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ANTOINE BLANC A SON FRÈRE, LE PASTEUR DE MENS

La Tour, 24 avril 1826.

Priez poar noas, cher frère, ainsi que tous ceux

qui s^inléressent à ravancement de son règne. Les jeux de Taatale (^) vont commencer ; nos jours du Seigneur vont êfre consacrés au monde, à FEnnemi de nos âmes; 6 Dieu, lenl bon, touche, ramène les endurcis, forlifie-nous ; fais qpe ce petit peuple que tu protégeas si souvent par ta touteprinance, que tu combles encore aujourd'hui de toute sorte <b prospérités, ouvre enfin les yeux, et qu'il reconnaisse qill a an Sauveur! Qu'il reconnaisse qu'en vivant de la ma< aière dont il vit dans les jours que tu as sanctifiés, il est impossible de t'étre agréable !

Vous voulez que je vous écrive tout ce qui nous arrive. Je fais le faire. Dès qu'on sut que nous allions à l'école du quartier des Gay, on commença à ne pas vouloir chanter de nos cantiques, et l'on finit par ne plus s'y assembler. L'orage grossit pendant plusieurs jours si fort, que l'on devait nous arrêter du soir au matin. Je fus averti par le syndic de la Tour, qui est mort depuis quelques jours, de ne plus recevoir personne chez moi; que le brigadier des carabiniers d'ici avait demandé la permission de in'arréter, s'il trouvait société chez moi ; qu'il me priait donc de ne plus chanter. — Je lui répondis qu'il n'était donc défendu qu'à mor seul de recevoir des amis chez moi I — Il me répondit que non, pourvu que cela n'eût pas l'air de réunions religieuses. Je lui demandai encore s'il ne m'était pas permis de lire la Bible avec des amis, en ne chantant pas. — Il me répondit que pourvu qu'il n'y eût que deux personnes étrangères à

(1) Teot-H dire qae ce sont des jeax qui trompent l'attente de ceux %ni les recherchent ? En effet, le monde noos promet toujours le bonheor et ne le donne jamais. — Ou faut-il lire mutas (p. ai) 7 II %

— lu —

la famille, je pouvais lire ; qu'il me croyait assez honnàe homme pour ne pas afironter les lois du gooTemerneBl; qu'il m'avertissait pour mon bonheur. Je l'en remerciai. Sifanis prévu qu'il mourût sitôt , je lui aurais dit plusieurs choses que je conservais pour une autre fois.

Mes amis ne vinrent donc plus à la Tour, et nous cootinuàmes à nous réunir, malgré un grand babil, dans les di(férenles maisons de Saint-Jean oit l'on n'avait pas reçu de défense. Mais M. Meille continue à ne plus nous recevoir. Et il est certain que si la réunion avait continué chez lui la maison ne serait plus assez grande pour recevoir tous cens qui y seraient allés.

Un dimanche soir que nous devions nous réunir à Sainte Jean, le père de Paul Gay fut averti que les deux brig^Mlei de Briquerai et la Tour devaient venir nous chercher et nooi arrêter. François Gay courut à la Tour pour m'avertir. fi' tais déjà à Saint-Jean ; il y courut me chercher. A cbaqM instant nous pensions rencontrer les carabiniers*

Nous ignorons jusqu'à quel point ce fut un faux brait; mais ce qu'il y a de certain, c'est que les carabiniers se sofli informés de mon nom et de nos demeures à Saint-Jean, et que le premier de nous qu'on verra, quel qu'il soit, ne tardera pas d'aller en prison. Mais non ; nous ne sommes pas dignes de souffrir pour le nom de Christ I II faudrait être de set vrais disciples ; il faudrait avoir un autre amour pour lui, il faudrait que notre faim et notre soif fussent plus grandes ! Seigneur Jésus, change nos cœurs de pierre en coeurs de chair, afin qu'ils t'aiment et qu'ils soient ce que le monde croit qu'ils sont !

Le frère de F. Gay et un autre de nos frères qui pense assez bien, allèrent trouver M. le syndic de Saint-Jean, tt lui demandèrent s'il était vrai qu'il eût ordre de nous arrêter ; que le bruit en était commun. Il leur répondit qu'il a^ croyait pas que l'on nous arrét&t sans son ordre ; que ce»

réaoions lui plaisaient assez; mais que le nom de momier qae Too nous donnait ne loi plaisait pas ; que l'on en parbit i rélranger comme si les Vaudois voulaient cesser d'éirc Vuidois.

Cette réponse nous tranquillisa un peu. J'allai trouver

LBert (^) ; mais auparavant, pour le sonder, je lui avais en-

wqré par ma sœur Suscite un livre intitulé : <c Les Momiersy

É k Profestant vraiment Catholique. >y II lui répondit : moi

Mssi je suis momier, et c'est ma religion. Encouragé par

«Ile réponse, j'y allai un soir et nous parlâmes de toutes ces

àoies. Il me dit que je lui amenasse un soir ces jeunes gens

db....; mais qu'il nous conseillait pourtant de laisser tomber

riiiire, puisque le cri a que nous voulions établir une nou*

Mlle religion » étak si haut que l'on ne voulait pas entendre

nison. Il me dit encore queMalanot, de Saint-Jean, que vous

eoBiiais5ez, lui avait montré une lettre qu'il me destinait,

oiil voulait me prouver que Jésus-Gbrist n'était qu'un sim*

pie envoyé de Dieu et nullement égal à Dieu. Je l'avais déjà

reçue, et j'avais la réponse, que je lui montrai. Il médit que

e'étail bien, et qu'il avait dit à cet homme qu'il était dans une

erreur grossière.

J^y allai encore avec les deux Gay : il nous promit qu'il

pffécherait à Saint-Jean sur ces paroles : a Mon Père et

•ci ne sommes qu'un ; » qu'il y ajouterait un parallèle en*

Ire celai qui fréquenie bals et auberges et celui qui lii la

Bible chez lui ; et qu'il prouverait par les synodes vaudois

i|86 ce n'est pas une nouvelle religion que de s'occuper de

ion âme et de son salut. Nous parlâmes encore de M. M. et

tfai scandale de quelques-uns de ses sermons, dans l'un des-

qoeU, après avoir fait l'éloge des jeunes gens qu'il avait

fait danser chez lui plusieurs fois, il pria l'assemblée de ne

pas ressembler à ces ours qui ne sortaient jamais de leurs

tanières, etc.

(1) Le Modérateur de« EgUses yaudoises.

l^auKîay alla trouver ce même M. M., pnisqa'il avait dfl qu^aode ses sermons éiak pour lui. Il lui nia plusieof^ cho-* ses, et lui dit qu'il n'y avait rien de tlirtgé contre noas; mais qu'il y avait un milieu à garder dans les choses, qu'il ne fallait pas être si rigide, etc.

Quant aux livres que vous voulez envoyer aux TaHées, il me semble très-bien que vous les adressiez à M« N. En les envoyant, vous écrirez de suite par la poste à M. Bert. ?» le col de la Croix il y a trop à risquer pour la contrebande; d'ailleurs, les chrétiens ne sont pas contrebandiers. Mais ces livres ne risqueront-ils pas à Turin, à la douane? Elle vient de retenir trois cents Bibles venant de Paris; on attend l'ambassadeur prussien pour qu'il les fasse délivrer. Si vo«s préférez donc les envoyer à A., chez^^*, où je les ferai prendre, à la garde de Dieu; choisissez, je vous en laisse II maître. Mais si vous prenez le dernier parti, attendez qai les neiges ne soient plus si épaisses, et m'en donnez avis.

Je vous prie de joindre des petits traités; ils nous vienneot à merveille pour nous faciliter l'entrée en conversation avec ceux que l'on n'ose pas attaquer à découvert. Le trait soivaflt en est une preuve. Paul Gay avait un livre intitulé fe TéwioiÊ; tout le monde le voulut voir comme un livre momier ; il leit passer à M. M., qui le voulait aussi voir; il y joignit le Pi* cheur soupirant après la justice de Christ^ qu'il avait apporté de Mens. M. M. avait prêché sur le même texte, mais la conclusion en fut bien différente. Avant de lui envoyer les dits livres, j'écrivis dessus : a Ah ! oui, bienheureux ceux » qui sont affamés de la justice de Christ; et malheur à ceox » qui prétendent en établir une autre, soit par l'orgueil qtf » empêche de se reconnaître coupable, soit par une mauvaise » philosophie qui ne veut pas que le sang de Christ soit va- » fisant pour nous laver de toute iniquité , etc. ! » M. H. écrivit après : ce Quand Jésus-Christ prononça les paroles » du texte de ce discours, c'était tout au commencement de

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