‹ Lettres choisies de Voltaire (volume 2)Chapitre 181 sur 246 · A M. LE MARQUIS DE GONDORCET · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE GONDORCET

4 mai 1774.

Le vieux malade ne peut écrire ni de sa main ni de celle de son scribe, qui est malade aussi; il se sert d'une main étrangère pour vous dire, monsieur le marquis, que vous devenez l'homme le plus nécessaire à la France. Vous avez su tirer aurum ex stercore Condamini^. Votre ministère de secrétaire fera une grande époque dans la nation.

Je vois , dans tout ce que vous faites , toutes les fleurs de l'esprit et tous les fruits de la philosophie^ c'est la corne d'abondance. On courra à vos éloges comme aux opéras de Rameau et de Gluck. La réputation que vous vous faites est bien au-dessus des honneurs obscurs de quelque légion *. Tout le monde convient qu'une compagnie de cavalerie n'immortalise personne ; et je puis vous assurer que vos éloges de l'Académie des sciences éterniseront l'Académie et le secrétaire. Il n'y a qu'une chose de fâcheuse, c'est que le public souhaitera qu'il meure un académicien chaque semaine pour vous en entendre parler.

A M. LE MARÉGHAL DUG DE RICHELIEU

31 mai 1774.

Quand monseigneur sera dans son royaume d'Aquitaine, ou dans sa province de Richelieu, ou dans son pavillon des Fées, il n'a qu'à me dire : Lève-toi et marche ; mon cadavre lui obéira. Je suis dans un état pitoyable; il n'importe. Je ne pourrai jamais avoir l'honneur de manger en public à sa table. Ma décrépitude et mes infirmités ne me le permettent pas. Je doute encore beaucoup que vous daigniez m' accueillir en particulier. Je suis très-sourd , et on dit que mon héros est un peu dur

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