‹ Lettres, avec quelques additionsChapitre 7 sur 50 · HT · texte numérisé non relu

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»ioD iiHDÎslère^ et avant le temps où ses auditeurs eussent pu savoir connaissance do mystère de la rédemption. Qu'on sjvge donc s'il leur a voulu parler de cette justice queDiea • le Fils a accomplie par son sacrifice ! Il ne pouvait entenidre que cette justice de Thomme de bien qui respecte les opersonnes, rtionneur et la propriété desautres hommes (^). «Eprises d'une seule idée, les têtes exaltées la voient par- »umt et se jettent dans Tabsurde..... » idieu^ cher frère, je me recommande à vos prières^.

Antoine Blanc

Toici une lettre de Neff qui nous ramène à ses plus beaux. Mninz. Nous devons dire à ce sujet qu'on a singulièrement abusé de quelques mots fbrt innocents qu'on va- lire, pour iasinuer que ce prédicateur reconnaissait la nécessité de connaissances profondes dans ceux qui avaient à diriger des. assemblées. On verra qu'il s'agjssait ici tout bonnement de ttvoir lire et écrire convenablement; puis, pour des maîtres d'école, d'un peu d'arithmétique, d'un peu de musique et <le quelques auires^connaissances pareillement très-élémentaires. De sorte qu'il n'y a nul besoin de s'enfler les joues des grands •ois de science et de savoir pour exprimer ce que le pieux, nais sage missionnaire exigeait de ses humbles écoliers, quieussent été bien étonnés de se voir désigner par le grand mot de ce siudenis. »

On a vu précédemment Férection de l'école de Dourmilkmse (l, 473 )• On ne doit point oublier que le but de ee petit établissement éiait , non de former des présidents d'assemblées, mai^ des maîtres d'écoles. Comme Neff sen^ lait toujours, à cet effet, le besoin de quelques secours pécaniaires , il renouvelle, dans la lettre qui suit, les raisons

(1) On Toit que ce pasteur ne mettait pas la justice de Christ A.QRi Isoi bien élevé.

qei étabiisseal la nécessité d^ane pareille instiloiioD. Celle leltre décrit aossi la manière de Wvre des chers anaeliorètes de Doarmillouse, pendant rbiver qui venait de s^k» 1er. — La suivante nous donnera les scènes toachantes dl départ de ces jeunes gens, avec les noms des principeu d'entre eux, et quelques détails relatifs k leurs persooM.

Goillestre, 2 Janvier IflM.

Si, dans le premier feu d'un réveil religieux, le zële parait devoir suffire en quelque sorte à loimême et tenir lieu de toute étude et de toutes con* naissances humaines ; si, dans ce moment, on eit porté à confier sans réflexion toutes les parties de rœuvre de Dieu, même les plus difficiles, à des pe^ sonnes qui n'ont que leur foi et leurs expériences spirituelles, on ne tarde pas à reconnaître Tabuset rinsuffisance d'un tel système, et à sentir Tutilité, pour ne pas dire la nécessité, d'un certain degré d'instruction pour travailler sagement et surtout efficacement à l'œuvre de Dieu. Ce principe me paraît si généralement admis par tous ceux qui ont quelque expérience des travaux évangéliques , que je crois superflu d'en dire davantage là-dessus. H y a longtemps, pour ce qui me regarde, que j'ensuis convaincu ; mais jamais je n'en avais plus vivement senti la vérité que depuis que j'habite parmi les peuples les plus reculés de la France. Nombre de nos jeunes hommes , dans nos vallées « paraissent animés du désir de répandre autour d'eux, et mêtne plus au loin, la lumière dont le Seigneur les a éclairés ; et plusieurs avaient commencé à tenir dans leurs villages de petites réunions ; mais leur pro-

fonde ignorance arrêtait leur zèle ; et avec la meiN -| leure volonté du monde, ils ne pouvaient faire quo peu de bien. A peine en trouvait-on un seul qui pût lire couramment le français, encore moins» le com* prendre et le parler ; et je voyais avec peine que» DOD*^eulement Tceuvre que le Seigneur m'a don* Dée à faire dans ces montagnes ne pouvait s'étendre, mais que, si je m'en éloignais, elle ne pourrait pas même se soutenir. Je cherchai donc comment }e pourrais remédier, au moins en partie, à cet in^ convénient ; et, après mûre réflexion, je m'arrêtai à ridée de former, pour un hiver, une école qui réu-» oit les jeunes gens les plus intelligents et les mieux disposés de mes différentes églises, notamment ceux qui, malgré leur crasse ignorance, se destinaient à l'état d'instituteur ou l'exerçaient déjà. Celte dernière circonstance est d'autant plus importante que ces jeunes régents sont dans Tusage de descendre tous les hivers, pour tenir de petites écoles, dans les pays plus chauds , et reviennent au printemps, cultiver leur terre.

Je communiquai ce projet à plusieurs d'entre eut qui le goûtèrent fort ; tout en prévoyant que son exécution entraînerait à quelques dépenses, à cause de la pauvreté de plusieurs qui depuis longtemps sont obligés de s'expatrier, et dont plus de la moitié (plus de quatre) étaient incapables de lire un livre un peu difficile ('). Chaque soir deux ou trois

(1) Peat-étre qu'il manqae qaelqoe chose dans ce paragraphe, qae je n'ai qa'eo copie. Oa pla(ô( Neff reprend probablement dans cette lettre les premiers essais qai se firent ayant l'arrivée des secours qu'il réclama et qu'il reçut ; car nous avons vu ce petit établissement déjà tout en train dans le chapitre précédent, à la date du 5 janvier de cette année^. 55).

de mes écoliers venaient donner des leçons à ces jeunes gens , tandis que les autres recevaient de Ferdinand la leçon de musique, ou quelque autre. J'assistais ordinairement à Técole des filles ; et ainsi je pouvais former mes élevés eux«mêmesàrétatd'instituteur, en inspectant leur manière d'enseigner. Quant à notre existence temporelle, elle était aussi simple que les mœurs des montagnards. Nous avions fait provision de viande salée et de pain de seigle dur, c'est-à-dire cuit une fois pour tout iTiiver, selon Tusage du pays. Les habitants nous fournissaient le bois pour le chauffage et pour notre cuisine, et logeaient gratis tous les écoliers étrangers. On verra dans la lettre ci-jointe, adressée à M. Perrot, Tun des principaux bienfaiteurs de cet institut (c'est la suivante), quels en ont été les résultats. Quant à moi, je ne puis que rendre grâce à Dieu de la bénédiction qu'il a daigné répandre sur cette entreprise, et des forces qu'il a daigné m'accorder pour en supporter la fatigue. Puisse-t-il continuer le cours de ses grâces envers moi, et supporter mes infirmités, ou plutôt m'en délivrer, afin que je puisse, jusqu'à la mort, vivre à son service et pour la gloire de son nom !

Je suis allé dernièrement à Mens, où un léger accident m'a retenu quelques semaines, pendant lesquelles le Seigneur a daigné m'employer à l'édification de plusieurs âmes, qui, bien qu'elles suivent le troupeau de Christ depuis plus de deux ans, commencent seulement maintenant à donner quelque signe de vie et à sentir leur profonde misère.

Notre ami Blanc désire, et je le désire bien au-

tant qae lui, que nous allions visiter, sur la fin de Tété, toutes les églises du Dauphiné, qui sont plongées dans les plus grandes ténèbres, et dont presque tous les pasteurs lui sont personnellement connus. Cette circonstance me rend sa compagnie très-utile; car je ne suis guère propre à rompre la glace avec des inconnus , surtout s'ils sont déjà prévenus contre moi. Mais pour que Blanc puisse faire cette course, il faut nécessairement qu'il soit remplacé dans son église pendant cinq ou six semaines. Si donc on pouvait envoyer quelqu'un pour ce tempslà, ce serait bien utile. Je prie nos amis de Genève de s'en occuper, et de m'en donner avis le plus tôt possible.

A M. PBRROT, A GENÈVE.

Aryieax, le 1«' jain 1826.

Monsieur et très-honoré frère en Jésus, notre Sauveur,

Il est bien temps que je prenne la plume pour vous rendre compte de l'œuvre chrétienne à laquelle vous avez eu la bonté de prendre tant d'intérêt. Notre école devait finir avec l'hiver; et celuici n'ayant pas été fort long, ni neigeux, les travaux agricoles ont rappelé nos élèves dans leurs villages, dès les environs de Pâques. Leur départ a fait à Dourmillouse un vide vivement senti par les habitants, qui s'étaient attaché^ à eux comme à leurs frères ou à leurs enfants. La veille de leur départ,

les jeunes hommes du village nous donnèrent un souper , composé principalement de leur chasse « c'està-^dire de chamois et de marmotes salées. Ce repas, tout-à-fait champêtre et frugal, réunissait environ trente jeunes hommes, et présentait tout à la fois la joie de Tamour fraternel et la tristesse d'une prochaine séparation. Sur la fin do repas, quelqu'un dit : «c Voilà une belle société de jeunes amis ; mais il n'est pas probable que jamais noua nous retrouvions tous ensemble. » Je pris ces paroles pour texte, et leur rappelai que nous pouvions tous nous revoir dans le royaume du Ciel, si nous persévérions à suivre Jésus-Christ. Je leur adressai ensuite quelques mots sur le temps que nous avions passé ensemble, et dont tous n'avaient pas profité pour leur éducation comme ils l'auraient pu. Ils étaient fort touchés ; Tétable où nous étions était remplie de monde, surtout de jeunes filles de l'école dusoîr; tout le monde pleurait; et, après la prière, tous gardèrent pendant longtemps un profond silence (*)•

Le lendemain, chacun prit la route de sa vallée, laissant à Dourmillouse des regrets et un souvenir qui ne s'effaceront pas de longtemps.

Quant aux progrès que ces jeunes gens ont faits, ils sont très-variés suivant les individus. La plupart étaient si incultes, si neufs, qu'un temps si court ne pouvait suffire à leur inculquer même les premiers éléments des connaissances humaines. Nous

(1) Cette scène est sans doute ooe des plus belles qa'on paiiit imaginer, et ce moment l'un des plus imposants de la vie de NeflL

en avons cependant sept ou huit qui rempliront, je 1 espère, le but que nous nous étions proposé, c'està-dire qui sont capables de s'acquitter des fonctions d'instituteur de campagne , et de répandre autour d eux la bonne odeur de Christ. Pareil nombre , Mos se destiner à cette vocation, ne laisseront pas de consacrer à la gloire de Dieu Tinstruction qu'ils ont reçue ; et les autres, moins avancés sous tous les rapports, ont pu profiter pour eux-mêmes des moyens l'instruction et d'édification qui leur étaient prélentés.

Les deux filles de Dourmillouse qui ont suivi toutes nos leçons, Anne-Marie Arnoux et Susanne Baridon (^), ont fait beaucoup de progrès en toutes manières, et nous sont très- utiles pour l'école du dimanche, qui est établie dans leur hameau de* pois le départ de mes élèves. Elles sont comme le centime et l'âme de la vie religieuse dans leurs villages et jusque dans les vallées voisines, par la correspondance qu'elles entretiennent avec beaucoup de personnes qu'elles n'ont pour la plupart jamais vues. Les autres jeunes filles qui ont fréquenté Técole du soir , ont fait passablement de progrès dans la lecture ; et plusieurs ont appris à écrire de manière à pouvoir, tant bien que mal, mettre leurs idées sur le papier.

Plusieurs d'entre elles paraissent aussi avoir passablement profité quant au spirituel, et persévèrent à chercher le royaume de Dieli ; de ce nombre sont deux filles, déjà d'un certain âge, qui ne savaient

(I) f^Uite^ p. 55, au bas, 73, et 160.

ni A ni B, et qui avaient paru jusqu'alors fort iiH difiérentes pour les choses spirituelles.

Jusqu'à présent , aucun de nos jeunes élèves n*a pu se placer comme régent, parce qu*on ne fait point d'école 1 été ; mais plusieurs tiennent deséeO' les du dimanche, qui commencent à prendre dans nos contrées. Voici, pour le présent, comment ils sont placés et utilisés :

En Queyras, à Arvienx, BarthéUmi Albert^ de Brunissart Q, âgé de dix-neuf ans, boiteux des deux pieds, mais d'ailleurs robuste, vif, intelligent et doué de l'organe musical , don très-rare dans ces montagnes , lit et chante au temple d' Arvieux ; et fait à Brunissart deux services l'après-midi et le soir du dimanche. Il tiendra aussi l'école du dimanche que j'espère y établir; il lutte avec fermeté contre l'apathie et la rudesse de ses compatriotes et contre la malice des jeunes hommes, qui apportent de Marseille, où ils passent l'hiver, toutes les mauvaises dispositions de la populace d'une grande ville ; il fortifie et soutient ceux qui ont quelques bons désirs; et Thiver il tiendra probablement l'école des enfants dans son village.

A Saint-Véran, Chaffrey Matthieu tX Joseph Jouçe font le service au temple deux fois par dimanche ; ils tiennent également l'assemblée du soir^ et l'école du même jour; ils tiennent aussi des réunions dans la semaine ; et à l'approche de l'hiver

(1) J'ai eu le plaisir de le voir à Aryieax {FUite^ 107) ; et il m*a para répondre parfaitement à la description qae Neff noas en donne ici. Comparez do reste à la lettre aclaelle celle da 5 janvier de cette méin» année (p. 59).

ils iront probablement se placer quelque part comme maîtres d'école. Le dernier, J. Jouve, d'un caractère ferme et un peu original, assez intelligent et instruit « a fait cet hiver beaucoup de progrès dans les choses divines. De rebelle et orgueilleux, il est devenu un fidèle serviteur de TAgneau de Dieu •

Daniel Isnel, aussi de Saint- Véran, âgé d'environ quinze ans, qui se destine aussi à l'état d'instituteur, et doit aller en Languedoc joindre un parent qui y remplit les mêmes fonctions, continue i manifester de bonnes intentions, sans être cependant fort avancé.

Etienne Matthieu (') , le pjus avancé de ce village , na'a accompagné à Mens dans mon dernier voyage. On a voulu l'y retenir comme chantre et maître de musique sacrée (vocale) ; et comme ses occupations ne lui prennent que peu de temps, nous l'avons placé comme apprenti chez un maître menuisier, pour la somme de i>5o francs pour un an, pendant lequel il est nourri et logé chez le maître. J'espère qu'au moyen de cette profession, Etienne, qui est très-adroit , pourra voyager et vivre sans être à charge à personne, en annonçant la Parole de vie avec la douceur et la joie dont son cœur est rempli. Il plaît beaucoup à Mens, où j'espère qu'il fera du bien , en attendant qu'il puisse porter ailleurs la lumière évangélique,

A MoUines , André Vasseroie , de Fongillarde

(1) Nous ayons déjà dit (t. I, p. 503) combien celoi-ci avait mal tourné.

(I, 473)* instituteur, étant marié ('), n'a pu, à son grand regret, venir à notre école cet hiver ; mais il n-en travaille pas avec moins d'ardeur à rœovre de Dieu dans son village et aux environs. Il fait trms services le dimanche , et tient deux assemblées du soir dans la semaine ; il chante bien , lit avec expression, parle avec hardiesse et abondance, mèitt en français, et sans de fréquentes fautes^ de langage ; on croirait entendre un prédicateur. S'il était partout ailleurs que dans son pays, il ferait beaucoup de bien.

La vallée de Freyssiniëres, à mon grand étonnenient « n'a fourni presque aucun sujet passablement doué; ceux même qui, soit pour les choses ordinaires de la vie, soit pour Jes choses purement spirituelles, manifestaient le plus de jugement et d'expérience , sont incapables de réussir dans les sciences humaines ; et quelque peine que noas ayons prise, quelque appliqués qu'ils aient été, leurs progrès n'ont pas été satisfaisants. Le plas intelligent serait un nommé Jaques Baridon, dit Chaffret, de Dourmillouse , jeune homme qui ne s'était fait remarquer jusqu'ici que par sa grande force physique, la violence de son caractère et Tirrégularité de sa conduite. Il a fréquenté notre école assidûment , et parait aujourd'hui très-change ; il travaille même à l'édification des autres. Mais sa vie passée l'empêche d'obtenir la confiance de ses voisins ; et j'ai pensé qu'il ferait bien de s*éloigner pour un peu de temps. Il ira peut-être aussi en Triève.

(1) C'est chez lai que je m'arréUi et qae noos passâmes aD si Joli momeni (ytsiUf p. 115). Voyei encore ici, p. 115, aa haot.

Saridcn^ vena aussi de Dourmillouse, le jeune homme le plus sage et le plus chrétien da village, a fait quelques progrès ; il tient maintenant Técole du dimanche pour les garçons. Six ou sept pères de famille, les moins ignorants du hameau, 86 sont aussi engagés à s'y trouver tour à tour, ne fftt-ce que pour y maintenir Tordre. On a, de plus, décidé de tenir Técole, les jours pluvieux de ia se* maine, à la Chalp (') de Freyssinières.

Deux de nos écoliers, François Besson, des Mensals, et Jean Baridon^desyioVms^ ont aussi résolu de tenir une école du dimanche ; ils ont des assem* blées du soir, et peuvent faire du hien sous le rapport religieux , quoiqu'ils n'aient fait que peu de progrès à Técole.

A la Bibe, François Berihalon (I, 4^4 )i 1^ premier-né de la vallée , a aussi fréquenté notre école une partie de Thiver; mais il méprise, je ne sais pourquoi , toute science humaine , et regrette le temps qu'on y donne ; ce qui est d'autant plus fâcheux qu'avec son zèle et ses connaissances religieuses il pourrait faire beaucoup de bien, s'il sauvait un peu mieux la langue, et surtout s'il savait mieux lire. Il ne laisse pas d'être fort utile aux âmes déjà bien disposées.

Lie Champsaur nous avait fourni cinq écoliers , outre le sous«maître, Ferdinand Martin. Ce dernier est parti pour Paris le i4 avril, pour l'institut de notre frère Olivier cadet. S'il est secondé , il

(1) Voici an exemple da sens général qae porte ce mot. Il lient probablement à la même racine qae noire mot capite, dont j'ignore le sens précis.

fera sans doute de rapides progrès , particulièrement dans les langues. Il a été fort regretté partout où il a passé, et surtout dans sa vallée natale; cette contrée, d'abord la plus dissolue à cause de sa richesse, est maintenant celle dont je suis le plus satisfait. Lorsde ma dernière visite, ]j réunis vingtcinq jeunes hommes de quatorze à trente ans, tous plus ou moins bien disposés, pleins de fermeté et de zèle pour la vérité évangélique, sans cependant être tous réveillés. Il n'est peut-être pas dans tout le Midi une seule église qui, quoique vingt fois plus populeuse, pût en fournir autant ; car on se plaint partout que les femmes seules prennent part à Tceuvre de Dieu.

Le plus intelligent de nos écoliers du Ghampsaur est Pierre Allard, de Saint-Laurent, âgé d'environ quinze ans, plein de vie et de moyens intellectueb. Tout son désir est de se vouer à Tœuvre de Dieu ; mais ses parents , rustres et charnels, quoique riches, n'y consentiront probablement pas.

Jean Audéoud^ du même village , a fait aussi beaucoup de progrès. Il se propose également de tenir l'école hors de son pays.

Casimir Cesimat^ du Forez, quoique fort riche, se le propose aussi.

Mais le plus intéressant est Alexandre Valorel, du Pont de Saint-Laurent, qui, jusqu'à l'automne dernier, se faisait gloire d'être le plus mauvais sajet du pays, ivrogne, batailleur, etc., et qui même avait fait huit mois de prison pour avoir presque assommé un homme. Cest lui qui est maintenant à la tête de l'œuvre de Dieu, en Ghampsaur, à la

place de Ferdinand; ses anciens camarades ont peine à le reconnaître ; et dernièrement en Triève, où il est très-connu, on ne voulait pas que ce fût Joi. U a passé Thiver avec nous ; et quoique déjà igéde trente -trois ans, ses progrès ont été satisfaisants. II lit surtout fort bien, et fera un bon instituteur ; on lui a déjà offert plusieurs places.

La haute vallée de Vars (entre Guillestre et Barcekmnette) ne contient que peu de protestants ; elle Denojis a fourni qu'un écolier, Jean Rostan (*), igéde dix-huit ans, d'un caractère décidé et passablement doué. Il est allé ces derniers temps faire qn tour en Piémont, où l'œuvre de Dieu se soutient malgré la violence des ennemis de toute espèce ; il ira à Paris chez M. Olivier, où il se vouera à Fétat d'instituteur.

A Vars on remarque encore un autre jeune homme fort intéressant, Pierre Tolosan (f), agriculteur en été, et l'hiver marchand colporteur aux environs de Nîmes; il y a fait, Thiver dernier, connaissance de plusieurs chrétiens qu'il a fréquentés assidûment, malgré les railleries du monde et de ses parents de Mimes pour qui il vend ; il a même eu le courage, pour éviter le mensonge auquel on est exposé dans cette profession, d'établir un prix fixe et de ne jamais surfaire personne. Au commencement il ne Tendait rien ; mais en persévérant il en est venu à a\oir plus de débit que les autres , tellement que déjà plusieurs sont contraints de l'imiter. Si Tolo-

(1) Je pente le ministre wesleyen actael.

(2) Fisiu, p. 93.

^an est une fois plus éclairé, j*espëre qu'il fera beaucoup de bien, tout en vendant sa dentelle et sa toile peinte.

J'espëre, Monsieur et respectable frëre^ que ces détails, quoique longs, ne vous auront pas ennuyé, puisqu'ils sont en partie le résultat de Fintérèt qoe vous avez bien voulu prendre à cette œuvre que j'avais fort au cœur, mais que je n'aurais pu entreprendre sans votre généreuse assistance et celle de vos dignes amis •••••..

Suit le compte-rendu des frais, etc.

A UlfB SOEUR DB MENS.

Arrieai, le 14 Joio ISSS.

Ma chère Louise ('),

Votre lettre m'a fait, comme toujours, un grand plaisir ; et je ne Tai point trouvée longue ; mais je l'aurais encore mieux aimée si vous ne me parliez pas tant du regret que vous avez eu de mon départ. Cela ne m'étonnerait pas d'une âme encore tremblante sous le bâton de Moïse, ou à peine née à la vie nouvelle ; mais vous, qui connaissez déjà Celui qui est dès le commencement, et qui avez si souvent puisé à la source des eaux vives, vous ne devriez pas tant vous appuyer sur le bras de la chair. Aussi vois-je avec plaisir que vous reconnaissez que Dieu est jaloux de sa gloire et veut qu'on ne cherche que lui seul.

(1) Ce n*ef t pai la penoDoe meotionoée 1. 1 , p. 200.

Poor.toot cela je ne suis pas moins sensible à Jji^ctjon qae vous me témoignez, et au souci que I TOUS avez pour moi en vous représentant combien I je dois être mal dans ces montagnes. Mais, chère f lœur, tranquillisez-vous à cet égard; je n'ai pas > été élevé dans une boîte de coton , comme on dit; et j*ai couché quelquefois, et même souvent, , pUisdur que sur ]a paille. Certainement on n'est fM ici logé et nourri comme à Mens ; mais j'y suis accoalumé et ne m'en porte que mieux. Si seulement Vair vif et pur des Hautes-Alpes pouvait vivifier l'âme comme le corps, je ne voudrais pas les quitter de toute ma vie ; mais le péché nous suit partout; et nous ne sommes pas plus près de Dieu au sommet des plus hautes montagnes qu'au fond des vallées. Il n'est près que de ceux qui l'invoquent en vérité.

Les diverses expériences que vous avez faites cet biversont une preuve de la fidélité du Seigneur qui, dès qu'on se tient près de lui, nous tient lieu de tout, et peut entretenir le feu de son amour dans Dotre cœur, même au milieu des eaux que TËnnemi y verse en abondance. Il est bon de ne pas oublier ces choses ; d'abord pour soi-même, car il vient on temps où on a besoin d'y penser pour se donner du courage ; puis ensuite pour les autres, qu'on est appelé à fortifier. Je désirerais beaucoup que vous, ma chère Louise, qui avez fait plusieurs expériences spirituelles, vous ne fussiez pas avare de Tos conseils auprès des âmes moins avancées. U est bien bon d'être modeste et de ne pas se mettre trop en avant ; mais il ne faut pas non plus tenir la lu-

miëre sous le boisseau. Cela me fait déjà bien plaisir que vous ayez vu toutes ces personnes dont vous me parlez ; continuez à les voir et à leur faire du bien autant qu'il sera en votre pouvoir.

Vous avez sans doute eu tort de vous mettre en colère contre votre enfant ; et vous avez eu raison de regarder cela comme un péché ; mais il faut bien distinguer la colère, de la correction, et ne pas vous imaginer pour cela que vous ne devez jamais corriger vos enfants. Ne le faites jamais dans la colère ; mais prenez garde aussi de ne pas leur laisser prendre l'autorité sur vous. Malheureusement il est très-peu de familles où les enfants soient instruits et corrigés selon le Seigneur; on leur soufire tout, surtout dans le premier âge, en disant : « ils sont trop jeunes ; » et quand ils sont plus grands, le pli est pris et c'est trop tard. Je pense que vous ne ferez pas ainsi ; qu'en cela surtout vous tâcherez d'être toujours d'accord avec votre mari ; et qu'entre vous deux vous ne permettrez pas que personne d'autre dans la maison gâte vos enfants, et surtout les flatte quand vous les grondez.

Louise P. est travaillée depuis longtemps ; et cependant vous me dites* qu'elle n'a pas encore trouvé la paix, tandis que sa belle-sœur, qui n'a connu ses péchés que depuis peu, a déjà trouvé la délivrance! Il n'y a là pourtant rien d'étrange; cela dépend souvent des caractères des personnes. Ceux qui ont plus de simplicité et de foi sont plus vite consolés; ceux qui se cherchent eux-mêmes ne se trouvent jamais prêts et restent à la porte, quand même elle est ouverte et qu'on leur dit d'entrer. Souvent aussi

cela vient de la dispensation du Seigneur, qui juge a propos de nous faire bien savourer Tamertume da péché, et trembler sous la montagne de Sinaï avant de nous conduire aux eaux de Siloë. En général, on peut dire que celles qui ont été longtemps et profondément affectées de leurs misères sont celles qui ensuite font le plus de progrès et ont le plus de vie et d'amour pour le Seigneur : quand \ on a creusé un fondement bien profond et bien large, on peut bâtir une maison plus haute et plus ùdie.

Vous me donnez des nouvelles de la maman de . D. B. qui me font bien plaisir. Mais personne ne me dit rien de sa nièce, Y. B., la femme de Jean- Pierre du Loix , qui était bien travaillée quand je partis de Mens. Je languis aussi d'avoir des nouvelles de celle de Mantaire, surtout de Victoire Arnaud que vous devez voir quelquefois.

Dans nos Alpes le règne de Dieu avance tout doucement ; mais les âmes travaillées ont bien de ia peine à trouver du repos , surtout les jeunes filles. Je ne sais si cela vient de leur ignorance ; mais il y en a qui sont dans la tristesse, bientôt depuis deux ans, sans vouloir entendre aucune consolation; et même il y en a qui ne veulent ouvrir leur cœur à personne et à qui on ne peut arracher un mot sur leur état spirituel. Priez pour elles, que le Seigneur leur fasse trouver la porte étroite et « le coteau de la délivrance. » Quant au monde, il est toujours le monde, c'est-à-dire qu'il écoute la Parole de Dieu comme une chanson et l'oublie presque aussitôt ; mais il faudrait être bien simple que d'attendre, oïL

que Ton soit, que le grand nombre Ya se conver** tir. Nous devons être bien contents quand le Seigneur nous accorde d*en saurer quelques-uns. Adieu, ma chère sœur. Que le Seigneur vous fortifie et vous réjouisse de sa gracieuse présence ! Votre dévoué frère, FéKx Mbit.

ArTieoi, le 15 Juin IflM.

Mon cher Salomon (à Mens),

Quoique j*aie peu de chose à vous dire, je veux cependant profiter de l'enveloppe des lettres ci-in« cluses pour vous féliciter de la fondation de votre petite école gratuite. Puisse le Seigneur la bénir et vous donner toujours le vouloir et la force d'entre* prendre quelque chose pour le bien de vos sem* blables et la gloire de Dieu !

Puisque je vous écris, il faut que je vous dise une chose à laquelle j'ai déjà pensé plusieurs fois et que j'ai toujours oubliée. M. Dumont m'a montré une lettre de M. B., dans laquelle ce dernier, pour prouver que le règne de Dieu n'avançait, dans le siècle présent, qu'en apparence, lui disait entre autres choses : « qu'il avait entendu à Mens le peu d'hommes qui s'occupent de l'Evangile jurer comme les mondains. » « Et jurer, ajoutait*il, est-ceJà être chrétien? » M. B. a sans doute bien tort de croire qu'à cause de cela personne parmi vous n'a vraiment la foi ; mais son observation n'en est pas moins vraie, et je vous prie d'en faire part à vos amis, qui pour la plupart, et peut-être vous-même,

■e se font pas scrupule de tomber souvent dans^ cette faute. Quon n'entende parmi vous^ dit saint Plaal, aucune parole déshonnite. C'est peu de chose de se corriger de ce défaut ; il y en a pour trois ouquatre jours tout au plus, en y prenant garde, et surtout en se reprenant mutuellement.

Dites à Etienne Matthieu que Joseph Jouve lui avait écrit, mais que la lettre était trop grosse pour la mettre dans celle-ci : je la lui ferai passer une autre fois. Saluez-le, ainsi que tous nos amis.

ii^ieu, mon cher Salomon ; que le Seigneur vous. bénisse et vous fortifie en sa grâce ! Votre dévoué frère en Jésus-Christ, F. N.

A ^* MARIE BLANC, FEHMB d'ANTOINB BLANC, à la Tour (en Piémont).

Vars, Iel9jailletl826;

Madame et bien-aimée sœur en Jésus-Christ,, notre Seigneur ,

M. Blanc, votre estimable époux, m'a fait rire en me disant que vous n'aviez pas voulu lui confier une lettre pour moi. Sans doute ce n'est pas sérieusement que. vous avez dit cela ; mais cette plaisanterie me fâche, parce qu'elle me prive du plaisir de recevoir de vos nouvelles de votre propre main. Je ne puis en conséquence vous écrire que peu de chose, ne connaissant point votre état spirituel ac* toel, et ne pouvant vous dire que des généralités..

J'ignore si j'aurai le plaisir de revoir Mr Antoine:-

à son retour. Ainsi je vous dirai que j'ai remis un billet à M. Pons, de Mens, qui est parti aujourd'boi pour la vallée, afin de vous prévenir que M. Aii^ tome avait passé à Freyssiniëres, et que je Tavais quitté très-bien portant sur le col d'Orsière, lundi matin. Je vous dis cela, en ajoutant qu'il m'avait lui-même, M. Blanc, prié de vous écrire ce biUet, pour vous prouver qu'il tient à ce que vous ne soyez pas en peine de lui. C'est trës-bien de sa part, et vous devez lui en savoir gré; car je vous avoue que pour moi je n'aurais pas tant d'attention ; et je ne puis que vous exhorter à un devoir, trop néglige par les femmes chrétiennes qui ont des maris, des frères ou des fils dévoués de cœur à la gloire de leur Sauveur, c'est de prendre garde aux mouvements de la chair et du sang qui nous portent à sacrifiera notre tranquillité et à notre satisfaction temporelle les obligations que nous impose le glorieux titre d'enfants de Dieu ; c'est-à-dire que souvent les personnes dont je parle sont portées, par l'effet d'une timidité ou d'une crainte charnelle, à entraver les fidèles à qui elles sont unies, à peu près comme saint Pierre, quand il embrassait Jésus en lui disant : « Prends pitié de toi ! » Vous save» comment le Seigneur le remercia....

Je ne veux cependant point dire, chère soeur, que vous soyez dans ce cas ; au moins n'en ai-je nullement ouï parler ; mais le préservatif n'est jamais de trop, surtout dans des circonstances telles que celles où vous êtes placée. Quelque désavantageuses qu'elles puissent être , elles ne nous affranchissent jamais de l'ordre qui nous est donné d'annoncer les

vertus de Celui qui nous a appelés des ténèbres à la lumière. Si cela était, la cause de Tenfer serait bientôt gagnée et sa victoire complète ; et même la Bonne Nouvelle du salut ne serait pas venue jusqu'à nous au travers de tant d'obstacles et de persécutions. A ceci je dois ajouter une observation qui me sied à la vérité bien peu , puisque je puis me rappliquer plus qu'à personne, mais qui n'en est ]^ moins vraie et importante : c'est que souvent, ammilieu des discussions, des oppositions, des tra* caffieries qu^occasionne l'apparition du flambeau de la Vérité, ceux qui le portent perdent plus ou moins le vrai point de vue sous lequel ils devraient envi-, •ager leur œuvre, et y apportent un certain amourpropre qui, suivant les circonstances, amène de Taigreur et surtout une disposition à tourner en ridicule et à critiquer d'une manière piquante ceux qui s'opposent à l'avancement du règne de Dieu. Cette disposition, quand même elle ne se manifesterait que dans les conversations des fidèles entre eux, et n'irait pas jusqu'à blesser ceux-là même dont il est question , est néanmoins très -funeste ; d'abord, elle entraîne à une légèreté bien déplacée; puis, elle étouffe la charité, la compassion qui devrait nous animer, même envers nos plus cruels ennemis, et présider toujours à tous nos jugements, à toutes nos actions. Il arrive alors qu'on traite la cause de l'Evangile plutôt comme affaire de parti et d'opinion, que comme la grande affaire de l'éternité ; et, ce qui n'est pas moins à craindre, la légèreté qu'on y apporte tarit les sources de la vie chrétienne, qui sont la prière et les entretiens onc-

tueux entre fidèles ; elle diminue la foi, la confiance, le vrai sèle ; et enfin, en empêchant de regarder cette œuvre comme un devoir positif, elle porte à la négliger des que Tamour d'une certaine gloire n'est pas satisfait par des succës un peu éclatants, ou qu'il y a de vrais sacrifices à faire et de vraies croix à porter.

Au reste, ma bien-aimée sœur, ces observations ne sont pas ici pour une application particulière ; je les couche sur le papier et vous les communique parce qu'elles se présentent actuellement à mon esprit, et qu'elles peuvent être utiles à tous ceux d'entre les frères à qui elles parviendrcmt.

Pour ce qui vous regarde en parliculier, je ne puis que vous recommander instamment de pené« vérer dans une recherche sérieuse, simple et sontenue de cette communion intérieure avec le Seigneur Jésus, qui constitue, à proprement parler, la vie du fidèle, et peut seule le rendre vraiment fertile en fruits de justice et de sainteté. Hors deU on n'est guère chrétien que d'esprit et de doctrine; on est léger, sensible aux mépris, aux disgrâces, aux contradictions ; attaché à ses aises, à ses avantages extérieurs ; par conséquent ennemi, dans le fond, de la croix de Christ, au moins de celle que nous devons porter dans le monde, et surtout de celle quidoit, dans notre âme,/air^ mourir en nous t homme terrestre avec ses passions et ses convoitises. Or, «je sais trop combien cette vie sérieuse et recueillie, cette piété douce, fruit de l'onction di* vine que Jésus communique à ceux qui vivent dans sa vraie communion, je sais, dis-je, trop combien

ces dispositions sont imparfaites et rares chez la plupart même des Trais croyants, poor que je ne pense pas devoir vous en rappeler le prix et Timporlânce^ surtout quand je me souviens combien notre exemple, pendant le peu de temps que nous avons eu le plaisir de passer chez vous, a été peu propre à les fortifier, non plus que dans les autres occasions où j'ai pu me rencontrer avec quelqu'un des amis de votre côté. Je me sens obligé de vous àkecela franchement, quelque humiliant que ce puisse être pour moi, parce qu'il serait très-fâcbeux qu'on me prît pour modèle en cela, comme en bien d'autres choses, et qu'on s'imaginât que je fais tout ce que je sais être mon devoir et même mon avantage. Non, je ne puis pas dire comme saint Paul : Soyez mes imitateurs^ si ce n'est peutêtre dans ma manière d'exposer les doctrines évan-^ géliques, et de déclarer tout le conseil de Dieu. Pour le reste je dois plutôt être considéré comme le portier d'un palais, qui introduit les visitants ou les solliciteurs et leur indique le cabinet du roi, mais qui reste à la porte, et avec qui il ne faut pas s'arrêter, mais bien passer outre. Puissé-je y entrer enfin à mon tour et ne pas être rejeté après avoir prêché aux autres !

Adieu, Madame etbien-aimée sœur. Que le Seigneur vous bénisse et vous fortifie ! Saluez affectueusement de ma part Madame votre mère et M"* Susanne, votre sœur, dont je désirerais bien recevoir quelques nouvelles, surtout de bonnes^

Votre dévoué frère en Jésus-Christ ,

Félix Neff,

- UQ — A ■• ANTOINE BLANC (probablemeoi) •

Van, le 20 Joillet 1820.

Mon cher et bien-aimé frère en Jésus-Christ, notre Sauveur,

J^aurais reçu avec plaisir quelques mots de votre main par l'occasion de notre ami A. B. ; et j'auran eu d'ailleurs, dans ce cas, quelque chose de. plus précis à vous écrire. Cependant j'ai appris que le Seigneur vous multiplie ses grâces en vous faisant sentir avec une force nouvelle l'importance infinie des vérités évangéliques, si négligées et si méconnues de la très-grande majorité des humains. Bien certainement les sages de ce monde, même ceux qui prétendent à la réputation de gens religieux, se joignent aux plus légers pour vous taxer d'exagération et attiédir ou glacer votre cœur, s'il est possible. Pauvres aveugles! Ils font profession de croire en Dieu, qui mérite et qui exige qu'on l'aime de tout son cœur, de toute son ârne, de toute sa pensée et de toutes ses forces ; et ils craignent qu'on l'aime trop, qu'on en ait le cœur trop pénétré, l'âme trop occupée ! — Ils croient à une vie éternelle, à côté de laquelle la félicité ou les maux de la plus longue carrière ne sont qu'un zéro devant l'infini ; ils croient à une place pour le fidèle à la droite de Dieu a^ec les anges, les archanges et tous les saints,... et ils ontpeur qu'on y mette trop d'importance, qu'on en soit trop préoccupé, qu'on en prenne occasion d'estimer moins la poussière de ce pauvre monde! Us

croient une rédemption, un salut par le sang de Jésus, salut qui semble avoir par-dessus toutes choses occupé le Dieu Fort dès les temps éternels, qui a été le but de toutes les directions de sa Providence depuis la création du monde, pour lequel il a fait tous les prodiges, envoyé tous les prophètes, et pour lequel enfin il est venu lui-même naître, souffrir, etmourir sur la croix ! Us croient ce mystère, au fond duquel les anges mêmes désirent de regarder^ qnifait et qui fera le sujet éternel des cantiques des bienheureux , et qui ravissait Tâme de saint Paul )usqu'à lui faire dire qu'il ne vivait plus lui^ mime, ni pour lui-même^ mais quil vivait pour Christ et que Christ vivait en lui; et ils osent trouver mauvais qu'on soit ravi d'une si bonne nou* Telle ; qu'on estime un si grand salut plus que le monde entier ; que, pour l'obtenir, on renonce aux affections coupables de la chair et du sang, à la vile cupidité et aux vains plaisirs d'un monde insensé» dont toute la sagesse, dont la plus grande affaire est d'offenser Dieu et d'oublier le terrible avenir ! Mais non ; ils ne croient point à ces choses, il n'en sont point persuadés, ceux qui y attachent si peu d'importance , ceux qui craignent qu'on soit trop chrétien. Peuvent-ils l'être eux-mêmes, ces esprits si actifs, ces cœurs si ardents à la poursuite des plai-sirs, des honneurs et des biens de la terre, et si glacés, si lâches, si indifférents pour les choses d'en haut? Peuvent-ils être mis au nombre des croyants? Hélas! que ce nombre est petit! Ah! cher ami, bénissons, bénissons le Seigneur qui nous a rache* tés, qui a daigné dessiller nos yeux et réveiller

nos cœurs aussi assoupis que les autres ! Que notre âme soit sans cesse partagée entre les sentiments de confusion que doivent nous inspirer notre in* dignité, notre corruption, et la sublime et glorieuse espérance de notre haute et bienheureuse destinée; entre le regret de ne rien faire qui soit digne d'un Dieu si bon, et la jouissance de son infinie miséri«» corde ; enfin, entre la joie» le bonheur d'être arra* ché des griffes de notre terrible Ennemi et du gouf* fre ardent de la perdition, et la douleur d'y voir courir la multitude sourde et aveugle de nos malheureux frères qui rejettent comme un poison la coupe salutaire que leur ofiFre le vrai Médecin, et déchirent avec fureur la main charitable qui vou-> drait briser leurs honteuses chaînes! Sans doute la multitude des malheureux Yaudois qui foulent in* dignement, dans leurs jeux profanes, le sang et la cendre de leurs bienheureux ancêtres, et qui souillent par leurs débauches et leur impiété la sainte retraite de la Vérité, peuvent et doivent être regardés comme justement abandonnés et dévoués à Tes* prit de vertige et d'erreur qui semble les transpor-* tercomme un tourbillon dans la demeure du Prince auquel ils se sont lâchement vendus, pour commet-* ire à l'envi toute souillure et toute iniquité. Sans doute c'est un juste jugement de Dieu, que la lumière qu'ils ont laissé éteindre et qu'ils haïssent, leur soit interdite et ne puisse briller librement au milieu d'eux; que, tandis que leur nom, comme un vain fantôme et comme l'ombre sainte d'un corps qui n'est plus, émeut encore en leur faveur les égli* ses les plus éloignées, la mort et la corruption

exercent paisiblement leurs ravages dans ce sanctuaire changé en sépulcre ; et que la vie ne puisse plus 8*y introduire et ranimer ces os secs !

Mais devons-nous penser que le Seigneur ait, pour cela, totalement abandonné les restes de son héritage? N^ aurait-il point laissé quelque semence en Israël? £/ aurait-il laissé devenir comme Sodome d Gomorrhe? Non, ne perdons point courage ; et ftle Seigneur n*a pas un grand peuple dans cette wifiieureuse contrée, croyons qu'au moins il y a quelque résidu selon son élection de grâce, et que, tôt ou tard, ses enfants se manifesteront. Ne vous lassez donc point de rendre témoignage à la vérité et de révéler le conseil de Dieu à ceux qui voudront l'entendre. Croyez que vous êtes appuyé puissamment par les prières ferventes d un grand nombre de frères, qui, dans plusieurs contrées, ont été informés du combat que vous avez à soutenir et s'intéressent à cette œuvre excellente et glorieuse. Soyez donc ferme et persévérant, ne regardant qu'à Celui qui peut vous secourir en toute circonstance ; et fussiez-vous seul à lutter contre le torrent de l'impiété, ne soyez point intimidé; car Celui qui est en vous est plus fort que celui qui est dans le monde ; et c'est lui-même qui nous dit : Vous aurez des angoisses dans le monde; mais ayez bon courage, fai vaincu le monde!

J'ignore si nous aurons le plaisir de vous voir dans nos contrées une fois cette année. Ce serait vraiment pour nous une grande joie, que nous demandons au Seigneur de tout notre cœur.

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