‹ Lettres choisies de J. de MaistreChapitre 41 sur 60 · DISSERTATION · texte numérisé non relu

DISSERTATION

la dupe. Mais que Monsieur l'Amiral me permette de répéter ce que j'ai dit il y a longtemps : Les fausses maximes ressemblent à la fausse monnaie^ qui d'abord est frappée par un coquin^ et qui est dépensée ensuite par les honnêtes gens qui ne la connaissejit pas. Lors donc que « l'aimable ami » me parle àtV universalité de cette distinction.^ et des conséquences qu'on en tire, je n'ai rien à répondre sinon que j'en appelle à mon creuset, et que chacun a le droit d'en faire autant. — Il a plu à TAuteur de toutes choses de diviser les hommes en familles qu'on appelle Nations, Le caractère, les opinions, et surtout les langues, constituent l'unité des nations dans l'ordre moral; et, dans l'ordre physique même, elles sont dessinées par des caractères éminemment distinctifs. On voit au premier coup d'œil que tous les nez tartares doivent habiter ensemble, et que l'œil d'une chinoise n'est pas fait pour s'ouvrir à côté de celui d'une italienne. — Si les nations sont ainsi divisées et distinguées, leurs habitations le sont aussi. Les mers, les lacs, les montagnes, les fleuves, etc., forment de véritables appartemerits, destinés à des familles plus ou moins nombreuses. — Voyez sur la carte l'Espagne, la France..., etc. Personne ne peut douter que ces grands plateaux n'aient été dessinés et circonscrits exprès pour contenir de grandes nations, et c'est en effet ce qu'on a toujours vu. — Il est encore bien essentiel d'observer, qu'outre l'élément d'attraction qui forme l'unité nationale et qui résulte de la communauté de langue, de caractère, etc., cette unité est encore prodigieusement rcn-

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forcée par l'élément de répulsion qui sépare les diverses nations. Eli effet, c'est une vérité désagréable ; mais enfin, c'est une vérité : Les nations ne s'aiment pas. — Mais que dis-je, les nations ! Ce sont les hommes qui ne s'aiment pas. N'entend-t-onpas dire tous les jours : — ce Je suis las des vices et des ridicules des hommes ; je m'éloigne du monde autant que je puis, je me renferme dans ma famille. » — Que voulez-vous dire, Monsieur ? Est-ce que vous n'êtes pas un homme par hasard ? Est-ce que votre famille n'est pas composée (ïhommes ? Le fait est que vous venez chercher chez vous des défauts qui sont les vôtres, ou, du moins, auxquels vous êtes accoutumé, et votre voisin qui fait tout comme vous, vous fuit comme vous le fuyez. — Transportez cette triste observation aux nations considérées comme unités morales, vous retrouverez la même vérité cruelle : les nations ne s'aiment pas. — Observez une chose singulière. Le nom de toute nation est une injure chez une autre. L'Anglais dit : French^ dog; le Turc plus généralement : Chien de chrétien ; le Français : Plat rosbif .^ Lourdeau d'Allemand., Traître d'Italien, etc., etc., et Dieu sait si on le lui rend ! — Il suit de cette observation, non seulement vraie mais trop vraie, que le plus imprudent des hommes est celui qui abandonne sa patrie, où il a des droits et jouit de V attraction commune, pour s'en aller chez une nation étrangère s'exposer à la répulsion, sans aucun droit pour y résister. — A cette considération, qui est décisive, se joint celle de la morale, qui Test encore davantage, s'il est possible. — Tout gouverne-

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