A LA SŒUR NICOLE HARAN
De Paris, ce 16 janvier 1658.
J’ai reçu votre lettre du 22 décembre, Je ne puis pour le présent que vous compatir dans l’accablement où vous êtes, et
1. L’île Bourbon ou de la Réunion, située à l’est de Madagascar. —
2. Toussaint Bourdaise, prêtre de la Mission, était mort à Madagascar le 25 juin 1656. Saint Vincent l’ignorait encore en janvier 1658. — 3. Supérieure des Filles de a Charité établies à l’hôpital de Nantes.
prier Notre Seigneur, comme je fais, qu’il inspire à messieurs les Pères (1) de vous faire soulager. S’ils nous demandent une nouvelle sœur pour augmenter votre nombre, nous tâcherons de l’envoyer, et si vous n’avez personne de delà qui leur représente que vous êtes trop peu pour servir tant de malades, nous enverrions, Dieu aidant, bientôt quelque missionnaire à Nantes, qui leur fera connaître 1’ xcès' de vos travaux et le danger où vous êtes d’y succomber. Je prie Dieu cependant qu’il soit votre force.
Vous avez raison de n’être pas scrupuleuses de perdre la messe pour assister les pauvres, car Dieu aime mieux miséricorde que sacrifice. Je ne demande à Dieu que deux choses pour vous et pour vos sœurs : la première est qu’il vous donne un grand soin du salut et du soulagement des malades, et la seconde, qu’il vous fasse la grâce de vous entr’aimer et supporter ; car si vous avez l’un et l’autre, vous pratiquerez les vertus que Notre-Seigneur nous a davantage recommandées, vous serez à bonne édification à tout le monde et vous jouirez d’une grande paix.
On dit qu’il se prépare un vaisseau pour Madagascar. Cela étant, nous pourrons y envoyer quelques prêtres, qui vous verront en passant....
Mademoiselle Le Gras, se porte assez bien, grâces à Dieu, et votre Compagnie va de mieux en mieux. Plaise à Notre-Seigneur d’unir vos cœurs et de bénir vos exercices !