A MONSEIGNEUR DE LA FARE I I I
que si je mets ma lettre tout simplement à la poste, elle n'arrivera pas. Donc, etc. » et en vertu de ce doîic^ elles iront à Pékin où on les retiendra. Or, il faut savoir que toute lettre mise à la poste arrive infailliblement, à moins qu'il ne s'agisse de conjuration, et dans ce cas même on vous la présenterait toujours, pour vous convaincre. Ainsi, dans tous les cas, vous la recevrez.
Adieu, adieu, ma Nane : salue nos amis, surtout Muvena. Parle souvent de moi avec ton Alexis que j'embrasse tendrement, ainsi que toi.
A Monseigneur de la Fare^
Evêque de Nancy, Saint-Pétersbourg, i3 (2 5) mai i8o6»
Monseigneur,
Quand Dieu veut fai^e voir qiihm ouvrage est tout de sa maîn^ il réduit tout à V impuissance et au désespoir ; puis il agit, Sperabamus ! — Ces paroles sont tirées d'un panégyrique de Saint-André par Bossuet, dont il ne nous reste qu'un fragment. Je vous avoue, Monseigneur, que depuis la bataille d'Austeiiitz, j'ai tout oublié excepté ce passage, je vis en répétant avec ce
grand homme : Sperahajmis. Ce n'est pas qu'il n'y ait des choses qui m'embarrassent, comme le sacre et les inconcevables mariages que nous avons vus : il y a dans ces deux choses des signes de durée qui peuvent inquiéter; mais, quant au sacre, on peut n'y voir qu'un crime de plus pour celui qui força, et une faute capitale pour celui qui se laissa forcer ; et quant aux mariages, voyons ce qui s'est passé depuis longtemps en Allemagne, et nous serons autorisés à ne les considérer que comme des peines très justement infligées. Nons savons, vous et moi, Monseigneur, que les exploits anti-chrétiens de la Bavière devaient absolument être récompensés d'une manière visible ; et que dites-vous, s'il vous plait, du voyage de Pie VI à Vienne, des insolences de Kaunitz et de la brochure Autrichienne Qu'est-ce que le Pape? Un certain doigt qui écrivait jadis sur une certaine muraille a écrit sur le revers de cette belle page : Qu'est-ce que l'Empereur d'Autriche ? — La foule rirait sans doute de ces observations ; laissons-la rire. Monseigneur, et quant à nous, admirons toujours la haute justice. On ne cesse de rabâcher, depuis qu'on rabâche dans ce monde, sur le vice heureux et la vertu malheureuse : c'est la grande ritournelle de tous les raisonneurs, et les moralistes les plus graves accordent la proposition pour se jeter uniquement sur les peines et les récompenses de l'autre vie. Je ne veux point effacer, comme vous pensez bien, cette réponse péremptoire : mais croyez. Monseigneur, qu'on se dépêche infiniment trop d'accorder la chose, et que la justice se fait