A M. POIRSON
Paris, 7 aoûi 1870.
Mon cher ami, je ne sais pas si le Journal officiai vous sera parvenu. Jusqu'à présent nos affaires ne sont pas brillantes sur la Sarre. Le maréchal de Mac- Mahon et M. le général Frossart ont dû céder à Tenjiemi, qui est sur le territoire français. Paris est en état de siège, et les Chambres convoquées pour jeudi. J'espère que ces mesures extrêmes n'annoncent pas un péril extrême. Les ministres ne sont pas incapables ;de perdre la tête mal à propos.
Je comptais partir demain, et je partirai si les événements publics ne sont pas ici trop menaçants, auquel cas je resterai pour donner des nouvelles de Tarmée à ceux qui y ont leurs enfants.
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AU MÊME
Paris, 11 août 1870.
Nous sommes depuis le 18 sans nouvelles du maréchal Bazaine, et sans doute la rupture des fils du télégraphe explique la chose. On ne peut s'empêcher néamoins d'être troublé de ce silence. Les lettres des officiers qui racontent l'affaire du 16, montrent que le roi de Prusse est bien peu véiidique en s'attribuant la victoire. Les Français ont fait là des prodiges de hardiesse et traité les Prussiens comme aurait fait l'Ange exterminateur. Nous avons perdu beaucoup
de monde, mais infiniment moins de monde qu'eux. Qu'est-ce qui suivra ces batailles de lions ? Nul n'en sait rien. Paris a un très grand air de calme et de résolution. Il va être armé, ainsi que ses forts, de pied en cap.
Nous avons de bonnes nouvelles du jeune officier * jusqu'au 17. Il a été à tous ces combats des 14, 15, 16, 17, et a chargé avec son escadron qui fait partie de Tarmée à présent. Mais il n'y a pas beaucoup de sécurité pour le lendemain dans ces extrémités. Il y a, dit-on, une vallée étroite de ce pays tragique oîi les morts sont restés debout, faute de place pour tomber î
J'ai écrità Saint-Marc Girardin que notre jeune soldat avait vu Barthélémy certainement le 14. Les lettres qui viennent de là se perdent si aisément que Saint-Marc peut être sans nouvelles longtemps, comme onUavait été ici.
Nous voilà donc avec une invasion, la perspective et peut-être la nécessité d'un changement de pouvoir, et vraisemblablement aussi une sorte de guerre civile contre la classe spéciale de gredins dont parle Tordre du jour du gouvernement de Paris.
Il y a deux mois, nous étions dans un vrai paradis en comparaison, et il a suffi d'une demi-douzaine de misérables flatteurs, et d'autant d'idiots, pour nous jeter dans ce trou sans fond. J'ai toujours dit qu'il est bien difficile de faire une philosophie de l'histoire. I
Dites-moi, mon cher ami, si vous restez comme Tan dernier jusque vers le 20 septembre. Ceci n'est pas pour retarder ; car je pars dès que je serai en état de braver un courant d'air. Les pauvres soldats du Rhin n'ont pas peur des courants d'air I