I. Koraan musical de Jules Becker (Leipzig
numéro de ce journal paraîtra l'annonce de mon doctorat, : je ne le lis pas régulièrement....
Ecrivez-moi bientôt, et croyez-moi votre dévoué qui signe pour la première fois
A Ernest. A Becker.
28 juin 1840.
Mon cher Becker,
Ci-joints les nocturnes qui me rappelleront souvent à toi amicalement; ce seront le premier et le dernier qui te plairont le plus; donne le second exemplaire à Brendel, avec mes amitiés.
Clara est ici depuis trois semaines, et nous nous enthousiasmons continuellement, tant à la promenade qu'au piano — Nous avions le projet d aller te voir en juillet, mais nous craignons — à te parler franchement — les bavardages du public, si nous faisons de si lointaines excursions ensemble, avant d'être mariés. Tu seras de mon avis. Mais nous avons un autre plan te concernant: comme tu es ordinairement en vacances au milieu de juillet, tu viendras à Leipzig ; écris-moi tout de suite quand tu pourras arriver. Clara, dont la santé me préoccupe souvent, doit pas-
ser quelques semaines à la campagne, dans les environs de Kôthen, où elle a été invitée par une famille de fonctionnaires : naturellement elle voudra être ici durant ton séjour; son départ dépend donc de ton arrivée. Ecris tout de suite, arrange-toi pour rester ici une ou deux semaines : dans un petit hôtel, cela te coûtera très peu de chose; nous nous entretiendrons longuement ensemble, et je te ferai entendre beaucoup de mes nouvelles compositions musicales.
Mes « Lieder » font beaucoup parler d'eux; j'en ai terminé une grande quantité à quatre voix qui sont très bien réussis, et que nous te chanterons. Maintenant adieu, mon cher ami, salue ta femme et aussi tous ceux qui pensent affectueusement à nous. Clara t'envoie ses cordiales amitiés.
Tendrement à toi,
Le 3 juillet 1840, Schujnann, voulant offrir à sa fiancée uti nouveau piano à queue, écrit à Breitkopf et Hœrtel pour leur demander de vouloir bien lui faire un prix d'artiste et d'ami.
Le 4 juillet, sur une réponse gracieuse, il envoie à ces tnessieurs les instructions suivantes :
«A4 heures 1/2, j'emmènerai ma fiancée à la promenade. Veuillez donner des instructions aux porteurs
qui devront déposer le piano au n° i3 de la Reichstrasse, au premier étage % vers 5 heures 1/2. Ils transporteront alors le piano à queue qui est chez moi, dans mon cabinet, au Grand Lys. Je pense trouver tout cela en ordre après 6 heures.
« Encore merci pour l'amitié que vous me témoignez en cette circonstance. A la fin de la journée, je viendrai moi-même acquitter ma dette. »
A Camille Siamaty% à Paris.
28 septembre 1840.
Ta lettre m'a surpris agréablement; comment as-tu appris si vite l'heureuse nouvelle de mon bonheur? Crois que je t'en aurais fait part moi-même; mais réfléchis aussi à tout ce que, dans un pareil moment on a affaire autour de soi, et pardonne-moi. Tu sais combien ma correspondance officielle est étendue, combien, en dehors de cela, je suis occupé par ma musique....
Le cours de ma vie, dans ces dernières années où tu n'as pas entendu parler de moi, a été très agité; tu peux en avoir le reflet dans mes compositions. Combien
I. Chez Mme Cari, sœur de Mme Marianne Bargiel. Clara demeurait chez sa tante.
DE ROBERT SCHUMANN lOS
je désirerais que tu connusses mes nouvelles œuvres, surtout celles pour chant; mais vous autres, Parisiens, vous ne vous occupez guère de ce que produit l'étranger. J'aimerais tant savoir où ton bon génie t'a conduit. Moi, ma musique est devenue plus sereine, plus pénétrante, plus mélodieuse. Tu l'as sans doute déjà remarqué dans les Scènes d'enfants. Ce ne sont là que des bagatelles, je me suis lancé depuis dans des œuvres bien plus importantes.
Tu te trompes si tu crois que je n'apprécie pas ton portrait, il est devant moi, sur ma table à écrire; je t'enverrai volontiers le mien: écris-moi comment je dois m'y prendre.
Cher Stamaty, j'ai une femme exquise; ce bonheur l'emporte surtout; puisses-tu un jour nous visiter dans notre riant intérieur d'artistes ; choisis bientôt, toi aussi, une excellente femme!...
A C. Kossmaly, à Detmold.
Leipzig, 9 mai 1841.
Digne Monsieur et ami,
La rédaction du Journal vous est encore redevable de quelque petite chose que je joins à cette lettre. Je voudrais pouvoir vous envoyer plus que le strict dû;
mais vous avez appris que, maintenant, je suis marié et que les circonstances ont changé. Puisque vous êtes assez aimable pour vous y intéresser, sachez que ce changement n'est pas mauvais — bien au contraire, — suivez donc bientôt mon exemple et cherchez une femme aussi exquise que la mienne. Le temps pendant lequel vous n'avez pas entendu parler de moi s'est écoulé dans le bonheur et le travail. Je voudrais que vous connussiez ma symphonie. Quelle joie ma causé son exécution ! Beaucoup d'autres en ont été heureux aussi, car elle a été accueillie avec une bienveillance que, depuis Beethoven, une nouvelle symphonie n'avait plus rencontrée. J'ai maintenant en projet une quantité de travaux d'orchestre; il y en a qui sont déjà terminés et que je ferai jouer l'hiver prochain. La symphonie paraîtra avant l'hiver, et vous aurez peut-être Toccasion de l'entendre et d'en dire un mot. J'ai été un peu troublé par votre article sur mes « Lieder » où vous me placez au second rang ; je ne réclamais pas le premier, mais je pensais avoir des droits à une place à part, et il me déplaît de me trouver en compagnie de Reissiger, Curschmann, etc. Je sais que mes efforts, mes moyens sont bien au-dessus des leurs; j'espère que vous vous en rendrez compte vousmême, et que vous ne m'accuserez pas d'un orgueil qui est très loin de ma pensée.
Je vous écris cela ouvertement et franchement;
puissiez-vous l'accueillir de même, et ne considérer ces paroles que comme adressées à vous seul, vers lequel je me sens attiré.
Il sera ditficile, si vous ne venez pas vous-même, de trouver un éditeur pour vos œuvres. — Encore une demande, celle-là cependant n'est pas tout à fait mûrc^ mais je vous l'adresse en pleine confiance : auriezvous envie, jt7/w5 tard, de prendre ma place au Journal, avec le titre de rédacteur? Je songe à m'établir dans une plus grande ville, et je voudrais laisser le journal fondé par moi entre les mains d'un bon administrateur : réfléchissez à cela. Un séjour prolongé dans un endroit aussi important que Leipzig permet, surtout à un artiste, de nouer une foule de relations avantageuses.
Envoyez-moi donc un choix de vos autres compositions. Quelque sûr que je sois de vos travaux, je ne voudrais pas prendre une responsabilité entière vis-àvis d'un éditeur, sans savoir s'ils devront plaire au public. Je serai fixé là-dessus par une étude plus attentive de vos œuvres. Il s'y trouvera peut-être des choses plus sereines et plus riantes que je voudrais connaître. — ou bien encore, consacrez-vous entièrement à la grande musique d'orchestre, et faites-la exécuter. C'est la meilleure façon de répandre son nom et d'imposer du respect à l'éditeur. Envoyez-moi aussi tout ce que vous jugerez bon pour le journal : vous savez combien votre collaboration m'est précieuse.
Je m'arrête, car je suis pressé par une masse de travail. Encore quelque chose cependant : un de mes plus chers anciens amis habite Detmold, c'est le D'' Rosen, fils du directeur. Veuillez vous informer de lui, savoir s'il est à Detmold en ce moment; je lui dois des nouvelles depuis des années!
Vivez heureux, travaillez, et montrez-nous ce que vous êtes capable de produire. Votre avenir ne me paraît pas aussi douteux qu'à vous.
Affectueusement, votre dévoué
R. SCHUMANN
Au /)•' E. Krûger.
Leipzig, 26 septembre 1841.
Depuis trop longtemps déjà, j'abuse de votre indulgence ; pardonnez-le au compositeur, et au... père, car je suis père depuis le premier septembre, jour où ma chère femme m'a donné une petite fille dont Mendelssohn est le parrain. La maison commence à se calmer maintenant, et les premières lignes que j'écris sont pour vous, mon très honoré ami.
Il faut que je vous raconte la découverte qui a été faite concernant votre quatrième morceau «O Haupt voll Blut! » Mendelssohn était chez moi quand j'ai
reçu votre envoi, et je le lui ai présenté comme étant de Bach, ce qui a donné lieu à une scène comique ! En un mot, la composition et tout le morceau était doMendeissohn lui-même, œuvre écrite dans sa jeunesse ! Il n'a pu comprendre comment elle était tombée entre vos mains.
Pour le moment, je suis tout à fait plongé dans la musique symphonique. L'accueil plus qu'encourageant fait à ma première symphonie a enflammé mon ardeur. Quand ma nouvelle symphonie parviendrat-elle jusqu'à vous?
A M. Kosmaly.
Leipzig, 28 octobre 1841.
Cher Monsieur et ami,
Enfin! — n'est-il pas vrai ? Mais je suis tellement occupé que si vous veniez dans mon cabinet de travail, vous me pardonneriez. Le journal me prend beaucoup de temps, de même que l'achèvement de plusieurs morceaux de grand orchestre; maintenant, je commence à être un peu débarrassé, et c'est à vous que j'adresse mes premières lignes.
Comment pourrais-je vous en vouloir? Vous avez
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toujours été aimable pour moi, et vous l'êtes encore. Si je pouvais seulement vous infuser le joyeux courage de l'artiste, comme je vous serais utile! Je vous répète qu'il faut absolument que vous veniez vousmême passer quelque temps à Leipzig, pour vous entendre avec des éditeurs. Et surtout écrivez des morceaux plus importants, des symphonies, des opéras ; vous le pouvez : avec de petites choses, il est très difficile de percer.
Votre jolie mélodie : « Celle qui pleure » paraîtra dans le prochain numéro du journal (le i5). Puissiezvous me faire voir et entendre bientôt quelque chose de nouveau!
Ma première symphonie paraît ces jours-ci; c'est toujours une date heureuse pour un compositeur. Je crois que la critique que vous avez lue dans l'ancien journal musical vous ferait sortir de vos gonds, si vous aviez entendu l'œuvre à l'orchestre. L'article est d'un critique, partisan connu de Mendelssohn, — pas bête du tout, du reste, — il a été furieux de voir accueillir avec une telle faveur la première symphonie d'un jeune compositeur. Mais assez là-dessus. Je n'aime pas écrire longuement.... Cette composition est déjà loin de moi, et je vise de nouveaux buts. Le temps me presse, et le soir descend. Pensez à moi avec affection.
R. SCHUMANN
DE ROBERT SCHUMANN lOg
A C. Kossmaly,
Leipzig, 8 janvier 1843.
Veuillez trouver ci-joint, mon très honoré ami, ce que le Journal vous doit encore pour votre collaboration, jusqu'à la fin du dernier volume (le i5*). Si cela m'est possible, je vous enverrai bientôt ce qui vous est dû pour votre article sur Marschner. J'ai bien reçu et l'article et votre lettre : ce sont surtout les observations générales qui rendent l'article intéressant. Je ne partage pas votre opinion sur Marschner; mais vous la couvrez de votre bon renom, et après tout, il mérite bien que l'on attire une fois l'attention sur lui. Je ne lui marchande pas la mienne.... Peut-être aussi ferat-il de meilleures œuvres dans l'avenir.
Encore une demande : je pars, le mois prochain, pour deux mois avec ma femme, pour me rendre à une invitation de la Société des concerts philharmoniques de Hambourg, qui veut exécuter ma Symphonie. De là, nous irons à Brème, et ensuite, peut-être, encore plus au nord. Il est donc nécessaire de réunir un grand nombre de manuscrits, et je vous prie de m'envoyer, encore ce mois-ci, tout ce que vous avez. Et Franz Schubert? Ne mérite-t-il donc pas qu'on lui consacre un article important? Cela ne vous tente-
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t-il pas ? Il est vrai que ses plus grandes œuvres ne sont pas encore imprimées, mais ses mélodies et ses morceaux de piano sont suffisants pour mériter une étude approfondie. Connaissez-vous sa symphonie en ut? C'est une superbe composition, un peu longue, mais extraordinairement vivante, et d'un caractère nouveau. Tâchez de la connaître.
Je me réjouis de ce que vous veuilliez faire exécuter mes symphonies. La deuxième (en ré mineur), une Ouverture, un Scherzo et un Final, qui ont été exécutés à notre dernier concert, n'ont pas remporté le grand succès de la première. Je crois que j'en avais trop donné en une seule fois, et puis Mendelssohn nous manque comme directeur. Mais cela ne me fait rien : je sais que ces morceaux ne sont en rien inférieurs à la première symphonie, et que, tôt ou tard, ils seront appréciés à leur valeur.
Je me réjouis de vous voir ici cet été; j'y serai sûrement. Surtout, apportez de nouvelles compositions. Mendelssohn reviendra à Leipzig, l'hiver prochain, j'en suis presque certain. Cher ami, celui-là est bien le meilleur musicien que nous possédions en ce moment. Ne le croyez- vous pas? C'est un homme extraordinaire, comme l'a dit Santini, à Rome, un « monstrum sine vitio. » Mais en voilà assez; j'ai encore trop d'occupations, c'est pourquoi, adieu pour aujourd'hui. Restez joyeux et bien disposé,
et crovez à la considération de vos amis, au nombre desquels vous voudrez bien me compter.
Robert Schumann.
A Théodore Avé-Lallemant, à Hambourg.
Leipzig, i8 février 1842.
Très honoré Monsieur et ami,
C'est le copiste qui est cause du retard. Puis j'ai été si malade, pendant quinze jours, que le voyage luimême était devenu problématique. Maintenant, je me sens mieux, et nous partons d'ici dans quelques heures. Nous vous annoncerons, de Brème, le jour de notre arrivée.
Moi aussi, j'aime beaucoup l'Ouverture des « Porteurs d'eau * ; » ne manquez pas de la jouer au concert. Ne comptez pas sur moi pour conduire ma symphonie; je suis tellement myope que je ne peux distinguer ni une note ni un musicien; il faut que je me sois habitué à porter des lunettes avant d'avoir l'audace d'essayer.
Ma femme, qui envoie ses salutations à vous et à vos amis, jouera le Concertstùck avec orchestre, de