‹ Lettres choisies de Voltaire (volume 2)Chapitre 186 sur 246 · A M. DE LALANDE · texte numérisé non relu

A M. DE LALANDE

19 décembre 177f.

Je commence, monsieur, par vous remercier de tout mon cœur des volumes d'astronomie * que vous voulez bien me promettre. Il est vrai que je suis presque aveugle l'hiver, et que je ne suis pas fait pour les observations ; mais je vous dirai avec Keill :

Thus we from heaven remote to heaven shall move With strength of mind , and trcad the abyss above.

J'ai Keill et Grégori, il ne manque que vous. Je n'aurais pas abandonné ce genre d'étude , si j'avais pu me flatter d'y réussir comme vous. A propos d'astronomie , vous m'avouerez que si on a admiré les orreris d'Angleterre ', qui ne sont qu'une misérable petite copie du grand spectacle de la nature , on doit , à plus forte raison , admirer l'original ; et que Platon n'était pas un sot lorsqu'en méprisant et en détestant toutes les superstitions des hommes, il avouait qu'il existe un étemel géomètre.

Je ne m'étonne point que les fripons engraissés de notre sang se déclarent contre M. Turgot , qui veut le conserver dans nos veines ; et que, lorsqu'on nous saigne, ce soit pour l'État et non pour les financiers. M. Turgot est d'ailleurs le protecteur de tous les arts, et il l'est en connaissance de cause. C'est un esprit supérieur et une très-belle âme. Malheur à la France s'il quittait son poste!

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