Par rabbé Mey
on la dit très-curieuse; on prétend môme qu^elIe est vraie : en ce cas, ce sera la première de cette espèce *.
Le roi de Prusse me mande qu'il m'envoie un service de porcelaine ; vous verrez qu'elle se cassera en chemin. Il jouira bientôt de sa Prusse polonaise; en digérera-t-il mieux? en donnira-t-il mieux? en vivra-t-il plus longtemps?
J'ai à vous dire pour nouvelle que nous nous moquons ici de la foudre , que les conducteurs , les antitonnerres * deviennent à la mode comme les dragées de Kaiser.
Vivez memor nostri; je suis à vous passionnément.
A M. DE LA HARPE
A Ferney, »2 Janvier i773.
Mon cher ami, mon cher successeur, votre éloge de Racine est presque aussi beau que celui de Fénelon, et vos notes sont au-dessus de l'un et de l'autre. Votre très-éloquent discours sur l'auteur du THvmaque vous a fait quelques ennemis. Vos notes sur Racine sont si judicieuses , si pleines de goût, de finesse, de force et de chaleur ^ qu'elles pourront bien vous attirer encore des reproches ; mais vos critiques ( s'il y en a qui osent paraître ) seront forcés de vous estimer , et je le dis hardiment, de vous respecter.
Je suis fâché de ne vous avoir pas instruit plus tôt de ce que j'ai entendu dire souvent , il y a plus de quarante ans , à feu M. le mai*échal de Noailles, que Corneille tomberait de jour en jour, et que Racine s'élèverait. Sa prédiction a été accomplie, à mesure que le goût s'est formé : c'est que Racine est toujours dans la nature , et que Corneille n'y est presque jamais.
Quand j'entrepris le Commentaire sur Corneille y ce ne fut que pour augmenter la dot que je donnais à sa petite-nièce» que vous avez vue; et en effet M"^ Corneille et les libraires partagèrent 100,000 francs que
i, Struensée, accusé d'adultôre avec la rcino de Dinemark, avait été décapité le 27 avril. (G. A.)