‹ Lettres choisies de Saint Vincent de PaulChapitre 90 sur 100 · A MONSIEUR DESBORDES · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DESBORDES

5 septembre 1658.

Les bons amis se font part du bien et du mal qui leur arrive ; et comme vous êtes l’un des meilleurs que nous ayons au monde, je ne puis que je ne vous communique la perte que nous avons faite de l’affaire que vous savez (1), non toutefois comme un mal qui nous soit advenu, mais comme une grâce que Dieu nous a faite, afin que vous ayez agréable 'de nous aider à l’en remercier. J’appelle grâce de Dieu les afflictions qu’il envoie, surtout celles qui sont bien reçues. Or, sa bonté infinie nous ayant disposés à ce dépouillement avant qu’il fût ordonné, elle nous a fait aussi acquiescer à cet accident avec une entière résignation, et j’ose dire ' avec tant de joie que s’il nous avait été favorable. Ceci semblerait un paradoxe à qui ne serait pas versé comme vous, Monsieur, aux affaires du ciel, et qui ne saurait pas que la conformité au bon plaisir de Dieu dans les adversités est un plus grand bien que tous les avantages temporels. Je vous supplie très humblement d’agréer que je verse ainsi dans votre cœur les sentiments du mien.

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