‹ Lettres choisies de Robert Schumann, 1828-1854Chapitre 11 sur 18 · I. De Chérubini · texte numérisé non relu

I. De Chérubini

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Weber, dans la i'« partie; puis la Romance sans paroles de Mendelssohn et une Fantaisie de Liszt sur un thème de Lucie de Lammermoor, dans la 2^ partie.

Je serais très content si vous pouviez faire répéter la symphonie une fois avant mon arrivée; avec une seule répétition, il serait presque impossible d'arriver à un bon résultat.

Le temps me presse; il ne me reste plus qu'à vous assurer de la joie cordiale que j'aurai à me trouver bientôt auprès de vous, Votre dévoué

R. SCHUMANN

A J.-G. Her^og, à Bruck,

Leipzig, 4 août 1842.

Très honoré Monsieur,

Je vous remercie de votre confiance, à laquelle je voudrais pouvoir répondre par de la franchise. Mais, de loin, une entente complète se heurte toujours à des difficultés; de plus, ignorant quel est votre plan d'existence, je dois rester sur le terrain exclusivement musical, tel que vos compositions me le présentent.

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Vous paraissez être particulièrement attiré par l'orgue. C'est un grand avantage, et le plus grand compositeur du monde a écrit pour cet instrument ses plus belles oeuvres. Toutefois, d'un autre côté, l'orgue conduit facilement à une facture un peu lâche dans le travail; cela tient à ce que, sur l'orgue, tout se reproduit dans une belle sonorité. Surtout, n'écrivez pas des choses trop petites; essayez-vous plutôt dans des formes élevées : la Fugue, la Toccata, etc.

Vous trouverez les plus beaux modèles dans Bach.

Si vous n'avez pas une préférence marquée pour les compositions d'orgue, essayez-vous alors dans des sonates pour piano, des quatuors pour instruments à cordes; avant tout, écrivez aussi pour chant; c'est, lorsqu'on est un musicien convaincu, le moyen le plus rapide d'arriver à l'épanouissement. Lisez aussi beaucoup de musique, cela rend l'audition intérieure plus fine ; et surtout, ne jouez jamais un morceau avant qu'il ne chante entièrement en vous. Je vous recommanderai, pour cet exercice, les 820 chorals, et le '( Clavier tempéré» de Bach. N'entreprenez pas trop à la fois, et terminez toujours ce qui est commencé, particulièrement les compositionsles plus importantes, même si elles ne vous contentent pas complètement. Je ne vous donne que des aperçus ; ne vous méprenez pas sur mes paroles. — Vous avez encore toute une 1 belle jeunesse devant vous, et à votre âge, on apprend

tout, et si facilement! Ne cédez jamais au découragement, et dans les heures de défaillance, allez vous retremper auprès de nos grands maîtres allemands tels que Bach, Haendel, Mozart et Beethoven.

Donc, mettez-vous joyeusement à Touvrage, et envoyez -moi, sous peu, quelque chose de vos travaux.

Avec les meilleurs souhaits,

Robert Schumann.

A H.-C. Andeî'sen, à Copenhague.

Leipzig, i*»" octobre 1842.

Que devez-vous penser de moi d'être resté si longtemps sans vous répondre, alors que vos aimables lignes m'ont causé tant de plaisir? Mais je ne voulais pas paraître devant vous les mains complètement vides, quoique je sache très bien que ce que je vous envoie n"est pas autre chose que ce que j'ai d'abord reçu de vous. Accueillez donc favorablement la musique faite sur vos œuvres. Au premier abord, elle vous paraîtra peut-être bizarre; vos poésies, m'ont, au début, causé cette même impression, mais à mesure que je m'en imprégnais davantage, ma musique prenait peu à peu un caractère de plus en

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plus étranger. C'est donc vous seul qui êtes cause de tout, car sur des poésies d'Andersen, il faut composer autre chose que : « Fleuris, chère petite violette.... »

i\la femme m'a tant parlé de vous, et je me suis fait raconter tant de détails par elle, que je vous reconnaîtrais, je crois, si je vous rencontrais par hasard. Vous m'étiez d'ailleurs déjà connu par vos oeuvres, par votre « Improvisateur, » par vos « Récits au clair de lune » et par votre inappréciable <c Violoniste, » le plus précieux que j'aie trouvé dans la littérature allemande en dehors du^.. d'Immermann. Si j'avais seulement une traduction complète de vos plus petites poésies : un musicien doit certainement y trouver plus d'une perle.

Que le ciel vous conserve encore longtemps à vos amis et à vos admirateurs, au nombre desquels je vous demande la permission de me compter. Votre très dévoué

R. SCHUMANN

A Ferdinand David, à Leipzig.

(non datée) octobre 1842.

Mon cher David, Voici la symphonie dont, en toute confiance, je I . Mot resté en blanc dans la lettre.

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remets la direction entre vos mains. J'aurais été très heureux si vous eussiez encore tenu le premier violon et si Mendelssohn eût pu diriger l'orchestre; mais le retour de Mendelssohn ici est, d'après ce que l'on me dit, devenu douteux, parce qu'il a accepté d'organiser une nouvelle série de soirées symphoniques à Berlin, et puis Mendelssohn s'est dévoué avec tant d'amitié à l'exécution de ma première symphonie, que lui demander de l'étudier encore une fois serait réellement abuser de sa bonté. Mais, vous serait-il possible à la fois de jouer et de diriger? Pour moi, il me semble que c'est ce qu'il y aurait de mieux; l'orchestre connaît déjà bien la symphonie et s'y retrouvera rapidement. Et si vous pouviez faire que, dans ce même concert, il n'y eût pas un autre morceau d'orchestre trop long et trop compliqué, il resterait encore assez de temps pour les répétitions ; je laisse à votre amical jugement le soin de décider la chose. Nous nous entendrons verbalement au sujet de quelques passages de la symphonie, particulièrement la première phrase.

Le passage que j'ai attribué aux cors est, partout où j'ai entendu la symphonie, sorti d'une façon trop sourde : à la première exécution, cela m'avait paru sonner suffisamment; j'ai donc laissé imprimer cette indication ; maintenant je préférerais mettre des trombones, comme j'avais du reste voulu le faire d'abord ;

en tout cas, nous essaierons, cette fois, avec des trombones.

Haertel imprime mon quatuor; il m'apprend combien vous en avez dit de bien, et cela m'a réjoui, venant devons. Il faut que je fasse toujours mieux, mais à chaque nouvelle oeuvre, il me semble que j'ai tout à rapprendre.

.4 Franc Lis!{t, à Berlin.

Leipzig, 3 janvier 1843.

Mon cherami,

Un affectueux souvenir et des souhaits de bonheur pour l'année 1848, voilà ce que je vous envoie par notre gracieuse amie Elise (List), qui vous parlera de nous plus en détail. Peut-être nous verrons-nous bientôt à Berlin. Ecrivez-moi aussitôt que possible jusqu'à quelle époque vous y resterez. Nous avons grande envie d'y aller, mais seulement à partir du 12. Ma femme désirerait y donner une soirée; seriez-vous assez aimable pour jouer un duo avec elle? Il va sans dire qu'elle se met à votre disposition pour votre concert. J'ai écrit un quintette que ma femme exécutera à Berlin ; je serais heureux que vous pussiez l'entendre.

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Il donne une impression de fraîcheur. J'ai terminé aussi un quatuor avec piano et un trio qui n'ont pas encore vu le jour. Je mettrai tout cela en ordre avant notre arrivée à Berlin, pour que vous en puissiez prendre connaissance. — Je sais que vous vous intéressez beaucoup à ma musique et que vous ne m'accuserez pas, pour cela, d'être prétentieux.

Je suis certain que vous prêterez votre appui à Mlle Elise; c'est une noble jeune fille. Si seulement elle avait la possibilité déchanter souvent en public I Il lui manque encore de l'assurance, de la hardiesse et de rhabileté, qualités indispensables au virtuose. Mais vous jugerez mieux de tout cela vous-même.

Adieu, mon cher Liszt; recevez les amitiés de ma femme et répondez-nous deux mots sans tarder.

A vous comme toujours.

R. SCHUMANN

A. C. Kossmaly.

5 mai 1843.

Mon cher ami.

Cette lettre sera un peu décousue, parce qu'une bande de musiciens forains souffle et hurle sous mes fenêtres ; il y a aussi un grand branle-bas dans la mai-

son même — demain sera baptisée notre seconde petite fille — et pourtant il faut que je vous écrive, à vous qui pensez toujours si gentiment à moi. Merci de vos jolis Lieder, je vous ferai savoir mon opinion sur eux par le journal et ce sera bientôt. Faites-vous donc imprimer davantage et venez vous installer à Leipzig. On ne sait encore rien de certain sur les changements qui doivent avoir lieu au théâtre. — On dit qu'un D*" Schmidt doit en prendre la direction; je le connais un peu, et lui parlerai de vous en temps utile.

J'ai beaucoup produit depuis que nous ne nous sommes vus.

Pensez-vous faire jouer à Detmold mes trois quatuors qui ont paru? Je le désirerais beaucoup. Il paraîtra bientôt un quintette pour piano, un quatuor et bien d'autres choses encore.

En ce moment je suis plongé dans un grand travail, le plus grand que j'aie entrepris jusqu'ici — ce n'est pas un opéra, mais une œuvre d'un genre tout nouveau, je crois, pour le concert : « Le Paradis et la Péri; » j'y apporte toute mon activité, et j'espère encore lavoir terminée dans le courant de l'année.

Je joins à ma lettre, non sans quelque appréhension, un paquet de compositions, plus anciennes. Vous découvrirez facilement ce qui leur manque en maturité; la plupart reproduisent ma vie mouvemen-

tée d'autrefois ; l'homme et le musicien cherchaient à s'épancher en même temps, et il en est encore ainsi à présent, bien que j'aie appris à maîtriser et mes pensées et mon art.

Votre cœur sensible et compatissant saura démêler combien de joies et de peines sont ensevelies dans ce petit tas de notes.

D'après ce que j'entends, le public s'intéresse davantage à mes oeuvres, même aux anciennes; les scènes d'enfants et les Fantaisies, que je ne peux, hélas ! pas vous envoyer, obtiennent un grand succès. Et les temps aussi ont changé. Il m'était indifférent qu'on s'occupât de moi ou pas, mais quand on a femme et enfants, il en est tout autrement, — on a le devoir de penser à l'avenir et de recueillir le fruit de son travail, non le fruit artistique, mais le fruit plus prosaïque qui assure la vie de tous les jours; c'est la grande renommée qui seule le fait mûrir.

Ne mettez pas sur le compte de l'orgueil l'envoi de ces anciens morceaux; et croyez que je vous serai reconnaissant d'en dire amicalement quelques mots. J'ai toujours méprisé l'artiste qui, au moment où la feuille sort encore tout humide de l'imprimerie, se hâte de l'envoyer par la poste à toutes les rédactions.

Mais à quoi bon toutes ces paroles? Vous méconnaissez et vous me comprenez

Voilà ma confession. Vous trouverez bien, sans que je vous le signale, que Bach et Jean-Paul ont eu autrefois, la plus grande influence sur moi. Mais depuis,

j'ai su acquérir plus de personnalité

Gardez en souvenir de moi les morceaux qui vous j auront le mieux plu. Ecrivez-moi bientôt. Votre

R. ScH.

A Johannès Verhulst, à La Haye.

Leipzig, 19 juin 1843.

Enfin! mon cher Verhulst. J'ai pensé à toi plus de cent fois. Tu sais qu'un musicien écrit plus volontiers des notes que des lettres, et durant ces derniers trois mois, j'ai écrit beaucoup de musique. Nous en parlerons tout à l'heure. Reçois, avant tout, mes remercîments pour ta lettre si cordiale, qui te montre à moi, tout comme si j'avais ton portrait devant mes yeux. Ton amitié me juge favorablement, et cela me réjouit au milieu du travail sérieux auquel je me suis consacré. Tu connais mes sentiments à ton égard ; j'espère

qu'ils resteront encore longtemps les mêmes entre nous deux. Il était facile de prévoir que ta patrie te distinguerait et t'honorerait. Je forme des vœux pour ta décoration.... Puisse un coeur d'artiste battre toujours sous le « lion* ! » C'est la chose la plus importante. Tu es encore jeune, et si intelligent, si rempli de belles pensées, que tu t'élèveras encore. Je me réjouis à l'idée de recevoir ton nouveau quatuor; arrange-toi pour que nous l'entendions sans tarder dans rinselstrasse. — Ecris-moi vite pour me parler de tes projets, et dis-moi si tu comptes venir bientôt à Leipzig.

Tu m'as manqué bien des fois — chez Poppe — et dans mes promenades. Personne ne comprend comme toi mes pensées et mes opinions, aussi m'arrive-t-il souvent de rester assis, le soir, durant des heures entières, sans parler, sans pouvoir m'épancher, comme j'avais le plaisir de le faire avec toi !

Chez Kirchner seul, je trouve une vibrante âme d'artiste; mais il est encore trop jeune pour que je puisse aborder avec lui certains sujets: cela lui serait plus nuisible qu'utile.

Je t'ai déjà écrit que nous faisons beaucoup de musique, Thi ver, et que nous jouons souvent de mes nouvelles oeuvres : tu trouveras des parties qui te plairont,

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