‹ Lettres choisies de J. de MaistreChapitre 59 sur 60 · AU MARQUIS H. COSTA DE BEAUREGARD · texte numérisé non relu

AU MARQUIS H. COSTA DE BEAUREGARD

me paraît certaine. Les deux derniers volumes ne m'ont pas paru mériter moins d'éloges que le premier. Je vous répète que vous avez fait à vos compatriotes un véritable présent qui doit vous mériter leur reconnaissance. Pour mon compte, je vous suis infiniment obligé, car de ma vie je n'ai pu m'asseoir pour étudier ni même pour lire l'histoire de mon pays. Grâce à vous, cher ami, j'ai fait connaissance avec ces Charles, ces Amédée, ces Philippe, etc., que je connaisais mille fois moins que les grands capitaines de Rome et d'Athènes. Vous avez été bien maltraité par les imprimeurs et les correcteurs. Vous le verrez par V Errata. Je vous ai fait aussi, chemin faisant, quelques petites querelles de puriste. Vous en ferez ce que vous voudrez ! ! ! — Malheur à l'écrivain français qui est imprimé à Turin, à moins qu'il n'ait un correcteur vétilleux. L'accord des participes, par exemple n'entre jamais dans la tête de ces Messieurs. Je me rappelle vous avoir entendu plaisanter jadis sur vos péchés contre l'orthographe, mais j'imagine que vous avez livré à l'imprimeur une copie parfaitement corrigée.

Voici encore une observation de pure ordonnance, mais qui me semble d'un certain poids. En vertu de l'ordre que vous avez choisi, l'ouvrage aurait du être intitulé : Tablettes chronologiques de l'Histoire de Savoie, suivies de mémoires historiques, etc.... Mais comme vous intitulez Mémoires historiques, etc., il me semble évident que les Mémoires devraient se montrer les premiers, avec les notes, pour en venir

ensuite aux Tablettes chronologiques, qui auraient rappelé et fixé dans l'esprit du lecteur tout ce qu'il vient de lire. Voilà, mon très cher et digne ami, la part de la critique suivant moi : après quoi il n'y a qu'à louer. Du reste, j'ai beauucoup admiré la franchise mesurée avec laquelle vous avez su parler de beaucoup de choses qui en auraient embarassé d'autres que vous. Le noble caractère d'homme sage est celui qui se montre le plus visiblement dans votre livre, qui vous ressemble tout à fait. J'ai grande envie de le voir extrêmement répandu et réimprimé élégamment : il est déjà ici dans la bibliothèque de l'Etat-Général.

Croiriez-vous, mon cher ami, qu'au moment où je vous écris, je n'ai point encore lu mon dernier ouvrage? La philosophie occupe peu les esprits ici. Le livre est cependant arrivé depuis longtemps, mais non à moi. Il a été imprimé, comme je vous l'ai mandé, contre mes intentions expresses. En conséquence, l'imprimeur met l'argent dans sa poche et s'inquiète peu de l'auteur : il a raison. Et vous, très cher ami, qu'en dites-vous? D'un jour à l'autre j'attendais vos observations qui n'arrivent point. Elles ressemblent un peu à ma personne qui n'arrive pas, comme vous voyez. C'est une apocalypse où je ne vois pas plus clair que vous. Je crois bien que je vous* embrasserai en 1817; mais dans quel mois? Je n'en sais rien. Ah! quelle conversation! — FZn attendant, je travaille beaucoup, en dépit du monde qui m'entraîne, mais moins qu'un autre. Quand je songe aux manuscrits que je dois transporter, je tremble de tous mes

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