Celui de mademoiselle d*Armaillé avec le priDce Victor de
dby VjOC
Après plus d'un an de calamités de toutes sortes, on est tout surpris de voir des spectacles agréables. A cette vue nouvelle, la tête tourne un peu comme quand on se lève pour la première fois après une grande maladie. Le peu de beau monde qu'il y avait à Paris était, bien entendu, à ces deux noces ; je n'y ai point vu de communards ni de pétroleuses, et tout au contraire, il y avait là deux princes de la maison d'Orléans, M. le duc de Nenaours et M . le prince de Joinville. On se sentait étonné de les voir en France après si longtemps, et, probablement, ils avaient quelque sensation du môme genre. Je me prenais à craindre instinctivement que la police d'un Bonaparte ne leur mit la main sur le collet, ou qu'un peloton de bandits de THÔtel de ville ne les vînt bapper pour les fusiller dans la cour prochaine. Toutes ces figures de Piélris ou de pétroleurs errent encore avec quelque raison dans nos imaginations, comme vous le pensez bien. On vous aura dit combien mademoiselle d'Armaillé est aimable; CandidaNaîs, très jeune, très décidée, très douce, avec un air vif et intelligent. Pour mademoiselle de Biron, avec la grâce et je ne sais quoi de plus frôle qui est moderne, elle pourrait ôtre la petite cousine du roi d'Argos ou
Voir jusqu'à Gyrus remonter ses aïeux.
En la voyant, on se dit qu'une pareille figure vous rendrait légitimiste et catholique à sa volonté. C'est Alonime ayant fait un mariage d'inclination. On ne la traîne pas en effet dans un climat barbare en la conduisant dans la famille d'Harcourt.
Broglie et celui de mademoiselle de Biron avec le comte Bernard d'Harcourt
3i6 LETTRES.
Vous me semblez mieux que par le passé, dans votre lettre, cher ami. Ce n'est pas que vous parliez beaucoup de votre santé, mais vous paraissez plus entrain sur les choses humaines en général. Quand je dis en trairiy ce n'est pas d'espérances, et il n'y a pas de quoi en effet. Il est bien probable que notre pauvre pays est mortellement atteint ; seulement, les grands corps, comme l'empire romain, mettent longtemps à mourir. On dit longtemps à leur porte : Monsieur a été mieux cette nuit; monsieur a fait une petite promenade au soleil. Nous avons sans doute la maladie qui a emporté lentement Sylla, la maladie que les médecins nommaient, je crois, vermiculaire oxx^lxiibi pédiculaire à cause des communards qui nous travaillent depuis la pointe des cheveux jusqu'à la plante des pieds. Je crois que, si Ton avait usé d'un savon un peu chargé de potasse, on aurait retardé les effets du mal, mais on a mieux aimé faire des frictions à la glycérine et à la fleur d'oranger qui ne sont bonnes que pour le teint délicat des belles dames. Qui aurait dit après Lens, après Zurich, après Austerlitz, après Bossuet, après Montesquieu, que la France serait mangée par la vermine ? C'est bien là ce qu'on appelle mourir à l'hôpital, et cela avec un poste de gardes nationaux communards à la porte et des vierges du pétrole pour gardes-malades !
Voilà que le Journal des Débats a perdu M. Edouard Berlin. Il était de sa race avec quelques faiblesses. 11 était d'un métal fm et dur. Quoiqu'il eût le goût de la littérature bohème et qu'il lût Ponson du Terrail, il avait ce qu'il faut de bon sens et de goût au fond de son esprit. C'était un arbre et non une herbe folle coname celles qui font aujourd'hui le pré de la littérature, sans compter les chardons et les herbes vénéneuses.
Je suis tout seul dans cette grande maison tout en désordre des changements qu'on va y faire pour l'adapter à la jeune mariée. On voit sortir du fond des armoires des débris de toutes les dates, livres, gravures, vêtements, papiers,
Apparet domus intus.
Je pense que la maison de Priam était mieux rangée. On voit dans V Odyssée que les Grecs et les Orientaux avaient leurs affaires très ordonnées.
GLXXIX.
A M. GH. GAVARD
Paris, 6 octobre 1871.
Cher monsieur, je vous ai écrit, sans reproche, le 8 septembre, et si je mentionne ce petit fait, c'est par défiance de l'exactitude de nos communications quand nous habitions la lisière des bois du côté de Viroflay. Ne voyez aucune insinuation dans cette crainte d'une lettre perdue ; votre bonté s'est toujours tenue e'navance avec moi, et d'ailleurs on n'a pas beaucoup de loisirs quand on est chargé de régler le ménage de la France à soi tout seul.
Emmanuel m'écrit de Broglie que son père n'a point de concurrent pour le conseil général. Il est donc probable que vous aurez un ambassadeur conseiller général. Plaise à Dieu que toutes les nominations soient dans ce sens I J'en doute très fort pour mon compte. Pour n'avoir plus tant de fusils, les esprits pervers n'en restent pas moins armés de leurs très insolentes espérances. Partout le crime et la
sottise se sont rencontrés et se sont embrassés ; cela fera dans quelques mois de jolies familles. On me raconte qu'un brave fermier, très exact d*ordinaire à payer ses fermages, a avoué d'un air narquois à son propriétaire qu'à cette fois il attendait pour voir s'il y aurait encore des propriétaires. Je sais qu'il ne faut
[ pas prendre des saillies pour des chaînons de l'histoire, mais je remarque partout une attente de mauvais augure qui ressemble aux hurlements des loups quand ils voient passer un voyageur dans la neige par une nuit d'hiver.
En attendant, on va donner à Broglie un bal dans l'orangerie en l'honneur de la mariée. Peut-être qu'il y aura parmi ces danseurs rustiques des gens dignes de l'orangerie de Versailles ; mais on dansait la veille
I du déluge, et en vérité on faisait bien, vu la misérable
! condition de l'humanité. Où diable danserait l'homme, s'il ne dansait pas au bord des abîmes? C'est la salle de bal arrangée d'en haut.
Vous n'avez probablement pas le loisir de lire les Notes sur f Angleterre que M. Taine fait insérer dans le Temps, On y voit, comme dans le trésor du père de famille de l'Évangile, des choses vieilles et des choses nouvelles. Le procédé d'exposition est singulier; c'est la minutie des dissections d'amphithéâtre. Les Anglais, s'ils -daignent s'enquérir des jugements de la France à cette heure, doivent mal accueillir ces éloges mesurés, et leur orgueil pourrait bien ne pas s'accommoder de ce scalpel qui travaille dans leur
\ face auguste. Pour moi, j'aime les minuties, trouvant
I que les grandes choses sont une harmonie de petites
choses. On lit ces notes ici avec plaisir et curiosité.
D'ailleurs je ne vois plus que M. Taine qui écrive. La
terre se repose terriblement chez nous ; reste à savoir
si quelque moisson gigantesque sortira de ce grand loisir. Selon les vraisemblances, il ne sortira de terre que de petits communards habillés des morceaux d'habits pillés sur les classes aisées. Ce seront les œuvres complètes de Cadmus Ranc et de ses acolytes . J'ai des lettres d'Alsace de M, de Sahune. Sa principale récréation est de voir des colonnes prussiennes qui surveillent les progrès de Tépizootie bovine et font abattre les bêtes malades. M. Thiers n'est pas si sévère aux animaux enragés.
GLXXX.
A M. E. DE SAHUNE.
Paris, 13 octobre 187t. '
Comprenez -vous quelque chose à ces conseils généraux, mon cher ami ? Qui peut se flatter de connaître trois mille inconnus? Ce qui est sûr, à voir les abstentions, c'est que les peuples n'entendent pas se donner la moindre peine pour éviter de tomber dans le puits de l'abîme. Quand Drury-Lane brûlait, Shéridan, qui en était le directeur, regardait cela tranquillement et disait : (( Je me chauffe au coin de mon feu ; » seulement, ces marauds qui s'abstiennent n'ont pas l'esprit de Shéridan, mais ils finiront comme lui à l'hôpital ou pis que l'hôpital. La nation périra sans doute par le pétrole et le jury dira : morte par la Visitation de Dieu. Voilà l'excellent M. Lambrecht mort soudainement. Il y a quinze jours que mon médecin me disait de lui : « Il est encore plus nerveux que vous. » Il y paraît bien, le pauvre homme I C'était un de ces hommes dont il semble que la Providence devrait les garder pour leurs vertus.