A M. POIRSON
Paris, 6 août 1869«
Mon cher ami, je ne tarderai pas, j'espère, à aller vous rejoindre, et même, si je le pouvais, dimanche; je ne regarderais pas beaucoup à la petite différence de sécurité, ces choses-là ne me faisant pas grand'chose.
Je suis seul ici depuis mardi, mais je n'en suis pas moins surchargé de petites affaires indispensables à terminer, quoique petites, et ma santé n'est certainement pas bonne.
La duchesse de Mazarin répétait souvent ces vers : Sur les ailes du temps la tristesse s^envole.
Les maladies et les infirmités ne s'en vont pas sur l'aile des années.
Enfin, pour vous tenir bien au courant de mon itinéraire, je ne partirai jamais avant une heure de Paris, et, si je peux, je vous avertirai de mon départ, qui ne sera pas retardé, j'espère, plus tard que lundi.
Vous sentez-vous rectus m curld depuis le Sénatus-Gonsulte î Cela a l'air d'un lot de démolitions; toutefois, il y a là-dedans de bonnes pièces de bois avec quoi on peut bâtir quelque chose. Je tiens que l'Empereur a, pour cette fois, pris le parti le plq^ prudent. Le voilà dans une grande barque, sans beaucoup de connaissances nautiques, à la merci des grandes eaux. Cela vaut mieux néanmoins que de s'enfoncer lentement dans une tourbière comme il est arrivé une fois en Irlande à toute une compagnie de cavalerie à la poursuite d'insurgés. Les pouvoirs absolus cheminent sur des tourbières, qui ont l'air de belles prairies et qui s'ouvrent comme des gouffres sous le voyageur.
Le Sénat doit se sentir comme un porteur de bois, qui en a plus que sa charge, dans un escalier très raide. Cette loi est informe, bien qu'excellente ; la langue même de la légalité y est violée partout. Pour le dire en passant, c'est une marque de décadence pour un pays quand on y oublie le beau langage clair, austère et impérieux de la loi. Je vous demande ce que veulent dire ces mots : les ministres dépendent de C Empereur, Il y a là-dedans un reste de prétention d'autocrate qui veut bien rendre son épée, mais prétend garder du moins le ceinturon.
(. Enfin, j'avais un ami italien qui disait de Ferdinand de Naples : « Le roi, dans sa sagesse, il prit peur. » Notre prince n'a pas peur des bàtlës, cômiïie Ferdinand, mais il fait bien d'avoir peur des grandes marées d'équinoxe. Une digue bien faite à temps Siauve bien des choses.
Mille amitiés, mon cher ami, et bien des tendres respects aux autres personnes de l'aimable trinité.
GVI.
A MADAME DONNÉ
Paris, 8 août 1869.
Oui, chère madame, j'ai été très heureux d'entendre M. Donné sur votre mal d'yeux et votre présente impossibilité de lire sans fatigue. Reste cependant que vous ne pouvez pas lire pour le moment et depuis longtemps, et toute la sécurité des plus habiles médecins n'empêche pas que cette privation ne soit bien odieuse dans le moment présent. La philosophie morale a trois arguments assez sots pour nous consoler de nos maux passés, ou présents, ou à venir. Elle dit des premiers que le passé n'est que songe ; des seconds, que ce qui ne durera pas n'est rien ; et des derniers qu'il ne faut pas se mettre en souci du futur qui est très incertain. 11 faut que l'homme ait bien envie de n'être pas ou de ne pas se paraître malheureux pour se laisser dire de pareilles sottises plus ou moins contradictoires, mais on peut me répondre qu'il ne faut décourager qui que ce soit de se payer de mots, vu que c'est encore la plus claire de nos richesses dans ce chien de monde.
Pardon, chère madame, de cet air de mauvaise hu^
meur. Je devrais pourtant être tout joyeux de ce que TEmpereur fait pour nous en ce moment ; mais je ne veux vous en parler qu'avec une certaine mesure, car vous n'avez pas compté, dans une do vos dernières lettres, la politique parmi les sujets d'entretien qui avaient de Tintérêt pour vous. Je crois môme que vous l'avez passée sous silence à dessein, afin que je vous en parlasse le moins possible. Je puis me hasarder, du moins, à vous dire que M. de Saoy doit être fort ennuyé de son séjour forcé à Paris à une époque de l'année ah il avait coutume de voyagerpaf la France. Je ne sais pas s'il était allé déjà à ses eaux de Bourbon. Le régime constitutionnel, qui tend à se rétablir, ne peut pas faire le même effet que les eaux minérales, et peut-être que bien des sénateurs disent dans leur cœur : Quelk idée a eue là l'Empereur de devenir libéral au milieu de Cétél
Si toutes choses sont faites nouvelles en politique, on ne saurait en dire autant en littérature. Si vous vous êtes fait lire le roman Pierre qui roule de madame Sand, je suppose que vous ne l'avez pas achevé. Je n'aurais pas cru que le temps pût à ce point affaiblir l'invention et l'imagination dans une intelligence autrefois si féconde. Je tiens même que quand l'imagination est vraie, elle est une des facultés qui résistent le mieux à Taction des années. Les poésies de Voltaire n'ont pris tout leur éclat chez lui qu'entre soixante et quatre-vingts ans. Les Lettres de Rousseau à M. de Malesherbes sur sa vie à la campagne sont de sa vieillesse, et il n'a rien écrit d'une mélancolie si charmante et si originale. Au déclin de l'âge on dirait que les esprits puissants donnent à leurs ouvrages les plus belles couleurs deTautomncIl n'y a plus que du gris dans ce dernier roman de madame Sand ; des figures
qu*on ne distingue pas ; des aventures impossibles et à grand fracas; des naufrages dans l'Adriatique et des acteurs à qui un prince de Monténégro, qui a fait ses études dans un lycée de Paris, coupe ou laisse couper la tête par jalousie, enfin toutes les péripéties des mauvais romans de Tabbé Prévost, moins un certain naturel qui console de Tennui dans Tabbé Prévost. Peut-être que vous avez lu le Saint Paul de M. Renan? On n'a jamais exposé plus agréablement la doctrine de Tapôtre des gentils. On trouve là de charmantes descriptions des paysages et des grandes villes de l'Asie et de la Grèce. Je crois que saint Paul ne les connaissait pas si bienque M. Renan. Il devait voyager comme saint Bernard qui avait fait le tour du lac de Genève sans le regarder. Il n'est pas douteux non plus que M. Renan ne soit un plus grand peintre et un plus savant botaniste que ne Tont jamais été saint Augustin, ni saint Thomas, ni M. de Saint-Gyran ; de plus, il parle de son héros comme s'il avaitpassésa vieavec lui et s'il connaissait ses plus petites habitudes. Cette façon d'écrire Thistoire a l'agrément des romans, mais elle en a aussi les inconvénients en ce qui touche la vérité. Un évêque anglican, qui n'avait pas beaucoup de lettres, disait de VOdyssée : « Gela n'est pas vrai; je n'en crois pas un mot. » Nous pouvons, avec assurance, en dire autant du Saint Paul de M. Renan, mais ce n'est pas VOdyssée. Néanmoins, on peut le lire avec plaisir. Le cadre est très large et représente de beaux sites, de belles images d'Antioche, de Thessalonique, de Gorinthe, d'Athènes ; l'intérieur des petites sociétés juives ou chrétiennes est d'un fini qui fait souvenir de Meissonnier. Tout cela est bien plus beau et a l'air bien plus vrai que les récits de Fleury ou de Tillemont.
J'espère bien être ici, chère madame, quand vous viendrez autour de Paris.
A M. CH. GAVARD
Paris, 9 août 1869.
Cher monsieur, je ne peux pas vous remercier trop tôt de votre aimable souvenir. La première chose que font les Parisiens en vacances et en voyage, c'est d'oublier Paris et tous ses habitants. Vous n'êtes pas de ceux-là, ni comme cette mélancolique Allemande qui disait : « C'est singulier^ les absents me passent de l'âme. » Vous avez pourtant à Ëms bien des sujets de distraction. Vous pouvez contempler / celui à qui nous avons préparé les voies pour être à f peu près le maître de l'Europe. Si Guillaume III avait \ été aussi bon enfant que nous, Louis XIY aurait fait | ce que fera probablement M. de Bismark.
Vous ne perdez pas de temps et vous savez suffire à tout. Vous avez donc déjà vu nos consulats du Rhin, nous n'avions pas des juges si sévères le long du fleuve, quand il y a cent ans, tout ce pays était découpé en petites principautés laïques, ecclésiastiques, catholiques, protestantes. Il ne s'était pas encore trouvé en France un homme assez bête pour faire remarquer que la Confédération germanique était sans force et sans organisation et pour exciter l'Allemagne àl'unité, et le curieux de la chose est que les Français ont trouvé bon qu'on le leur dît et qu'on le dît à l'Allemagne et qu'ils ont, pendant quelque temps, poussé à la roue de cette énorme stupidité. Je me souviens d'a-
voir lu autrefois la correspondance d'un personnage de confiance qui parcourait les bords du Rhin et visitait les familles princières pour chercher une femme à Louis XV. On y voyait tout Tin térieur de ces familles, et les jeunes princesses qui pouvaient aspirer à être reines de France. Il y avait parmi elles des filles d'évêques-électeurs. Nous avions bien des amis pour lors dans ce monde de palatins, de princes ecclésiastiques, de ducs régnants, et qui ne demandaient pas mieux que d'entrer dans les vues de la France. Toutes ces jolies demoiselles ont disparu et il ne nous reste aujourd'hui que des soldats rognes, armés jusqu'aux dents contre nous.
Comment se portent les jolies ruines des châteaux du Rhin ? Les environs de Bingen ressemblent bien peu au Trocadero comme l'a fait M. Haussmann. Je vois encore ces grands rochers solitaires, ces ruines qui regardent d'en haut, et les eaux vertes du Rhin qui semblent garder la rapidité qu'elles ont prise aux montagnes. 11 y a des jours où je trouve cela plus beau même que les environs d'Amalfi. Mais peut-être n'y faut-il pas mener mademoiselle votre sœur. Je crois qu'il y règne un vent froid. Le venta peut-être passé depuis 1834 que j'étais là.
Malgré tous les défauts de M. Renan, lisez son Saint Pauly si vous ne l'avez lu. Veuillez dire à mademoiselle votre sœur qu'elle n'y trouvera sans doute pas beaucoup d'édification, mais elle y verra de jolies descriptions de Corinthe, d'Éphèse, d'Antioche, d'Athènes, de Thessalonique et de charmants paysages aux environs. M. de Saint-Cyran aurait sans doute trouvé un peu profanes tous ces détails que saint Paul n'a probablement pas regardés, pas plus que saint Bernard n'avait vu le lac de Genève quand il était obligé
d'en faire le tour pour aller je ne sais où; et puis M. Renan a encore d'agréables tableaux des premières familles chrétiennes dans ces églises fondées par son apôtre des gentils. Ce sont des restaurations très bar* diesj'en conviens.
A M. PISCATORY
Versailles, 18 août 1869.
Mon cher ami, que faites-vous dans ces riantes solitudes? On m'écrit de plus d*un côté que personne, en province, ne pense plus de cinq minutes par semaine à ce grand changement qui se prépare. L'amnistie est aussi complète qu'il se peut demander. Elle a compris hardiment les crimes politiques, et M. de Rochefort peut se représenter quand il voudra et M. Ledru-Rollin lui-même avec M. Louis Blanc peuvent venir solliciter les voix des électeurs de Paris. Toutefois, je ne sais pas trop si Ledru-RoUin n'était pas compris dans le complot d'Orsini, ce qui le mettraiten dehors de Tamnistie. Qu'est-ce que va faire la liberté publique entre des gens qui depuis vingt ans ont l'habitude du despotisme et d'autres gens qui ne se soucient pas d'elle?
Le pauvre maréchal Niel ne verra pas tout cela. A voir le choix qu'elle a fait dans le ministère, la mort s'attache au mérite. En partant ce matin pour Versailles^ j'ai vu passer ce grand cortège. C'était toutes les pompes militaires réunies. On ne fait pas toujours les funérailles d'un maréchal de France, ministre de la guerre en exercice. Ces grands convois funèbres de soldats ont quelque chose de singulièrement imposant. Toutes les images de la force, les chevaux, les
drapeaux, les canons, autour d'un cercueil font une étrange impression. Je ne sais quel air des clairons, vif, triste et monotone, tout à la fois, semblait un rappel des soldats à Tâme de leur chef égarée dans des lieux inconnus. Je me demandais pourquoi tous les clergés du monde et tous les cardinaux autour de ce corbillard ne sauraient produire cette impression. G*est peut-être que TÉglise parait trop sûre de son affaire, et que ces cris confus des clairons redisent mieux les sentiments confus de Tbomme à la vue de la mort.
Qui sera ministre de la guerre? On parle beaucoup de M. le maréchal Bazaine. Cette triste expédition du Mexique est pourtant bien difficile à porter. On retrouvera avec peine Tactivité éclairée du maréchal Niel.
Je ne sais si je resterai longtemps ici. J'ai des crampes d'estomac qui se sont jointes à toutes mes misères. Je ne saurais ps^s commander le l'^' corps d'armée. Il est vrai qu'on ne me le propose pas.
A M. MASSON
Versailles, 21 août 1869.
Eh bien, mon cher ami, le cœur vous bat-il vivement en songeant que vous allez entrer dans cette auguste assemblée du conseil général deTOrne? Vous me direz que vous avez déjà eu cet honneur, mais c'était dans de petits temps, si je puis parler ainsi. La France était au vert, pour lors ; elle n'avait ni frein m selle. Aujourd'hui, elle porte encore de beaux harnais plaqués d^or et d'argent, aux extrémités du mors de belles N bosselées et où s'est épuisé l'art du gra-
veur sur métaux ; elle est bien renée, afin qu'elle porte la tête droite, et bien sellée afin que son cavalier y soit à Taise. Les pouvoirs publics ont en éclat ce qu'ils avaient alors en solidité. Nous allons, à la vérité, mettre tout ce clinquant sous la remise, mais la bouche gardera longtemps l'empreinte du mors et les marques de la selle resteront aussi sur le poil usé par le frottement. Nous serons quelque temps comme les nègres après leur affranchissement et qui ne savaient que faire de leur liberté. Je crois même que les bourgeois de France s'intéressent moins à leur sort politique que ne faisaient les nègres. Le Sénat est curieux à regarder. Il a pris des airs de réflexion et de maturité comiques. On dirait d'un enfant qui fait semblant de s'appliquer. Nous sommes loin des jours où M. le général X*** s'écriait aux applaudissements de l'Assemblée : « Fions-nous à l'Empereur; c'est l'homme le plus fort du moment! »
Le Sénat n'en finit pas. Il me tarde pourtant d'entrer en jouissance. Ces affaires-là doivent être menées très vite. Toute constitution doit être bâclée sous peine de la vie ; on ne sait jamais ce qui peut arriver.
L'Empereur ne me paraît pas se remettre bien vite. Qu'a-t-il donc? L'Impératrice va bien tard aussi à Ajaccio. Un anniversaire doit se célébrer à sa date précise et le deuxième siècle a déjà commencé depuis six jours pour le protecteur de la Confédération du Rhin.
Il ne faudra pas avoir de vertiges sur la crête étroite de rochers où nous aurons à cheminer, et encore que nous serons poussés à droite et à gauche par les fous et les pervers.
ex.
A MADAME LA BARONNE A. DE STAËL
Paris, 25 août 1869.
II ne vient pas beaucoup de bruit de Goppet. J'avais écrit à Paul pour l'agacer et le faire causer, mais je crois qu*il était satisfait d*être en règle, puisqu'il m'avait écrit, et qu'il aime mieux évangéliser ceux de Versoix que de s'entretenir avec une manière de philosophe, dans la mauvaise acception du mot.
Tous savez tout ce que nous savons du Sénat. 11 a bien tardé à finir une chose qu'il fallait bâcler. 11 importe bien peu que ce fragment de constitution que nous attendons soit bien ou mal tourné, bien ou mal agencé ; c'est dans la pratique que ces germes de charte libérale s'achèvent et se développent.
On dit que l'Empereur n'est pas si bien portant, à beaucoup près ; que ce n'est pas seulement de rhumatisme qu'il souffre ; mais il se peut que ce soit d'inquiétude. C'est bien dur pour les princes que leur santé soit cotée h la Bourse. Gela doit leur donner un singulier agacement de nerfs, les jours où ils se réveillent mal en train. Se tâter le pouls et se dire : « Ah 1 mon Dieu l les fonds vont descendre I » — ou encore, quand on est malade, voiries fonds tomber et se dire: « Je suis vraiment assez mail» Je plains ce pauvre Empereur. Je crois qu'il est assez seul dans sa maison et qu'il n'y est pas tout à fait le maître. Il se croyait du génie et voilà que le Mexique et Sadowa lui répètent sans cesse qu'il n'en est rien. Il avait donné son gouvernement comme une découverte ; il croyait sincèrement avoir inventé cette poudre-là, et on lui
montre que nulle pièce de son invention ne peut tenir,
et il lui faut retourner au régime parlementaire
Il avait cherché des distractions dans l'étude et tous les journaux de son empire lui ont dit que tout ce qu'il écrivait était médiocre et son imprimeur lui laisse voir qu'il fait avec lui une mauvaise affaire. L'Impératrice va se promener en Orient pendant qu'il rumine tristement sur tout cela. Je trouve un peu dure cette Impératrice que j'admirai&« Je crois que quand la reine de Saba fît son excursion en Palestine, elle était veuve ou célibataire ; elle ne laissait pa& un mari malade, soucieux et humilié. Le mariage est pourtant pour le pire comme pour le mieux, et pour Sadowa comme pour Solferino.Avez-vousjamaispensé que cet hotpme malheureux est votre prochain?
Tous avez donc renoncé à Sainte-Beuve? Paul dit que vous tourniez à Ténnui de cette lecture. le n'en suis pas encore là et j'ai une faculté idiote de relire, mais je conçois qu'on ait besoin de changer d'air. Regnard vous amusera, mais cette gaieté prolongée et à heure fixe vous fatiguera aussi. Il est toujours bien difficile de s'amuser de propos délibéré. Il n'y a de solide dans la vie que Tinattendu ou les habitudes.
De vos connaissances, je n'ai laissé à Paris que M. Galos et M. X. Marmier. Galps va bientôt dans la Gironde, dans une assez grande vigne, avec une jolie maison que son ami, mort l'an dernier, lui a laissées; Marmier se promène dans ses rêveries, ce qui est une vigne aussi.
A MADEMOISELLE GAVAHD.
Versailles, 2 septembre 1869.
Mademoiselle,
Je suis bien reconnaissant de votre bonté et M. voire frère est bien bon de se souvenir de moi parmi toutes les nouveautés qu'il visite en ce moment. Je ne croyais pas que son voyage en Allemagne dût se prolonger autant. Les consuls de mon temps n^étaient pas accoutumés à voir apparaître ainsi chez eux les affaires étrangères en personne. Ceux qui font bien en seront bien aises. Quand M. Gavard nous revient-il de ces longues pérégrinations? Je lui envie sa faculté de voyager sans trouble avec une santé délicate.
J'ai vu beaucoup de mois de septembre à Paris et la solitude y est terrible. Mais heureusement vous n'êtes point dans la solitude. Seulement vous ne verrez pas passer sous vos fenêtres de la rue deBivoli autant de rois et de principautés que vous en rencontriez à Ems dans vos promenades. Il me semble que les Tuileries doivent être un peu tristes. L'hôte principal est malade, l'Impératrice et son fils sont loin. Un brouillard froid environne ce palais et de gros nuages planent sur le drapeau qui flotte au sommet de l'édifice. Ce ne sont plus les beaux jours de Solferino où l'on régnait sans contradiction, oîi l'on songeait à fonder des empires au delà des mers et à gouverner l'Europe par l'ascendant du génie. Il a fallu renoncer à tout cela et même au génie. Il y a bien de quoi fournir à un peu de mélancolie, et puis je plains beaucoup ces princes qui ne peuvent pas être malades.
L'inquiétude et la curiosité publiques sont là à les épier. Les mouvements de la Bourse doivent agacer les nerfs déjà malades et ces malheureux rois ne peuvent pas même obéir à Tinstinct des oiseaux qui vont se cacher quand ils souffrent. Il faut que l'Empereur fasse effort pour se promener à Saint-Cloud ; qu'il dise et qu'il se dise qu*il ira au camp de Ghâlons quand il aurait envie de se coucher ; il faut que l'Impératrice, probablement inquiète, paraisse rayonnante de sérénité aux gens d'Âjaccio et de Toulon. Vraiment je crois que nous ne les plaignons pas assez, bien qu'après tout, ces pauvres gens soient pour le moins notre prochain.
Les Mémoires d' outre-tombe méritent certainement d'être lus quoiqu'ils soient fort longs. Oh y voit bien des choses et particulièrement les défauts de la manière de l'auteur que Tâge, la négligence et le décousu de la composition ont mis à découvert. C'est la tapis- * série vue à l'envers et on y reconnaît tout l'artifice des Gobelins. De temps en temps les pages troublées de la vieillesse se fixent et s'éclairent et vous retrouvez des pages charmantes» surtout sur la jeunesse de l'auteur. Tout le château de Gombourg a bien de la grâce et de la vérité, mais ailleurs on rencontre des traits d'une méchanceté impuissante et embrouillée qui font de la peine dans l'auteur des Martyrs, Il vaudrait la peine de relire en regard de ces Mémoires les deux volumes de M. Sainte-Beuve sur M. de Chateaubriand, tout pleins de renseignements et d'éclaircissements curieux. On y voit autrement et mieux toute la société de M. de Chateaubriand. Cette grande lecture peut remplir ce vaste et triste mois de septembre à Paris.
A M. PISGATORT.
Versailles, 7 septembre 1869.
Mon cher ami, j*ai vu votre nom dans les journaux à l'occasion de cette triste cérémonie pour la pauvre madame Dosne, mais je suppose que vous êtes rentré à Ghérigny. J*ai bien peur que ce malheur de famille ne trouble beaucoup la vie politique de M. Thiers. A [son âge surtout, il faut être heureux chez soi pour lavoir Tentrain nécessaire au dehors. Je crois que madame Dosne était le bon génie de ce foyer domestique pour ses filles et pour M. Thiers.
Nous voilà donc équipés comme il faut ; nous avons le cheval, le casque, la cuirasse etTépée, c*est à nous de faire notre chemin. Le plus difficile, malheureusèment, est de bien monter le cheval et de bien manier répée. Nous serons la risée de l'Europe si nous na. défendons pas notre citadelle; mais Voltaire dit quelque part : Cet esprit de confiance et de supériorité^ rame des troupes françaises^ diminuait déjà un peu. Je tiens que Tesprit libéral est comme ces troupes françaises de ta fin de Louis XIY. Il faut avoir le diable au corps pour fonder un bon gouvernement, et on ne saurait dire que les Cent-Seize et leurs semblables dans la France aient précisément le diable au corps. Enfin, si nous n*eii venons pas à nos fins, c'est une messe des morts quil faudra faire chanter à Notre- Dame. Pour cette fois, je n'ai pas trop le courage de critiquer le prince Napoléon, mais ce sera pour un autre jour. Alors je dirai que ce gros bon sens est
vraiment trop gros pour un prince. Je ne recherche pas ses motifs d'avoir du bon sens dans cette occasion, mais ridée de prince ne va pas avec cette rudesse et cette langue de la rue et ces sentiments sans noblesse. C'est le bon sens de la halle.
Est-il vrai que vous allez abandonner vos champs et ces meules de paille qui témoignent de votre bonne agriculture, pour aller à Rome, à Tépoque du concile? je serais assez curieux de revoir Rome, même en ce temps-là ; je suis curieux aussi de savoir ce qu'on y fera, c'est le premier concile, depuis Nicée jusqu'à Trente, où l'on ne sait pas d'avance de quoi il s'agira, et Pie IX est probablement le premier Pape qui se soit créé des affaires quand il n'en avait pas.
L'Impératrice devrait aller à ce concile pour arranger encore mieux les choses. Je crois que son voyage en Corse n'avait pour but que de rassurer les esprits sur la santé de l'Empereur. Il lui sera mal aisé de renoncer au voyage d'Orient ; le Sultan lui a fait, je crois, élever un palais, et toutes les routes sont dans l'attente. Je crois qu'elle agit en bonne femme et dans l'inlérôt du ménage, mais il est probable aussi qu'elle n'est pas fâchée de gagner les cœurs pour les cas imprévus i ou prévus. Elle a la tèle trop près de son joli chapeau • pour faire une régente à la façon de la reine Blanche \ de Castille. Probablement l'état de son esprit est bien \ confus et bien mobile, et elle change de vues, de plans, ] de résolutions comme elle change de robes selon la mode et les saisons et le caprice. Peut-être faut-il être née parmi les rois, pour être reine ou régente. Un homme peut apprendre ce rude métier ; cela a l'air impossible pour une femme. Si Catherine II n'avait élé qu'une petite baronne allemande en commençant, elle n'eût pas été à beaucoup près la Sémiramis
du Nord. Il faut être née dans les coulisses pour savoir de quoi il retourne et n*être pas éblouie des feux de la rampe et savoir que ce qui est du carton,
I est du carton. Je ne consentirais pas à abolir la loi salique pour cette aimable personne, bien qu^elle soit
• charmante, à ce qu'on dit.
A MADEMOISELLE MARIE DE SAINTB-AULAIRE
Paris, 17 septembre 1869.
J'ai reçu votre charmant petit mot de Kzzezzoura. Je n'aurais pas pu faire entrer le nom dans un sonnet pour vous en remercier, ma chère Marie, mais je vous aurais écrit plus tôt si l'on ne m'avait dit qu'après vous avoir vue du côté de la Vistule, on vous avait rencontrée aussi du côté de Poitiers... J'ai peur que nous ne vous paraissions terriblement terre à terre et bourgeois. Les rêves mêlés du Nord et de l'Orient, les tombeaux de Kosciusko et deSobieski, lapâle silhouette de Cracovie sur un ciel pâle^ toute cette poussière brillante de la Pologne ressemble bien peu à la casa nostra. Vous devez être un peu harassée d'émotions, et plus fatiguée d'avoir vu passer toute cette cavalerie de souvenirs héroïques que de la longueur du voyage. Annette craint beaucoup que Mademoiselle ne se soit surmené l'imagination,
Par un instinct trop fort dans l'infini lancée.
Quand on sort du pays des fées, c'est la réalité qui fait l'effet d'un rêve. Il faut vous reposer, lire et relire
mes lettres. Je crois qu'il faudrait la force de Samson ou d'Hercule pour supporter longtemps le trouble d'imagination que donne la vue des grandes choses, quand cette imagination est émue tout de bon ; car il ne faut pas toujours se fier aux poètes, du moins à tous les poètes, qui souvent ne sont pas autrement agités de ce qu'ils peignent avec une émotion apparente. Souvent leur sensibilité est d'un côté et leur talent de l'autre. Ils sont émus de sang-froid, si l'on peut parler ainsi. Je ne serais pas surpris si M. de Chateaubriand avait pensé à son dîner du soir tout en criant dans la plaine de Sparte: LéonidasI Léonidas! Cette race singulière est doublée d'airain. Mais Shelley serait probablement mort de ses émotions s'il ne s'était noyé. Les choses lui pesaient, à lui Shelley, directement et personnellement, et il n'avait pas une chambre à part où se faisait la musique, sans réveiller toute la maison. Chez la moitié au moins des artistes, peintres, poètes, etc., l'épée ne touchant presque pas au fourreau, ne saurait l'user.
Vous n'avez pas idée de la tristesse de Paris par le temps qui court. 11 n'y a pas une âme et pas une nouvelle. L'Empereur est tristement malade dans Saint- Cloud. Le pauvre homme est malade pour la première fois quand pour la première fois il a fait une chose raisonnable. Ces manières de la Providence ne sont pas encourageantes. Il devrait se faire un peu plus de bruit dans Paris, car le monde est sans doute dans une grande crise. Ce qui suivra ne ressemblera plus à ce que nous avons vu, mais c'est tout ce que nous en pouvons dire. Les classes moyennes ont encore une fois leur sort dans leurs mains, mais ce ne serait pas la première fois qu'elles le laisseraient tomber.
On dit que l'Impératrice n'a pas eu beaucoup d'a-
grémeni dans son voyage et que, sauf Tenthousiasme offlciel, tout a été très froid et il n'y avait pas de fleurs jonchées par les chemins.
Adieu, chère mademoiselle. Je ne vous dis pas combien j*ai trouvé vos lettres charmantes. Cela va sans dire de Mademoiselle.
A MADEMOISELLE GAVARD
Paris^^O septembre 186'».
Mademoiselle,
Quel long voyage fait là M. Gavard ! Avait-il emporté un Shakespeare pour s'entretenir avec Hamlet à Ëlseneur ? Probablement ces illustres morts, qui n^ont pourtant jamais vécu, tiennent plus de place en Danemark pour le voyageur que les vivants d'aujourd'hui î On dit cependant que la cour de Danemark est très aimable, qu'on y a le goût des lettres et la passion de l'esprit. Nous ne sommes pas tournés pour l'instant à ces goûts relevés. Je suis charmé que ces pauvres Danois ne veuillent pas parler la langue de M. de Bismark. Nous n'aimons plus grand'chose depuis que ces haines nationales s'éteignent dans ces ennuyeux congrès de la paix.
Je vous avoue, mademoiselle, que les ours de M. Mérimée m'eflFrayent un peu. Cette conception est bien bizarre et cela est singulier de la part d'un écrivain d'un esprit si net et d'un talent si vrai. Ce n'est pas là l'auteur de Colomba ou de 1572. Il fallait qu'il laissât ces peintures et ce sujet à ce terrible Victor Hugo qui vit à l'aise et en familiarité avec les monstres .
Pour les deux volumes de M. Sainte-Beuve sur M. de Chateaubriand, je ne sais rien de plus curieux. Indépendamment des belles pages^sur le génie de M. de Chateaubriand et la forme particulière de cette imagination, il n'y a pas de valets de chambre de grknd homme qui puisse louer ainsi. Je crois, pour les taquineries du livre» que M. Sainte-Beuve avait eu beaucoup à souffrir à. TAbbaye-aux-Bois de l'esprit chagrin, et hautain et insolent et enfant gftté de l'auteur des Martyrs. Il avait pris patience par égard pour madame Récamier. Il faut pourtantqueles biographies aient un peu de vérité.
Ah ! que c'est vilain à madame Beecher-Stowe I Les amis de Lady Byron pensent en effet qu'à ja fin de sa vie elle n'avait pas l'exacte possession de ses souvenirs. Le chagrin avait brouillé sa mémoire. On devrait très peu se mêler de débrouiller des mystères de famille quand on est d'un autre pays, d'une autre société, d'une autre civilisation. J'ai eu l'honneur de voir à Paris madame Beecher-Stowe, avec sa jolie figure et son air de douceur et de bonne éducation. Je ne l'aurais pas crue capable de jeter avec tant de témérité un pavé à la tête du Giaour, de la Fiancée (FAbydos, de Childe- Harold. Quand on a écrit le charmant roman de la Fiancée du Ministre^ comment est-on capable de j si vilains procédés envers im homme de génie ? Je ! suis fâché que ce fond de barbarie reste aux compa- f triotes de Franklin, de Washington, de Lincoln, de \ Longfellow, de Prescolt, de Ticknor.
Je ne suis point à Broglie, et je languis ioi dans ma très mauvaise santé.
A MADEMOISELLE DU PARQUET
Paris, 10 octobre 1869.
Chère mademoiselle, vous ne dîtes que trop bien, et Paris est fort désert dans ces temps-ci. Je crois que tout le monde a fait comme l'Impératrice et s*en est allé au grand Caire.
Vous avez bien tort de vous tant refroidir pour les romans anglais, et de prendre parti contre eux pour les romans allemands. Nous nous retrouvons ai home avec Timagination des Anglais. Nous entrons aisément dans leurs sentiments, dans leurs impressions, dans leurs rêveries. Il n'en est pas de même, à beaucoup près, avec le génie particulier de TAllemagne. Sauf Werther, je n'ai jamais bien entendu les romans de Goethe. On s'oriente péniblement dans ce monde étranger qui semble avoir d'autres étoiles. Ce que j'en dis n'est pas par haine pour M. de Bismark.
N'avez-vous pas la bonté d'être un peu inquiète, pour ceux qui restent à Paris, de tout ce que va faire M. Raspail le 26 octobre ? Ce serait, jusqu'à présent, d'amener deux cent mille hommes avec lui aux portes du Corps législatif et de les renvoyer en silence, comme des enfants bien sages, après avoir fait sa protestation. Le bon sens l'étonné habituellement et il écoute tout ce que ses collègues peuvent lui dire de sensé avec un dédain farouche. J'espère qu'il ne sera pas donné à ce pauvre fou de gâter nos affaires, qui ne sont pas déjà si florissantes. Si nous avions si peu d'émeute que ce làoit, cela suffirait pour faire dire aux gens prétendus raisonnables qu'on voit bien que le
gouvernement parlementaire recommence, et qu'il n'en a jamais fait cl*autres.
GXVI.
A MADAME DONNÉ
Paris, 13 octobre 1869.
Voilà le pauvre M. Sainte-Beuve mort après une lutte singulièrement courageuse contre le mal qui Tassiégeait depuis des années. Il n*a pas cessé un moment ni de garder l'activité et la sérénité de son esprit, ni de travailler comme aux premiers jours de sa jeunesse. Quand M. Cousin fut mort, il me semblait qu'il manquait, à tous les événements considérables du monde, le spectateur passionné, éloquent, intarissable en commentaires originaux et inattendus, que nous avions connu. Tout de même pour M. Sainte- Beuve. Il ne paraîtra pas un livre digne d'attention qu'on ne cherche des yeux le juge qui ne sera plus là. II n'a été égalé par personne pour une réunion de dons qui ne voiit guère ensemble : le savoir littéraire le plus solide dans presque tous les domaines, le goût le plus sûr jusque dans sa plus extrême subtilité, l'imagination ouverte à tout avec un tour original qui montrait ce qui échappait à tous les yeux ; peintre exact comme la photographie avec la couleur et le sentiment de l'idéal, charmant dans la conversation, ayant bien des vertus qu'on eût plus volontiers reconnues sans les haines dangereuses auxquelles il se laissait aller. J'ai regretté beaucoup qu'un différend que je ne pouvais ni ne voulais éviter ait troublé les relations qui avaient duré sans nuages entre nous, jusqu'à il y a deux ans à peine.
Je ne sais pas si, le 2G, M. Raspail déchaînera la sainte canaille. Ses collègues de Topposition ont beau lui parler raison, il écarte la raison avec un farouche étonnement.
A M. E. DE SAHUNE.
Paris, 13 octobre 1869.
Nous avons perdu le pauvre Sainte-Beuve. Il est mort avec un courage tranquille, et Jusqu'à la fin, il a fait du travail ce qu'on fait de Topium pour endormir les maux et les troubles du corps comme de l'esprit. M. Paradol, qui a été un peu rude, comme il Test quelquefois, au début de son arlicle d'hier a bien peint cette fermeté que les anciens connaissaient mieux que nous pour des raisons qu'il est facile de déduire. Sainte-Beuve a, dit-on, fait un usage très sage de la petite fortune qu'il laisse, uniquement en actes de bienveillance affectueuse. Je ne crois pas qu'il ait rien destiné à la rue des Postes, ni au petit séminaire d'Orléans. Il reste que personne ne l'a égalé pour une réunion de qualités d'esprit et de caractère qui ne vivent pas volontiers ensemble : le labeur d'un bénédictin avec l'imagination pénétrante d'une femme nerveuse ; la hardiesse à tout dire en gardant toutes les nuances de l'équité ; le goût de l'exactitude et la passion du vrai de Courbet, avec le sentimeut de l'idéal d'Ingres lui-même dans la critique des grands écrivains; un prodigieux savoir dans toutes les branches, de la littérature, et parfois le vol léger d'un oiseau sur la surface des choses ; bien des vertus d'homme privé que les haines dangereuses où il s'est laissé aller feront méconnaître; indépendant, quoique sénateur^
comprenant toutes les subtilités comme tous les grands élans de là piété dans Port-Royal et prôl à dire, en mourant, de son curé :
Cet esclave est venu; U a montré son ordre et n'a rien obtenu.
A MADAME DONNÉ
Paria, 6 novembre 1869.
Voici le temps qui s'avance sans devenir plus gai, chère madame. J'ai quelque espoir que vous n'en êtes plus à employer toutes les ressources de la science moderne pour chasser le froid qui vous persécutiait. J'ai connu ces froids-là par le plus fort de l'été, et sans que le médecin y vît de fièvre, en quoi il se trompait peut-être, mais toujours est'il que ce n'était pas le signe précurseur d'une maladie. Ce n'en est pas moins une sensation insupportable.
Vous vous moquez assez inhumainement de mes ennuis dans le désert de la rue de Solferino, et vous voulez bien me dire que quelquefois vous prenez plaisir à vous faire une solitude volontaire. Je comprends très bien, en effet, qu'on aime par moments le désert quand on n'a qu'à dire un mot pour faire arriver une société aimable, mais il y a ici la différence d'être en prison ou de ne pas sortir par choix. Lé père Lacordaire se faisait dire par ses admirateurs et amis les paroles les plus blessantes pour se dresser à l'humilité chrétienne, et il s'étonnait de n'être pas plus blessé de ces injures de comédie. Une damé racontait à son confesseur qu^elle aimait et désirait les humiiia-