie, ont reçu le sceau du christia-^ nismCi élevé des cités nouvelles, défriché des dé*'. serfs ; et qu'aujourd'hui s'accomplit à la lettre cette belle promesse : Le lieu aride se réjouit;, et ledi-^ sert fleurit comme la rosé (Es.*xxx\). Déjà méme,i nombre de ces nouveaux disciples, pleins du Saint*» Esprit et de foi, vont à leur tour annoncer à d'aùtret'. nations cette bonne nouvelle qui les a remplie d^oné
sainte joie Calmez donc vos craintes, M. Lau--
rent; gardez-les pour un autre temps; et pour le* présent réjouissez-vous avec nous des grâces qoe le Seigneur répand sur son peuple.
Excusez cette digression ; j'ai cru que cet aper* çu rapide sur l'état du règne de Dieu parmi bous vous ferait plaisir. Voyons maintenant votre grande difficulté.
Le prêtre que vous dites avoir rencontré, vous a, dites-vous, jeté dans un grand embarras, en vous demandant de qui nos pasteurs tiennent leur mission, qui les a ordonnés, etc. Pauvre M. Laurent! Votre M. le curé faisait bien voir qu'il s'adressait à un novice. Eh ! vous n'avez donc pas pris garde qu'il vous faisait justement les mêmes questions
i^e les Juifs faisaient sans ce^sè à Jésyd-Christ et loK apôtres t « Pàrqùèllè autorité failes-Yàus ces, âvoses? Qui vous a donné celte autorité? » {Matth; m, 23^) Vous auriez trouvé la' réponse aux niéme# endroits de rEcfiture.^—- D'ailleurs, nous pouvons dire, cômnie Jésus- Christ, à ceux qui nous deman-» dent de qui nous tenons notre mission : « Nous ré-^ pondrons à votre question quand vous nous aurez xbns-'ihêmes répondu à celle-ci : De qui vient chez^ TOUS le culte xlés saints, des reliques et de^ inlages^ De JDiea ou des hommes? Si vous dites de Dieu, prodveï-^nous donc, si vous le pouvez, que ce cullé est élabli par TEcriture, et que TEg^lise ancienne la pratiqué. Si vous dites des hommes, nous vôûs^ dirons : Pourquoi donc l'ont-ils établi contre les commandements de Dieu les plus exprès,- et contre tnsage de toute TEglise ancienne, au moins depuis les apôtres jusqu*au quatrième siècle? » Et ainsi de^ beaucoup d autres nouveautés de votre Eglise soi^ disant apostolique. D'ailleurs, permettiez encore ; ib Die semble que vous ne connaissez guère cette sainte^ Parole, si ce n'est les quelques passages décoususet tronqués que M. le curé vous a cités, et qu'il iura sans doute tiré» lui-même de quelque répertoire de coi>trover$e ; autrement vous auriez su ce' ^ue lempindre enfant parmi nous doit savoir, que ce n'estpâsiiTécorce m^^au fruit qu on reconnaît lurbre^ et qu'on doit erf appeler d la loi et au ié^ moignage : s'ils ne parlent point selon cette parole^' U n'y auru point pour euop de lumière (Es. viil, 20). Si fuelqiiun vient ù vous, dit saint Jean , et quil n apporte pas cette doctrine y ne le receçezpàs dans'
— 70 ~ votre maison (a Jean, vers^ lo). EprouPêz les es^ prits^ (Voy* Act. XVII, etc.) Or, toutes ces épreuves ne seraient pas nécessaires, ni même possibles, s*il ^ffisait de s'assurer de la vocation extérieure d*uD docteur pour le suivre aveuglément. Que ne deman- * diez-vous à M. le curé s'il est bien sûr d'avoir reçu, lui, cette mission si nécessaire ! Car vous savez que rSglise romaine enseigne que Vinter}tion de Tecclésiastique officiant est nécessaire pour rendre efficace Tadmitiistration des sacrements. Or, diaprés ce principe, vous pourriez dire à M. le curé : Qai peut vous répondre que vous êtes prêtre? Etes* vous sûr de Tintcntion de celui qui vous a ordonné? sûr, d'ailleurs, que lui-même l'avait été?
Mais laissons cette objection, peu importante pour nous. Que m'importe qu'on me présente une longue liste de pontifes qu'on tâche de faire remonter jusqu'à saiiU Pierre? Les patriarches d'Alexandrie et surtout d' Antiochc ne se disent-ils pas, et à meilleur titre, successeurs de saint Pierre? Et cependant le pape les regarde comme hérétiques. Le patriarche de Constantinople, qui fut longtemps le rival de celui de Reme, n'est-il pas successeur de l'apôtre saint André (iV/ce)9/t.,Chron. vill, chap. 6)? Cependant on l'appelle schismatique ! — Qu'est donc cette succession qu'on peut trouver en plusieurs ; chaînes ? Laquelle est la véritable, si même il en est*. une? Et puis, quelle garantie peut nousofifrir . une succession d'hommes dont plusieurs, pour ne pas dire la plupart, ne sont parvenus au pontifi* cat que par Tintrigue et la fourbe, et uq s'y sont distingués que par l'ambition, l'injustice et le
crime? Les papes Libërius et Félix étaient ariens; Bbnorius était monothélite ; Jean XXIII niait Timmortalilé de l'âme •••• Il y a eu jusqu'à deux ou
trois papes à la fois, qui s'excommuniaient charitablement tous les matins.. •• Et jusqu'à ces derniers tumps, où on lui a rogné les ongles, qu'a fait la cour de Rome, si ce n'est d'étendre et soutenir sa puissance mondaine aux dépens des nations, en armant les rois contre les peuples et les peuples coBtreiles rois, en faisant assassiner, empoisonner, mjdsaorer, parjurer, trahir!...... £n vérité, Mon-
fiîeur, vous êles bien facile si vous croyez que le Saint-Ss^rit, qui secontriste aisément, a consenti à couler si longtemps dans des canaux si impurs, et si, à de tels fruits, vous reconnaissez Tarbre de vie, et à de tels actes, le Berger des brebis? '
£t qu^on ne vienne pas vous dire que tout cela est calomnie ; toutes les pages de l'histoire en rendent témoignage ; et il n'est permis qu'à de vrais ignares de douter de ces faits que tous les écoliers savent comme leur pater.
Mais quand cette affreuse immoralité ne nous dispenserait pas de tout autre examen ( v. Matth* vn, i5-23); quand ces fruits empoisonnés ne suffiraient pas pour démontrer la vanité des prétentions de Rome , croyez-vous qu'on dût les admettre implicitement, et que la doctrine elle-même ne soit pas sujette à l'examen? S'il n'en était ainsi,que signifieraient les passages que j'ai cités et cent autres semblabes, qui donnent au chrétien un point de»comparaison, une njesure fixe de la doctrine apostolique, et lui imposent l'obligation d'y
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tout rapporter, et de rejeter ce qui s'en ëcarte? Qu'importe la succession où la doctrine manque, et qu'importe le manque de succession où est la doctrine? Tertullien dit en parlant des hérétiques (*) î « Leur doctrine, comparée avec la doctrine apostolique, fera connaître, par la diversité et la contrariété, qu*ellen'a point pour auteur aucun apôta*e, ni aucun hojmme apostolique. » Or, où trouvons-nous ' cette vraie doctrine apostolique, si ce n*est aux écrits* des apôtres? — Le même dit encore, en parlant des Eglises qui« faute d'histoire ou de titres, seraient' dans l'impossibilité de prouver leur succession : « Si elles retiennent la même doctrine, elles 'doivent être réputées apostoliques, à cause de la consangui- ' nité de doctrine. » — Saint Ambroise dit (*) : « Ceiui-là n*a point la succession de Pierre, qui n'a point ■ la foi de Pierre.» — Saint Grégoire de Naziance dit encore (*) : « L'Eglise qui a la succession a le nom, et celle qui a la doctrine a la vérité. » — Enfin, saint Bernard déclare (♦) que « tous veulent être
successeurs, mais non pas imitateurs »
Nous ne sommes pas sauvés par chaires, par titres, par succession, mais par la prédication de la croix, qui est la puissance de Dieu pour sauver les croyants. Si donc un prédicateur prêche Jésus crucifié, s'il montre T Agneau de Dieu, s'il parle suivant cette parole (la loi et le témoignage), s'il annonce le même Evangile que saint Paul , la
(1) Prescrgp,^ ch. 32^
(2) Liv. 1" de la Pénitence, cb. 6.
(3) En son oraison touchant Atbanase» *
(4) Dans son 7Z* sermon.
même doctrine que saint Jean» 9aint Pierre et le» antres apôtrqs ; en un mot, quand un messager ap-/ porte là paix et publié- le salut, ses pi^ds sont- beaux sur les montagnes. Il,a celte mission que vous ré^damez; et nous avons d*autant ipoin^ besoin de nous en enquérir, qu*il n*avance rien de lui-même, et qu*il vient l'Evangile à la main, invitant chacun à y comparer sa doctrine et à sonder les Ecritures pour voir si elles y sont conformes.
Mais r£glise romaine, qui interdit ou élude celte comparaison, fait soupçonner qu'elle lui serait peu- CiYorable, et par cela seul devient suspecte. D'ailleurs, loin d'attirer les hommes après- luf, comme s'il était le Christ, le véritable évangéliste les adresse, çoaime Jean-Baptiste, à l'Agneau de Dieu, au T^table Epoux. Il refuse tout hommage, et ne prend rien sur lui; tandis que le prêtre romain, se .. plaçant témérairement entre Dieu et Je pécheur, demandant pour lui-même les honneurs, la con« fiance» la soumission, et surtout les offrandes, pa- caît fort sujet à caution. « Car, dit le Sauveur, si quelqu*un rend témoignage de lui-même et cher- . che sa propre g}oire, son témoignage n'est pa^ digne de foi » (Jean v, 3i . 40«
Nous voyons d'ailleurs que souvent, en cas de nécessité, l'Evangile a été prêché sans mission expresse. Il nous est dit (Act. Vïii, 4) q"^ ceux qui. étaient dispersés par la persécution allaient ça et là annonçant la Parole de Dieu ; et qu' Apollos en- > seignait , quoiqu'il ne connût encore que le baptême de Jean. Saint Paul dit (i Cor. xiv, 26) : « Toutes les fois que vous vous assemblez, selon que
chacun a une exhorta tion, un cantique, etc., édifiezvous Tun Tautre, etc. » Or ils n'étaient pas tous coa^ sacrés. — Saint Ambroisé dit (') « qu'afin que le peu* pie s'accrut et fût multiplié, il était permis, au commencement^ à tous d'évangéliser, baptiser, et exposer les Ecritures dans TEglise.» Il est vrai qu'il ajoute que Tordre fut établi dans la suite ; mais, la même nécessité se présentant, la même liberté a pu être, à certaines époques, rétablie de droit. — Origène dit (*) : « Si , en quelque ville où il n'est point encore né de chrétien, quelqu'un vient, commence à enseigner, travaille, instruit et amène à la foi, qu'il devienne évêquede ceux qu'il aura ensei** gnés. »
Et, pour vous faire mieux comprendre tout ceci, permettez -moi une supposition. Un habitaet du centre de l'Asie trouve, par une direction de la Providence , un exemplaire de la Sainte Ecriture en sa propre langue ; il la lit, s'y attache, en reconnaît la vérité, invoque le nom de Jésui, et trouve en lui cette paix que, n'en déplaise aux revendeurs de la grâce « le seul Médiateur donne à qui il lui plaît. Converti par cette lecture , notre néophyte renonce à ses idoles, annonce à ses frèi es cette Bonne Nouvelle, et rassemble une Eglise organisée d'après l'Evangile. Sera-t-ellc hérétique , parce qu'elle est née de Dieu seul? Je dirai plus; si le nouvel apôtre, désirant trouver d'anciennes Eglises , tourne ses pas vers l'occident et y voit les jchréliens divisés
(4) Sur le 4* cbap. aui Epliésiens.
<â) Eo rHomélie 11", sur le XYiu'.des Nomlirefl.
en cent difiérentes sectes, à laquelle s'attachera-t-il?
D*après quels principes les jugera-t-il? Ne serace
pas d aj^rès TËvangile qu'il connaît déjà , et qu'il
Toit d'ailleurs admis également par toutes ? £t re-
connaîtra-t-il pour la vraie Eglise celle où tout est
traresti et méconnaissable, parce qu'elle prétend
à une succession plus directe? Jugez-en vous^
même. — * £h bien! Monsieur, chacun de nous
doit être ce chrétien éclairé et guidé par le seul
Eiangile, qui juge de tout, et ne peut être jugé par
ijbcMnme inconverti (iCorinth. ii, i5). Ce croyant
tknt pour anathëme quiconque lui annonce un
autre Evangile , fût-ce un apôtre ou même un
ange.
Voilà , Monsieur, qui me parait bien suffisant, et qui Test effectivement pour ma conscience ; mais comme monsieur votre prêtre ne juge probablement qoe selon la chair, et ne comprend point les choses de Dieu , je veux bien encore^a jouter quelques arguments à sa portée, que vous pourrez lui présenter en toute confiance» Et d'abord, s*il tient tant à la succession, nous Tavons aussi bien, cette succession , que FEglise romaine ; car, malgré les abus dont elle était remplie , elle avait au seizième siècle, comme à présent encore , les principaux fonde*' ments du christianisme, .tels que le péché originel et le salut par le sang de Christ, Dieu manifesté en chair; elle pouvait avoir conservé un levain de vérité, un lumignon fumant, comme nous le prouve la piété véritable de quelques-uns de ses membres ct-de ses auteurs en divers siècles. Et les charges d'évêque et de prêlre, qui en elles-mêmes sont légi-
limes, avaient encore cela de bon; qu*en leiferece-» van t on jurait de prêcher la vérité de la Parblçikr Pieu^ conteniie dans ks Ecritures auxquelles on atoujours fait profession dé croire. Or, il est arrivé à différentes époques, depuis les siècles apostoliques,^ et notamment au seizième, que des docteurs et pas*' t^urs, éclairés par cette sainte Parole et par la grâces de TEsp rit-Saint, ont voulu remplir leurs en gage-^ liients envers Dieu, et ramener leur charge et leurenseignetnent à la première institution ; en quoi ib ne peuvent être accusés de s'être ingérés sans voca-^
^lîon. Lorsqu'un pasteur dès Eglises ariennes oùnestoriennes venait à se convertir à la foi apostoli*»' que, on ne lui donnait pas une nouvelle ordination.* Les sacrificateurs et les lévites, qui, sousJes rois Josaphat, Ezéchias, Josias, etc., rétablirent le vrài> culte de Dieu , que leurs prédécesseurs idolâtres^ avaient aboli ou falsifié, n'eurent pas besoin d'une nouvelle consécration, ni d'une mission particulier» rc. Us retiraient de la poussière le livre de la loi, le lisaient au peuple, et s'y conformaient. Qu'ont fait de plus nos réformateurs? S'ils avaient apporté quelque nouvelle doctrine , ils auraient eu besoin V' comme vous le dites, d'une mission particulière^^
^ comme Moïse et Jésus-Christ. Mais qu'ont-ils en-^ seigné de nouveau? Us ont enlevé le boisseau qui couvrait la lumière ; ils ont chassé du temple leis^ vendeurs et les acheteurs ; ils ont ôté les idoles du^ sanctuaire et l'abomination du lieu saint. Usontr remis entre les mains du peuple ce livre de vie,l écrit pour tous, et n'ont, encore une fois, rien enseigné qui n'y fût exactement conforme. Qu'avaientr.
3s besoin pour cela d'une mission extraordinaire? Et s*il fallait une telle mission toutes les fois qu'il s'agit de purger TEglise d'un nouvel abus, à quoi serviraient les Saintes Ecritures? ^
*. Mais nous sommes bien bons de perdre notre temps à nous justifier sur de pareilles choses auprès des catholiques romains ! N'est-ce pas nous, au con«* traire, je vous Tai déjà dit et je vous le répète, qui devrions exiger d'eux les preuves d'une mission ex^ traordinaire , pour autoriser les mille et une hou^ veaut^ qu'ils' ont introduites et (yi'ils introduisent chaque jour? que dis-je ? pour autoriser l'abolition î l'anéantissement des vérités divines sur lesquelles ils bâtissent leurs vaines traditions? Qui leur à donné l'autorité de remplir les temples d'idoles, con« tre tous les commandements de Dieu ? — ^ de mettre entre l'homme et son Dieu tant de média-| teurs et de médiatrices qu'iMeur plaît d'en imagi*» ncr, tandis qu'il ne peut y en avoir d'autre que Jé-4 sus-Christ (i Timoth. n« 5; £ph. ii, 18 ; i Jeanïi,^ i)? -^ d'enseigner un purgatoire dont il n'est pa» dit un seul mot dans la Bible, et qui anéantit le prix du sang du Sauveur? — - de faire des prières et. des sacrifices pour les morts ? —-ainsi que d'établii^ des fêtes, des abstinences , des vœux -monastiques et autres inventions humaines? — d'interdire le ma-: riage?— et surtout de renouveler mille fois un prétendu sacrifice de Jésus-Christ, qui n'a dû çt pu être offert qu une seule fois (Hébr. ix, 25-28 ; x, 1-18)? — de changer l'institution, le but et la forme de la Cène ; de retrancher la coupe^ etc. etc.?. Qu'est-ce que tout cela» sinon un autre Evarigile?
Quelle autorité, quelle mission pourrait le iaire re« ceToir? Quand ce serait un ange du Ciel« ou saint Paul lui-même qui Tannoncerait maintenant; quand il ferait de grands signes et de grands mi* racles , jusqu'à faire descendre du feu du ciel en présence des hommes, — - les élus ponrraicnt-ils se laisser séduire? Et ne faudrait-il pas avoir reçu nne effi|race d'erreur pour croire à ses mensonges (Matth* xxiY, 24 ; 2 ThessaL h • 9 ; ApocaLr xm; i3)?
Et enfin, quand il serait possible qu'une telle doctrine fût légitimée par les caractères d*une mission divine, où sont ces caractères? à quelles marques Rome fera-t-^elle reconnaître sa mission? Sera-ce parce qo*elle est assise sur sept collines, et qu^elIe règne, ou a régné, sur les rois de la terre? Sera-ce parce qu*elle est vêtue de pourpre et d'écariate, parée d'or et de pierres précieuses, et qu'elle vit dans les délices, au milieu des richesses, du fin lin, de la soie, de l'or, de l'argent, des parfums, des meubles d'iToire et de bois odoriférants ; qu'elle est assise comme une reine, et dit dans son ivresse : « Je ne suis point veuve , et je ne verrai point le deuil (Apoc. xvm, 7)? » Sera-ce parce que son chef est assis comme Dieu dans le temple de Dieu, et se fait honorer comme un Dieu? Sera-ce parce que, maîtresse du monde , dominant sur les tribus de la terre, ellç a fait prendre pendant quelque temps sa marque à tous les hommes, grands et petits?^ tellement , que nul ne pouvait vendre ni acheter s'il n'avait sa marque et le nombre de son nom? Serace enfin parce que, en contradiction de Tesprit de
TAgneau débonnaire dont elle veut conserver le oom, elle s'est enivrée du sang des martyrs (Apoc. xvn, 6),— elle a poursuivi par Tépée ceux qui n'ont pas voulu fléchir le genou devant ses images, — die a inventé des supplices et des tortures, inondé la terre de sang innocent, et consumé avec infamie
des milliers de volumes du livre de vie? Oh!
M. Laurent, ne m'en demandez pas davantage ! Et avant d'entrer dans sa communion , pensez ans: malédictions qui pèsent sur Babylone i