A CHARLES OZENNE
8 octobre 1655.
' Voici deux ordinaires qüe je n’ai point reçu de vos lettres. J’en ignore la cause, mais dans la crainte que ce soit l’état des affaires, j’en ai une grande affliction, et plus grande que je ne puis vous dire. Je ne laisse pas de vous écrire toutes les semaines pour tâcher de vous exprimer ma douleur, et par vous à la reine, pour la peine où elle se trouve, ensemble les prières que nous faisons sans cesse à Dieu qu’il ait agréable de bénir les armes du roi et de protéger le royaume ; ce que j^espère qu’il fera. Et bien que les faux bruits qui courent de deçà, que nous ne croyons pas, dussent donner quelque diminution à cette espérance, je la sens néanmoins tout entière. La France a été deux ou trois fois sur le point d’un bouleversement irrémédiable, en sorte que le roi n’avait une fois qu’une seule ville qui lui fût soumise ; et il n’y a que deux ou trois ans que nous avons vu trois armées aux environs de Paris, le roi chassé de tout le royaume quasi révolté. Tout est néanmoins revenu au premier point, et jamais le roi ne fut plus absolu. Dieu permet quelquefois ces grandes agitations qui ébranlent les États les plus fermes pour faire ressouvenir les souverains de la terre qu’ils relèvent de sa royauté et qu’il ne sont pas sans dépendance plus que leurs propres sujets; mais, cela fait, il les rétablit ; enfin il abaisse et relève quand il lui plaît et qui bon lui semble. C’est à nous d’adorer ses conduites et de nous confier en sa bonté.