‹ Lettres, avec quelques additionsChapitre 5 sur 50 · H. ANTOINE BLANC, A SON FRÈRE · texte numérisé non relu

H. ANTOINE BLANC, A SON FRÈRE

selon la chair et en Jésus-Christ , ANDRÉ BLANC, PASTEUR A MENS.

24 janvier 1826.

• ••••• Dites à tous les frères et sœurs de vos églises, nos

compagnons de voyage en ce monde, qu*ils prient pour leurs frères, les Yaudois des Vallées, dans les fâcheuses circonstances oh ils se trouvent maintenant. Le Seigneur nous visite et veut nous éprouver, pour voir si nous avons reçu la semence en « bonne terre ou dans des lieux pierreux. » — Je vais vous raconter sommairement ce qui se passe ici, et vous verrez si nous n'avons pas besoin des prières des enfants de Dieu.

Les réunions chez M. Meille avaient lieu presque tous les soirs; mais celles du dimanche après midi grossissaient tou*

— sites les fois, ce qui a foil trembler rEanemi. DeiMiis quelque temps Forage grondait, et je coenaîssais que nous ne tarderions pas à avoir des épreaves. Notre sœur Marie Vinson, mariée à SaîDl-GermaiA, vim nous TeAr an nouvel an ; elle nous dit que dans une compagnie nombreuse où se trouvait son mari, M. X (^), que vous connaissez, avoit dit : v Prenez garde de faire comme au Val de Luzerne, où il s^est introduit ne secte inconnue, à la tête de laquelle se trouvent Antoine Ibnc et les deux Gay; autrement, comme membre de la Talbte vaadoise, j^y pourvoirais. »

Cependant les réunions de M. Meille grossissaient toos ks jours. Plusieurs, à la vérité, n'y venaient que par curioiiié; mais d'autres s'en absentaient à cause des railleries et des sarcasmes des mondains. On commençait à clabaudef décent façons; on disait que nos livres avaient des croix; que nous voulions changer de religion; mais surtout que BOQs introduisions des doctrines nouvelles, en n^adorant que le Fils , et que nous finirions par oublier le Père, etc.

Les catéchismes scripiuraires , ou listes de passages di| Nouveau Testament, que M. Neff nous avait baissées, nous sont fort utiles ; nous en avons fait plusieurs copies, et plusieurs s'en servent.

M. Meille, dans ses réunions, nous rappelait les leçons de TEvangile, nous exhortant à supporter les affronts et les iojures avec patience et douceur, et de fermer ainsi la bouche i nos ennemis.

Vers ce temps-là, notre ami P. Gay s'est marié. Il n'invita aux noces que ses sœurs, leurs amis, et M. M., le pasteur de Saint-Jean (p. 45), et il ne voulut point de musique.

(i) M. X., le plas riche et le plus considéré des habitants vaodois 4o fal Saint-Marlin. Il est employé à Tintendance de Pignerol , secrë* taire, etc., et membre de la Table, espèce de Directoire ou Consistoire tapréme des Yaudois. Il nous avait vas et entendus cet été à Saint- Gonuin, et nous avait fait beaucoup d*accneil.

Le soir eependant son père envoya chercher, à son insw, un violon; et malgré lui on commença le bal. M. M. voalat * danser avec Tëpouse : ce pasteur est âgé de 75 ans (*); mais, * à l^exemple de son mari, elle refusa net. Mon frère Jaques 4 eut le courage de soutenir, et de prouver en pleine compagnie -^ au pasteur, qu^un chrétien sérieux et réellement converti le ^^ peut trouver du plaisir à la danse; et en efifet le bal n^eut pat ^'^ grande suite. < ^1"^

Soit cela, soit ce qu'avait dit M. X., l'erage éclata. M» M., *^i le pasteur, défendit, de la part de M. le syndic, à M. Meille F de tenir aucune assemblée chez lui; puis il fit savoir quIl^V prêcherait le dimanche suivant u contre les momiers ! m Je ^> m^y rendis cependant avec ma femme, et pris dans moi lia chapeau l'analyse de son sermon. i»

Il prit son texte au Psaume L, 15 : a Invoque-moi au jour ii ^ ta détresse^ etc. » Il nous dit que nous vouh'ons abandonner iï la foi de nos pères, et que nous avions violé nos promesses; M que nous manquions à Tobéissancc et au respect envers nos ii| parents. Il nous compara aux moines, et surtout aux jésui- Il tes, qui, par de beaux dehors, avaient renversé TEvangile et ii anéanti la morale, etc., etc. En sortant on nous cria : à bas i les momiers I m

Quand le pasteur M. fut descendu de chaire, M. Meille le \ remercia ironiquement de ses comparaisons, et se mit k .ii

pleurer devant tout le Consistoire M. Tembrassa en i

lui disant qu'il avait prêché ainsi par ordre de M. le syndic, qui i était présent. Ce dernier prit la parole et dit qu'il défendait i expressément, sous peine de châtiment , qu'on chantât des cantiques' qui n'étaient pas en usage. Il ajouta que jamais nos ancêtres n'avaient fait de semblables réunions. M. Meille voulut répondre; mais M. M. lui dit qu'on ne voulait pas discuter sur la doctrine, et ils sortirent. M. Meille nous fit

(1} Ce sont de tristes choses à publier ; mais elles sont utiles pour décider entre la doctrine de Neff et celle de ses adversaires»

dire Je ne plas aller chez lui et que chacun poorrait $^édiierchez soi. Voilà où nous en sommes réduits.

Le dimanche suivant, nous nous réunîmes dans Fétabie de lotre frère Jaques. Le syndic Payant appris, prit une note lominative des assistants ; nous ne savons encore à quoi cela aboutira. Un beau-frère de Paul Gay ayant appris qu^il élait lm«>inénie sur la liste des momiers, alla trouver le syn- Ce, pour le prier dWacer son nom, en lui disant : a Je ne siis pas de ces gens-là; et si vous ne voulez pas me croire, je^oos le prouverai ; venez avec moi, nous ferons dimande à Fauberge une bonne riboie ('), et nous ferons danser cbiis b soirée. — Le pauvre homme croyait déjà voir les carabiniers à sa porte pour le conduire en prison !

Nous ne savions où nous réunir, quand M. Gaffarel fils, ■altre chantre de Saint-Jean, nous offrit sa maison. Nous y «foos déjà été plusieurs fois, et nous sommes très-contents des sentiments qu^il manifeste. Puisse le Seigneur le fortiier dans sa grâce et dans son amour ! Nous avions le jeune D. Meille, fils du maître d'école et fameux chantre, pour apprendre nos cantiques. -^ Appelé par sa charge à faire le service des funérailles, il récita un jour sur le cimetière, avec beaucoup de force, une oraison funèbre que M. Netf lui avait faite, une autre que je lui avais composée, et quelques sermons très-évangéliques qull avait appris. On lui interdit toot cela, et même on le menaça d^étre chassé de Saint-Jean t*U nous fréquente encore; on lui a positivement intimé Tordre a de fréquenter les divertissements honnêtes des jeunes gens de son âge », s^il voulait conserver Técole

Comme il n'y a qu^un service au temple, les habitants de chaque quartier font, le dimanche après-midi, la prière dans b salle d'école de leur quartier. Les voisins des Gay les priè-

(i) Terme populaire pour indiquer un repas immodéré. On voit ici, daof toote la candeur de la chose, comment on prouve qu*on n*est pas chrétien.

rent de se rendre à ce service dans leur école, désirant en- i

lendre a ces nouveaux cantiques oii il y a tant de croix » (')• il

Dimanche dernier je les y accompagnai ; il y avait beaucoup ^ de monde. Après le service ordinaire, nous restâmes pour chanter ; tout le monde rentra ; on trouva nos cantiques

irèsrbeaux ; cependant on nous attaqua sur la doctrme. „

Nous n'étions que nous trois ; mais si nous nous fussions y

préparés, nous n'eussions pas si bien répandu ; vous auriez j^

été réjoui si vous aviez entendu les deux Gay ! Leur deux |,

pères, qui étaient venus exprès, rayonnaient de joie, en en- ,j

tendant leurs fils rendre si bien raison de leur foi. On ser ^ sépara, content de nous avoir entendus ; et celui qui avait le

plus parlé contre nous, nous invita à souper chez lui. Il était | tard, nous le remerciâmes.

Mais nos ennemis nous laisseront>ils cette école? Oh noor

Peut-être avant dimanche nous sera-t«il défendu d'y aller.

Que la volonté du Seigneur soit faite ! Qu'il daigne envoyer des ouvriers dans sa moisson, car elle est grande.

J'ai Composé une apologie dont nous avons lait quelques . copies pour les distribuer. Quand nous en connaîtrons le ré^ sultat, je vous en parlerai.

Faites parvenir ces nouvelles à M. Neff. Les passages des Alpes sont fermés par les neiges, et nous n'avons rien ou! de lui depuis quelque temps. Jamais on n'a tant parlé de lut el de vous dans nos vallées qu'à présent. Il semble, au dira des gens, que nous voulons tout bouleverser; et on prend des mesures comme si nous étions une armée ! i

M. M. a souvent bal chez lui. Notre cousin G. y alla pour d danser; mais on se moqua de lui comme d'un momier; sur . quoi François Gay dit : a Bien t quand nous voudrions ren* trer dans le monde, on nous en empêcherait : Dieu en soH loué! o .•»•»...*

^} Sans doute parce qu'on y parle beaucoup de la cpoii de CbFiHl

Je ne puis, ajoute M. Neff, mieux terminer cette copie, qu'en y joignant Jes réflexions qu'y a jointes ie frère André Blanc qui me Ta communiquée.

Meos, le 4 féTrier 1826.

Je VOUS envoie ci-joiot copie d'ane lellre que j*ai reçoe bier des Vallées. Je n'ai pu la lire sans verser des larmes, en voyanl les grâces que le Seigneur répand sur ces pauvres Yandois, et surtout sur ma famille (')• Que Jésus soit avec eux, et les fasse triompher de la rage de leurs ennemis ! Si Cbrist est vraiment avec eux, ils seront victorieux.

Les mêmes causes produisent partout les mêmes effets. Partout, dit Luther, oii II y a un Christ (un chrétien), vous y trouverez aussi des pharisiens, des grands -prêtres, on Pilate, un Hérode, et une populace pour crier : a CruciBez ! v>

L'aventure de mon cousin G., qui allait danser chez M. M., m'a fait souvenir de vos frères de Genève, qui furent chassés de la comédie par des huées. Et comment trouvez-vous cet autre qui veut prouver au syndic quil n'est pas momier, en faisant une bonne riboiâ le dimanche? Cest ainsi que, dans les rues de Mens , nous entendons des ivrognes, se livrant k lOQies sortes d'excès, s'écrier d'un air de triomphe : Nous 06 sommes pas momiers !

Je vous prie d'envoyer celle lellre à nos amis de Genève ; ils en'* seront réjouis.

£t moi, NeS, en répondant à ce désir, je tous invite à bénir avec moi le Seigneur de ce qu'enfin il a daigné faire brèche à cette forteresse de Satan » qui avait résisté à plusieurs assauts précédents. Elle est, comme vous le voyez, encore bien fidèlement défendue. Voilà ce que sont aujourd'hui les enfants

(1) M°>« Yinson était une Marie Blanc (p. 39 et 46]t.

de ces Vaudois de sainte mémoire ! Voilà les dignes . objets de la charité des protestants du Nord! Voilà les ministres que la Hollande entretient, et les écoles qu'elle paie (').

Daigne le Seigneur leur pardonner, ou du moins préserver le pauvre peuple de leurs dangereuses influences, et donner la force à ses serviteurs ! Priez pour eux et recommandez-les aussi à tous nos frères, ®

Je n'ai pas besoin d'observer que je ne songe ■ plus à retourner en Piémont jusqu'à nouvel ordre ; ^ ce serait se faire coffrer avant d'avoir parlé à quatre * personnes; ce pays est gouverné d'une manière ' trop arbitraire et trop exclusive par les prétendus I ennemis de l'exclusisme, pour qu'on y puisse espé- ' rer la moindre justice ; et nos amis ont grand be- ' soin de ne point aimer leur propre vie. Il sera ' peut-être même très-difficile de correspondre avec -i eux, et surtout de leur envoyer dès livres. >

Des nouvelles plus récentes du frère Ant. Blanc, ^ nous annoncent que la persécution prend chaque i jour un caractère plus grave. Il paraît que l'auto^ i rite catholique romaine s'en mêle, — M, M. conti^ ]i nue ses sermons calomnieux; il a, en chaire, donné I des éloges à ceux qui étaient venus danser chez lui n en carnaçali^), et traité à' ours ceux qui, pendant n ce temps de dissolution, sont restés chez eux. il

(1) Hélas I il y a bien d^aulres Eglises déchues qui ne yîTent que . sor des fonds formés autrefois par des fidèles! — Du reste, nooi ' avons déjà dit quelquefois que Tétat des choses s'était beaucoup amé« lioré depuis plusieurs années. C*est quand les bons mômes s'eodori ment que TEnnomi a des succès si généraux.

(2) Toilà les bons prolestants que forment les sociniens \

Nous rentrons maintenant dans Tœuvre plus paisible d# Neff dans le Dauphiné*

A fJNB SOBUR DB MENS y

au fiqel de ta récente conrenioD.

I>oiirmiUoase, le 27 Jantier IttO.

J*aî trop de lettres à faire aujourd'hui, ma chère Sophie Maillet, pour pouvoir vous répondre long^uement. Je ne veux cependant pas écrire en Triève sans vous témoigner la joie que m*a causé votre dernière, et sans vous féliciter de Tissue heureuse que le Seigneur a bien voulu vous donner. Célébrez maintenant la richesse de sa gloire et psalmodiez à son nom ! Le Tout-Puissant vous a fait de grandes choses, son nom est saint. Il a regardé à la bassesse de sa servante, et maintenant tous ceux qui connaissent le prix de sa grâce, vous appellent bienheureuse!

Mais, chère sœur, ne croyez pas que cette paix soit inaltérable, et que votre cœur puisse conserver longtemps cette sainte joie que nous cause le doux regard de notre divin Epoux. Non , les nuages de Fennui et du doute , la langueur et la sécheresse, reviendront encore ; et Satan ne soufiErira pas que vous lui échappiez sans faire de nouveaux efforts. Peut-être même,àrheure qu'il est, en faîtes-vousdéjà l'expérience. Mais, quoi qu'il arrive, rappelez-vous, constamment le jour de grâce et de paix : ditesvous bien que votre paix est faite une fois pour toutes ; et quoiqu'il puisse arriver, retenez la pro-

fession de votre espérance sans varier; car Celui qui a fait les promesses est fidèle. Que cette espérance soit comme une ancre ferme qui pénètre jusqu'audelà du voile, et qui vous retienne dans le port du salut, quelque tempête qu'il puisse faire. Rappelezvous ces paroles : k.SÎj, quand nems étions, ses ennemis, il nous a réconciliés par le sang de son Fils, combien plus, étant déjà réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie ! Prenez ainsi le bouclier de la foi pour repousser les dards enflammés du malin. Que votre confiance soit inébranlable, car ks dons et la vocation de Dieu sont sans repentance. » Assurezvous sur ses promesses et sur le témoignage qu'il vous a donné, et non sur le sentiment, qui peut varier d'un jour à l'autre. Rappelez-vous aussi le cantique : « Souvent Dieu cache sa face, etc. »

J'ignore si vous avez besoin actuellement de ces choses ; mais je sais que si ce n'est pas encore* ce sera bientôt; car il entre dans les plans de la Providence de nous éprouver en diverses manières, et de nous faire traverser un désert grand et aride avec bien des tribulations et des angoisses, tant àudedans qu'au dehors, pour notre purification , pour détruire tous nos faux appuis, pour éprouver notre foi, pour nous apprendre à marcher par elle seule et non pas toujours par la vue, et enfin pour abaisser notre orgueil et mater le vieil homme et ses convoitises.

Au restej je vous le répète, je suis vivement réjoui de ce qui vous est arrivé ; prenez garde à vous en souvenir tous les jours de votre vie. Veillez plus que jamais ; tenez-vous près du Seigneur ; car il

n'a point mis la source de la vie en vous : elle est ^ lui ; et c'est là qu'il faut la puiser continuelle* ment. Rendez-lui maintenant témoignage par ▼os œuvres et vos paroles ; soyez pleine de modestie, de franchise et de douceur, afin, s'il est possible, d'en amener quelques-uns à Celui qui vous a aimée et sauvée.

Adieu, ma chère Sophie. Que le Seigneur vous toTtifie et vous maintienne dans la jouissance de sa paix en Jésus-Ohrist! Amen.

Votre dévoué frère en Jésus-Christ ,

Félix Neff.

Donrmillouse, le27jaoTier 1826.

Ma chère Emilie,

Vous me reprochez de vous devoir une lettre. Je ne me rappelle pas cependant d'en avoir reçu de vous depuis mon dernier voyage ; mais, n'importe, je vous remercie beaucoup de la vôtre qui est si bonne. Comme vous n'aviez pas pu me promettre de m'écrire, je n'osais l'espérer ; c'est donc avec grand plaisir que je vous réponds.

Non, chère amie, je n'ai point oublié mes chers amis de Mens ; et si je ne leur écris pas souvent, c'est que je suis très-occupé , étant toujours ou en route, ou dans mon école, qui nous tient depuis la pointe du jour jusqu'à onze heures du soir. D'ailleurs je ne vois pas la nécessite d'une correspondance bien nourrie avec des personnes qui ont tant d'autres moyens pour s'édifier. Je ne veux pas

dire qu'il faille s^eii contenter absolument, mais seulement que le besoin n'en est pas si pressant. Du reste, croyez que je vous porte tous et toujours dans mon cœur ; et que si je ne prie pas beaucoup pour TOUS, c'est que je suis premièrement négligent pour moi-même, et que d'ailleurs, je l'avoue comme un tort, mes prières me paraissent peu capables d'attirer sur qui que ce soit la moindre bénédiction ; car plus je vais et moins je vaux.

Mais bref de jérémiades ; on n'en finirait plus. Parlons de notre brave M. Pélissier. Je charge

M défaire à sa famille mes doléances, qui,

certes, ne sont point des grimaces; car j'ai été vivement affecté de cette triste nouvelle. Toutefois, je bénis le Seigneur des dispositions de l'un et de l'autre; et j'espère que notre cher ami n'y perdra que pour cette vie ; car les afflictions sont pour le chrétien les échelons du ciel et de la vraie sanctification. Pour moi, je reconnais bien que c'est ce qui me manque, et cependant je suis si lâche que je n'ose en demander à Dieu. Mais pourvu qu'il me traite comme sien , il sait mieux que moi ce qui m'est nécessaire.

Dans tout cela je vois avec peine l'absence de notre brave demoiselle Sophie ; elle doit faire un grand vide à Mens. Prenez garde de ne pas en prendre sujet de relâchement ; redoublez plutôt de zèle et de vigilance, tant vous que celles de vos sœurs à qui Dieu a départi quelques dons. Ne craignez pas de le leur dire. Soyez, tant les unes que les autres, un peu, si ce n'est beaucoup plus sérieuses; car si nous examinons notre vie, elle n'est guère

chrétienne, guère spirituelle ; et le plus souvent on ne se voit et ne se fréquente que pour empirer et non pour devenir meilleurs.

II paraît que nos jeunes sœurs sont toujours les mêmes, c'est-à-dire qu'elles ne peuvent pas revêtir la charité mutuelle, et qu'il faut toujours qu'elles (assent de petits cercles à part, et « repoussent de l'épaule , » suivant l'expression d'Ezéchiel , « la brebis faible. » Cela me fait beaucoup de peine; et aussi longtemps qu'elles conserveront cette vilaine d&position, je ne pourrai penser à elles avec plaisir, et leurs lettres ne me réjouiront point. Elles m'en ont envoyé l'autre jour, par la poste, un paquet énorme, dont la moitié pour Jean A. Je dis à M. Dumontce que j'en pense ; et je ne crois point devoir leur répondre pour cette fois ; vous leur en ferez mes excuses comme vous le jugerez à propos.

J'en ai reçu ces temps une de Sophie Maillet, de Ribeyre, qui m'a fait plaisir; car je ne suppose pas qu'elle me donne des mensonges. Cette personne a été effectivement dans un état très-pénible pendant longtemps; et, faute de le connaître, je la traitais un peu légèrement. Nous devons être très-circonspects et trcs-patients avec les âmes qui sont encore enveloppées de ténèbres, et qui cependant cherchent sincèrement la vérité. Si elles cherchent alors de faux appuis, il ne faut pas s'en étonner, mais les supporter comme des malades. Quant à ceux qui, comme plusieurs d'entre vous, ont fort bien trouvé la porte et les clés, s'ils s'appuient encore sur le bras de la chair, alors on peut et doit les tancer ru-

dément, et leur dire comme saint Paul aux G)rinthiens (i Cor. ra, 5) : « Qui est Paul? » etc.

Comme j'ai encore plusieurs lettres à faire, je ne sais au juste à qui j'écrirai ; en tous cas, veuillez faire mes amitiés à tous ceux qui ne recevront pas directement de mes nouvelles, en particulière votre bonne maman, ainsi qu'à votre bonne sœur et à Victoire (I, 5 19). Si votre papa est de bonne humeur, saluez-le aussi cordialement de ma part.

Du reste, ne vous gênez pas de m'écrire, et surtout de me donner des nouvelles du pays. J'aime toujours beaucoup vos lettres, premièrement parce qu*elles sont de vous, puis parce qu'il y a autant de choses que de mots, et pas tant de longueurs que chez plusieurs autres.

Adieu, ma chère Emilie ; que le Seigneur vous fortifie en sa grâce !

Votre dévoué frère , Félix Neff.

Saint-Laurent, le 7 février 1S26.

Je n'ai que le temps de vous tracer deux lignes sur l'enveloppe des deux lettres ci-jointes, que je vous prie de remettre à leur adresse. Celle pour les deux sœurs Mantaire est ouverte ; vous pouvez la lire. Je vous recommande ces chères sœurs ; allez les voir quelquefois, et encouragez-les à chercher de tout leur cœur le Sauveur pendant qu'elles en sentent le besoin ; car rien n'est plus dangereux pour une âme, que de reprendre le repos et la paix du monde après des crises de travail spirituel.

Quant à Mandhuit, je n'en ai pas eu de bons renseignements, et je lui ai envoyé deux mois sérieux. Poisse le Seigneur les lui rendre utiles ! Ce qui est le plus suspect, c'est qu'il entretient avec une personne d'ici une correspondance qu'on cache soigneusement, et qui paraît faire du mal à cette personne comme à lui. H ne fautpas qu'il dise que non, parce qu'on le sait parfaitement. Parlez-lui aussi \mpeu, selon que vous le trouverez disposé.

Âj&eu, cher ami; que le Seigneur vous fortifie et Toos fasse avancer de plus en plus dans son amour! Votre dévoué , Félix Neff.

ŒUVRE PARMI LBS CATHOLIQUES ROMAINS du diocise de Neff.

Vars, le "20 février 1826.

Les rachetés qui entourent le trône de Dieu et de l'Agneau sont venus de toutes tribus, langues, peuples et nations. Jusqu'ici cependant il est sur la terre des tribus qui semblent presque exclues de cette miséricorde qui se répand comme un fleuve sur d'autres portions du genre humain. C'est ainsi que, sans parler des peuples auxquels l'Evangile n'a point encore été annoncé, nous pouvons remarquer en mille endroits, le peu d'accès qu'il a auprès des membres de cette Eglise romaine qui se regarde avec complaisance comme la seule apostolique et universelle! A Mens, par exemple, ou, depuis cinq ans, le réveil qui' s'est manifesté parmi les protes* tants occupe, plus ou moins, tous les esprits par le

brait qu'il a fait, on n'a pas yu jusqu'à ce jour un seul catholique romain y prendre la moindre part. Ils sont pourtant mêlés, en nombre égal, avec les réformés : des Bibles et des Nouveaux Testaments leur ont été distribués ; et il est impossible qu'ils n'aient pas vu très-souvent des traités religieux, répandus en grand nombre dans le pays, et qu'ils n'aient pas eu avec les protestants converti3 de fréquents entretiens.

Dans nos Alpes cependant, nous avons, par b grâce de Dieu, la joie de voir çà et là quelques âmes appartenant à cette Eglise, se réveiller pour la vie, etquitter lesciternes crevassées où on les conduisait, pour venir à la vraie source des eaux. Ce n'est pas que nous ayons des portes bien ouvertes chez eux ; un protestant, un ministre surtout, est fort mal placé pour leur annoncer l'Evangile ; car, outre la prévention avec laquelle ils vous entendent, j'ai remarqué qu'il est presque impossible d'entamer avec eux une conversation religieuse, sans qu'ils vous jettent aussitôt malgré vous dans la controverse, dont le résultat est rarement satisfaisant. Ces montagnes sont d'ailleurs toutes desservies par de jeunes prêtres très-exclusifs et fortement imbus des doo trines des jésuites, de l'école desquels ils sortent; et les missions, le jubilé, etc., ont singulièrement fanatisé» la plupart de ces montagnards, déjà trèsportés à la superstition et à Tintolérance. Aussi devons-nous d'autant plus bénir le Seigneur lorsque quelques-uns échappent à cette servitude et viennent à la glorieuse liberté des enfants de Dieu.

En Champsaur, où les protestants ne sont qu'une

très-petite minorité , confondue parmi un peuple grossier, violent et tout à la fois dissolu et dévot, nos jeunes frères ont, dès le commencement du réveil, saisi avec empressement toutes les occasions de rendre témoignage à la vérité, soit dans les mai-- «oos, soit sur les cheminsi dans les champs, et jusque chez les prêtres, avec qui ils ont eu plus d'une discussion ; je ne crois pas, néanmoins, qu4is aient encore vu aucun fruit réel de leurs travaux dans ce gcnie.

Mais en voici un beau, dans le Queyras. On se rappelle sans doute Tintéressante Marie Phih'ppe, des moulins d'Arvieux (p. 26 et I, 525). Malgré les constants efforts du prêtre extraordinairement fanatique qui dessert cette commune, elle a vu successivement sa sœur puînée, sa mère (p. 26) et son jeune frère quitter l'Eglise romaine et s^attacher fortement à la Bible, à la Parole de vérité. Plusieurs personnes des deux sexes, d'entre ses voisins, continuent à se réunir souvent chez elle, et écoutent volontiers TEvangile et les autres lectures et conversations édifiantes de Marie ou de son mari. Deux jeunes filles, qui montraient d'excellentes dispositions, et fréquentaient habituellement la; maison Philippe, ont été, à cause de cela, reléguées par leurs parents dans un hameau plus éloigné, où Ton n'a rien négligé pour les ramener sous leur ancien joug. On n'a, je crois, que trop réussi; cependant je sais qu'elles continuent à lire la Bible, en dépit du curé. Celui-ci, désolé de ne pouvoir arrêter les progrès de la réforme dans cette partie de sa paroisse, se répand en invectives contre moi,

contre le protestantisme, et contre les livrés « hérétiques, » qu'il livre aux flammes toutes les (ois qu'ils lui tombent entre les mains» Ce qu*ilale plus de peine à souffrir, c'est de me voir aux sépultures, prêcher dans le cimetière au milieu de ses paroissiens, qui, malgré ses anathèmes, y assistent toujoi^rs en grand nombre. On assure qu'il a fait des ^d'émarches auprès des autorités pour me faire interdire ces sortes de services ; mais jusqu'ici personne ne m'a rien dit. Il ne se lasse point de visiter la maison Philippe, malgré le peu de satisfaction qu'il doit y trouver. Je crois pouvoir citer quelques mots des conversations qu'il à eues avec ceux de cette famille : Un jour il demandait à l'oncle Ja* ques sur quoi les protestants peuvent fonder leur croyance, puisqu'ils n'ont point d'autorité, etc.—* Sur la Bible. Si les apôtres avaient dû laisser des successeurs infaillibles, il était inutile qu'ils noo5 laissassent en même temps des écrits. — Et quelle confiance peuvent vous inspirer les apôtres, plutôt que leurs successeurs? — - Us étaient inspirés du Saint-Esprit. — - Eh bien ! nous le sommes aussi. «— Vous êtes inspirés? — Oui. — Et qu'allez-vous donc faire au collège?

Une autre fois il questionnait vivement Marie sur l'objet de sa foi et de son espérance ; et comme elle ne répondait à chacune de ses questions qu'en nommant le Sauveur, le prêtre impatienté lui dit : Toujours Jésus-Christ, toujours Jésus-Christ; croyez-vous que Jésus-Christ soit tout pour nous ?— Il nous a étéfait^ répondit Marie avec sa douceur ordinaire, de la part de Dieu^ sagesse^ justice^

umctijication et rédemption; que noua faut-il de pliw? ^— Le prêtre répondit par quelque impiété contre la lecture du Nouveau Testament , et s en aHa.

n n*y a que peu de jours que, s'y trouvant avec beaucoup de monde, il s'efforçait, pour appuyer le porgatoire, les indulgences, etc., de leur faire en* tendre que toute espèce de péché ne saurait être mortel. Quand il eut bien raisonné, bien fait des compauraisons, Marie le pria de lui dire, si le péché cfiidam était mortel ou véniel? Le théologien, surpris, et entrevoyant bien les conséquences d une telle question, refusa d y répondre et la renvoya à une autre fois.

Cette chère sœur est, depuis assez longtemps, malade de violentes douleurs d'estomac ; mais elle cache autant que possible ses souffrances pour ne pas affliger sa famille, qui tremble à Tidée de la perdre. Sa résignation , son humilité, sa patience, la rendent chaque jour plus édifiante.

J'eus, il y a quelque temps, avec le curé de Fongillarde , une entrevue chez lui où il m'avait invité, en présence de plusieurs de ses paroissiens et de quelques-uns des principaux protestants. Les assistants, en répandant ce qu'ils ont retenu de nos controverses, n'ont pas donné gain de cause à leur prêtre, ce qui parait l'avoir aigri contre nous; et depuis il se montre moins tolérant, surtout depuis qu^il a appris que deux de ses paroissiens se disposent à quitter sa communion.

La partie inférieure de la vallée de Freyssinières est, en général, habitée par des catholiques romains,

qui y ont une église et un prêtre. Celui-ci est aussi fanatique qu'ignorant et grossier ; mais ses paroissiens sont peut être les catholiques romt^ins les moins exclusifs du département. LeuES pères se distinguaient déjà dans les douzième et treizième siècles par leur tolérance à Tégard des Vaudois, dans la condamnation desquels ils étaient souvent enveloppés comme fauteurs d'hérésie. Il est rare que je prêche dans cette vallée sans que quelques^ uns d'entre eux y assistent (*).

A l'entrée de la vallée se trouve la commune de Champcellas, dont les nombreux hameaux, séparés par des ravins et des rochers, s'élèvent en amphithéâtre depuis les vignes qui bordent la Durance, jusqu'au milieu des forêts de mélèzes. Cette commune ne comptait qu'un petit nombre de familles protestantes ; l'une d'elles, la plus riche et la plus nombreuse, n'en comptait même plus, à la suite d'une querelle que le chef avait eue avec un pasteur. U avait cessé de fréquenter le culte réformé; son fils aîné avait épousé une femme catholique romaine ; et toute la famille allait à la messe ; lorsque, à la dédicace du temple de Freyssinières, on vit paraître parmi la foule des catholiques romains le père Arnoux et ses deux fils cadets. Ces deux derniers ont dès -lors continué de fréquenter nos assemblées publiques ; et l'un d'eux a même passé l'hiver dernier à notre école de Dourmillouse ; mais l'aîné, et surtout sa femme, demeurèrent dans Téloignement, et même sortaient de la maison quand

(1) Oo peat fe rappeler ici ane catboliqae lnléreffaale(/^Mà», p. 51)*

ih m*y voyaient entrer; et je ne songeais guère à €ox , quand notre ami Girard du Lois, en Triève, dans la visite qu'il nous fit Thiver passé , alla les Toir, et engagea Arnoux l'aîné à raccompagner i Mlon, oii H. devait tenir une réunion. Cet homme, p^Q^alors si dur, fut tellement touché de la prédication et des prières de Girard, qu'en rentrant chez lui il déclara à sa femme que s'ils ne prenaient fas un autre chemin, ils étaient perdus Tun et Vanire. Sa femme étonnée résista peu ; et dès ma preinière visite je fus frappé du changement qui s*ëtait opéré en eux t ces gens, longtemps si rudes et à sauvages, vinrent au devant de moi avec le sourire de Taflection et de la joie. Dès ce moment aussi le mari vint au temple ; mais sa femme se contentait d*assister aux régnions qui se tenaient chez les Toisins. Ce n'est qu'à l'époque de la visite de notre frère, M. le pasteur DuYnont> qu'elle a commencé d'assister au culte public (') ; et dès-lors elle n'a point discontinué , malgré les attaques des prêtres et de sa famille^ qui se glorifiaient d'avoir par son moyen ramené une maison protestante au giron de TElglise romaine. Depuis lors Marie ( c'est le nom de cette femme) n'a cessé de croître en connaissance et en vie spirituelle ; et tout le monde est étonné du changement qui s'est opéré dans cette maison, qui jusqu'alors ne s'était fait remarquer que par son avarice et sa dureté envers le prochain. Marie surtout, quoique chargée toute seule de tous les soins

(1) Voilà encore on des heoreax effets des missions, on visites d'é- {lises. La nouveauté excite un mouvemeni qui a presque toujours de bonnei aailef*

d*une grosse ferme et de ses quatre petits enfants, !

trouve encore le temps de lire , et même d ap* '

prendre par cœur , des portions considérables de *

rSvangile et un grand nombre de cantiques, et ^

de visiter ses parents et ses * voisins , à qui elle i

annonce la vérité avec beaucoup de fermeté et d'ér i

nergîe. a

Depuis cetempsplusieursautrespersonnesdesdeox i

sexes ont également manifesté des dispositions à la m

réforme, et commencent à fréquenter soit nos réa* tk

nions, soit même le culte public, malgré Téloigne» al

ment où elles sont du temple. Le principal instni^ ém

ment dé ce réveil est, avec Marie Arnoux, un jetnnin

bomme protestant, nommé Jaques Anthouar, pev m

instruit et peu avancé lui-même. Il ne néglige an* iq

cune occasion de rendre témoignage à la vérité) titi

plusieurs catholiques romains ont, par son moyens i|

été pourvus de Nouveaux Testaments et même de i||i

Bibles, et d'autres livres religieux. Quelques }eu* ^

nés hommes de Champcellas, déjà suspects au prè* ||

tre, portaient à TEglise romaine leurs Nouveaux ii

Testaments de Martin avec parallèles, et y cher* ^

chaient à mesure les passages qui leur paraissaient i^

combattre la doctrine qu'annonçait le curé; et ij|

souvent en sortant ils étaient appelés à dire fran* ^

chement et publiquement ce qu'ils en pensaient* \

Le prêtre, informé de ces choses, leur dit un jour \

en 'pleine assemblée, que s'ils avaient quelque ex* y

plication à demander ou quelque objection à fairei |

ils le fissent librement, en sa présence et non par i

derrière. Il fut pris au mot; mais ces sortes de i

conférences lui ayant paru dangereuses, il les in-

— lai ^

terrompit, lui le premier ; et peu de temps aprèa il a quitté la paroisse.

Je ne connais pas personnellement tous ceux de cette commune qui cherchent la vérité, parce qu*il n*est difficile de les rencontrer , et que la phiprt sont «encore timides. Un des plus intéressants est on jeune homme nommé Guyeux^ du hameau lit le Cruerret, âgé d'environ dix-huit ans. Pendant un voyage que le père fit Thiver dernier, ce îmne homme emprunta et lut une vieille Bîbk, et eut avec quelques prosélytes quelques conversations qui firent tant d'impression sur lof, qu'au retour le père le menaça de lui brûler tous ses livres. Jaques fut obligé de les ca-^ dier chez un voisin, qui d'abord les reçut avec qaelque répugnance, mais qui y prit bientôt tant de plaisir que sa maison est maintenant le rendez* voos de plusieurs prosélytes. Pendant Tété Jaque& Goyeox passait une partie de ses journées à la montagne dans un chalet,, y portait ses livres, et le soir, eo rentrant, les remettait chez le voisin ; mais il ne pouvait point assister à notre culte. Un jour que, profitant de l'absence de son père, il s'était rendu dans une petite réunion chez notre ami Ja*^ qàes Anthouar, le père qui. en fut informé y courut, et entrant comme un furieux dans la maison il l'aurait peut-être tué, si on ne lui eût arraché son fils des mains.

Quelque temps après, passant sur le pont de Pallon , je vis venir au devant de moi un jeune homme d'une figure douce et spirituelle, qui, dès. qu'il m'aperçut, descendit de son mulet, s'appror

cba, et me tendit lai main sans proférer une parok. <■ C'était le même jeune homme. Son émotion mêle ^ fit deviner. — « Ah! Monsieur, me dit-il enfioi * » combien je désirais tous rencontrer !••• . Ah ! si je lis » pouvais ! . . . . Mais si tous saviez que je suis mât ii^ » heureux! Je vois que je suis dans unevoie^ftA; » perdition, dans la grande Babylone;* je ne vesattl! » pas périr avec elle, et je ne puis en sortir ! Obî ii » trouvez-moi, s'il vous plaît, quelque retraite oè joe >> je puisse gagner du pain et servir Dieu eo Ift* t » berté î » '— Je lui fis obser^^er qu étant mineur oft lob ne pourrait le soustraire à rautoritèd'un père, qui^ d n'ayant pas d'autre enfant, ne manquerait pas de « le réclamer; qu'il devait prendre patience, et obéir i) à Dieu sans s'inquiéter des suites; que si son père ^ l'abandonnait, l'Eternel alors le recueillerait ; maie ^ qu'en attendant il ne devait pas le quitter saoe. ^ son consentement. J'ajoutai que nombre de fidèles ^ avaient été dans tous les temps appelés à souffrir ^ encore plus que lui ; et que d'ailleurs, s'il connais- n sait bien ses ennemis intérieurs, il les trouverait | plus à craindre que ceux du dehors. -— Le lieu de | notre entrevue n'étant point sûr pour lui, Guyeux , remonta sur son mulet et me quitta en essuyant ses. larmes. Dès-lors on naguère pu obtenir de lui de fréquenter TEglise romaine. Il avait voulu,, cette automne, prendre une petite école dans un des hameaux voisins ; le prêtre l'a fait quitter, ainsi qu'ua autre jeune homme suspect d'hérésie. Les écoles catholiques romaines sont absolument sous la di-rection des prêtres ; et nul ne peut enseigner san& leur autorisation.

Un jotir, dans }e courant de Yéié, je trouvai à Pàllon, chez notre ami J. Caïrus, une petite pastoorelle de douze à treize ans, dont Tair et le lan« gage me frappèrent (') ; on me dit qu'elle s'appelait Marie et demeurait à Pnnayer, petit hameau de Ghampcellas; qu'elle désirait beaucoup connaître et servir Jésus-^Christ, sans qu'on pût savoir où ni comment elle en avait entendu parler ; mais qu'un {irand-père et une grand'mère chez qui elle demeure, ne lui permettaient pas de fréquenter les protestants. Je lui demandai si elle savait lire ; la pauvre enfant se mit à pleurer en disant : « Ah! si » seulement on voulait me laisser venir à l'école du » dimanche, j'aurais bientôt appris; mais on me » dit que je n'en sais déjà que trop ! » Ne sachant pas lire et ne pouvant voir qu'à la dérobée les frères et sœurs des environs, je ne sais comment à son âge elle peut conserver ses dispositions ! Mais le Seigneur garde ses brebis.

Le nouveau curé de Ghampcellas, par sa rudesse et son intolérance, semble hâter plutôt qu'arrêter les progrès de la réforme, qui avancent chaque jour dans sa paroisse.

Une caisse de Bibles de Sacy, qui, depuis plusieurs années, se trouvait en dépôt à Embrun chez quelqu'un qui n'en faisait rien, a été distribuée à

(1) Hélat ! nous commençons une charmante histoire , et il n*y a Dol doute sur la vérité des faits qui seront rapportés, plus loin encore, concernant cette enfant et les espérances qu'elle donnait ; mais c*est cela même, comparé ayec ce que nous en avons yq {f^isite, p. 84)» qoi nous montre ce que deviennent les âmes abandonnées sans direct . lion, oa, ce qui revient a a même, laissées à des mercenaires t.. .

quatre francs Texemplaire aux catholiques romsuns de difiérentes vallées ; et , malgré quelques oppositions, de nouvelleis demandes nous arriTaient de toutes parts. Je les communiquai à M. Bo* nifas, qui me répondit qu'on n'en expédiait plus avec les apocryphes depuis l'arrêté de la Société de Londres ; or^ comme il est inutile d'ofiBrir aiu catholiques romains des Bibles sans apocryphes, nous avons dû , quoique avec bien du regret, renoncer à cette œuvre qui s'offrait sous uu si beao jour.

Comme j'allais mettre à la poste les pages pré* cédenteSy on m'arrêta pour me prier de venir voir une de nos sœurs, dangereusement malade, et que j'avais déjà vue plusieurs fois cet hiver; c'était justement la mère de ce jeune homme de Champcellas qui, le premier, a donné lieu au réveil dans cette commune ; sa maison est très-voisine de celle d'Arnoux dont j'ai parlé, et elle forme avec quelques autres le hameau du Guerret. Je trouvai cette chère sœur bien près de sa fin, mais pleine de cette vie cachée avec Christ en Dieu que la mort ne fait qu'animer davantage ; c'est la première âme de ce département de laquelle je puisse dire avec certitude qu'elle s'est endormie au Seigneur. Ses derniers moments n'ont pas été perdus pour la gloire de Dieu ; son lit était jour et nuit entouré de catholiques romains, soit de son hameau, soit des environs, qui admiraient sa patience, sa foi et la joie chrétienne qui l'animait dans ses souffrances, et qui avaient Toccasion d'entendre entre autres les édifiants dis* cours des frères et sœurs qui soignaient la malade.

Lavant dernier soir de sa vie, )é lins une nombrèose réunion dans la maison voisiné ; la plupart âaient catholi<}ues romains. Le soir après sa mort, MHis fîmes la réunion dans la chambre où gisait le corps, plié dans le drap mortuaire , et étendu sur tue planche, suivant Tusage du pays. A cette ré* ■lion assistait J. Gruyeux et plusieurs autres prose* lytes ; le premier est définitivement disgracié par ioa père ^ qui se remarie, et Tassure qu'il n'aura idk part à son héritage. A toutes ces menaces k£b n'a répondu qu'en le priant de lui laisser recueillir librement « l'héritage incorruptible que nul ■e peut nous ravir. » Guyeux et quelques autres pissèrent la nuit près du cadavre avec nos frères et sœurs de Pallon Q). Le lendemain, à midi, nous fîmes les funérailles. Je prêchai sur la fosse devant QD auditoire assez nombreux, tant de romains que de protestants. Entre les catholiques romains, qui à l'occasion de cette maladie ont entendu pour la première fois la prédication de l'Evangile, j'ai remarqué la mère, la belle-sœur et le frère aîné de Marie Arnoux, qui paraissent bien adoucis et même désireux de connaître la vérité, ainsi qu'un pauvre aveugle du village voisin, qui s'est fait conduire trois fois à nos réunions, et ne pouvait assez bénir Dieu de ce qu'il entendait.

A la même époque, j'ai reçu des nouvelles de cette

(1) Je reçois des noayelles de ce jeune homme à ce moment. II était lombé pins tard dans des fautes très-graves qu'il n'avait même pas eu le coarage d'avouer. Mais on m'assure qu'il en témoigne un repentir ■iacére, et que, vivant dans un endroit où il n'y a pas de personaea d'une piélé déclarée, il désire vivement un réveiK

intéressante petite Marie de Punayer ; elle demeure ferme au milieu des contradictions, et elle a refusé net d'aller à la messe ; c'est en vain que ses barbares parents l'ont battue et ont voulu Ty tratner par les cheveux. Ayant ouï dire que le përe de cette enfant n'était pas aussi brutal que son beau-père, j'ai pensé devoir lui parler, et suis allé exprès dans le hameau nommé Roussac, où il est remarié en troisièmes noces; nous n'avons trouvé que sa femme qui nous a bien reçus ; mais comme elle n*est pas la mère de Marie, nous ne lui en avons pas parlé. De là je suis allé faire visite à d'autres personnes qui montrent de bonnes dispositions.

Voilà où en est l'œuvre de Dieu dans cette commune. Sans doute nous ne tarderons pas à. Toir s'élever quelques persécutions ; mais priez pour nous tous, que nous ne perdions point courage, et que nous puissions glorifier Dieu en toutes choses par Jésus-Christ!

Je ne sais si le lecleur n'aura pas fait, de son côté, pendant toute cette lecture, une réflexion qui n'a cessé de se présenter à moi, et que j'ai vérifiée par une expérience qai n'a pas d'exception : — c'est la différence de succès qu'obtienneht auprès des catholiques romains les hommes évan- ((éliques, comparés aux autres. Placez à la même époque et dans les mêmes lieux un homme indifférent, un de ces protestants à principes lâches ou plutôt nuls, qui n'ont pour toute foi que Téternel refrain qu'il faut respecter toutes les opinions, que chacun peut avoir sa couleur, que les doctrines proprement évangéliques peuvent être conçues de mille manières différentes, ce qui revient à dire qu'au fond

— lOT —

FoQ ne comprend rien à ]a révélation,' et qn^anssi elle l'est nullement nécessaire au salut : — quel spectacle auriez foos eo, h la place de celui que nous présente le grand Neff? — Paix, paix profonde, dans le sens du monde, de h part du moins du mercenaire protestant ! Peut-être, s'il eftt eu pour voisin un prêtre également relâché, eût-il été ée temps à autre fraternellement diner avec lui : peut-être jeftt-il eu force politesse mutuelle, puis une indifférence sur le dogme à faire pleurer d'attendrissement tous nos diplowies oa nos Indifférentîstes. Mais dans tous les cas, pas trace de/vosélytisme. Prosélytisme ! manie ridicule et criminelle, Toos diront-ils ! attentat contre le bon sens et la chariié ! — El

les distributions de Bibles ? — La belle chose ! aller s'ingérer dans tes afibires d'un collègue ! semer la division entre frères! répandre un livre qu'on juge soi-même incompréhensible , Bo livre de théologie t — D'ailleurs, n'est-il pas clair que la communion romaine a des beautés, des attraits du premier ordre? M'est-elle pas la mère de la poésie? Et la poésie (on ■e sait pas ce que c'est; mais c'est égal) n'est-elle pas plus que la religion ? Voyez donc le culte de la Vierge ! la prière pour les morts! le parfum du moyen âge! Et puis, tant d'indulgence pour les faiblesses de noire nature ! -^ Heureux si le pasteur ne finit pas (comme nous l'avons vu, hélas ! à la honte de plus d'un temple !) par faire chanter dans son église quelqu'un de ces beaux Oratorios à paroles idolâtres dont l'Eglise de Rome a enrichi le monde, et qui sont encore si poétiques l

Et puis, en attendant,' les mariages mixtes, et les missions, et les séductions, et les tracasseries, et les intrigues de tout genre soutireront chaque année à notre mercenaire quelques protestants pour en faire autant de catholiques; puis au bout de cinquante ans sa paroisse sera moitié catholique ; et au bout de cent ans elle ne sera plus ! Qu'on me dise que ceci Q'est pas historique ! N'avons-nous pas vu, au moment où; je

trace ces lignes, la condaite des prolestaoïs de Mnlhoase il rioauguratioD da chemin de fer!....

Non , non ! Appelez le protestant ami du monde t de quel nom vous voudrez, en réservant des appellations particulières pour ceux qui ont la vie, — comme le protestant mort ne croira pas réellement da cœur au Christ crucifié, pas plus qu'au Christ créateur du monde et Dieu (Jean i), il est plus bas, quant au christianisme, que le catholique romain, et il en porte les conséquences. — Voyez les faits: prenez-les où vous voudrez, en France, en Suisse, en Angleterre, ou ailleurs : le protestant qui trouve bonnes toutes les doctrines, sauf la seule vraie, a partout le dessons devant le catholique } et dans le cas inverse, conséquence inverse. Le mot fondamental de tout ceci, c'est que le protestant indifférent méprise lui-même sa religion : commeat serait-il zélé pour la répandre ?

C'est une coïncidence extrêmement singulière, et dont je n'avais nulle idée en écrivant ces lignes, que le contact des réflexions que nous venons de faire avec la lettre qui suit dans Tordre des dates. Jusqu'à ce moment je ne comptais nullement la publier, vu qu'elle n'est ni de Neff, ni dans ses principes, tant s'en faut. Mais son rapport avec les observations ci-dessus est si frappant, elle expose d'ailleurs avec tant de candeur et de conviction les objections que les protestants, ennemis du réveil, font à ce réveil, que je crois bien faire de la donner ici. On n'y verra pas sans une profonde sympathie, j'en conviens, les accusations véhémentes et injurieuses d'un vieillard honnête, mais privé de lumières sa* périeures, contre l'admirable jeune homme dont nons poblions la vie, et contre l'œuvre respectable et pénible deceax qui ont travaillé et qui travaillent encore à ramener la foi,

b vie el la vérité dans PEglise. — Qu*on jage de ce que mal riDdiffereniisme dogmatique, par les accusaiions qu'il élèTe contre les travaux d'un Neff !

LETTBE d'un PASTEUR A SON FILLEUL,

povr le prémunir contre les séductions de Neff et des autres méthodistes.

Mon très-cher filleul ,

Votre lettre du 18 février a bien réjoui mon cœur pour ce qui regarde vos bons sentiments et la réussite de vos affaires temporelles, particulièrement votre mariage avec H"* M. G. Je ne doute pas que vous n'ayez fait \in bon choix , et je prie Dieu de vous rendre heureux avec elle. Ce que vous me diies dans la seconde et troisième page de votre lettre, mérite beaucoup d'attention ; et vous permettrez qu'un vieillard, qui a bien plus d'expérience que vous dans les voies du Seigneur, vous fasse ses observations à cet égard.

D'abord, je rends justice aux bons sentiments de piété et de foi que vous manifestez ; j'approuve jusqu'à un certain point le zèle qui vous anime, mais je crains aussi pour vous, mon cher ami , que vous ne voyez pas les pièges et les écueils d'un zèle peu prudent et peu charitable, et les effets que pourraient produire sur votre heureux pays les. divisions qui n'ont que trop régné dans d'autres pays protestants. On a vu, dans différents temps, des mystiques, des illuminés, des fanatiques et des exagérés, qui ont abusé des meilleures choses, profané les vérités révélées, et jeté des scandales dans l'Eglise. Voici les effets de leurs opinions et de leur zèle mal entendu. Fous les reconnaîtrez à leurs fruits. Divi«

siens dans les familles, sous prétexte quMI est djl : je^s venu apporter la division sur la terre ; mépris el relâchement des liens sacrés de la nature : <cqui est ma mère? qui sont mes frères ? » disent-ils, en profanant Fesprit des paroles de nos Saints-Livres) : sectes, séparations et schismes dans TEglise extérieure, abusant ainsi de ce qui est dit : sépare-toi de rhomme hérétique^ tandis que Jésus a communié avec Judas : mépris de la Parole écrite ou des pasteurs qui la prêchent; médisances, jugements lémérat-r res , calomnies , déversées sur leur prochain , sur ki' principaux d'entre le peuple , sur les magistrats ^-Mir les pasteurs, sous prétexte qu'ils ne sont pas Odèles, quib tiennent la lumière sous le boisseau ; comme si nous n'avions pas nos Saints-Livres entre les mains pour comparer leurs enseignements ; comme sMl ne nous était pas dit : ce Exami- » nez attentivement, sondez les Ecritures, jugez devant le » Seigneur si ce que nous vous prêchons y est conforme » (car les ministres ne sont pas infaillibles) ; orgueil par lequel on se mêle de juger, de censurer leurs prédications; soins pastoraux et conseils que Ton va chercher ou donner ailleurs ; des gens qui disent : Christ est chez nous ei non pas^là, dans notre cœur et non dans le vôtre : autres conduc-' teurs spirituels qu'ils adoptent plutôt que ceux que Dieu leur a donnés, élevant ainsi auiel contre autel : mission, qu*ib croient avoir , de semer dans le champ d'un autre, de prêcher TEvangile et de l'expliquer aussi bien que les évangélistes, l'inierprêtant à leur guise, souvent sans connaître la langue originale, la critique sacrée, les circonstances des apôtres, et bien certainement sans en avoir les dons ; bonne opinion qu'ils ont d'eux-mêmes, de leur conversion, de leur régénération, et mauvaise opinion de l'état de l'âme de leur prochain ; par conséquent, peu d^humilité, peu de charité et abondance de jugements téméraires sur leurs semblables ; fausse humilité ou orgueil spirituel qui en découlent. Craignant qu'on

■^élargisse trop la porte, ils la rétrécissent et ne rouvrent fQepoarceiix qai pensent précisément comme eux ; craignant fiie Ton ne crie paixl paixl ils crient guerre I g^enel ils se* eooent ainsi et font secouer à d^aulres le joug des autotorités civiles et ecclésiastiques. De crainte qu^on se croie trop facilement sauvé, ils vous jettent dans Tenfer et dans kdésespoir ; de crainte qu^on ne se croie trop près du salut «B évitant seulement les vices grossiers, ils rendent tous les péchés égaux ; ils condamnent souvent, comme les Pharians, même les actions réputées innocentes. De crainte de noter le sabbat, qui est fait pour Thomme, ils auraient coodamné notre Seigneur et ses apôtres qui cueillaient des ^is un tel jour. Ils ont peu d'ordre et d'activité pour leurs afbires temporelles, comme si la religion ne nous ordonnait pas le travail et Tordre ; comme si, afin que Ton pût faire son salât dans toutes les conditions, la religion ne pouvait pas purifier et sanctifier tout, lorsqu'on sait tout rapporter à la gloire de Dieu. S'ils ne prient pas au coin des rues, s'ils n'osent pas de longues prières comme les Pharisiens, si , comme eux, ils ne nettoient pas seulement les dehors de la coupe et du plat, du moins ils sont si*sévère$, si austères, si dévots en toutes choses qu'ils profanent les. choses saintes, et qu'ils font de la religion de douceur et de charité , dont le fardeau est léger, une gêne, une austérité rebutante, un fantôme repoussant qui n'a que des analhèmes à la bouche ; on objet triste enfin (parce qu'il doit être sérieux). Ils regardent avec dédain les sociétés mondaines, au lieu de se faire tout à tous, comme saint Paul, pour en gagner quelques-uns, au lieu d'imiter notre bon Sauveur, qui cherchait les brebis perdues, qui allait chez les péagers et les gens de mauvaise vie pour les convertir. Tout en disant que la loi de Dieu ne doit pas s'accommoder au siècle, ils ont moins d'égard que Jésus-Christ à la dureté et à la faiblesse du cœur de l'homme, qu'ils ne connaissent pas suffisamment ; et ils prétendent le

réfomier) tandis qae c'est la gr&ce de Dieu qui le réforme. Ils nous traitent comme des païens sur qui le nom de Dieu et de son divin Fils n'a jamais été invoqué ; et ils ne réfléchissent point au scandale qu'ils donnent aux faibles, à la prise q«1b donnent à nos ennemis temporels, aux chrétiens romains, sartout dans un pays qui en est entouré. Ils mettent de eété oi sous les pieds la raison, au lieu de raffermir et de réclairer comme un don divin par le divin flambeau de la révélatioa* Ils donnent tout à la foi, et rien aux œuvres, qui en sont OM démonstration. Sous prétexte qu'elles ne peuvent pas noos sauver, ils en ébranlent la nécessité, au mépris de ce que dit Tapôtre saint Jaques; et saint Jean, qui dit que lesœiMtes suivad ceux qui meurent au Seigneur , lors même que nous sommes saih vés par grâce, ce que tout vrai chrétien doit reconnaître. Ib prennent des passages isolés, et qui parlent des oeuvres eérémonielles de la loi de Moïse, comme s'ils parlaient dei œuvres morales. Ils ébranlent, sans doute sans le vouloir, h foi en Dieu le Père pour établir celle en Jésus-Christ, qii est sans doute Dieu manifesté en chair, mais par un mystèrs incompréhensible ; ils en font ainsi une personne distincte et pour ainsi .dire matérielle, quoique le Fils ne doive jamais erre séparé du Père; car il dit lui-même : Moi et le Pin sommes un. Ils croient que Tœuvre de la régénération dans le cœur de Thomme se fait sur le moment, et d'une manière sensible à la chair , tandis qu'elle se fait souvent en secret, lentement, par degrés el sans que nous sachions comment. Mon cher filleul, je vous souhaite paix, santé et prospérité dans votre mariage, et salut pour Téternité. Yotre trèsaffectionné parrain.

Nous retournons maintenant à nos documents : le premier dans Tordre des temps est relatif au Piémont.

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