A GUILLAUME DELVILLE
7 février 1657.
Si je suis consolé, d’un côté, en apprenant qu’il n’est pas vrai que vous ayez été malade à l’extrémité, je suis fort affligé, de l’autre, en voyant qu’on a imprimé en vos quartiers l’abrégé de notre Institut. J’ai une douleur si sensible que je ne puis vous l’exprimer, parce que c’est une chose fort opposée à l’humilité que de publier ce que nous sommes et ce que nous faisons... S’il y a quelque bien en nous et en notre manière de vivre, il est de Dieu, et c’est à lui à le manifester, s’il le juge expédient. Mais quant à nous, qui sommes de pauvres gens ignorants et pécheurs, nous devons nous cacher comme inutiles à tout bien et comme indignes qu’on pense à nous. C’est pour cela, Monsieur, que Dieu m’a fait la grâce de tenir ferme jusqu’à présent, pour ne point consentir qu’on fît imprimer aucune chose qui fît connaître et estimer la Compagnie, quoique j’en aie été fort pressé, particulièrement au sujet de quelques relations venues de Madagascar, de Barbarie et des îles Hébrides ; et encore moins aurais-je permis l’impression d’une chose qui regarde l’essence et l’esprit, les fonctions et la fin de notre Institut ; et plût à Dieu, Monsieur, qu’elle fût encore à faire ! Mais, puisqu’il n’y a plus de remède, j’en demeure là. Je vous prie seulement de ne rien faire qui regarde la Compagnie, sans m’en avertir auparavant.