‹ Lettres choisies de J. de MaistreChapitre 51 sur 60 · A M*"^ DE SWETCHINE · texte numérisé non relu

A M*"^ DE SWETCHINE

à votre aise. Quand fêtais dans mon jeune âge, on m'a fait étudier : « Jamais moins seul que lorsque fêtais seul )), ce que dit Cicéron d'un très grand homme; mais voilà Fénelon qui me dit d'un autre côté : On n^ est jamais 77ioins seul que lorsqu^on est avec soi ; — et c'est pour me dire qu'il faut se défier d'une aussi mauvaise compagnie. On ne sait auquel entendre. Il pourrait se faire qu'ils eussent raison tous deux. Fotre Excellence^ mêtide:{ ce suchet au milieu de fos pouleaux ; et vous nous direz deux mots.

J'ai tâché de mener les affaires de France aussi bien qu'il m'a été possible ; cependant, j'ai bien peur de n'avoir pas réussi parfaitement, et de vous laisser plusieurs choses à désirer. Je recommande surtout ceci à vos réflexions: //^ déclarent tous solennellement qu'ils ne font la guerre qu'à lui\ puis, lorsqu'ils sont arrivés à la porte de la capitale, ils traitent sans dire un mot de lui. Expliquera.^ ma foi., les Princes qui poui^ra! N'allez pas croire. Madame, je vous en prie, qu'on puisse mettre prince partout où il y Si femme., sans rien déranger; l'à-propos est ici sans conséquence. Il ne paraît pas douteux, au reste, que les puissances aient pris des résolutions préliminaires sur le grand homme ; ainsi il faut attendre le résultat. Mais quand on l'étranglerait, lui et les siens, aurionsnous fini? Bah! le pauvre Roi de France a de terribles affaires sur les bras, dont malheureusement la bonté ne peut se tirer. Il y aurait maintenant une belle chose à faire, mais qui ne pourrait guère entrer dans un billet.

Hier, Madame, si les oreilles vous ont tinté vers les neuf heures du soir, c'est que je disais du mal de vous chez l'ambassadeur de France, qui est aussi venu chercher la solitude sur les bords de votre belle Neva, vis-à-vis Kaminiostroff , dans une maison de bois assez bien arrangée pour qu'on puisse y marcher sans enfoncer. Nous avons traité plusieurs sujetsmoins agréables que vous , Madame.

Je me recommande à votre souvenir ; quant au mien, il vous est tout à fait dévoué : vingt-deux verstes rembarrassent bien moins qu'elles ne m'embarrassent moi-même ; ainsi, lorsqu'il se présente, je vous prie de ne pas faire dire : Nie prinimaiet (i).

Agréez, Madame, les hommages tout à fait distingués, etc., etc.

A, M. le Marquis Clermont Mont-St-Jean,.

A Hermé-Château, près de Paris.

Septembre i8i5.

Il est temps, mon cher Marquis, de répondre à votre lettre du 3o janvier. Elle arriva précisément au moment de l'affreuse catastrophe, comme vous l'aurez aisément deviné. Il me fut donc impossible de vous

(0 Madame ne reçoit pas.

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