XVI NOTICE SUR VOLTAIRE
U ne laissait pas de travailler énormément. Il multiplia surtout, à partir de cette époque, les ouvrages de polémique antireligieuse, que nous n'avons pas besoin de signaler ici, puisque les lettres qui se rapportent à cette polémique ont été, de parti pris, écartées de ce recueil. Il faut citer, parmi ses œuvres littéraires, Tancrède, tragédie représentée le 3 septembre 1760 , dont il est plusieurs fois question dans les lettres de cette année. Voyez notamment celle à M. le comte d'Argental, page 307 ; celle à Lekain, page 309; celle à M"* Clairon, page 312, où il s'élève contre ce qu'il appelle « les ornements de la grève », qu'on cherchait alors à introduire dans la mise en scène.
Vers le môme temps il recueillit une descendante de Pierre Corneille. Dans le Covimentaire historique qu'il donna sur lui-même aux frères Parfait pour le Diclionnaire des théâtres ^ Voltaire raconte ainsi celte quasiadoption :
« M. Titon du Tillet, ancien maître d'hôtel ordinaire de la reine, âgé de quatre-vingt-cinq ans, lui recommanda la petite-nièce du grand Corneille, qui, étant absolument sans fortune, était abandonnée de tout le monde. C'e-t ce même Titon du Tillet qui, aimant passionnément les beaux-arts sans les cultiver, fit élever, avec de grandes dépenses, un Parnas<?e en bronzé, où Ton voit les figures de quelques poètes et de quelques musiciens français. Ce monument est dans la bibliothèque du roi de France. Il avait élevé M'*« Corneille chez lui ; mais, voyant dépérir son bien, il ne pouvait plus rien faire pour elle. Il imagina qu3 M. de Voltaire pourrait se charger d'une demoiselle d'un nom si respectable. M. Dumolard, membre de plusieurs académies, connu par une dissertation savante et judicieuse sur les tragédies ôl Electre ancienne et moderne, et M. Le Brun, secrétaire du prince de Conti, se joignirent à lui, et écrivirent à M. de Voltaire. Il les remercia de l'honneur qu'ils lui faisaient de jeter les yeux sur lui, en leur mandant que c'était en effet a un vieux soldat de servir la petite-fille de son général, (Voyez les lettres du 7 novembre 1760, pa:^e 315; du 22 novembre, p. 316; du 25 décembre, p. 321.) La jeune personne vint donc, en 1760, aux Délices, maison de campagne auprès de Genève, et de là au château de Ferney. M"« Denis voulut bien achever son éducation ; et, au bout de trois ans, M. de Voltaire la maria à M. Dupuits, du pays de Gex, capitaine de dragons, et depuis officier de l'état-major. Outre la dot qu'il leur donna, et le plaisir qu'il eut de les garder chez lui, il proposa de commenter les œuvres de Pierre Corneille au profit de sa nièce, et de les faire imprimer par souscription. (Voyez les lettres à Duclos, page 334 et 350.) Le roi de France voulut bien souscrire pour huit mille francs; d'autres souverains Timitèreot. M. le duc de Choiseul, dont la
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générosité était si connue, M"* la duchesse de Grammont» M"« de Pompadour, souscrivirent pour des sommes considérables. M. de Laborde, banquier du roi, non-seulement prit plusieurs exemplaires, mais il en fit débiter un si grand nombre, qu'il fut le premier mobile de la fortune de M"« Corneille par son zèle et par sa magnificence ; de sorte qu*en très-peu de temps elle eut cinquante mille francs pour présent de noce, d
Parmi les compositions littéraires dont les Lettres choisies nous entrer tiennent, il faut mentionner quelques-unes de ses dernières tragédies, les Scythes qu'il fait en dix jours (p. 367} et qui sont joués le 16 mars 1767 ; les Guèbres ou la Tolérance (p. 418) ; les Lois de Minos (p. l\hh) ; Sophonisbe (p. 470).
Mais, tout en continuant à produire des pièces de théâtre, des romans, des épîtres , il étendait son action et son rôle. Il se faisait le défenseur de la famille Calas. Jean Calas, vieillard protestant, accusé d'avoir pendu son fils, avait été exécuté à Toulouse le 9 mars 1762. Voltaire, par ses écrits, par son influence, obtint la révision de ce procès criminel ; la sentence du parlement de Toulouse fut cassée, Tinnocence de Calas proclamée le 9 mars 1765. Il intervint de même dans les procès de Sirven , du chevalier de la Barre et d'Étalonde, de Montbailly, du malheureux Lally, de Morangiès.
On le voit, dans les lettres au duc de Richelieu (pages 430 et &31), appuyer avec une singulière énergie la candidature à l'Académie de l'historien Gaillard contre celle du président de Brosses. M. Th. Foisset a mis en pleine lumière, dans la Correspondance inédite qu'il a publiée, le long et caractéristique démêlé qui s'éleva entre Voltaire et le président. M. Sainte-Beuve, dans le tome septième des Causeries, a rapporté tout le procès, et montré comment le président de Brosses, « pour n'avoir pas voulu faire cadeau à Voltaire de quatorze moules de bois », ne put jamais être de l'Académie française.
Il prit parti pour le chancelier Maupeou et le nouveau parlement contre l'ancien. A la mort de Louis XV, il accueillit avec des transports de joie l'élévation au ministère de Turgot et de Malesherbes. Ses lettres de 1774 à 1776 montrent la part qu'il prenait aux réformes du grand ministre. « Le siècle d'or, dit-il (p. 549), vient après un siècle de fer. » Et quand Turgot eut été renvoyé par Louis XVI , Voltaire exprima ses violents regrets dans le billet que nous avons reproduit page 555 et dans la lettre qui le suit.
Il entretenait, depuis 1763, une correspondance suivie avec l'impératrice Catherine II de Russie qu'il appelait « la Sémiramis du Nord », et pour laquelle il écrivit VHistoire de Russie. Il eut le tort d'applaudir au partage de la Pologne en 1772 et d'exhorter l'impératrice à s'emparer de Constantinople.