Mort de M. le duc de Broglie (Victor
Je n'ai pas le courage de vous en dire davantage.
Adieu, je vous écrirai plus au long. Soignez-vous par ce froid dangereux. Mille amitiés. Albert vous écrirait si je ne vous écrivais pas.
AU MÊME
Paris, 30 janvier 1S70.
Mon cher ami, votre médecin a été bien sensé en vous conjurant de ne pas vous exposer à ce terrible voyage par un temps si dur. Nous le remercions d'avoir exigé de vous de vous en abstenir. Albert me chai*ge de vous le dire,.. Votre affection n'a pas besoin de se prouver en vous exposant inutilement à un véritable danger.
Je vous écrirai mieux quelque autre jour. Je n'en ai aujourd'hui ni le temps, ni la force. Que cette fin a été rapide et inattendue 1 Albert et moi nous avions quitté M. de Broglie à neuf heures au moment qu'il allait se coucher. Rien ne donnait lieu à aucune appréhension bien que Béhier disait souvent que tout était grave à cet âge. Nous avions causé de toutes les choses du jour, et en nous retirant, nous n'emportions qu'un peu de tristesse inquiète sur un je ne sais quoi d'un peu changé dans le ton de M. de Broglie, non que les idées ne fussent parfaitement liées et raisonnables, mais elles étaient autrement liées qu'à l'ordinaire. Nous n'étions pas au salon depuis dix minutes que la gardé effrayée arrive pour nous avertir d'une crise soudaine. Le sang s'était engagé tout à coup dans le cœur et coupait là respiration. En dix minutes, toute
espérance avait disparu et les médecins arrivés dans ces dix minutes, n^ont plus eu qu'à constater la fin.
La consternation a été générale et bien des gens qu'on ne soupçonnerait pas ont montré qu'ils avaient le sentiment qu'une grande âme et un grand esprit étaient sortis de ce monde et de ce pays.
Adieu, mon cher ami, vous n'avez pas besoin d'être ici pour qu'on sache que vous prenez votre part dans ces malheurs,.. Ayez quelque soin de vous. La nature est si terriblement dure et inexorable qu'il ne faut pas lui donner de prise inutile.
GXXVL
A MADEMOISELm GAVARD.
Paris, 31 janvier 1870.
J'ai prié M. votre frère de m'excuser auprès de vous de n'avoir pas répondu plus tôt à la lettre que vous avez eu la bonté de m'écrire. J'en ai été très touché et très reconnaissant.
J'espère que M. Gavard ne sera pas fatigué de ce voyage vers une bien mélancolique demeure. Il l'avait visitée l'an dernier sous d'autres impressions. Désormais tout un brillant passé que rien ne saurait reproduire et qui n'aura bientôt plus de témoins va tomber dans cette ombre si triste où les souvenirs ne tardent pas à s'obscurcir et à s'éteindre. C'est sans doute le train des choses, msds le train des choses est fort dur.