‹ Lettres choisies de Voltaire (volume 2)Chapitre 187 sur 246 · Astronomie , en trois volumes in-4<^, par M. de Lalande · texte numérisé non relu

Astronomie , en trois volumes in-4<^, par M. de Lalande

2. Ks|>èce de plaïK^taire ou de machine qui représ<?nt4? les mouvements d«'s planète*.

LETl'RKS CHOISIES DE VOLTAIHE. 493

Adieu, monsieur; les habitants de mon désert désirent passionnément d'avoir Thonneur de vous revoir quand vous reviendrez dans notre voisinage. Conservez vos bontés pour le vieux malade qui vous est tendrement attaché.

A M. LE COMTE D'ARGENTAL

30 décembre 1774.

Ahl mon cher ange, mon cher ange! il faut que je vous gronde. M. de Thibouville, M. de Chabanon, M'"*" du Deffand, m'apprennent que je viens vous voir au printemps. Oui, j'y veux venir, mais...

Je n'y vais que pour vous, cher ange que vous êtes; je ne puis me montrer à d'autres qu'à vous. Je suis sourd et aveugle, ou à peu près. Je passe les trois quarts de la journée dans mon lit, et le reste au coin du feu. Il faut que j'aie toujours sur la tète un gros bonnet, sans quoi ma cervelle est percée à jour. Je prends médecine environ trois fois par semaine; j'articule très-difficilement, n'ayant pas. Dieu merci, plus de dents que je n'ai d'yeux et d'oreilles.

Jugez, après ce beau portrait, qui est très-fidèle, si je suis en état d'aller à Paris in fiocchi. Je ne pourrais me dispenser d'aller à l'Académie, et je mourrais de froid à la première séance.

Pourrais-je fermer ma porte, n'ayant point de portier, à toute la racaille des polissons soi-disant gens de lettres, qui auraient la sotte curiosité de venir voir mon squelette? Je suis un rat de campagne qui ne peut subsister à Paris que dans quelque trou bien inconnu ; je n'en sortirais pas dans le peu de séjour que j'y ferais. Je n'y verrais que deux ou trois de vos amis, après qu'ils auraient prêté serment de ne point déceler le rat de la campagne aux chats de Paris. J'arriverais sous le nom d'une de mes masures appelée terre; de sorte qu'on ne pourrait m'accuser d'avoir menti, si j'avais le malheur insupportable d'être reconnu.

Gardez-vous donc bien , mon cher ange, d'autoriser ce bruit affreux que je viens vous voir au printemps. Dites qu'il n'en est rien, et je vais mander bien expressément qu'il n'en est rien.

Cependant consolez-vous de vos pertes , jouissez de vos nouveaux amis, de votre considération, de votre fortune, de votre santé, de tout ce qui peut rendre la vie supportable. Vous êtes bien heureux de pouvoir aller au spectacle; c'est une consolation que tous vos vieux magistrats se refusent, je ne sais pourquoi; c'était celle de Cicéron et de Démosthène. Notre parterre de la Comédie n'est rempli que de clercs de procureurs et de garçons perruquiers ; nos loges sont parées de femmes qui ne savent jamais de quoi il s'agit, à moins qu'on ne parle d'amour. Les pièces ne valent pas grand' chose ; mais je n'en connais pas de bonnes depuis Racine ; et , avant lui , il n'y a qu'une quinzaine de belles scènes, tout au plus ; mais je ne veux pas ici faire une dissertation.

Mon jeune homme m'occupe beaucoup. Si je puis parvenir seulement à écarter un témoin imbécile et très-dangereux, je suis sûr qu'il gagnera son procès tout d'une voix. Il faudrait un avocat au conseil bien philosophe, bien généreux, bien discret, qui prit la chose à cœur et qui signât une requête au garde des sceaux , pour obtenir la liberté de se mettre en prison et de se faire pendre si le cas y échoit. Ces lettres du sceau , après les cinq ans de contumace , ne se refusent jamais. Lsûssons passer les fadeurs du jour de l'an et le tumulte du carnaval, après quoi nous verrons à qui appartiendra la tête de cet officier. Son maître commence à prendre la chose fort à cœur, mais non pas si chaudement que moi. Je regarde son procès comme la chose la plus importante et qui peut avoir les suites les plus heureuses; mais il faut que d'Ornoi m'aide. Ce sera à lui de disposer les choses de façon que rien ne traîne et que ce ne soit qu'une affaire de forme. Je vais travailler de mon côté à écarter ce sot témoin , seul obstacle qui m'embarrasse ; si je ne réussis pas dans cette entreprise très-sérieuse , je parviendrai du moins à procurer quelque fortune à cet officier auprès de son maître. Les Fréron et les Sabotier ne m'empêcheront pas de faire du bien tant que je vivrai.

Adieu, mon cher ange; amusez- vous, secouez-vous, occupez-vous, aimez toujours un peu le plus vieux, sans contredit, de tous vos serviteurs, qui vous aimera tendrement tant qu'il aura un souffle de vie.

A M. DEVAINES,

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