PREMIER COMMIS DES FINANCES
A Fcrncy, par Lyon, 18 mars 1775.
Vous me faites , monsieur, un présent qui m*est bien cher. J'avais déjà le portrait de M, Turgot; mais j'ai fait encadrer celui que je tiens de vos bontés, et je l'ai mis au chevet de mon lit, à cause des vers de M. de La Harpe. Non-seulement ces vers sont bons, mais ils sont vrais, ce qui arrive iort rarement à MM. les contrôleurs généraux. J'ai placé cette estampe vis-à-vis de celle de Jean Causeur, Ce n'est pas que Jean Causeur vaille M, Turgot; mais c'est qu'on l'a gravé à l'âge de cent trente ans. Quoique je me sois confiné au pied des Alpes, entre la Savoie et la Suisse, j'aime encore assez la France pour souhaiter que M. Turgot vive autant que Jean Causeur.
Je vous sais bien bon gré, monsieur, de cultiver les belles-lettres, qui sont d'ordinaire l'opposé de votre administration. L'agriculture, dont je fais profession , n'y est pas si contraire ; mais l'aridité des calculs est presque toujours l'ennemie mortelle de la littérature. Heureux les esprits bien faits , qui touchent à la fois ces deux bouts I
Je vous remercie de vos bontés. J'ai l'honneur d'être, avec l'estime la plus respectueuse, monsieur, votre, etc.