‹ Lettres choisies de Saint Vincent de PaulChapitre 96 sur 100 · A LA REINE DE POLOGNE · texte numérisé non relu

A LA REINE DE POLOGNE

De Paris, août 1659.

Monsieur Desdames me mande par sa dernière lettre que Votre Majesté a donné à sa Mission de Varsovie le bénéfice de Tslakitzi, qui est fort considérable, et cela selon sa grâce toute royale, et a désiré que je me donne l’honneur d’en remercier Votre Majesté. Et c’est, Madame, ce que je fais avec toute l’humilité et l’affection qui me sont possibles. Je prie Notre-Seigneur qu’il soit luimême et la récompense et le remerciement de Votre Majesté, pour le bien qu’il y a lieu d’espérer qui en proviendra. Il me mande que le revenu qui en proviendra pourra donner commencement et quelque progrès à un séminaire d’ecclésiastiques, et qu’à cet effet nous lui envoyions deux prêtres ; et c’est, Madame, ce que je ferai par la première commodité.

11 m’a mandé de plus comme Votre Majesté a acheté un grand hôtel pour y faire élever les pauvres filles par celles de la Charité, et que déjà Votre Majesté les y a logées. Mademoiselle Le Gras et moi avons été fort touchés, comme aussi la plupart des filles de cette Compagnie qui se trouvèrent, il y a deux jours, à la conférence que je leur fis, où je vis sensiblement la reconnaissance de ces pauvres filles, qui est si grande, que j’avoue ne les avoir jamais vues si touchées que du récit que je leur fis de la bonté et du support que Votre Majesté a pour elles, et notamment quand je leur dis que Votre Majesté filait et dévidait le fil qu’il faudra pour coudre le linge des pauvres et le leur, qui est un exemple sans exemple en l’Église de Dieu. Nous savons bien que l’histoire nous fait voir une princesse qui filait tous les a'ns le fil qu’il fallait pour ensevelir son corps ; mais je ne me ressouviens point d’avoir lu que la piété d’aucune l’ait portée, comme Votre Ma-

jesté, à employer l’ouvrage de ses mains au service des pauvres. Et c’est, Madame, ce que je pense que Notre-Seigneur fait voir aux anges et aux âmes bienheureuses avec admiration, et ce que l’Église verra un jour en ce même esprit. Béni soit Dieu, Madame, de ce que les affaires de la guerre auxquelles Votre Majesté travaille avec tant de succès n’empêchent point Votre Majesté de s’appliquer de la sorte à édifier l’Église de Dieu 1

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