‹ Lettres choisies de J. de MaistreChapitre 57 sur 60 · A M. LE COMTE DE HLACAS · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE HLACAS

pables. C'est le chef-d'œuvre de la morale et de la philosophie antiques. Vous serez ravi des belles choses que vous y trouverez. Le tout est devenu un joli petit livre, par la manière dont j'ai arrangé tout cela. Je pense que vous commencez à comprendre, cher Comte, pourquoi je ne vous l'ai pas envoyé. Si par hasard il paraît, achetez-en vite un exemplaire, et recevez-le de ma part, je vous en prie. Je n'en sais pas davantage.

A moins que vous n'en jugiez tout à fait autrement, Monsieur le Comte, je vous aime mieux à Vienne, au moins pour quelque temps encore. L'eau n'est pas assez claire pour un poisson de votre espèce. Tant que la devise latine des monnaies n'est pas rétablie, tant que la potence n'a pas repris sa place, au préjudice de la guillotine, et tandis que cqx honnête homme que vous ne pouviez supporter à vos côtés ne sera ni jugé, ni honni, ni chassé, vous êtes toujours en révolution.

Après vous avoir longtemps parlé de vous. Monsieur le Comte, parce que vous êtes véritablement le sujet de la lettre, je suis fâché de n'avoir pas de fort bonnes choses à vous dire de moi. Vous savez que, pendant que j'étais votre voisin, je 7ie cessais de 77iourir de faim ; ce petit malheur s'est très peu adouci. J'ai été, comme d'autres fidèles, complètement^/pe par les événements, et je ne sais, en vérité, ce qui arrivera de moi ; l'âge avance, et je ne vois devant moi qu'un assez sombre avenir. Parlons d'autres choses. Dites-moi, je vous prie, par quel hasard, par quelle fortune, par quel zig zag de circonstances je puis avoir le bonheur

d'être connu de madame la comtesse de Blacas. A-t« elle été en Ecosse (car ceci a l'air d'une seconde vue)? Quoi qu'il en soit, mettez-moi à ses pieds, je vous en prie, Monsieur le Comte, et témoignez-lui le grand désir que j'ai d'être connu d'elle d'une manière moins s^arnaturelle.

Je ne vous dis rien de la France :

Cette image cruelle

Sera pour moi de pleurs une source éternelle.

Eternelle^ c'est-à-dire comme moi ; car, à la fin, il faudra bien que quelque nouveau miracle la tire de là. C'est encore un point sur lequel je voudrais bien vous parler. On voit à présent ce qu'on ne voulait pas voir, et comment les badauds sont les victimes. Mais je ne veux pas me lancer, mon très cher Comte; ne m'oubliez pas, je vous en prie; aimez-moi toujours, faites-moi savoir où vous êtes. Votre dernière lettre m'a fait vomir un peu de fiel sucré que j'avais sur le cœur; vous ne sauriez croire combien je m'en porte mieux. Mais ne m'en faites plus faire ; ne m'envoyez plus de phrases ministérielles; a quoi cela peut-il servir? Adieu, Monsieur le Comte; ne doutez jamais ni de ma tendresse, ni du besoin que j'ai de la vôtre.

A M. le Marquis Henri de Costa.

Saint-Pétersbourg, 2 (14) avril 1816.

Comment vous peindre, mon très cher et excellent ami, le plaisir que m'a fait votre délicieuse épître du 26 février dernier, apportée en trente-cinq jours par le Comte de Venanson? Ce plaisir eût été parfait, si vous ne m'annonciez pas le projet de vous en aller planter vos arbres à Beauregard. Est-il possible, mon cher ami? Quand j'aurais, comme disent les poètes, une langue de fer, je ne pourrais vous exprimer à quel point ce projet me désappointe . J'ai eu deux amis dans ma vie (c'est un nombre prodigieux), le bon Salteur, et vous. Quoiqu'il ne vous égalât ni en élévation de tête ni en chaleur d'entrailles, c'était cependant un excellent homme que je ne cesserai de regretter ; mais vous me restiez, et je m'étais arrangé pour radoter auprès de vous, voire même avec vous, si nous étions condamnés à cette triste conformité. Depuis que mon retour est au rang des choses probables, je n'ai cessé de vous contempler comme un point fixe devant mes yeux, de penser à ce que je vous dirais, à ce que vous me diriez, au plaisir inexprimable de renouer une liaison jadis si douce et intime, aux réflexions sans fin

que nous ferions sur tout ce qui s'est passé dans le monde depuis notre séparation à Châtillon ? — Le croiriez-vous ? J'ai pensé plus d'une fois à m'enfermer avec vous, sous clef, pour vous faire encore, de ma propre main ministérielle, du café aussi bon que celui dont sans doute il vous souvient, et que nous prenions dans mon galetas, près de la Madone des Anges^ l'an de grâce 1798. Mais vous avez cassé ma cruche, et me voilà plus capot que Perrette. Vous vous en allez à Beauregat^d ! Quel nerf vous avez pincé dans mon cœur, cher et digne ami, avec ce mot de Beauregard! Vous m'avez fait rebrousser de trente ans vers l'âge des jouissances et des enchantements. C'est là que j'ai passé quelques jours de ma vie, si pleins, si heureux ; c'est là que je composai, en 1784, ce discours sénatorial dont je possède encore une copie écrite de la main de l'infortuné Lavini, et suivie de vos animadversions, très soigneusement reliées à la fin de l'ouvrage. Savez-vous bien, mon cher ami, que si je m'avisais de passer huit jours à Beauregard, à moins d'être bien entouré, bien soutenu, bien choyé, j'étoufferais infailliblement. Quelles personnes, bon Dieu ! Quelles soirées ! Quelles conversations ! Et vous, cher ami, comment ferez-vous ? Croyez-moi, n'y allez pas, à moins que vous ne soyez aussi bien déifendu. Il faut surtout avoir des femmes, à présent qu'il en est entré de si aimables chez vous, qui puissent vous papoter et roucouler tout le long du jour autour de vos oreilles. J'aurais lu avec un profond chagrin ce que vous me dites sur votre accident, si

votre lettre ne vous réfutait pas d'une manière si aimable. Pour moi, j'ai joui jusqu'à présent d'une santé insolente ; mais ce sont précisément ces tempéraments qui sont le plus sujets à s'abîmer brusquement. Ils ressemblent à ces terres riveraines, minées en dessous par Vonde fugitive^ couvertes d'herbes et de fleurs; rien ne les distingue des autres : puis, tout à coup, plouf !

Pas n'est besoin, je pense^ de vous dire k quel point j'ai applaudi à votre noble entreprise littéraire. J'attends beaucoup de vous dans ce genre. C'est mon affaire de me procurer le livre dès qu'il paraîtra : la vôtre est de remettre à mademoiselle d'Oncieu un petit carré de beau papier, enfermé dans une enveloppe à mon adresse, sur lequel vous écrirez deuxlignes témoignant que le livre vient de vous, et que je puisse coller sur le revers de la couverture. J'espère que vous ne ferez aucune sotte difficulté, la chose, à la distance où nous sommes, ne pouvant pas aller autrement. Au reste. Monsieur le Marquis, il pourrait bien se faire que j'allasse moi-même chercher votre livre; car, suivant toutes les apparences, je suis sur le point de me rapatrier; du moins j'en ai fait la demande expresse, et j'insisterai. Mon projet, comme vous l'avez vu sans doute, était de terminer ici ma carrière ; mais les choses ont changé, et, par mille raisons longues à raconter, la place n'est plus tenable. Je ne vois pas trop même comment je me relèverai du coup que j'ai reçu dans les tristes lambeaux de ma fortune !... Mais parlons d'autre chose. Je vous remercie d'avoir constamment

pensé à moi; ne perdez jamais cette habitude, je vous en prie. — Mon frère, qui est maintenant à Abo, en Finlande, sera bien joyeux de votre souvenir. Je suis charmé que vous ayez goûté son Lépreux, dont je suis grand partisan. Je vais sur-le-champ écrire à ce bon Xavier pour lui faire connaître votre souvenir et votre approbation. Ma femme, mon fils, mes filles se lèvent en masse pour vous saluer tendrement. Le second est capitaine en pied dans le premier régiment de l'Empire (les Chevaliers-Gardes) ; mais, comme je vous disais, l'édifice que je bâtissais est renversé, et il faut recommencer par la première pierre.

Sans mes deux filles, je prierais ma femme de se faire religieuse pour me laisser la liberté de me faire moine. Vous me recommandez de prier Dieu pour vous. La règle serait de vous répondre : C'est bien à vous de prieî^ pour moi; mais il me semble que les compliments ne sont pas de mise en si grave sujet. J'aime donc mieux vous répondre que je ferai, quoique indigne, tout ce qui dépendra de moi, en vous priant, en style diplomatique de m'accorder la récipi^oque^ et même plus s'il y échoit. Témoignez mon souvenir à vos chers enfants : je les porte tous dans mon cœur, J'ai pris une part infinie à leurs succès, et sur l'heureux Cî^escite et multiplicamini prononcé au milieu de votre famille par la divine Providence. Il lui a plu d'envoyer une partie de ma famille à Gênes. Ce sont là de ses coups ! Qui sait ce qu'elle fera encore de moi? Mon fils est lieutenant-colonel : je veux me proposer comme tambour dans le régiment où il se trouvera

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J'ai de l'oreille, et les bras encore très dispos; c'est le seul emploi pour lequel je me sente des dispositions décidées. Adieu mille fois, cher et digne ami, le compagnon, le consolateur de ma jeunesse, Vanimateur de mes efforts, et l'objet constant de ma tendresse. J'espère vous voir encore, et vous rabâcher mille choses peu connues. Voyez-vous le Marquis de Barol, l'abbé de Caluso? S'ils sont de votre connaissance, rappelez-moi à eux, je vous en prie. Dites à ce dernier que je me suis senti constamment pauvre depuis qu'il ne m'a plus été possible de le piller.

Tout à vous, excellent ami; je vous serre dans mes bras.

A M""' Anastasie de Bonar.

Saint-Pétersbourg, 23 avril (5 mai) 1816.

Madame et respectable Amie,

En voyant la date de cette lettre, vous allez vous écrier : Ah! le monstre! Est-il permis de répondre le 5 mai à une lettre du 20 décembre (reçue le 21 janvier). A cela. Madame, point de réponse et point d'excuse, et cependant, je veux que vous me pardonniez, même la prétention de ne pas vous expliquer pourquoi

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j'ai interrompu cette aimable correspondance, et je demande l'absolution sans me confesser. Vous trouverez cette prétention contraire à la foi catholique que je professe ; mais, dans ce maudit siècle, il n'y a plus de religion.

Que votre seigneur et maître a bien fait, Madame, de vous promener un peu avec lui sur le continent, pour dissiper des images aussi funèbres que celles qui vous assiégeaient sans interruption auprès de vos pénates. Je n'avais certainement pas commis l'extrême indiscrétion de vous demander le détail d'un malheur affreux; c'est tout autre chose que je vous avais demandé. Je voulais savoir de vous, en confidence, si c'était en effet, comme on l'avait dit, le démon du fanatisme qui avait enfanté ce forfait, et si vous l'aviez caché par quelques égards dont j'ignorais la cause. Voilà, Madame, ce que j'avais demandé, et comme je m'étais exprimé à mots couverts, vous n'entendîtes pas ma lettre, et j'ai dû à ce malentendu une narration que je n'aurais pas osé demander, et qui m'a intéressé au delà de toute expression. Mais tirons le rideau sur ces affreux tableaux, et ne parlons plus que de la charmante amie qui veut bien encore se souvenir de moi. Il n'y a rien de si aimable que cette narration que vous me faites de votre voyage : quelle singulière enfilade de circonstances inattendues, qui vous mènent tout doucement de Hanovre à Naples, sans jamais savoir aujourd'hui ce que vous ferez demain. Je vous félicite de tout mon cœur, bonne et aimable amie, d'avoir vu tant de belles choses, tant de spectacles

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magnifiques de la nature et de l'art. Votre cœur et votre esprit sont faits pour sentir ces beautés. Un plaisir inexprimable eût été pour moi de les contempler avec vous; mais tout est dit : jamais je ne vous reverrai, Madame, et jamais je ne vous oublierai. Il y a des souvenirs étouffants, et ce n'est pas sans peine que je tiens la plume. Vous avez vu le Duc de Serra-Capriola bien vieilli, bien défait, bien changé; peut-être que vous ne me reconnaîtriez pas moi-même, si je vous apparaissais subitement. Voyez-moi toujours tel que j'étais lorsque j'entrais chez vous, et que j'avais le bonheur de vous consoler de l'injustice, et quelquefois de l'atrocité humaine ; — et moi je vous verrai toujours comme vous étiez lorsque mon frère dessinait votre profil chez la Princesse Kourakin, et que tout le monde disait: Ah! ! — Croyez, Madame, que vous serez toujours au rang de mes plus doux souvenirs. Si quelquefois l'intérêt de l'amitié a pu rendre moins amères pour vous certaines cruautés du sort, si le cas que j'ai toujours fait de votre personne a pu n'être pas absolument indifférent à votre excellent époux, je m'en féliciterai sans cesse. Je voudrais bien embrasser ces quatre jolis chérubins dont vous me parlez. — Ah! Que d'égratignuy^es! — Mais je ne sais pas comment ' cette antique folie est tombée de ma plume. Voilà comment je suis. Au milieu des pensées graves et mélancoliques, quelques éclairs de ma gaieté naturelle viennent encore sillonner la nue, et j'espère que vous sourirez aussi. J'ai peu de choses à vous dire sur moi. Depuis le mois d'octobre 1814, je pos-

sède ma famille; ma femme, mon fils, mes deux filles sont à côté de moi. Mon fils a miraculeusement échappé aux boulets et aux balles depuis Borodino jusqu'à Montmartre. J'ai vu cet enfant si désiré que je ne connaissais pas. — J'ai revu cette Adèle chérie dont vous avez vu le portrait, qui n'est déjà plus le sien quoiqu'elle soit jeune encore, mais son âme est bien la même, comme la mienne, comme la vôtre, Madame, je me garde bien d'en douter. Heureusement, il y a dans nous quelque chose qui ne vieillit point.

Avez-vous toujours mon livre? Gardez-le bien. Les Français l'ont réimprimé deux ou trois fois de suite, sans qu'il m'ait été possible d'en posséder un exemplaire. — D'autres choses encore sont tombées de ma plume, mais je ne puis vous aborder. Il vous serait bien plus facile qu'à moi de faire demander à Paris V Essai su?^ le principe générateur des institutions humaines^ où ces étourdis de Français ont affiché mon nom sans permission de ma part. J'aurais bien voulu voir Paris avec vous, et j'aurais désiré encore plus vivement entrer avec vous à Saint-Pierre de Rome. Je vous aurais serré la main, et qui sait si nous ne serions pas tombés à genoux ensemble. — Ah ! Maudit xvi^ siècle ! Mais je ne le hais plus autant depuis que j'ai été obligé de lui retirer une partie de haine pour en faire présent à son fils le xviii^

Je n'ai point cherché encore madame Pitt, car depuis que je me suis marié, je suis devenu beaucoup plus casanier, et depuis quelques mois, je suis devenu encore plus sauvage. Cependant je crois qu'à la fin je

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ferai un effort, et que je lui demanderai, en mémoire de vouSy de faire connaissance avec elle, puisqu'elle vous intéresse si fort. Je ne sais trop, Madame, si je demeurerai encore longtemps ici. Depuis votre départ bien des choses ont changé : je suis sur le point de perdre une quantité de maisons amies qui s'en vont courir le monde ; j'en ai quitté d'autres par amour de la solitude, et par dégoût des choses. Mille amitiés, je vous en prie, à monsieur votre époux. Je vous recommande vivement l'un à l'autre en vous assurant du plaisir que vous me ferez si vous exécutez soigneusement cette commission.

Dites de ma part à votre charmante petite fille que je ne lui sais pas le moindre gré d'être si jolie. La belle difficulté! — Mais je crois, en vérité, que je m'acheminais à être galant. Quel scandale, à mon âge !

Belle dame, ne soyez pas rancuneuse, je vous en prie. N'allez point me priver de vos lettres, parce que moi-même je vous ai fait attendre la mienne. Au contraire, supposez noblement que je n'ai pas tort, et traitez-moi en conséquence. De quelque côté que je tourne mes pas, le couvert de M. le baron Rail, banquier de la Cour^ me transmettra toujours vos lettres. Je conserve toujours dans mes papiers une dissertation anglaise, enfantée par un évêque, et copié.e de votre main. — Adieu mille fois, excellente Anastasie : pour l'amour de Dieu , ne m'oubliez pas.

P. -S. — Vous dites donc, Madame, qu'en pirouettant au travers de l'Europe, vous avez rencontré plu-

sieurs personnes qui ne m'ont pas oublié. Dès que je saurai leurs noms, je ne manquerai pas de leur écrire pour les remercier; en attendant, je leur dis comme le vieux cantique de l'Enfant prodigue,

Vous avez en vérité Beaucoup de la bonté.

A M. le marquis Henri de Costa.

Saint-Pétersbourg, 3 (i5) juillet 1816.

Vous avez cacheté votre dernière lettre, mon cher et digne ami, avant de pouvoir me dire votre avis sur mon dernier ouvrage, que vous teniez; et moi, je suis obligé de cacheter celle-ci sans avoir pu, malgré iTies plus grands efforts, aller au delà de votre premier volume : heureusement, il me suffit pour juger de l'ouvrage. Juste mesure, simplicité élégante, liberté honnête, choix heureux et sage disposition des matériaux, c'est ce que j'admirerais dans votre œuvre, quand même elle serait partie d'une main indifférente. Vous avez fait un vrai présent à vos compatriotes, qui disent, comme tous leurs contemporains : Les longs ouvrages nous font peur

Enfin, mon cher ami, je vous rends grâces de tout

mon cœur, et je sais ce que je vous dois, au pied de la lettre. Vous aurez dû plaire infiniment à mon docte cousin le comte Napion, que j'ai vu jadis fort courroucé de l'insolente proposition qu'o« ne pouvait faire lire une histoire de Piémont. Je ne doute pas qu'après avoir lu vos deux derniers volumes, je n'aie de nouveaux éloges à vous adresser. J'ai pâmé de rire de ce que vous me dites des magnats. Quant à Son Altesse sérénissime monsieur le public, je suis bien aise qu'il en use bien avec vous, et qu'il vous donne des preuves de son approbation. Il est impossible, au reste, que cet ouvrage ne plaise pas. J'ai particulièrement remarqué, distingué et approuvé l'art avec lequel vous avez su, sans la moindre affectation, encadrer çà et là les meilleurs noms du pays. Au reste, il n'y a que justice. Vous m'avez rappelé, par le contraste, les platitudes du bon Grillet.

Je n'ai pas trouvé dans l'épître dédicatoire votre perfection et votre élégance ordinaires. Je remarque aussi que vous permettez, çà et là, au marquis Costa, l'usage de l'adjectif accolé au pronom, de cette manière : celles résultant., au lieu de celles qui résultent ; ce qui est contraire au dogme français. Je ne dis pas que ce soit tout à fait une hérésie, mais c'est un schisme. Je vous dis ceci uniquement pour vous donner, par mes critiques, une pleine confiance à mes éloges, et comme je ne doute pas d'une seconde édition, je me réserve de vous envoyer une liste de mes animadversions, si j'en trouve le sujet en avançant.

A votre tour, mon digne ami, je vous somme de

m'envoyerune dissertSition hj^percrittpue sur les Délais de la justice divine. Je ne me rappelle pas avoir jamais rien travaillé avec autant de soin : j'ai e'crit trois fois ce beau traité de ma propre main; il a été lu ligne par ligne, sur le grec, par un habile helléniste, qui ne m'a fait qu'une observation dont vous pouvez juger sans savoir la langue. Il s'agit de savoir si la mère carthaginoise, obligée de voir brûler son fils, était exposée à perdre tout à la fois, et ce fils et le prix de ce fils, ou bien à perdre et son fils et Vhonneur, en supposant seulement que le même mot grec t-.'xy; (timé) signifie /?r/x et honneur. Vous êtes en état de dire votre avis.

Je n'ai point encore vu mon ouvrage. Dieu sait comment on aura imprimé, à huit cents lieues de moi, le grec et le latin ! Le bourreau de libraire a mis encore mon nom, contre ma défense la plus expresse. Les Considérations sur la France m'ayant mis à la mode dans ce pays, mon nom peut aider au débit; la bonne foi, la parole d'honneur, ne signifient rien. — Uhonjieur est un vieux saint que Von ne chôme plus. — Mes portefeuilles recèlent dans ce moment des ouvrages considérables, ce qu'on appelle des ouvrages ; mais qu'est-ce que cela vaut ? Et comment pourrontils paraître? C'est ce que j'ignore : la chose dépend en grande partie du sort qui m'attend.

Il vous souvient, mon cher ami, de ma devise si philosophique : Inimicis juvantibus. Pour cette fois, je vous l'avoue, je crains que les aquilons ne l'emportent ; la balance aujourd'hui penche tout à fait du

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côté de Bissy, mais peut-être qu'il en sera tout au-

trement,

Adieu mille fois, cher et excellent ami ; ma femme et mes enfants vous disent mille tendresses. — Voilà une lettre pour cette aimable Clémentine, que je chérirai toute ma vie. Pauvre mère! Ah! que de chagrins ! Je les partage de tout mon cœur : dites-lelui, je vous en prie. Ce coup est bien perçant après tant d'autres. — Henri, je vous remercie encore de votre livre, et je vous serre dans mes bras.

cm

A M"^^ de Buttet, sa sœur.

Il ne sera pas dit, ma très chère Jenni, que M. Marie-Antoine Thevenet, que j'ai eu le bonheur de tirer d'un très vilain séjour, s'en retourne dans la bonne ville de Bonneville, sans que je lui donne quelques lignes pour toi. Je le charge de plus, expressément, de te montrer son passeport, afin que tu aies toutes sortes de preuves de mon existence au mois d'août 1816. Je ne crois pas avoir jamais écrit dans le c/depant^ et ensuite dans le ci-après duché de Savoie sans avoir envoyé de tendres amitiés à ma chère Jenni. Il est impossible d'écrire à tous; il faut bien

que quelqu'un se charge de distribuer les compliments; mais aujourd'hui l'occasion est si belle, que je veux absolument t'écrire en main propt^e. Ah ! ma chère amie, qu'est devenue notre petite république, que nous avons crue si longtemps une et iridivisible ; comme la voilà e'parpillée ! Imagine-toi que j'ai appris il y a deux mois ^ pa?^ une lettre de Sardaigne^ ce qui s'était passé à Bordeaux à l'égard du Doyen, lorqu'il y prêchait ! Voilà où j'en suis. Une autre grande bizarrerie, c'est celle qui a réuni la maison de mon frère et celle de Saint-Réal, à Gênes. Je commence à entrevoir de mon côté la possibilité de se revoir, et même bientôt; mais sera-ce pour l'avantage de ma famille? Dieu le sait! Je me suis beaucoup informé de ton fils, qui est, à ce que tout le monde me dit, un excellent enfant, doué de plus de beaucoup de talent. Avec quel plaisir j'embrasserai tout ce monde qui est né depuis moi ! Tous ces jeunes gens me prendront, avec mes cheveux blancs, pour le prophète Elie qui revient à la fin du monde.

Le climat de ce pays a fort convenu à mes trois femmes. Constance se trouve même beaucoup mieux qu'à Turin, ce qui m'a fort surpris. Quant à moi, je suis tout à fait acclimaté, et je n'aurais jamais songé à changer de place, si d'autres considérations ne me rappelaient du côte des Alpes. Et toi, ma chère paresseuse, que deviens-tu après cette longue et épou vantable secousse? Es-tu toujours plantée au pied des glaciers ? Viens-tu quelquefois habiter Bissy? Nicolas me l'a offert de la manière la plus aimable ; mais je

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ne sais si je setai dans le cas de profiter de cette offre, mon sort est encore trop en l'air; il faudra bien cependant que tout s'éclaircisse. Je ne tiens plus à cette machine ronde que pour mes enfants. Je vais donc examinant ce qui pourrait leur être plus ou moins utile : quant à moi, je n'ai plus envie de rien, que d'un repos honorable. J'ai assez écrit mon nom et celui des autres. M. Thevenet te contera comment on se trouve dans ce pays lorsque, par quelque circonstance malencontreuse, on est en butte à certains soupçons. Griffonne-moi quelques mots, je t'en prie, sur toute la famille cisalpine. Où est ce scélérat de Doyen qui n'écrit jamais? Où est Marthe? Que fait-elle et comment se porte-t-elle ? Si par hasard elle était à côté de toi dans Villebonne, je lui enjoins d'écrire une ligne de sa main afin qu'elle me fasse aussi coiiter de son existence. Une de mes grandes curiosités est de savoir si nous nous reconnaîtrons lorsque nous nous verrons. Je compte écrire mon nom sur ma poitrine, afin que tu ne te trompes pas. Et toi, moucher cœur, comment me prouveras-tu que tu es la belle Jenni? Pour moi, je m'en moque, car je n'ai jamais été le beau Joson. Nous ne serons au reste étonnés qu'un petit moment, et, dès que nous nous serons donné les preuves convenables que nous sommes Noiis^ j'espère que tout ira comme si nous avions vécu et vieilli ensemble. Je te peindrais difficilement, ma toute chère amie, les palpitations qui s'élèvent dans mon cœur à cette grande époque. Changer d'état est une terrible affaire à tout âge ; au mien, elle est pire

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que terrible. Au reste, je ne suis point encore sur mon départ, et je ne puis te dire le moment, même par à peu près. Comme je vais trouver tout trop petit! J'en ai peur d'avance. Tu ne saurais croire comme on se gâte dans ces pays où tout est immense. Les portes et les pensions me paraîtront extrêmement petites. L'unique chose qui me console, c'est la certitude de trouver des œufs frais aussi gros que ceux de Russie. Quel singulier rêve nous avons fait ! Mon sort est un tel assemblage de discordances et de contradictions , qu'en repassant sur tout ce qui m'est arrivé il me semble lire VOiseau bleu ou le Petit Poucet. Une seule chose n'a jamais varié, c'est l'esprit de famille et le souvenir de nos jeunes années; mon cœur, sur ce point est d'une fraîcheur qui demande ton approbation. Qui sait si nous devons encore trouver une image de cette antique vie patriarcale ? Il en sera tout ce qui plaira à Dieu; mais de près ou de loin, ma bonne Jenni, je serai toujours ce même frère que tu as aimé, et qui ne t'a jamais désaiiné un instant. Mon fils et mes femmes te disent mille choses tendres, et moi je serre ta grosse personne (à ce qu'on me dit) dans mes vieux bras, et je te serre sur mon cœur qui est tout à toi. J'embrasse ton ser^rurier Eloi, tout comme si le connaissais.

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A M""'^ Swetchine.

Saint-Pétersbourg, 4 (16) août i8i6.

Voilà deux lettres, excellente Sophie, qui m'ont été remises par le Consul d'Angleterre de la part de lord Walpole. A ces deux lettres étaient joints un certain livre sur les prophéties, que vous aviez bien voulu demander pour moi, comme il vous en souvient probablement, et deux pamphlets assez volumineux comme tels. Ce sont des poèmes de lord Byron sur les batailles de Calavera et de Trafalgar. Ceci, Madame, vous appartient particulièrement, ainsi qu'un numéro de je ne sais quel papier public, où l'on dit des vérités assez dures à ce poète-lord; mais comment faire? Vous courez le monde, et chaque jour vous éloigne de nous : il n'y a pas moyen de vous faire parvenir cela.

Quant au livre sur les prophéties, je n'ai pu encore qu'y jeter un coup d'œil très rapide, et j'ai pu voir seulement : i° qu'il adopte le système des millénaires, que je n'explique point à une personne aussi instruite que vous ; 2° qu'il adopte un autre système, purement anglais, et que vous avez admiré déjcà dans le livre de M. Buchanan sur les missions asiatiques : savoir, que le pur christianisme a été déshonoré p^ir

deux apostasies : celle de Mahomet en Orient, et celle du pape en Occident. The full duration of popery being of 12 go jears^ and that of mahometa?î pojver abolit 1240, Or, comme (d'après l'auteur) ces deux apostasies ont commencé ensemble ou à peu près vers le vi^ siècle, vous voyez, Madame, que le commencement du règne de mille ans ne saurait être fort éloigné.

L'auteur de ce dernier livre est M. James Hastley Frère ; mais on voit, par son livre, que cette opinion est à la mode à Londres parmi les grands théologiens. Là-dessus, Madame, il faut dire comme le cordonnier de Paris : Voila cependant Vétat où je serai dimanche ! — Nous avons tous notre dimanche, mais celui de ces Messieurs est terrible.

Depuis votre départ, Madame, nous avons eu deux fois de vos nouvelles par madame la Princesse Alexis Galitzin; nous savons que vous étiez en bonne santé, et c'est beaucoup. Lorsque vous serez assise dans quelque bonne ville, vous nous donnerez d'autres détails. Si madame la Princesse ne brûlait pas impitoyablement toutes ses lettres, je la prierais d'en poser une sur un fauteuil vide, dans toutes nos réunions ; car, après vous, il n'y a rien de plus vous que votre pensée. Cependant, ce serait encore viande creuse. Votre absence. Madame, laisse un grand vide dans notre société. Il m'en coûtera bien moins de disparaître à mon tour, en songeant que vous n'y êtes plus. Ce grand moment, au reste, n'est point fixé. Voilà l'Empereur qui part pour trois ou quatre mois; pen-

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dant ce temps, je ne pourrais donner mes lettres de récréance, quand même elles seraient sur ma table. Je suis bien loin d'ailleurs d'être encore d'accord avec certaines personnes sur certains articles, de sorte que, quoique le principe soit décrété^ la rédaction ne l'est pas. Le croiriez-vous, Madame ? Je ne me tiens point encore sûr de ce qui arrivera, tant je connais mon étoile, qui m'a constamment fait atteindre ce que je ne désirais pas, en m'écartant de ce que je demandais ; mais je dois dire, à sa décharge, qu'elle a toujours agi pour mon bien. En i8o3, par exemple, je puis vous assurer sur mon honneur que je n'avais pas la moindre envie de vous connaître (ceci est grossier); et cependant Vétoile avait résolu alors de me faire présent d'une amitié faite pour donner à la fois orgueil et bonheur. Conservez-la-moi bien , bonne et respectable amie : savoir tout ce qu'elle vaut, n'est-ce pas un peu la mériter?

Je griffonne maintenant, et même j'ai fort avancé le second livre de cet ouvrage dont le premier vous a été lu ; il me semble que cela vient ^ mais un départ rompra tout.

J'ai fait l'effort d'aller à la fête de Peterhoff, pour la faire voir aux dames, qui en ont été frappées. Elles ont été traitées supérieurement par les deux grandes dames du logis^ ce qui a été fort remarqué. C'était^ à qu'il m'a paru, un équilibre arrangé d' avance par une habile main. La fête a fini bien tristement. Un coup de vent furieux a fait chavirer plusieurs barques qui revenaient à Saint-Pétersbourg chargées de monde.

On varie sur l'étendue du mal, comme vous le sentez bien ; mais il est grand. La police dit pas cinquanle, et le public dit quatre cents. Je ne crois ni la police ni le public; mais en passant au milieu, c'est encore un terrible événement.

La fille cadette de la Princesse Lubomirska est morte il y a deux jours, après vingt-huit heures de convulsions produites par la dentition ; la maman est enceinte, et le grand-papa fort malade; le bon Empereur fait merveille dans cette maison. Bon Dieu, le vilain monde ! Je ne suis pas étonné qu'on ait envie du règne de mille ans.

Toute ma famille. Madame, du moins la partie coiffée, vous envoie mille tendresses ; Rodolphe vous fait sa profonde révérence. — Et moi. Madame, que vous dirai-je donc à la fin d'une lettre ? Que f ai Vhonneur d^être^ etc. — Ma foi, non !

A la Même.

Saint-Pétersbourg, 17 (29) août 1816.

Je suis chargé. Madame , par votre bonne amie, madame la Comtesse Razoumofski, d'une triste commission auprès de vous ; celle de vous faire part de la mort de sa bonne maman, la pauvre baronne de Maltzen, que nous avons accompagnée aujourd'hui à la demeure éternelle. Elle est morte lundi 14 (26), vers

A m'"^ swetchine 375

les cinq heures du matin , entre les bras de sa fille et de sa fidèle Carisé. Madame Viollier, qui occupe dans ce moment une petite maison de campagne sur la route de Catherinehof , tout près de la porte de Peterhof, a très à propos enlevé cette pauvre Comtesse, et l'a emmenée avec elle. Je vais la voir. La Princesse Stcherbatof fait merveille de son côté. Enfin, nous faisons ce que nous pouvons; mais combien vous nous manquez, et combien vous avez été regrettée dans cette triste occasion par la malheureuse veuve, car c'est son titre.

Madame de Maltzen a pris des remèdes qui la brûlaient. En les prenant elle disait : « Vous me tue-{. » Après sa mort, le médecin a décidé qu'elle avait des abcès dans la poitrine et qu'il n'en savait rien. Làdessus, la pauvre Comtesse s'arrache les cheveux et prétend qu'elle est coupable de n'avoir pas empêché l'usage de ces remèdes. Jugez comment elle pouvait se battre avec Stoffrein. O médecine! Nous allons revoir incessamment un autre de ses chefs-d'œuvre. Le Grand Maréchal part aujourd'hui ou demain dans un état déplorable. Il ne s'agit pas moins que d'une dissolution d'entrailles. Dévoré par une affreuse diarrhée, il part accompagné de sa fille enceinte^ de son fils et d'un médecin; il doit mourir dans quelque auberge prochaine. Vous êtes peut-être assez simple, Madame, pour dire niaisement: Eh! pourquoi partil? Ah ! vous n'y comprenez rien. // a reçu 100,000 roubles de V Empereur pour son voyage, il doit partir : ce qui est évident.

Pour en revenir à votre triste amie , elle aurait grande envie de revenir incessamment en ville, et de se loger près de V église.

Hier, avant de nous séparer, son dernier mot fut : N'est-ce pas que vous lui écrire^ ? Vous êtes bien persuadée. Madame, que ma parole ne se fit pas presser. Dès que votre amie aura repris un peu de force et de sang-froid , vous verrez arriver une grande lettre d'elle.

Je n'ai rien du tout à vous apprendre sur moi, Madame, excepté que, suivant toutes les apparences, je passerai encore l'hiver chez vous.

Le sort qui m'attend sous un autre ciel serait plutôt le sujet d'une conversation que d'une lettre. D"une manière ou d'une autre, j'espère me trouver encore une fois sur votre route, et en attendant, je ne cesserai de vous regretter.

Le Comte de Wintzingerode est sur le point de partir, son successeur est arrivé : c'est le Comte de Beroldingen. Le Chevalier de Lebzeltern est arrivé avec de grands appointements et de grands préparatifs de représentation. Le Général de Steingentesch est parti, et M. Provart monte en voiture; voilà toutes les phases du Corps diplomatique.

Vous devriez bien. Madame, demander la place du Prince Korlowski à Turin. Vous pesez moins que lui, mais vous avez bien autant de poids, et quoique votre esprit soit faible et inconséquent^ nos esprits s'accommoderont fort bien du vôtre. Croyez-moi, bonne Sophie, mettez-vous en avant.

A M""^ SWETCHINE Syy

On m'a dit que vous ne vouliez plus vous tremper dans l'eau, et que vous arriviez toute sèche à Paris* C'est fort bien fait à vous, Madame; j'espère que l'air, la terre et le feu vous traiteront assez bien à Paris, pour que vous n'ayez plus besoin des eaux. Quant à l'eau, c'est autre chose. Je n'ai pas assez d'autorité pour vous rinterdire, quoique je vous aie souvent chicané sur le trop. ~j

On m'a dit aussi que vous aviez rencontré une certaine dame de votre connaissance intime (i), publiquement logée avec un aimable homme, et que vous deviez faire tous les trois, pendant quelques jours, un délicieux ménage. Je vous en félicite de tout mon cœur, et je vous prie de faire arriver mes hommages à cet excellent couple, à quelque distance qu'il se trouve de vous quand cette lettre vous parviendra.

Vous ne sauriez croire, Madame, combien j'ai d'obligation à cette bonne Princesse (2) qui ne m'a jamais laissé manquer de vos nouvelles. Chaque mercredi et chaque samedi, je suis aux enquêtes. Je ne sais si vous êtes déjà brûlée (3) lorsque j'arrive, mais quand elle m'a dit : Vous êtes nommé. Monsieur le Co7nte^ tout est dit. Heureusement c'est beaucoup.

Je baise respectueusement les deux mains de Sophie, et me recommande à son souvenir dans les siècles des siècles.

(i) Madame la Princesse Gagarin, sœur de Madame Swetchine. .; elle venait de rejoindre son mari.

(2) Madame la Princesse Alexis Galitzin.

(3) Badinage fondé sur le tic de madame la Princesse de brûler toutes les lettres,qu'elle recevait, immédiatement après les avoir lues.

A M. le Chevalier de Saint-Réal, S071 heau-frère, à Gênes.

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