A M. LE CHEVALIER DE ROSSI
je suis bien satisfait. Je remercie tendrement la douce Camille qui veut bien se souvenir de son vieux Quinquin. Pour moi je ne la reconnaîtrais plus : je ne sais quel pressentiment me dit que je ne verrai plus rien de tout cela, mais mon cœur sera toujours à vous, mes bons amis. Je sais bien que vous me payez de retour. Célèbre-moi toujours à la Charmille, avec le bon jardinier que j'embrasse étroitement. Je vous recommande l'un à l'autre et je vous donne ma bénédiction de patriarche. Adieu mille fois, ma très chère Thérésine; je serai toujours enchanté de voir ton écriture., Tout à toi.
A M. le Chevalier de Rossi.
Mai 1804.
Monsieur le Chevalier,
Lorsqu'il s'agit de juger une de ces familles qui ont tout quitté et tout perdu pour la bonne cause, et qui se sont vues forcées depuis, par les malheurs de leur souverain, à passer sous la domination de la France, on ne saurait y regarder de trop près. Dans tous les siècles, il y a une accusation à la mode qu'on se jette à la tête avec une facilité surprenante. Sous le règne de Louis XIV, tout homme qui déplaisait à un autre était Janséniste ; aujourd'hui on est Jacobin^ et ce mot
se prononce aussi avec une aisance admirable. Ainsi, celui qui a dîné avec un officier français, ou que la peur a forcé de monter la garde une fois, avec une cocarde tricolore à son chapeau, est un Jacobin, comme celui qui aurait voulu empoisonner le Roi. Pour en revenir à ces familles dont je vous parlais, comme elles ont donné primitivement des signes décisifs de fidélité, l'équité exige qu'on ne les accuse d'avoir changé de système que sur des preuves incontestables. Ainsi, par exemple, les marques extérieures de politesse et de déférence qu'elles pourraient donner aux autorités du lieu ne prouvent absolument rien contre elles. En effet, quand on est dans un pays, on dépend de celui qui commande, c'est lui qu'il faut voir, c'est à lui qu'il faut s'adresser, quel qu'il soit, et en entrant dans sa chambre, on ne se jette point du tout dans ses bras. Ceci, comme vous l'entendez assez, se rapporte à une expression de votre n°..., et c'est seulement pour vous faire observer que pour l'homme qui vit en France, ou dans un pays dépendant de la France, la simple liaison avec les autorités du lieu ne suffit pas pour le rendre suspect et faire mettre légitimement en question des principes antérieurement prouvés. Je ne connais au reste presque pas la famille que j'ai principalement en vue ici, et je n'ai avec elle aucune liaison d'amitié, de reconnaissance, ni même de simples affaires; mais comme je sens qu'il n'y a rien d'aussi malheureux que d'être soupçonné par le Souverain même dont on a suivi le sort, je rends à ces Messieurs, en parlant pour eux, le service que je voudrais qu'un hon-