A LA SŒUR NICOLE HARAN
De Paris, ce 8 novembre 1659-
Mardi dernier, quatrième de ce mois, partirent d’ici trois de nos prêtres et un frère, qui s’en vont à Nantes, et qui pourront vous aller voir à l’hôpital. C’est pourquoi je vous adresse la let!tre que j’écris à Monsieur Étienne, qui a la conduite des autres, pour la lui mettre en main, s’iLvous plaît. Ils espèrent de s’embarquer au port Louis (1), sur un vaisseau qui s’y prépare pour Madagascar. Ils auront besoin de vos prières pour ce voyage, à ce qu’il plaise à Dieu de les conduire à bon port et bénir leur Mission.
Je vous fais part des miennes, ma Sœur, et à toutes ces bonnes filles qui sont avec vous, demandant à Notre-Seigneur, qui nous a recommandé l’union et le support, qu’il vous fasse la grâce de vous entr’aimer et de vous soulager les unes les autres ; qu’il soit lui-même la force des faibles et la vertu des forts, la prière et l’oraison de celles qui n’en peuvent faire, et que sa divine bonté soit la règle de toutes dans les difficultés que vous trouvez à vous acquitter du petit règlement de vos pratiques en servant tant de malades. O mes Sœurs 1 que c’est une bonne chose de n’en point faire d’autre que d’exercer la charité ! C’est pratiquer toutes les vertus ensemble et c’est vous faire une même chose avec Jésus-Christ que de coopérer avec lui au salut et à la consolation des pauvres. Si vous connaissiez votre bonheur, tel qu’il est devant Dieu, certes le travail, les contradictions, les douleurs, les amertumes et la mort même vous paraîtraient douces et désirables, comme en effet elles le sont à qui veut se rendre digne des biens éternels de l’autre vie.