DISSERTATION SUR LE MOT : PATRIE
Un même objet pouvant être considéré sous difFérents rapports, il est tout simple qu'il ait plusieurs noms, et c'est ce qui a lieu dans toutes les langues. — Lorsqu'on considère, par exemple, un certain lieu de l'univers, par rapport seulement à sa position géographique et à sa nature physique, on l'appelle pays. On dit: c'est un beau pays., c'est un triste jt?^/^, il a parcouru beaucoup àQpajrs., etc., etc. Mais lorsqu'on vient à considérer cette même région dans son rapport avec l'homme qui la possède et qui a droit d'y habiter, et encore dans les rapports, d'un côté, de puissance et de protection, et de l'autre, d'obéissance et de services qui unissent le sujet et le souverain quelconque, alors elle s'appelle Patrie. Mais c'est toujours la même chose, et il est impossible d'avoir un Pajs sans une Patrie, ni une Patrie sans un Pays, — Lorsque Rousseau a dit : Dieu garde de mal ceux qui croient avoir une patrie et qui n'ont qu^un pays^ il a dit une de ces sottises qui lui sont extrêmement familières, où la fausseté des paroles est couverte par une vaine perfection de style dont un homme attentif ne sera jamais