‹ Lettres choisies de Voltaire (volume 2)Chapitre 183 sur 246 · I . Ni'"- df b;miiJ«Jivn · texte numérisé non relu

I . Ni'"- df b;miiJ«Jivn

seraient chez vous. Je vous aurais même apporté quelques fruits de ma retraite; car je suis de ces vieux arbres près de périr par le tronc, et qui ont encore quelques branches fécondes. C'est une destinée bien funeste que je puisse et que je ne puisse pas venir vous voir; mais j'espère encore, malgré mes quatre-vingts ans et toutes mes misères. 11 est vrai que je suis un peu sourd , un peu aveugle , un peu impotent ; le tout est surmonté de trois à quatre infirmités abominables; mais rien ne m'ôte l'espérance. Ce fond de la boite de Pandore me reste. Je ne sais si Laborde conserve encore ce trésor; il se flattait de faire jouer sa Pandore ^ lorsqu'il a été écrasé par Gluck et par la mort de son protecteur.

Vous avez, mon cher ange, l'espérance la plus juste de vivre longtemps, très-honoré et très-heureux avec M'"® d'Argental, et vous n'avez aucun des maux qui sont sortis de la boite. Votre lot est un des plus heureux, votie félicité me sert de consolation.

J'écris à Papillon-philosophe S qui est un phénix en amitié. Je me mets aux pieds de M"® d'Argental. Je ne doute pas que vous ne voyiez souvent M. le duc de Praslin ; et , comme je le crois plus juste que son cousin, je vous supplie de vouloir bien, dans l'occasion, lui parler de mon attachement inviolable.

A MADAME LA MARQUISE DU DEFFAND

25 Juin 1774.

Je VOUS ai fait des infidélités, madame, en faveur de M. Delisle; mais aussi il me faisait mille agaceries , quand vous me traitiez avec indifférence. 11 me pailait de vous, et vous ne m'en disiez mot. Il m'apprenait que vous aviez été à l'opéra à'Iphigénie, et que vous aviez trouvé les vers, le récitatif, les ariettes, la symphonie, les décorations mêmes, détestables. 11 nous a envoyé quelques airs qui ont paru trèsbons à ma nièce, grande musicienne; mais, comme l'accompagnement

manquait, j'ai persisté à croire qu'il n'y a rien dans le monde au-dessus

i . M"« de SainWulien.

/i82 LETTl^ES CHOISIES DE VOLTAIRE.

du quatrième acte de Roland et du cinquième acte (ÏAnnide. Je suis toujours pour le siècle de Louis XIY, malgré tout le mérite du siècle de Louis XV et de Louis XVI.

Enlin , madame , vous vous humanisez avec moi. Vous m'écrivez, vous me fournissez matière à écrire, vous m'envoyez de très-jolis vers qui valent beaucoup mieux qu'une très-grande ode. Je vous en remercie, et je voudrais bien savoir de qui ils sont. Je ne suis pas accoutumé à en recevoir de pareils. Voilà un bon ton , et rien n'est plus rare.

Pour vous, madame, je vous pardonne de ne m' avoir jamais instruit de rien, et d'avoir voulu que je vous écrivisse de mon désert, où j'ignorais tout ce qui se passait dans le monde. Vous m'écriviez quelquefois quatre mots cachetés du grand sceau de vos armes, au lieu de me mettre au fait et de cacheter avec une tête.

M. Delisle a eu plus de compassion que vous; cependant je ne vous ai point abandonnée. Je vous ai fait parvenir de plates vérités en vers et en prose, quand il m'en est tombé entre les mains, et je vous en enverrai tout autant qu'il m'en viendra.

Vous ne me donnez aucunes nouvelles des grands tourbillons qui vous entourent; et moi je vous écrirai tout ce que je saurai dans ma solitude. Vous voyez , madame , que je suis de meilleure composition que vous , et cependant c'est vous qui vous plaignez.

Page 1