A UN DE SES CONFRÈRES A L'ACADÉMIE
Je n'ai point lu, monsieur, les beaux vers où vous dites que le trèsinclément Clément me déchire aussi bien que plusieurs de mes amis. D y a environ soixante ans que je suis accoutumé à être déchiré par les Desfontaines, les Bonne val, les Fréron, les Clément, les La Beaumelle et les autres grands hommes de ce siècle. Je vous envoie la jolie pièce de vers que ce M. Clément fit, il y a peu de temps, à mon honneur et gloire. J'en retranche seulement quelques vers, tant parce qu'il faut être modeste que parce qu'il ne faut pas trop abuser de votre loisir.
0 toi que j'aime autant que je fadmire,
Sur ces vers que mon cœur inspire
Et que lui seul doit avouer, Jette un regard de bonté, de tendresse :
L'art d'une main enchanteresse
Ne cherche point à t'y louer.
Laissons la louange insipide
Pour ces mortels peu délicats Que de la vérité l'ombre même intimide.
Et que l'encens n'affadit pas.
C'est un poison qu'en nos climats
Une complaisance per&de
Prépara pour la vanité. ^
La fable , de la vérité
Est une image réfléchie; C'est un miroir oii Ton n'est point flatté :
LETTRES CHOISIES DE VOLTAIRE. kkl
Je l'offre sa glace fidèle.
Voltaire, lu t'y connaîtras, Mais, ô toi, mon autre modèle, Maudit geai, tu la terniras.