‹ Lettres choisies de Saint Vincent de PaulChapitre 87 sur 100 · AU DUC DE LA MEILLERAYE L · texte numérisé non relu

AU DUC DE LA MEILLERAYE L

12 janvier 1658.

Je me suis donné l’honneur de vous faire savoir par deux lettres que l’ancienne Compagnie des Indes (2) s’était assemblée une fois, et qu’elle se devait assembler une seconde, par les soins de Messieurs de Lamoignon (3) et Cazet, pour se déterminer sur l’union proposée. Or je vous dirai à présent, Monseigneur, que, m’étant arrivé une chute et une blessure à la tête, je n’ai pu continuer mes sollicitations, et que M. de Lamoignon, s’étant Chargé de vous écrire ce que ces messieurs ont résolu, m’a mandé ce matin qu’il le ferait aujourd’hui.

J’ai reçu une lettre de M. Couplier, qui me mande avoir traité

1. Charles de la Porte, duc de la Meilleraye, maréchal de France. — 2. Société de commerce, rivale de celle qui avait à sa tête le duc de la Meilleraye. Cette rivalité même faisait que de divers côtés on souhaitait leur fusion. Les tentatives dont parle ici saint Vincent n’aboutirent pas. — 3. Guillaume de Lamoignon.

avec vous, Monseigneur, pour aller établir une habitation en l’île Mascareigne (1), et il désire que je lui envoie un prêtre et un frère pour les y faire passer avec ses gens. Sur cela, je lui réponds que je le ferai très volontiers si vous, Monseigneur, avez agréable que nous envoyions en même temps un ou deux autres prêtres pour Madagascar. La manière dont nous y avons été appelés pour travailler au salut de ces pauvres gens, cjui n’a pas été par notre choix, ains de la part de Sa Saintenté ; la perte que nous y avons faite de six bons ecclésiastiques, avec la dépense qu’il a convenu faire pour cette Mission, qui vaut sept à huit mille livres ; le secours qu’il est nécessaire de donner au missionnaire vivant qui reste sur le lieu ; l’habitude qu’il a acquise dans le pays et dans la langue, et quelque bénédiction qu’il a plu à Dieu de lui donner, me font souhaiter, Monseigneur, que ce soit votre bon plaisir que nous continuions ce bon œuvre, ou bien, si vous ne l’avez pas agréable, que nous rappelions M. Bourdaise, qui reste de delà (2).

Vous m’avez fait l’honneur de m’écrire que nos gens ont témoigné plus d’affection pour l’ancienne Compagnie que pour vous. Je vous supplie, Monseigneur, de trouver bon que je vous dise que ce sont de mauvais offices qu’on nous a rendus auprès de vous. Pour moi, je n’ai jamais regardé que le service de Dieu en cet emploi, et j’estime qu’ils ont eu aussi la même vue. Certes, Monseigneur, nous avons été consolés tous de ce que la Providence de Dieu s’est adressée à vous pour l’établissement de son empire en ces pays-là, et nous avons prié Dieu et le prions souvent qu’il bénisse votre personne et ce dessein. Que si la réponse que M. de Lamoignon vous doit faire n’est pas conforme à votre intention, c’est à mon grand regret, et je vous supplie très humblement, Monseigneur, de croire que j’y ai fait tout ce que j’ai pu, et qu’il n’y a que mes péchés qui m’aient rendu indigne de vous servir efficacement en cet affaire selon votre désir.

Si donc, Monseigneur, il vous plaît nous faire la grâce d’agréer que nous continuions nos petits services à Dieu, audit Madagascar, et de donner passage aux ouvriers que nous avons destinés pour cela, je vous supplie très humblement, Monseigneur, de me le faire mander au plus tôt, afin que nous les fassions partir en diligence.

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